Archives de Catégorie: LES FILMS DE JOHN WAYNE
« LE BAGARREUR DU KENTUCKY » (1949)
Produit par John Wayne, réalisé par George Waggner, « LE BAGARREUR DU KENTUCKY » s’enracine dans des faits historiques très spécifiques : en 1817, l’Amérique accueille des exilés de l’armée napoléonienne et leurs familles, leur offrant des terres. Ce qui, bien sûr, causera des jalousies…
Sur cette trame, le film brode une histoire de soldats du Kentucky de retour de la guerre, dont l’un d’eux (Wayne) tombe amoureux d’une Française au grand dam de sa famille et du riche fiancé de celle-ci (John Howard). Sur 100 minutes, le scénario est plein comme un œuf, excessivement bavard et s’achève par une enfilade de séquences d’action lassantes et répétitives. À 42 ans – mais en paraissant un peu plus ! – Wayne est visiblement trop âgé pour ce rôle de jeune premier fougueux et naïf. Le seul intérêt (de curiosité) sera de le voir remplacer Stan Laurel, le temps d’un duo avec… Oliver Hardy, jouant son sidekick rigolo. À 57 ans, « Ollie » est lui aussi bien trop âgé et grassouillet pour jouer un soldat en exercice et il refait très exactement ce qu’il a toujours fait aux côtés de Laurel, une toque en castor remplaçant son vieux chapeau melon. Cet étrange duo mis à part et qui vaut surtout pour son incongruité, la distribution est très inégale. Se détachent seulement Marie Windsor en traîtresse cynique, plusieurs seconds couteaux de l’écurie John Ford et la très peu photogénique Miss Ralston en amoureuse enfiévrée dès qu’elle aperçoit le « Duke » avec sa chemise à franges et sa toque pré-Davy Crockett. « LE BAGARREUR DU KENTUCKY » est trop ralenti par ses références historiques pour passionner vraiment et les charges héroïques sur l’air de la Marseillaise font sourire. Pour les fans de Duke Wayne uniquement.
« L’OMBRE D’UN GÉANT » (1966)
Écrit et réalisé par l’auteur de comédies Melville Shavelson, d’après un roman de Ted Berkman, lui-même inspiré de faits réels, « L’OMBRE D’UN GÉANT » situé pendant la création de l’état d’Israël en 1948, est surtout le portrait de « Mickey » Marcus, un colonel de l’U.S.-Army d’origines juives, envoyé là-bas pour entraîner la maigre armée menacée de toutes parts.
Le film dure plus de deux heures, Kirk Douglas lui apporte sa vitalité rageuse et son personnage est fort bien écrit : un « chien de guerre » qui n’a jamais trouvé sa place nulle part, en butte constante à l’autorité. Tout ce qui le concerne directement est intéressant, voire émouvant. Mais le scénario finit par s’enliser dans les négociations politiques dans le bureau de Jakob Zion (Luther Adler, affublé d’une perruque hilarante), dans l’élaboration de stratégies militaires suivies de batailles dilatées à l’excès. Tourné en Palestine, donc visuellement très authentique, le film perd en crédibilité en multipliant des guest stars trop connues pour être crédibles : John Wayne en général bourru (« Ne soyez pas de notre côté », lui dit Douglas, « On ne va pas nous croire »), Frank Sinatra dans un petit rôle absurde de pilote, Angie Dickinson en épouse malheureuse ou Yul Brynner en officier israélien trop prudent. Parmi les seconds rôles, Senta Berger belle à se damner en guerrière au franc-parler ou Topol, couvert de latex et de postiches en vieux chef de tribu arabe, lui qui avait à peine 30 ans ! « L’OMBRE D’UN GÉANT » dure trop longtemps pour passionner jusqu’au bout, il se laisse regarder sans trop de problèmes et la fin, absurde et dérisoire, clôt parfaitement cette odyssée personnelle.
À noter : Michael, fils de Kirk Douglas, fit ses débuts dans ce film, en soldat conduisant la Jeep transportant le cadavre de… son père. En 1971, Shavelson écrivit un livre : « HOW TO MAKE A JEWISH MOVIE » relatant avec humour son expérience houleuse sur « L’OMBRE D’UN GÉANT ».
« LA PRISONNIÈRE DU DÉSERT » (1956)
Le chef-d’œuvre de John Ford ? Un des grands classiques du cinéma américain ? Le meilleur rôle de John Wayne ? Une œuvre majeure de l’Histoire du 7ème Art ? « LA PRISONNIÈRE DU DÉSERT » est tout cela à la fois et bien plus encore.
