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Archives de Catégorie: LES FILMS DE LINO VENTURA

« MONTPARNASSE 19 » (1958)

Co-écrit et réalisé par Jacques Becker, dont ce sera l’avant-dernier film, « MONTPARNASSE 19 » (également connu sous le titre « LES AMANTS DE MONTPARNASSE ») relate les derniers mois de la vie d’Amedeo Modigliani, dit « Modi » (1884-1920), peintre alcoolique vivant dans la misère.

Le film suit la lente déchéance suicidaire de cet homme pas spécialement attachant, qui se complaît à faire souffrir les femmes qui l’aiment et joue – du moins dans cette adaptation – les « artistes maudits » jusqu’à l’écœurement. Le jeu de Gérard Philipe a beaucoup vieilli et paraît trop souvent maniéré et théâtral et son omniprésence finit par agacer un peu. Le scénario ne va nulle part, manque de mouvement et de vraie tragédie. Il ne se densifie que vers la fin, quand le destin du peintre se scelle dans une ultime humiliation. Le film contient heureusement quelques jolis rôles de femmes : Anouk Aimée en épouse idolâtre et soumise, Lilli Palmer excellente en mondaine qui pousse Modi à se vautrer dans tous ses vices, Lila Kedrova ou Judtih Magre. Parmi les personnages secondaires, on retiendra essentiellement Lino Ventura qui fut révélé par Becker trois ans plus tôt, et qui tient un rôle épisodique mais assez impressionnant : celui d’un marchand de tableaux charognard qui attend patiemment la mort des artistes miséreux, pour que leurs œuvres prennent de la valeur. Un « horrible salaud » comme le décrit une collègue, ce qui était presque un contremploi pour l’acteur pas encore vedette. Jacques Becker ne fut pas avare en chefs-d’œuvre, aussi ce film apparaît-il comme décevant et sans réel intérêt. C’est bien filmé et photographié, mais il est à craindre que seuls les fans nostalgiques de Gérard Philipe et les complétistes de Ventura trouvent motif à s’enthousiasmer.

GÉRARD PHILIPE, LILLI PALMER, LINO VENTURA ET ANOUK AIMÉE
 

« LES LIONS SONT LÂCHÉS » (1961)

Écrit par la journaliste France Roche, dialogué par un Michel Audiard en service ultra-minimum et réalisé par Henri Verneuil, « LES LIONS SONT LÂCHÉS » lorgne du côté des dessins humoristiques en une page de « Jour de France » et d’un sous-Choderlos de Laclos au rabais.

Une jeune provinciale (Claudia Cardinale) débarque à Paris après avoir largué son mari. Elle va trouver son amie Michèle Morgan, pilier du Tout-Paris qui va la présenter à ses connaissances snobs et langues de vipère. D’abord séduite par un écrivain impuissant (Jean-Claude Brialy) puis par un médecin mondain hypersexué (Lino Ventura), la naïve Claudia finira par regagner ses foyers. Côté scénario c’est à peu près tout ce qu’il y a à se mettre sous la dent. Verneuil, malgré tout son métier, est hors de son élément, et ne pond qu’un film mou, inerte, jamais spirituel, qui se veut une satire de « la haute » d’une effarante niaiserie. Cardinale a un joli sourire, sa voix enrouée, mais ne fait pas grand-chose de son personnage, Danielle Darrieux est amusante en intrigante casse-pied, on a même droit au numéro de bafouillage de Darry-Cowl en soupirant raseur. Mais la seule vraie surprise de ce ratage, c’est la présence de Ventura, alors cantonné aux films policiers, qui va à l’encontre de son image future : médecin chaud-lapin (au moins cinq fois par jour dans des hôtels différents !), macho et péremptoire, on ne s’attendait certainement pas à le trouver là ! Peut-être un de ses plus gros contremplois. On le retrouve heureusement tel qu’en lui-même quand il balance une baffe anthologique à Darrieux, après l’avoir copieusement insultée. Personne ne semble à sa place dans « LES LIONS SONT LÂCHÉS », que ce soit devant ou derrière la caméra, c’est d’un ennui colossal et d’une misogynie déprimante. Seul le fan complétiste de Lino pourra se l’infliger pour le découvrir en séducteur « à la hussarde ».

