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Archives de Catégorie: LES FILMS D’YVES MONTAND

« SOUVENIRS PERDUS » (1950)

On doit systématiquement se méfier des films à sketches dotés de castings mirobolants. Et « SOUVENIRS PERDUS » ne déroge pas à la règle. Réalisé par Christian-Jaque, écrit par quelques noms prestigieux, il est basé sur un prétexte ridicule (les « souvenirs » de quatre accessoires laissés aux objets perdus) et laisse consterné.

« UNE STATUETTE D’OSIRIS » marque les tristes retrouvailles d’un sordide escroc mythomane (Pierre Brasseur) et d’une femme qu’il a lâchement abandonnée. Longuet, sans enjeu, il tient par l’élégance et la finesse d’Edwige Feuillère et le cabotinage approximatif de Brasseur. On s’y ennuie gentiment. Rien ne prépare pourtant à la chose innommable qu’est « UNE COURONNE MORTUAIRE », sorte de boulevard louchant sur le burlesque, où le réalisateur parvient à rendre imbuvables deux acteurs généralement irréprochables : François Périer en oisif indolent et Suzy Delair, hors-contrôle, en roue-libre, stridente et insupportable en « grue » agitée. « UNE CRAVATE DE FOURRURE » tient à peu près la distance, dans une ambiance de film noir bien glauque, où Danièle Delorme recueille chez elle un fou assassin (Gérard Philipe) récemment échappé d’asile. L’acteur surprend par son jeu fiévreux et parfois inquiétant. Il vaut le coup d’œil. « LE VIOLON » est le plus amusant. Bernard Blier est un agent de police, amoureux d’une jolie veuve, qui la jette involontairement dans les bras d’un séduisant chanteur de rues (Yves Montand). C’est léger et inconsistant, avec un début plutôt drôle (le rêve musical de Blier) et le duo de comédiens est sympathique. Une fois de plus, on se demande pourquoi Montand s’était fait une aussi terrible réputation à ses débuts, alors qu’il se débrouille ici très bien. « SOUVENIRS PERDUS » ne vaut objectivement pas grand-chose et de toute façon le sketch Périer-Delair le condamne définitivement à l’oubli.

GÉRARD PHILIPE, BERNARD BLIER, YVES MONTAND, SUZY DELAIR ET FRANÇOIS PÉRIER
 

« GRAND PRIX » (1966)

« GRAND PRIX » de John Frankenheimer est un film sur le sport, en l’occurrence les courses de Formule 1 et développe, sur une copieuse durée, la vie sentimentale de quelques pilotes et, évidemment, plusieurs courses in extenso.

Si le réalisateur, en pleine possession de ses moyens, donne le maximum pour multiplier les axes de prises de vue acrobatiques, les effets de montage culottés pour l’époque, les split-screens redondants et offre une bande-son élaborée, il n’en reste pas moins qu’il faut se passionner pour ce genre de compétition pour apprécier le film. Le scénario n’est qu’un soap opera boursouflé, farci de clichés, fait de rencontres amoureuses, de séparations, d’épouses angoissées et de coureurs obsédés par le chrono. La distribution est intrigante : James Garner dans un rôle écrit pour Steve McQueen, manque de charisme et semble absent, Yves Montand en champion fatigué, s’en sort encore le mieux malgré les banalités qu’il doit débiter dans la langue de Shakespeare, Jessica Walter et Eva Marie Saint se débrouillent comme elles peuvent de rôles superficiels. Les jeunots de la bande, Françoise Hardy et Antonio Sabàto, sont amusants de gaucherie. Le plus incongru est encore Toshirô Mifune en propriétaire d’une écurie de course à l’anglais approximatif. Le voir en second rôle sans épaisseur est un peu gênant ! On croise également Claude Dauphin ou Geneviève Page. « GRAND PRIX » a une plutôt bonne réputation et Frankenheimer n’est pas à blâmer pour l’ennui qui finit par s’installer pendant les trois heures de projection. Peut-être aurait-il dû se montrer plus sévère au montage et utiliser plus finement la BO de Maurice Jarre ? Ou alors tourner carrément un documentaire sur la Formule 1 ?

