« L’INVASION DES PROFANATEURS DE SÉPULTURES » de Don Siegel est la première adaptation du roman de SF de Jack Finney. L’Amérique est en pleine terreur maccartiste et à seulement dix ans de la WW2. L’ambiance est donc à la paranoïa, à la peur de l’autre et à la perte de l’identité individuelle.
Le docteur d’une petite ville (Kevin McCarthy) se rend compte que plus rien ne tourne rond autour de lui : les gens changent de personnalité, semblent fermés à toute émotion, d’étranges « cosses » passent de main en main avant d’éclore en êtres humains remplaçant progressivement les vrais habitants. C’est une invasion extra-terrestre en douceur, qui prend rapidement d’énormes proportions. Le concept est formidable, mais le film manque clairement de moyens et les personnages sont brossés à gros traits, sans finesse ni ambiguïté. Siegel n’a pas eu de grosses stars, aussi se contente-t-il de seconds rôles comme McCarthy, acteur peu charismatique, de belles jeunes premières comme Dana Wynter, Carolyn Jones ou Jean Willes, de têtes familières comme Larry Gates et Dabbs Greer. Avec un œil acéré, on pourra même reconnaître Sam Peckinpah – alors assistant du réalisateur – en employé du gaz dans quelques plans. Malgré le passage des années et un premier remake supérieur en 1978, « L’INVASION… » demeure une série B inventive et angoissante par moments. On pense à la traque dans la mine désaffectée ou à cette ferme où sont cultivées les cosses par milliers. Mais le scénario n’est pas suffisamment élaboré, les protagonistes ne sont pas assez attachants, pour que le film procure les mêmes sensations fortes qu’il y a… 70 ans. À voir donc avec le respect qu’on doit aux précurseurs et aux classiques du genre, sans espérer le grand frisson que procurera le film de Philip Kaufman.