Après la guerre de sécession, Wayne revient chez lui et retrouve la famille de son frère dont – on le devine par de petites touches discrètes – il aima jadis l’épouse. Mais le lendemain, tous sont massacrés par des Comanches qui kidnappent la plus jeune fille. Flanqué du fils adoptif (Jeffrey Hunter), Wayne entame une quête de cinq années pour retrouver l’enfant. On est terrassé d’emblée par la splendeur des paysages de l’Arizona, chaque cadrage est une merveille, on est fascinés et révulsés par le personnage de Wayne, vétéran endurci et amer, violemment raciste. Massif, buriné, suintant la haine par tous les pores de sa peau, c’est un « héros » très inhabituel et magnifiquement campé par l’acteur qui refuse tout pathos, tout attendrissement jusqu’à la toute fin. Face à lui, Hunter tient fort bien le coup et des seconds rôles comme Ward Bond, haut en couleur, Hank Worden dans son emploi attitré de vieux fou et Henry Brandon excellent en chef indien cruel et balafré. Tout ce casting de familiers du réalisateur tisse une trame solide, d’une grande humanité. C’est Natalie Wood qui incarne la fille enlevée par les Indiens. Sa première confrontation avec Wayne file le frisson : il tente de l’abattre, considérant qu’elle est devenue une squaw ! Le film est âpre, cruel parfois (le sort réservé aux personnages de femmes), Ford a su refréner son goût pour la comédie, malgré quelques dérapages superflus. Impossible d’effacer de sa mémoire les plans généraux de Monument Valley où se découpent les silhouettes minuscules d’hommes à cheval et de ne pas être hanté par certains gros-plans de John Wayne sorte de fantôme qui – comme le confirme le tout dernier plan – n’a plus sa place parmi les vivants. Magnifique !
« RIO BRAVO » (1958)
« RIO BRAVO » d’Howard Hawks fait partie des classiques indéboulonnables du western U.S., que tout le monde connaît par cœur et dont certaines répliques sont devenues anthologiques. Pourtant, à bien y regarder, à tête reposée, c’est un bien drôle de film !
Étirant une maigre anecdote (un riche rancher veut récupérer son vaurien de frère emprisonné par le shérif) sur… 141 minutes, Hawks prend ses aises : toutes les scènes entre John Wayne et Angie Dickinson sont pratiquement identiques les unes aux autres, on glisse deux chansons de Dean Martin et du calamiteux Ricky Nelson complètement plaquées sur l’action, on laisse le champ libre à un hôtelier mexicain cabotin (l’insupportable Pedro Gonzalez Gonzalez) et on encourage Walter Brennan en faire des tonnes jusqu’à parasiter des moments importants. Mais sans qu’on comprenne bien pourquoi, cela fonctionne tout de même. On entre dans « RIO BRAVO » comme dans de vieilles charentaises, on accepte des choses qu’on trouverait inadmissible dans d’autres films (le côté claustrophobique de l’histoire, par exemple). Disons qu’il a la grâce. L’histoire d’amour assez moderne entre le shérif bourru et la joueuse entreprenante, la rédemption de Dean Martin le borrachón réduit à l’état de clochard qui retrouve sa dignité perdue (à cause d’une femme), le scénario prend le temps de les développer et c’est si bien écrit et interprété, que cela compense largement le manque d’action et le rythme quelque peu relâché. « RIO BRAVO » est une sorte de miracle d’équilibre, qui parvient à gommer ses défauts, ses complaisances et à imposer sa vitesse de croisière tranquille et confortable. Les scènes de saloon sont très bien menées dans le suspense, l’affrontement final est parfaitement efficace. Parmi les seconds rôles, John Russell et Claude Akins sortent du rang en frères odieux et Ward Bond apparaît au début en vieil ami de Wayne, ce qu’il était d’ailleurs dans la vie. Un film unique en son genre, qu’on n’a jamais fini de revoir.
À noter : Hawks a tourné deux autres westerns très semblables à celui-ci : « EL DORADO » (1966) et « RIO LOBO » (1970). Son « western africain » « HATARI ! » possède lui aussi pas mal de points communs avec « RIO BRAVO ». Ne serait-ce que la présence de l’indéboulonnable John Wayne en tête d’affiche.
« LA CHEVAUCHÉE FANTASTIQUE » (1939)
Sans doute le plus connu et archétypique des westerns américains, « LA CHEVAUCHÉE FANTASTIQUE » est également le film le plus emblématique de John Ford et marqua les débuts de John Wayne dans le vedettariat.