À noter : Charles Aznavour apparaît trois secondes dans son propre rôle, lors d’une soirée au début.

LINO VENTURA, CLAUDIA CARDINALE ET MICHÈLE MORGAN
 

« LA BONNE ANNÉE » (1973)

LINO VENTURA ET FRANÇOISE FABIAN

« LA BONNE ANNÉE » de Claude Lelouch est un film dont la réputation a grandi avec le temps et qui compte aujourd’hui parmi les vraies réussites incontestées de son auteur. Au-delà d’une histoire classique du hold-up d’une bijouterie à Cannes par un duo de voyous d’âge mûr, c’est surtout la description minutieuse d’une love story où les opposés s’attirent et fusionnent sous nos yeux.

Lino Ventura et Charles Gérard s’apprêtent à braquer un grand joaillier, le premier grimé en vieillard, le second jouant les factotums zélés. Mais ce faisant, Lino a le coup de foudre pour une belle antiquaire (Françoise Fabian) dont le magasin est situé en face de la bijouterie. C’est simple, malgré un montage explosant la hiérarchie, proposant les flash-backs en couleur et le présent (sept ans plus tard) en noir & blanc, le scénario tient essentiellement à la façon qu’a Lelouch de filmer Ventura. Tombant l’armure, celui-ci montre une facette de séducteur qu’on n’avait jamais vue, il fait le joli-cœur, va même jusqu’à coucher avec sa partenaire – qu’on n’a jamais vue aussi séduisante – et il sourit beaucoup. On n’est pas loin du contremploi ! Bien sûr, tout n’est pas parfait dans « LA BONNE ANNÉE ». On se serait volontiers passé des auto-citations narcissiques (les larges extraits de « UN HOMME ET UNE FEMME » au début), des aphorismes sur les femmes modernes « vivant comme des mecs », sur les hommes-les-vrais qui « vont jusqu’au bout ». Des séquences comme celle où Ventura se retrouve dans une tablée d’intellos pédants et méprisants sont d’une naïveté désarmante. Mais cela n’a que peu d’importance. Le cœur du film, c’est le duo de comédiens, le trio si on inclue Gérard, égal à lui-même, jouant pratiquement son propre rôle et qui est très bien utilisé. Il y a aussi André Falcon, inimitable de veulerie et d’obséquiosité en bijoutier trop serviable. Et la performance de Ventura, avec son maquillage de vieillard et sa voix méconnaissable, qui mérite tous les éloges. À regretter qu’il se soit presque toujours cantonné au même genre de rôles dans sa carrière de vedette. « LA BONNE ANNÉE » se laisse voir, revoir et re-revoir avec toujours le même bonheur.

FRANÇOISE FABIAN, ANDRÉ FALCON ET LINO VENTURA
 

« L’ARME À GAUCHE » (1965)

Si on excepte « BONJOUR SOURIRE » (1956), la comédie de commande qu’il a toujours reniée, « L’ARME À GAUCHE » est le second film écrit et réalisé par Claude Sautet après le chef-d’œuvre que fut « CLASSE TOUS RISQUES ».