EVA MARIE SAINT, YVES MONTAND, TOSHIRÔ MIFUNE, JAMES GARNER ET FRANÇOISE HARDY
 

« LE DIABLE PAR LA QUEUE » (1969)

Écrit par Daniel Boulanger et… Claude Sautet, réalisé par Philippe de Broca, « LE DIABLE PAR LA QUEUE » est une comédie charmante et sensuelle, portée par une distribution exceptionnelle et qui demeure un des meilleurs films de son auteur.

Un château en ruines, une famille d’excentriques, des femmes frustrées qui dépérissent et l’arrivée fracassante d’un malfrat (Yves Montand) en cavale qui va se faire littéralement happer par l’ambiance et par la beauté de ses admiratrices. Voilà le thème, qui n’est d’ailleurs pas sans évoquer celui des « PROIES » (1971) de Don Siegel en infiniment moins dramatique. Même si on n’est généralement pas sensible à l’humour de De Broca, ce film-là fonctionne à merveille, enchante et amuse, grâce à la BO de Georges Delerue et à la perfection du casting : Madeleine Renaud en mamie amorale et autoritaire, Maria Schell et Marthe Keller mère et fille totalement craquantes, Clotilde Joano en artiste éthérée, mais aussi Montand qui s’essaie pour la première fois à un jeu exubérant en roue-libre et s’en sort très bien. Il y a aussi Jean-Pierre Marielle en playboy ringard emperruqué, Jean Rochefort en mari complaisant et Claude Piéplu magnifique en vieux garçon aigri et solitaire. Seuls Tanya Lopert, Xavier Gélin et Jacques Balutin adoptent un jeu ouvertement « comique » qui détone un peu. Excellente surprise donc, que cette re-vision du « DIABLE PAR LA QUEUE », qui a admirablement passé l’épreuve des ans et émoustille sans vulgarité ni voyeurisme, le temps d’une petite fable amorale et joyeuse. À redécouvrir.

YVES MONTAND, MARIA SCHELL, CLAUDE PIÉPLU, MADELEINE RENAUD ET MARTHE KELLER
 

« LES ROUTES DU SUD » (1978)

Un bien alléchant générique pour « LES ROUTES DU SUD » de Joseph Losey : le duo Jorge Semprun au scénario et Yves Montand reformé après les films de Costa-Gavras, une photo du grand Gerry Fisher, et une action située pendant l’agonie et la mort du général Franco en 1975.

On sent l’arrière-plan autobiographique pour Semprun qui s’identifie à Montand, révolutionnaire espagnol désillusionné, exilé en France et devenu un scénariste célèbre. L’homme perd sa femme – elle aussi militante – et rame avec son fils révolté (Laurent Malet) qui lui jette sa copine (Miou Miou) dans les bras. L’histoire est maigre et son centre d’intérêt se trouve dans le passé des personnages, dont on ne verra que quelques bribes. Comme toujours, lorsqu’il est trop bridé dans sa fantaisie naturelle, Montand semble crispé, à cran, malheureux et se traîne dans de longues séquences dialoguées. Un dialogue hélas, didactique dépourvu de la moindre étincelle de vie ou de spontanéité, très mal défendu par les jeunes comédiens visiblement mal à l’aise. Le film fait penser à « LA GUERRE EST FINIE » d’Alain Resnais, également avec Montand, dont il pourrait presque être la suite. On aperçoit même Jean Bouise dans un fugace caméo en noir & blanc. On ne pourra donc pas dire que « LES ROUTES DU SUD » fasse partie des réussites qui émaillent la carrière éclectique mais inégale de Losey. Malgré de belles images de l’océan, de cavaliers russes fantômes et quelques gros-plans intenses de Montand, on s’ennuie copieusement, on sourit même parfois à la platitude du dialogue et à la BO hors-sujet de Michel Legrand. La somme des personnes impliquées dans le projet fait qu’on peut s’accrocher un peu pour découvrir la finalité de tout cela, mais il manque clairement à Montand un partenaire à son niveau pour donner le meilleur de lui-même. C’est loin d’être le cas.

YVES MONTAND ET MIOU MIOU
 

« UN SOIR… UN TRAIN » (1968)

En reconnaissant la voix de Nicole Croisille chantant le générique-début, en voyant arriver les noms d’Yves Montand et Anouk Aimée, on a l’impression que va débuter un Lelouch inédit. Mais il n’en est rien, on en est même très loin !