Le scénario – lointainement inspiré de « BOULE DE SUIF » de Guy de Maupassant (1880) – est d’une inusable perfection et maintient en haleine comme au premier jour. Pas tellement d’ailleurs grâce aux séquences d’action au fond pas si nombreuses, mais par la minutie avec laquelle sont écrits les protagonistes réunis dans une diligence en direction de Lordsburg. Chacun a une bonne raison de se rendre là-bas : Wayne pour se venger d’un clan de hors-la-loi, Claire Trevor une prostituée et Thomas Mitchell un médecin ivrogne parce qu’ils sont chassés de la ville, Louise Platt enceinte, pour retrouver son mari en garnison, John Carradine pour protéger celle-ci, Berton Churchill parce qu’il a volé l’argent de sa propre banque, etc. Tout ce beau monde est encerclé par les Apaches, mais les différences sociales et les préjugés sont trop forts pour qu’ils puissent parvenir à s’entendre. Ford maîtrise admirablement les conflits, propose un panorama sans complaisance de la nature humaine dans ce qu’elle a de pire. Tout cela en glorifiant les extérieurs de l’Arizona et tassant cela en 96 minutes ! C’est donc bel et bien un chef-d’œuvre, dont les aspects forcément désuets sont balayés par les cadrages puissants. À 32 ans, Wayne a rarement été plus charismatique et ses scènes avec l’admirable Trevor sont très touchantes. Mitchell et Andy Devine en cocher intarissable, en font peut-être des tonnes, mais ils sont fort sympathiques. Carradine compose un beau personnage d’ange déchu et suicidaire. « LA CHEVAUCHÉE FANTASTIQUE » est un bijou de précision, de mouvement et de suspense, à redécouvrir régulièrement.
« LE DERNIER DES GÉANTS » (1976)
« LE DERNIER DES GÉANTS » n’est pas le meilleur film de Don Siegel et ne se classe pas très haut non plus dans le Top-10 de John Wayne. Mais pour celui-ci, ce fut le dernier. Et il y joue un vieux pistolero rongé par le cancer, alors que l’acteur allait succomber au même mal deux ans plus tard.
Le scénario est languissant, les décors font un peu trop téléfilm et le dénouement, qu’on voit arriver de loin, met un temps fou à arriver. Outre l’émouvante concordance biographique entre Wayne et ce « John B. Books » (le générique-début relate la vie du shootist à travers des extraits en noir & blanc d’anciens films du Duke), le film se laisse regarder pour sa belle distribution et pour deux ou trois séquences magistrales : on pense aux retrouvailles accablantes entre Books et son amour de jeunesse (Sheree North) qui démarrent dans la nostalgie pour s’achever en un sordide marchandage (« Comment ai-je pu t’aimer ? » dit Books écœuré). La leçon d’arnaque que donne le vieil homme au palefrenier Scatman Crothers est très drôle et revigorante. Et puis les retrouvailles entre Wayne et James Stewart après « L’HOMME QUI TUA LIBERTY VALANCE » font plaisir à voir. Lauren Bacall et Ron Howard, jouant la logeuse de Books et son fils sont excellents. Et parmi les seconds rôles, on reconnaît quelques familiers de l’univers du héros : John Carradine en croque-mort, Richard Boone qui en fait des tonnes en ancien hors-la-loi cherchant à venger son frère ou Hugh O’Brian. Ces moments épars aident à apprécier « LE DERNIER DES GÉANTS » qui se résume trop souvent à des visites dans la chambre de malade de Wayne, qui perd une à une ses dernières illusions sur son passé, sa gloire et la pérennité de son héritage. Un film triste, voire cafardeux, dans lequel John Wayne quitte la scène en offrant une de ses plus belles prestations.
« LES BÉRETS VERTS » (1968)
Réalisé par John Wayne (avec l’aide active de Mervyn LeRoy et Ray Kellogg), « LES BÉRETS VERTS » est purement et simplement un film de propagande à l’ancienne qui ressert les vieilles recettes des œuvres sur la WW2 ou la Corée, juste légèrement adaptées pour parler de l’engagement U.S. au Vietnam.