Inspiré d’un roman de Charles Williams, c’est un thriller situé à Saint-Domingue et tournant autour d’un yacht utilisé par des trafiquants d’armes. Mêlé on ne sait trop comment à cette histoire, le marin Lino Ventura va devoir affronter Leo Gordon, une brute américaine, à bord du bateau échoué sur un banc de sable. Non, même en résumé, ce n’est pas très clair ! Et après une introduction interminable, le film s’enlise lui aussi sur le sable et se résume à des allers-retours pour décharger les caisses d’armes sur une île afin d’alléger l’embarcation et la remettre à flot. On s’ennuie copieusement, le tournage en studio est cruellement visible, tout comme la doublure de Ventura lors des scènes de plongée, qui n’a absolument pas la même morphologie que lui. Et ne parlons pas de Sylva Koscina, purement décorative avec son casque inaltérable de cheveux laqués. Ventura, visiblement très mal à l’aise, peu concerné, se laisse voler la vedette sans coup férir par Gordon, ce grand second rôle hollywoodien au regard de bête fauve, à la carrure imposante, qui ne lâche pas sa mitraillette du début à la fin et sauve le film du naufrage absolu. Dommage alors que les véritables face à face entre les deux comédiens soient si banals et dépourvus de background psychologique. Étonnant échec que « L’ARME À GAUCHE », qu’on aurait aimé aimer, mais qui décourage rapidement l’admirateur le plus dévot de Sautet. Écœuré par cet échec, celui-ci renonça à tourner pendant cinq ans, le temps de se réinventer en tant qu’auteur et d’entamer sa magnifique filmographie avec « LES CHOSES DE LA VIE » qui l’imposa définitivement. « L’ARME À GAUCHE » fut donc un échec salutaire.

LINO VENTURA, LEO GORDON ET SYLVA KOSCINA
 
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AUJOURD’HUI, IL AURAIT FÊTÉ SES 105 ANS…

 

« ESPION, LÈVE-TOI » (1982)

Adapté d’un roman de George Markstein par Michel Audiard, réalisé par Yves Boisset, « ESPION, LÈVE-TOI » est un thriller d’espionnage situé à Zurich et prenant pour héros Lino Ventura, conseiller financier embourgeoisé, mais en réalité espion « en sommeil » qui voit ses collègues assassinés les uns après les autres.

Audiard et Ventura ont déjà fait dans les films de barbouzes parodiques, mais là le ton est extrêmement sérieux, voire sombre, et l’acteur retrouve son emploi préféré d’homme traqué dont il s’est fait une spécialité depuis « LE SILENCIEUX », seul face à un système qu’il ne comprend plus. On peut arriver en s’accrochant, à suivre l’action, à déchiffrer le sous-texte politique, mais à vrai dire, ce n’est pas cela qui séduit encore dans le film. C’est la distribution « first class » qui maintient l’intérêt. La grande idée est d’avoir confronté Lino égal à lui-même à Michel Piccoli, maestro de l’ambiguïté suave et de la traîtrise affable. Difficile d’imaginer deux comédiens plus différents et, a priori, incompatibles. Pourtant, cela marche et même très bien. Autour d’eux, le jeu de Krystyna Janda est très abîmé par son français tâtonnant, Bernard Fresson apparaît peu hélas, on aperçoit Heinz Bennnent en bibliothécaire gay, Marc Mazza en flingueur-zombie monosyllabique. Et Bruno Cremer, excellent en espion froid et dépourvu d’humanité. De grands professionnels qui font passer un scénario abscons, un whodunit dont on saisit mal les tenants et aboutissants et une photo sans style. La filmographie de Boisset (qui apparaît en figuration dans quelques plans) a étonnamment bien vieilli et certains de ses films ont pris une vraie patine avec les années. Et ne pas oublier la BO d’Ennio Morricone, certes pas une de ses meilleures, mais dont on reconnaît l’auteur aux premières notes du générique entêtant.

LINO VENTURA, MICHEL PICCOLI ET BRUNO CREMER
 

« L’EMMERDEUR » (1973)

Écrit par Francis Veber d’après sa propre pièce, réalisé par Édouard Molinaro, « L’EMMERDEUR » est une de ces mécaniques de comédie chères à l’auteur et qui bénéficie d’un tandem idéal.