Écrit et réalisé par André Delvaux d’après une nouvelle de Johan Daisne, « UN SOIR… UN TRAIN » est une co-production franco-belge dont il faut laisser passer la première moitié pour commencer à comprendre de quoi il retourne et y trouver des qualités. On a d’emblée du mal à croire en Montand jouant un prof de linguistique (belge), pédant et macho, traitant sa compagne (Aimée) en quantité négligeable et mangeant des huîtres dans une séquence qui paraît ne jamais devoir finir. Ça commence à s’animer (un peu) avec le voyage en train et encore plus quand Montand descend du dit-train avec deux inconnus et se retrouve dans un no man’s land des plus étranges et désolés. L’amateur de fantastique « quotidien » aura compris très tôt que l’accumulation de bizarreries et de situations indéchiffrables amène à une seule issue, le célèbre « tout ça n’était qu’un rêve » avec comme enjeu la mort de plusieurs protagonistes. Par instants, on est conquis (l’errance du trio dans la toundra, leur arrivée dans un restaurant plus que glauque), mais quand arrive la « grande révélation » censée surprendre tout le monde, on sourit de la naïveté du scénario et du mal que s’est donné l’auteur pour un sujet tant de fois rabâché dans les « TWILIGHT ZONE » de Rod Serling ou autres. Montand, comme souvent quand il n’a rien de concret à jouer, semble perdu, mal à l’aise, Anouk Aimée a rarement été plus belle (photographiée par Ghislain Cloquet) et on reconnaît brièvement Michael Gough qui incarna Alfred dans quelques « BATMAN ». À l’arrivée, un film qui a vu sa réputation grandir avec les années, mais qui risque de provoquer une vague d’ennui irrépressible pour un public d’aujourd’hui.

ANOUK AIMÉE ET YVES MONTAND
 

« LE SALAIRE DE LA PEUR » (1953)

Écrit et réalisé par Henri-Georges Clouzot, d’après un roman de Georges Arnaud, « LE SALAIRE DE LA PEUR » est un des plus grands films d’aventures dramatiques du cinéma français, toujours aussi puissant 70 ans après sa sortie. Situé en Amérique du sud, il fut entièrement filmé en Camargue.

Tout le monde connaît l’histoire : un puits de pétrole en flammes, de la nitro à transporter en camion pour éteindre l’incendie et quatre paumés, tous exilés, prêts à tout pour s’arracher à leur misère. Le film met 40 minutes à entrer dans le vif du sujet, mais il en dure 156 et sait comment les remplir. Les personnages sont magnifiquement brossés et le casting est d’une perfection admirable : Charles Vanel en vieux caïd parigot, Yves Montand en voyou un peu gigolo sur les bords, Folco Lulli en maçon généreux et Peter Van Eyck en Allemand désespéré. Si on retient surtout les trajets de plus en plus dangereux, semés d’embûches mortelles, c’est la relation entre les co-équipiers Montand et Vanel qui capte l’attention. D’abord impressionné et soumis par son aîné, Montand va vite comprendre – au cours des premiers kilomètres du périple – que celui-ci n’est qu’un lâche pitoyable. L’inversion des rapports dominant/dominé est passionnante et même d’une cruauté terrible. Vanel trouve un de ses meilleurs rôles, un personnage assez abject dont il parvient à extirper l’humanité. Montand, dont le jeu encore incertain a beaucoup été critiqué au fil des ans, apparaît bien meilleur qu’on a bien voulu le faire croire. Lulli et Van Eyck sont des partenaires tout à fait à la hauteur. Sans oublier Vera Clouzot, touchante, en femme de ménage, esclave sexuelle de l’infâme Dario Moreno. Bien sûr, on n’a jamais la sensation de se trouver dans un pays exotique et les extérieurs du sud de la France sont très reconnaissables. Mais ça n’a aucune importance : « LE SALAIRE DE LA PEUR » est un chef-d’œuvre de suspense, génialement cadré et monté, sans la moindre facilité.

À noter : « LE CONVOI DE LA PEUR » (1977) de William Friedkin est une autre adaptation du même roman, tout aussi réussie et anthologique.

CHARLES VANEL, YVES MONTAND, PETER VAN EYCK ET FOLCO LULLI
 

« TOUT FEU, TOUT FLAMME » (1982)

Écrit et réalisé par Jean-Paul Rappeneau, « TOUT FEU, TOUT FLAMME » associe la vieille garde du vedettariat français, Yves Montand et la nouvelle génération représentée par Isabelle Adjani. Pas amants, heureusement, mais père et fille.

