Co-écrit et réalisé par Jacques Becker, dont ce sera l’avant-dernier film, « MONTPARNASSE 19 » (également connu sous le titre « LES AMANTS DE MONTPARNASSE ») relate les derniers mois de la vie d’Amedeo Modigliani, dit « Modi » (1884-1920), peintre alcoolique vivant dans la misère.
Le film suit la lente déchéance suicidaire de cet homme pas spécialement attachant, qui se complaît à faire souffrir les femmes qui l’aiment et joue – du moins dans cette adaptation – les « artistes maudits » jusqu’à l’écœurement. Le jeu de Gérard Philipe a beaucoup vieilli et paraît trop souvent maniéré et théâtral et son omniprésence finit par agacer un peu. Le scénario ne va nulle part, manque de mouvement et de vraie tragédie. Il ne se densifie que vers la fin, quand le destin du peintre se scelle dans une ultime humiliation. Le film contient heureusement quelques jolis rôles de femmes : Anouk Aimée en épouse idolâtre et soumise, Lilli Palmer excellente en mondaine qui pousse Modi à se vautrer dans tous ses vices, Lila Kedrova ou Judtih Magre. Parmi les personnages secondaires, on retiendra essentiellement Lino Ventura qui fut révélé par Becker trois ans plus tôt, et qui tient un rôle épisodique mais assez impressionnant : celui d’un marchand de tableaux charognard qui attend patiemment la mort des artistes miséreux, pour que leurs œuvres prennent de la valeur. Un « horrible salaud » comme le décrit une collègue, ce qui était presque un contremploi pour l’acteur pas encore vedette. Jacques Becker ne fut pas avare en chefs-d’œuvre, aussi ce film apparaît-il comme décevant et sans réel intérêt. C’est bien filmé et photographié, mais il est à craindre que seuls les fans nostalgiques de Gérard Philipe et les complétistes de Ventura trouvent motif à s’enthousiasmer.