Tueur à gages, Lino Ventura arrive à Montpellier pour abattre un témoin. Dans la chambre d’hôtel voisine, Jacques Brel tente de se suicider, ce qui va déclencher un engrenage infernal qui va littéralement démolir l’assassin. Les deux acteurs sont utilisés exactement pour ce qu’ils sont et ils jouent le jeu à fond : Ventura, intimidant, taciturne, exaspéré en permanence, au bord d’imploser, subit Brel véritable incarnation de sa chanson : « Ne me quitte pas », pot-de-colle larmoyant, qui le prend pour son ami. L’intrigue policière importe peu – voire pas du tout – et n’est là que pour sous-tendre le scénario de suspense. Mais ce sont les face à face entre les deux partenaires de « L’AVENTURE C’EST L’AVENTURE » qui sont de véritables délices. C’est réalisé de façon assez moderne, en caméra à l’épaule, la photo de Raoul Coutard est réaliste et les seconds rôles sont amusants. On pense à Caroline Cellier en épouse volage ou Jean-Pierre Darras en psychiatre tête-à-claques. « L’EMMERDEUR » préfigure très nettement les duos Richard-Depardieu dans le triptyque réalisé par Veber. Les expressions consternées de Ventura devant les gaffes de Pignon ont été reprises telles quelles par Depardieu. Le film est court, sans fioritures et tient uniquement sur l’évidente alchimie entre ses vedettes. Lino, tiré à quatre épingles, professionnel jusqu’au bout des ongles, incapable de décrocher l’esquisse d’un sourire et Brel, le cheveu gras, la lippe humide, font 100% de l’intérêt et sont même la raison d’être de cet « EMMERDEUR ».

À noter : Billy Wilder réalisa un remake U.S. avec Walter Matthau et Jack Lemmon et Veber lui-même tourna une nouvelle version française. Aucun n’arriva à la cheville de l’original.

JACQUES BREL, LINO VENTURA ET CAROLINE CELLIER
 

« LA GRANDE MENACE » (1978)

« LA GRANDE MENACE » de Jack Gold est une coproduction anglo-française (seule manière d’expliquer la présence de Lino Ventura en flic enquêtant à Londres), qui commence comme un polar fastidieux et se développe progressivement en film fantastique aux perspectives apocalyptiques.

Lino donc, enquête sur l’assassinat d’un écrivain (Richard Burton) et rencontre la psy de celui-ci (Lee Remick) qui lui explique que l’homme était persuadé de posséder le pouvoir de détruire, de provoquer des catastrophes. De flash-back en flash-back, Ventura devient de plus en plus persuadé que Burton avait effectivement ce superpouvoir et que – agonisant sur un lit d’hôpital – il va encore s’en servir pour détruire une cathédrale avec la famille royale à l’intérieur. La première moitié ressemble à un téléfilm désuet à la photo ingrate, le scénario nous mène mollement d’un interrogatoire à l’autre, les touches d’humour entre le flic et son co-équipier sont lourdingues et d’excellents acteurs comme Harry Andrews, Derek Jacobi ou Marie-Christine Barrault (copro, encore !) ne font que passer. Mais l’histoire en elle-même est tellement dingue, qu’on est scotché à l’écran et qu’on en oublie les naïvetés, les impasses narratives, les invraisemblances. Et l’effondrement final de la cathédrale, sans aucun GGI, rappelons-le est assez impressionnant tant d’années après. Étonnant de voir Ventura dans son emploi de flic taiseux et obstiné, transposé en Angleterre. On met un temps à s’habituer dans la v.o. à l’entendre postsynchronisé en anglais avec l’accent français ! Lee Remick n’a pas grand-chose à faire et semble rejouer sans arrêt la même scène. Burton, maigre, le teint hâve, est d’une formidable intensité théâtrale, donnant une extraordinaire dimension à son personnage de destructeur. À noter que le figurant couvert de bandages couché dans son lit et censé le représenter, ne lui ressemble absolument pas ! Malgré ses défauts et une certaine lourdeur, « LA GRANDE MENACE » mérite encore d’être découvert aujourd’hui.

LINO VENTURA, LEE REMICK ET RICHARD BURTON
 

« UN TAXI POUR TOBROUK » (1961)

Écrit et réalisé par Denys de la Patellière, dialogué par Michel Audiard, « UN TAXI POUR TOBROUK » se déroule en Lybie pendant la WW2 et suit le périple de quatre soldats français égarés dans le désert avec leur prisonnier allemand.