À 61 ans, pas très en forme physiquement, le « Duke » joue un colonel héroïque chargé de protéger des villageois des assauts de l’armée Viêt-Cong. La première partie est exaspérante de niaiserie, de bourrage de crâne manichéen et donne l’impression d’un fossile d’une autre ère ressuscité dans les années 60 en mutation. La seconde se focalise davantage sur l’action (le kidnapping d’un général VC) et se suit sans enthousiasme particulier mais avec moins d’énervement. Que dire ? On retrouve toutes les ficelles habituelles du western et même ses seconds rôles comme Bruce Cabot hors d’âge, Edward Faulkner ou Patrick Wayne, des visages plus récents comme Luke Askew, George Takei et même ce vieil Aldo Ray en sergent dynamiteur truculent. Les séquences d’attaques sont correctement réglées mais durent des heures, les personnages sont totalement caricaturaux. On pense à ce pauvre David Janssen récemment échappé de sa série TV « LE FUGITIF », jouant un reporter anti-guerre qui, sur le terrain, se rend compte de ses erreurs de jugement et tourne casaque. Et quand à la fin, Wayne prend la main du petit orphelin vietnamien qu’il a coiffé d’un béret vert et part avec lui vers le soleil couchant, on comprend la larme à l’œil, que la grande et solide Amérique va guider le petit pays vers son futur. Oui, c’est consternant et les années n’ont rien fait pour arrondir les angles. C’était un des premiers films consacrés à cette guerre si impopulaire et aussi le plus stupide. Les années 70 allaient heureusement livrer quelques chefs-d’œuvre pour effacer ce pathétique faux-pas.
« L’AMAZONE AUX YEUX VERTS » (1944)
« L’AMAZONE AUX YEUX VERTS » d’Edwin L. Marin est un de ces nombreux westerns dont John Wayne tint la vedette avant d’accéder à la fameuse « liste A » d’Hollywood qu’il ne devait plus jamais quitter.
Il y joue l’étranger qui arrive en ville pour découvrir que l’homme qui l’avait engagé à distance a été assassiné. Dur-à-cuire mais pacifiste, Wayne se retrouve plongé dans un panier de crabes impliquant des propriétaires rapaces, des magistrats corrompus, une pauvre orpheline dépossédée par son horrible tante. Étonnamment, le scénario est plutôt très bien tricoté, tous les personnages secondaires sont intéressants (hormis l’insupportable cabot Gabby Hayes dont le jeu appartient au domaine du cirque). Sobre, en retrait, mystérieux, le « Duke » à déjà 37 ans, tient parfaitement sa place en brave type misogyne. Il se retrouve coincé entre une pure jeune fille et une bad girl à la gâchette nerveuse, incarnée par la belle et fougueuse Ella Raines, qui n’est pas loin de lui piquer la vedette. Autour d’eux : Frank Puglia excellent en ange-gardien omniprésent de Raines, Ward Bond en avocat véreux et Paul Fix, tout jeune, qui a également écrit le scénario du film. À moins de 90 minutes, « L’AMAZONE… » est bourré jusqu’à la gueule de péripéties, de coups de théâtre et de trahisons. L’histoire ne dédaigne jamais de grosses ficelles du mélodrame classique (la révélation tardive de la véritable identité de Wayne, par exemple) et caracole jusqu’à un dénouement un peu trop expédié. Sous ses allures de série B, c’est un film tout à fait estimable qui ne se contente pas de poursuites à cheval et de coups de revolvers. À découvrir.
« LES CAVALIERS » (1959)
« LES CAVALIERS » est un film sur la guerre de sécession signé John Ford, qui décrit par le menu la mission d’un régiment nordiste derrière les lignes confédérées, dont le but est de faire sauter un pont servant pour le ravitaillement des troupes.
Le sujet n’est guère original, le premier quart du film, bavard et poussif, pourrait inciter à ne pas aller jusqu’au bout, mais on finit par se laisser prendre par l’ampleur de la mise en scène du légendaire « papy » de 65 ans. L’écran grouille littéralement de mouvements de foule, de figurants, de chevaux et à mesure que le scénario progresse on s’attache aux trois personnages principaux dont les relations évolutives sont parfaitement gérées. John Wayne, un peu empâté et trop âgé pour son rôle, tient son emploi habituel d’officier intraitable, voire franchement désagréable. Il a tout de même d’excellents moments où il fissure l’armure, tout spécialement face à la (très) belle Constance Towers en « belle du sud » courageuse et entêtée. Sa première apparition, la montrant en train de jouer les gourdes avec l’accent de Scarlett O’Hara est irrésistible. Dans le rôle d’un médecin militaire lucide et ironique, l’élégant William Holden pique la vedette à ses partenaires sans avoir l’air d’y toucher. Son affrontement larvé avec Wayne donne les meilleurs moments du film. Autour de ce beau trio, bien mis en valeur, on reconnaît toute la troupe de Ford, de Hank Worden à Strother Martin. Malgré plusieurs séquences magistrales, comme la charge pathétique et drôle des très jeunes cadets, heureusement épargnés par le Duke, ou l’amputation de Bing Russell, « LES CAVALIERS » manque d’un petit quelque chose pour s’inscrire dans le panthéon des chefs-d’œuvre de John Ford. Cela reste un film inégal mais efficace.