Archives Mensuelles: août 2020
« ARRIVEDERCI AMORE, CIAO » (2006)
« ARRIVEDERCI AMORE, CIAO » de Michele Soavi est une œuvre très particulière, apparentée au film politique, au polar, voire au « caper movie », mais qui au bout du compte n’est que le portrait d’un homme sans âme dans un monde corrompu.
Alessio Boni, avec son physique de jeune premier, son regard éteint, son spleen permanent joue un ex-terroriste exilé en Amérique du Sud, qui revient en Italie après 15 ans et tente d’y retrouver une place. D’abord phagocyté par des malfrats, puis devenu l’indic d’un ripou ignoble (incroyable Michele Placido !), notre « héros » va louvoyer dans un univers de chantages, de violence, de trahisons, jusqu’à obtenir sa réhabilitation. Mais le vrai thème du film est bien plus complexe et tordu que ne pourrait le laisser supposer ce synopsis. Boni, à mesure que l’histoire progresse, s’avère ne pas être une victime du système, un idéaliste déçu, mais un véritable monstre manipulateur, maltraitant les femmes à sa guise, abattant ses meilleurs amis de sang-froid et passant son existence à mentir. C’est ainsi que le spectateur se voit « blousé » à l’instar de tous les personnages du film, par son charme malsain et son calme trompeur. Après une première partie plus « policière », avec braquage de fourgon, fusillades, trahisons, etc., le film se focalise totalement sur le protagoniste. C’est extrêmement bien cadré, le rythme est maîtrisé de bout en bout et la dernière séquence (l’empoisonnement) est carrément choquante. Autour de l’exceptionnel Boni et d’un Placido, nous l’avons dit, magistral en salopard ultra-violent, de belles actrices comme Isabella Ferrari, violée pendant des semaines pour rembourser la dette de son époux et Alina Nedelea parfaite en fiancée innocente du monstre. Glacé, implacable, stylé à la manière de certains polars venus de Corée, « ARRIVEDERCI AMORE, CIAO » vaut plus qu’un coup d’œil curieux.
HAPPY BIRTHDAY, FRED !
FRED MacMURRAY (1908-1991), TRÈS POPULAIRE AUX U.S.A., VEDETTE DE FILMS NOIRS, DE WESTERNS ET DE SITCOMS EN FIN DE CARRIÈRE
« LE COUP DE L’ESCALIER » (1959)
« LE COUP DE L’ESCALIER » (champion du titre français ayant le moins de rapport avec le sujet du film !) de Robert Wise est un ‘film noir’ mâtiné de « caper movie », même si le hold-up en lui-même est simplissime, voire rudimentaire.
C’est surtout une parabole antiraciste, mettant en scène trois losers indécrottables qui s’associent sur un coup manifestement foireux dès le début : Ed Begley, ex-flic amer et manipulateur, Robert Ryan un raté vindicatif et déplaisant dont le racisme exacerbé causera sa perte et Harry Belafonte, musicien endetté jusqu’au cou et lui-même un brin dérangé quand son ex-femme fréquente des « white spots ». Un trio disparate, aux relations volatiles, tellement peu assortis que les failles de leurs personnalités feront tout rater de tragique façon, presque sans intervention extérieure. Le scénario se focalise sur le quotidien de ces anti-héros pathétiques et délaisse un peu trop l’aspect « policier » de l’histoire. Mais c’est admirablement filmé en extérieurs dans un noir & blanc âpre, et le cast est absolument parfait : Ryan est particulièrement inspiré en salopard odieux et geignard, prêt à exploser à la moindre contrariété. Belafonte donne une vraie profondeur à son rôle de charmeur irresponsable. Shelley Winters est bien en fiancée soumise de Ryan et Gloria Grahame égale à elle-même dans deux courtes scènes en voisine de palier allumeuse et idiote. On aperçoit Zohra Lampert dansant dans un bar et Richard Bright en homme de main homosexuel. On sait que « LE COUP DE L’ESCALIER » fut le film préféré de Jean-Pierre Melville et l’influence est sensible par moments, dans le rapport de l’homme à l’environnement, à la ville, dans la froideur des relations humaines. Le final dans l’usine à gaz tombe un peu comme un cheveu sur la soupe, mais la morale de l’histoire est clairement énoncée : comment différencier un blanc d’un noir quand les corps sont carbonisés ?
HAPPY BIRTHDAY, ELLIOTT !