Le sujet ? Les retrouvailles tardives d’un escroc égoïste et irresponsable et de sa fille aînée qui s’est occupée seule de sa fratrie et lui en veut à mort, malgré une carrière brillante dans la politique. Mais comme souvent chez cet auteur, vient se mêler une sous-intrigue policière poussive, mécanique, sans réel intérêt et qui, au lieu de dynamiser l’intrigue, l’éparpille et appauvrit les relations potentiellement intrigantes entre les personnages. Un peu comme dans « LE SAUVAGE » du même Rappeneau avec le même Montand. Celui-ci retrouve un rôle qu’il connaît trop bien, un frère jumeau des protagonistes de « LE DIABLE PAR LA QUEUE » et « LE GRAND ESCOGRIFFE ». On connaît par cœur ses mimiques rusées, ses « héhéhé ! » lâchés à tout bout de champ. Il a de bons moments (la séquence où il parle chinois), mais c’est vraiment la routine pour lui. Adjani est plus convaincante en « emmerdeuse » émotive mais déterminée, tout à fait charmante. Jean-Luc Bideau est amusant en associé planche-pourrie, Lauren Hutton malgré un accent à couper au couteau, s’en sort plutôt bien. Seul Pinkas Braun, en banquier/gangster suisse est pénible à la longue. Le film se laisse regarder pour la belle photo de Pierre Lhomme, la BO entraînante de Michel Berger, mais son manque de souffle et d’ambition empêche que la moindre émotion s’immisce ou qu’un vrai tempo de comédie s’impose. Les fans d’Isabelle Adjani seront probablement aux anges, d’autant plus qu’elle forme déjà un duo amoureux avec son futur partenaire de « L’ÉTÉ MEURTRIER », Alain Souchon.

YVES MONTAND, ISABELLE ADJANI, LAUREN HUTTON ET JEAN-LUC BIDEAU
 

« LA FOLIE DES GRANDEURS » (1971)

Inspirée de « Ruy Blas », l’œuvre de Victor Hugo, « LA FOLIE DES GRANDEURS » de Gérard Oury fut tourné à Almeria (qui, pour une fois, ne sert pas d’ersatz à l’Ouest américain !) et relate le complot infâme du ministre Don Salluste (Louis de Funès) pour compromettre la reine d’Espagne et asseoir son pouvoir.

Classique aujourd’hui intouchable de la tétralogie que l’auteur tourna avec le comédien, c’est un film dont la plupart des répliques est entrée dans le langage courant, dont la moindre mimique de De Funès est devenue anthologique (« Qu’est-ce que je vais devenir ? Je suis ministre, je ne sais rien faire ! »). En tant que film, les années n’ont pas été très clémentes avec « LA FOLIE… » : filmage au zoom, BO envahissante de Polnareff, enchaînements de séquences souvent cavaliers et ellipses bâclées, disons que l’emballage a pris un gros coup de vieux. De même, les scènes n’incluant pas De Funès (et il y en a beaucoup) sont pénibles et peu drôles. Sans mentionner les « gags » visuels d’une finesse fluctuante, les personnages féminins grossièrement dépeints, de la reine idiote à la vilaine duègne à la libido déchaînée… Heureusement, la chose qui fonctionne encore, c’est le duo De Funès/Yves Montand. Le premier en noble corrompu, fourbe et obséquieux, à son meilleur et le second dans un rôle de valet originellement écrit pour Bourvil. Pour épouser la personnalité publique de Montand, les auteurs lui ont collé une conscience sociale (c’est un prolo qui dépouille les riches, défend les pauvres, en gros) et utilisent bien sa verve comique. Le duo est étonnamment assorti et ils ont plusieurs moments anthologiques qui valent qu’on revoie le film. Film patrimonial, incritiquable, foncièrement sympathique, « LA FOLIE DES GRANDEURS » est à prendre comme il est, pour ce qu’il est, car chercher la petite bête serait à la fois facile et vain.

LOUIS DE FUNÈS ET YVES MONTAND
 

« CLAIR DE FEMME » (1979)

Inspiré d’un roman de Romain Gary, « CLAIR DE FEMME » est le 6ème et dernier film (si on compte le caméo de « SECTION SPÉCIALE ») que Costa-Gavras tourna avec Yves Montand. Il marque également les retrouvailles de celui-ci avec Romy Schneider, sa partenaire de « CÉSAR ET ROSALIE » sept ans plus tôt.