Le message anti-guerre est certes louable, mais aussi un peu naïf et parfois pesant. Malgré sa courte durée, le film s’enlise fréquemment dans les sables d’Almeria et se répète. Comme c’est extrêmement bien joué et truffé de répliques-qui-tuent d’Audiard, on pardonne ces petites complaisances et légères ambiguïtés : pour que passe bien le message de la fraternité entre tous les hommes et que les franchouillards finissent par s’attacher à leur ennemi, il a tout de même fallu beaucoup adoucir le portrait de l’Allemand. Hardy Krüger – par ailleurs remarquable – incarne un nazi intègre, sympathique et courageux, et… infiniment plus intelligent que ses geôliers. Ce qui finit, à la longue, par créer un certain malaise. Lino Ventura est égal à lui-même en ex-boxeur bourru et obtus. Son duo avec Charles Aznavour en médecin juif fonctionne très bien. Maurice Biraud crée un intéressant personnage de fils-à-papa dont le père est un collabo. À cause d’une voix doublée en français, l’Espagnol German Cobos demeure en retrait, malgré un rôle intéressant. « UN TAXI POUR TOBROUK » ne manque pas d’intérêt et certaines séquences sont très réussies (le champ de mines, la nuit où le fusil change de mains), alors que d’autres sont interminables (le ravitaillement au milieu des Allemands). À l’arrivée, on ressent une relative déception. Due probablement au manque de mordant du propos, au dilemme final (faut-il laisser filer le prisonnier qu’on a appris à estimer) qui est cavalièrement résolu. À voir pour ses comédiens et quelques « saillies » inoubliables.

GERMAN COBOS, LINO VENTURA, MAURICE BIRAUD, HARDY KRÜGER ET CHARLES AZNAVOUR
 

« CADAVRES EXQUIS » (1976)

Coécrit et réalisé par Francesco Rosi, « CADAVRES EXQUIS » est une co-production franco-italienne qui démarre comme un thriller traditionnel et dérive progressivement dans le complot politique, impliquant les plus hautes instances du pouvoir. On sait que Rosi est un cinéaste engagé, aussi est-on un peu gêné d’avouer qu’on préfère la première partie, l’enquête du flic, à la seconde plus statique et bavarde. Et pour tout dire… beaucoup plus absconse !

Flic romain entêté, Lino Ventura recherche un individu qui assassine plusieurs juges qui l’avaient injustement condamné quelques années plus tôt. Mais cette intrigue policière suscite d’autres meurtres qui n’ont aucun rapport avec les premiers, mais semblent être l’œuvre du même homme. Alors, Ventura, de chasseur devient gibier et son univers cartésien se referme sur lui comme un piège mortel. C’est du grand cinéma, sobre et puissant, dont on regrette vraiment qu’il donne autant de place au pamphlet politique au lieu de le laisser en filigrane. En inspecteur sans arme et se déplaçant par les transports en commun, Ventura est égal à lui-même, jusqu’au look et inscrit Rogas dans les travées des policiers en imper de « DERNIER DOMICILE CONNU » ou « LA GRANDE MENACE ». La distribution est curieusement utilisée, de grands comédiens n’apparaissant que quelques minutes. Mais celles de Charles Vanel sont inoubliables (son dialogue muet avec les momies dans la crypte), Marcel Bozzuffi est excellent en SDF désabusé et Alain Cuny glauque à souhait en magistrat névrosé. On reconnaît aussi Max Von Sydow en comploteur, Fernando Rey, Tina Aumont ou Renato Salvatori, Luigi Pistilli en journaliste communiste. Un défilé de grands acteurs. La photo systématiquement sombre de Pasqualino de Santis fatigue un peu les yeux et les allers-venues de Ventura, à pied ou en bus, in extenso affaiblissent le suspense. Mais la fin retrouve la paranoïa de films américains comme « CONVERSATION SECRÈTE » ou « À CAUSE D’UN ASSASSINAT » et en oubliant ces petits griefs, « CADAVRES EXQUIS » est un plaisir de gourmet.

LINO VENTURA, MAX VON SYDOW ET MARCEL BOZZUFFI