ELLIOTT GOULD, ACTEUR EMBLÉMATIQUE DES SEVENTIES, INOUBLIABLE DANS « LE PRIVÉ », PLUS ACTIF QUE JAMAIS
CHADWICK BOSEMAN : R.I.P.
« TYLER RAKE » (2020)
Inspiré d’une BD, « TYLER RAKE », premier film du cascadeur Sam Hargrave, est une production Netflix qui détone par la qualité de son scénario et par un choix d’extérieurs plutôt rare : le Bangladesh.
Un mercenaire au bout du rouleau (Chris Hemsworth) accepte la mission-suicide d’aller « extraire » le fils (Rudhraksh Jaiswal) d’un narcotrafiquant kidnappé par des rivaux de son père. Il se retrouve avec tout le pays aux basques, mais se prend d’affection pour l’ado dans lequel il voit une forme de rédemption. Sujet bateau, apparemment sans surprise, mais après une exposition longuette, le film décolle brusquement quand notre héros attaque directement le repaire des ravisseurs qu’il massacre sans pitié. Ensuite, « TYLER RAKE » n’est plus qu’une course-poursuite haletante dans les rues surpeuplées de Dakha. Trahi par le « client », plus ou moins guidé par sa chef d’équipe (la belle Golsifteh Farahani) et harcelé par un homme de main particulièrement tenace (Randeep Hooda), notre héros de plus en plus blessé et affaibli, va tenter de regagner l’hélico censé l’extraire, mais se refuse à abandonner son « colis » auquel il s’est attaché. Dans la lignée des « RAMBO », de « COMMANDO » et de « MAN ON FIRE », « TYLER RAKE » est une fête pour l’amateur de films d’action violents. Le rythme – bien que le film dure deux heures – ne se relâche pas une seconde, cela va même tellement vite qu’on comprend mal les revirements ou volte-face de certains personnages. Les combats à mains nues sont d’une brutalité extrême, les blessures semblent vraiment faire mal et la cruauté règne en maître. Hemsworth est excellent, rappelant à la fois Brad Pitt et Benicio Del Toro, dans un rôle de tueur-né hanté par ses péchés. Son adversaire n°1, Hooda, est intelligemment écrit, sans aucun manichéisme. L’affrontement final sur le pont est spectaculaire. Une bien bonne surprise donc, que ce « TYLER RAKE » dont la fin laisse, subtilement, l’espoir d’une suite éventuelle.
CHRIS HEMSWORTH ET RANDEEP HOODA
« JUMANJI : NEXT LEVEL » (2019)
Deux ans après, tout le monde reprend du service pour « JUMANJI : NEXT LEVEL » de Jake Kasdan, une suite/remake du premier opus, qui se lâche complètement et parvient à faire accepter son inutilité foncière et sa redondance aveuglante.
À nouveau propulsés dans un jeu vidéo, les ados échangent leurs avatars et entraînent deux vieillards avec eux : Danny DeVito et Danny Glover ! Le premier intègre le corps musculeux de Dwayne Johnson et le second celui de Kevin Hart. Si on est dans le bon mood, il est très difficile de résister à l’humour délibérément bas-du-front, à l’autodérision permanente du dialogue et aux péripéties aussi incessantes qu’absurdes. Le petit groupe d’aventuriers improbables doit récupérer un joyau dérobé par un roi barbare (Rory McCann de « GAME OF THRONES ») afin de rendre le bonheur aux habitants du pays imaginaire de Jumanji. Ça n’arrête pas une seconde, de courses-poursuites avec des autruches carnivores à une bataille ahurissante sur ses ponts de lianes en mouvement pour échapper à une troupe de mandrills enragés. Si on se laisse faire, on peut y prendre un vrai plaisir, malgré – comme pour le n°1 – une durée exagérée et une sensation de redite. Johnson est égal à lui-même, mais c’est exactement ce qu’on attend de lui, à ce stade de sa carrière. Il est très à l’aise dans le rôle de… Dwayne Johnson. La rappeuse Awkwafina est hilarante en seconde incarnation de DeVito et son imitation des mimiques de celui-ci et de son accent sont irrésistibles. Les autres récurrents réintègrent leurs rôles avec un plaisir évident et réciproque. À noter une jolie apparition de Bebe Neuwirth à la fin et, bien sûr, une amusante saynète pendant le générique-fin. À éviter si on est d’humeur grincheuse, ce « JUMANJI : NEXT LEVEL » tient ses promesses et peut constituer une sympathique façon de tuer deux heures.
JACK BLACK, KEVIN HART, DWAYNE JOHNSON ET KAREN GILLAN