L’histoire est celle d’une nuit d’errance, celle d’un homme qui attend que sa femme, seule chez elle, se suicide pour abréger ses souffrances. Et sa rencontre avec Romy, qui a récemment perdu sa fille. Deux désespoirs qui s’accrochent l’un à l’autre, des rencontres pathétiques et sordides sur leur route. C’est extrêmement noir, le thème évoque parfois « LE DERNIER TANGO À PARIS ». Les deux vedettes, un peu vieillies, n’ont rien perdu de leur talent. Hélas, le dialogue est terriblement littéraire, tuant trop souvent la possibilité d’une émotion sincère. Montand est excellent, surtout dans ses moments de sombre dérision, elle comme toujours, est à fleur de peau. Mais quelque chose ne passe pas : ils parlent trop, s’analysent trop. Il y des séquences longues et pénibles (le music-hall avec le numéro de chiens, à se flinguer), d’autres sont riches et teintées de folie (la soirée russe), mais le film ne convainc qu’à 50%. Heureusement, Gavras a choisi de grandes pointures dans de petits rôles : Lila Kedrova en belle-mère fantasque, François Perrot extraordinaire, Romolo Valli et Heinz Bennent dans une courte séquence au téléphone. On reconnaît des débutants comme Jean Reno en képi et Roberto Begnini en barman volubile. « CLAIR DE FEMME » aurait probablement pu être un beau film, s’il s’était un peu plus éloigné de sa source romanesque, pour traduire en images la noirceur lyrique du texte. C’est dommage, mais il mérite d’être vu pour sa distribution.

ROMOLO VALLI, ROBERTO BEGNINI, YVES MONTAND, ROMY SCHNEIDER, FRANÇOIS PERROT ET LILA KEDROVA
 

« Z » (1969)

JEAN-LOUIS TRINTIGNANT

Tourné en pleine dictature des colonels en Grèce (1967-1974), écrit par Jorge Semprun et Costa-Gavras, réalisé par le second, « Z » inspiré de faits réels, est un film éminemment politique et militant produit à chaud. La Grèce n’est jamais nommée, le film fut tourné en Algérie, mais la BO de Mikis Theodorakis ne laisse planer aucun doute quant au pays dont on parle.

Le génie de Gavras est d’avoir traité « Z » non pas comme un pamphlet hermétique pour happy few, mais comme un thriller haletant, au rythme fiévreux, à l’énergie communicative. Il ne laisse guère d’espoir sur l’issue de cette lutte héroïque mais inégale, mais tient en haleine par son montage exemplaire, son filmage « à l’arrache » (photo de Raoul Coutard) et par la puissance d’un des plus fabuleux castings des années 60 : Yves Montand apparaît peu, mais marque le film, dans le rôle charismatique du député de gauche assassiné, Jacques Perrin – également producteur – excelle en journaliste courageux, Marcel Bozzuffi crève l’écran en tueur infantile et pédophile, les affreux militaires sont campés à la limite de la caricature par Pierre Dux et Julien Guiomar, on pourrait tous les citer tant ils sont impliqués et parfaitement à leur place. Irène Papas, véritable incarnation de la Grèce (elle se prénomme « Hélène ») joue la veuve tragique, pratiquement sans dialogue. Et il y a Charles Denner magnifique, Bernard Fresson, Jean Bouise, un vrai défilé ! Mais c’est Jean-Louis Trintignant qui emporte le morceau dans un rôle de « petit juge », d’abord introduit comme un figurant, puis comme une silhouette effacée, avant de s’accaparer le film dans la seconde partie et d’en devenir le « héros » : un homme austère, un apparatchik du pouvoir qui s’éveille progressivement à la conscience. Un juste. Un des plus beaux personnages incarnés par l’acteur, qui résume très bien sa personnalité à l’écran. « Z » a un peu vieilli dans la forme, mais ce n’est nullement dommageable. C’est un pur chef-d’œuvre de cinéma politique intelligent et populaire.

YVES MONTAND, JEAN-LOUIS TRINTIGNANT, MARCEL BOZZUFFI ET IRÈNE PAPAS