On doit systématiquement se méfier des films à sketches dotés de castings mirobolants. Et « SOUVENIRS PERDUS » ne déroge pas à la règle. Réalisé par Christian-Jaque, écrit par quelques noms prestigieux, il est basé sur un prétexte ridicule (les « souvenirs » de quatre accessoires laissés aux objets perdus) et laisse consterné.
« UNE STATUETTE D’OSIRIS » marque les tristes retrouvailles d’un sordide escroc mythomane (Pierre Brasseur) et d’une femme qu’il a lâchement abandonnée. Longuet, sans enjeu, il tient par l’élégance et la finesse d’Edwige Feuillère et le cabotinage approximatif de Brasseur. On s’y ennuie gentiment. Rien ne prépare pourtant à la chose innommable qu’est « UNE COURONNE MORTUAIRE », sorte de boulevard louchant sur le burlesque, où le réalisateur parvient à rendre imbuvables deux acteurs généralement irréprochables : François Périer en oisif indolent et Suzy Delair, hors-contrôle, en roue-libre, stridente et insupportable en « grue » agitée. « UNE CRAVATE DE FOURRURE » tient à peu près la distance, dans une ambiance de film noir bien glauque, où Danièle Delorme recueille chez elle un fou assassin (Gérard Philipe) récemment échappé d’asile. L’acteur surprend par son jeu fiévreux et parfois inquiétant. Il vaut le coup d’œil. « LE VIOLON » est le plus amusant. Bernard Blier est un agent de police, amoureux d’une jolie veuve, qui la jette involontairement dans les bras d’un séduisant chanteur de rues (Yves Montand). C’est léger et inconsistant, avec un début plutôt drôle (le rêve musical de Blier) et le duo de comédiens est sympathique. Une fois de plus, on se demande pourquoi Montand s’était fait une aussi terrible réputation à ses débuts, alors qu’il se débrouille ici très bien. « SOUVENIRS PERDUS » ne vaut objectivement pas grand-chose et de toute façon le sketch Périer-Delair le condamne définitivement à l’oubli.