TED POST (1918-2013), BON RÉALISATEUR DE TV QUI TOURNA QUELQUES LONGS-MÉTRAGES À SUCCÈS DANS LES ANNÉES 70. LONGTEMPS PROCHE D’EASTWOOD.
Archives Mensuelles: mars 2017
« THE NIGHT OF » (2016)
Quand deux auteurs comme Steve Zaillian (« LA LISTE DE SCHINDLER ») et Richard Price (« SEA OF LOVE ») unissent leurs efforts pour créer une minisérie judiciaire (inspirée de « CRIMINAL JUSTICE », série anglaise de 2008 qui connut deux saisons), cela donne un étonnant chef-d’œuvre de la TV contemporaine en 8 épisodes, dont deux de 90 minutes : « THE NIGHT OF ».
Tournant autour de deux protagonistes : un jeune homme d’origines pakistanaises (Riz Ahmed) accusé du meurtre sauvage d’une jeune femme et son avocat (John Turturro), un laissé-pour-compte à la carrière minable, tourmenté par un eczéma galopant, ce long téléfilm de dix heures s’avère passionnant de bout en bout. Avec une lenteur délibérée, il suit l’évolution du garçon en prison, laissant planer l’ambiguïté sur sa culpabilité et décrit sa métamorphose physique et morale pour survivre. Mais « THE NIGHT OF » s’attarde aussi sur la corruption presque inconsciente d’un flic (Bill Camp) au bord de la retraite, paresseux et bâclant son enquête, d’une procureure (extraordinaire Jeannie Berlin) encline à « plier l’affaire » le plus rapidement possible, quitte à tricher un peu. Il y a aussi Michael Kenneth Williams, magnifique en caïd de Rikers, aussi impitoyable qu’humain. Et puis… le chat. Ce félin abandonné, recueilli par Turturro, malgré son allergie et dont on suit le parcours, jusqu’à l’ultime image qui laisse sur un sourire inespéré. La minisérie aborde également en filigrane des broutilles comme les préjugés, le racisme, la loi de la jungle, etc. C’est absolument fascinant de précision, jusque dans les fausses-pistes parfaitement crédibles et étayées, jamais manichéen (l’étonnant revirement de la mère excellemment campée par Poorna Jagannathan) et Turturro trouve son meilleur rôle depuis des lustres. Il est superbe en ringard malchanceux et repoussant à cause de sa maladie, mais pourtant généreux et jamais battu. Il est pour beaucoup dans le « supplément d’âme » de cette irréprochable minisérie.
À noter que le rôle fut créé pour le regretté James Gandolfini, crédité au générique comme producteur.
JOHN TURTURRO ET RIZ AHMED
« MICKEY LES YEUX BLEUS » (1999)
Le concept, il est aussi simple à vendre que difficile à louper : on reprend tel quel l’antihéros anglais maladroit, mais séduisant de « 4 MARIAGES, UN ENTERREMENT » et de « COUP DE FOUDRE À NOTTING HILL » et on le jette tout vif dans l’univers des « SOPRANO », dont la 1ère saison fut diffusée la même année.
« MICKEY LES YEUX BLEUS », réalisé par le téléaste Kelly Makin, fait feu de tous bois, recycle tous les vieux trucs du film de mafia, les gimmicks les plus éculés (la fin est carrément décalquée sur celle de « L’ARNAQUE ») et mise tout sur les réactions d’un Hugh Grant au sommet de sa carrière. Et là, pour le coup, c’est vraiment une fête ! Les scènes où, englué dans un engrenage criminel, il tente de singer l’accent mafieux et de se faire passer pour un ‘tough guy’, sont à pleurer de rire. Ses échanges de répliques avec James Caan sont de purs régals qu’on peut revoir plusieurs fois d’affilée en riant toujours autant. Bien sûr, tout cela n’est pas d’une grande finesse, le scénario tire en longueur et fait fi de toute vraisemblance, mais ça fonctionne. D’autant que le moindre petit rôle de porte-flingue est tenu par une « tronche » vue dans « LES AFFRANCHIS », « LE PARRAIN » ou « LES SOPRANO », et que le plus modeste personnage a son moment hilarant (la cousine dépressive avec son appareil-photo, les deux agents du FBI, irrésistibles). « MICKEY LES YEUX BLEUS » touche au cœur de la cible qu’il s’était fixée : signer un pastiche du film de gangster moderne, en montrer les aspects ridicules et bidonnés, grâce à un grain de sable qui décale tout. Autour de Grant, vraiment exceptionnel de drôlerie, Jeanne Tripplehorn est très bien en « mafia princess », Burt Young anxiogène en caïd taciturne, Joe Viterelli égal à lui-même et James Fox fabuleux en galeriste snob et un peu givré. Sa scène avec Grant dans les WC est anthologique ! Moins connu, mais certainement plus réussi que « MAFIA BLUES », dans un créneau très similaire. À savourer. Dernière recommandation : un film à voir absolument en v.o. pour goûter les différences d’accents.
HUGH GRANT, JAMES CAAN, JEANNE TRIPPLEHORN ET JAMES FOX
BRANDO INÉDIT…
Un peu d’archéologie, aujourd’hui ! Marlon Brando, acteur mythique parmi les mythiques, roi du comeback, fauteur de troubles invétéré, personnage insaisissable et ingérable, n’a tourné en fait qu’une petite quarantaine de films entre 1950 et 2001.
Tous ces films sont connus, répertoriés, commentés au fil des livres le concernant, des diffusions télé et des rééditions en DVD ou Blu-ray. Ce qu’on sait moins, c’est qu’avant de débuter au cinéma avec « C’ÉTAIENT DES HOMMES » directement en tête d’affiche, Brando avait tourné deux téléfilms.
Le premier, adapté d’une histoire de Henry Kane, fait partie de la collection « ACTOR’S STUDIO ». Diffusé en 1949, « I’M NO HERO » (réalisateur inconnu) voit Brando en jeune médecin obligé d’opérer un gangster blessé, qui le menace de son arme. Ce face-à-face entre la sensation de Broadway et le second rôle Harry Bellaver durait 26 minutes.
L’année suivante, Marlon apparaît dans « COME OUT FIGHTING » réalisateur anonyme également, téléfilm d’une même durée, qui aurait dû être le pilote d’une série jamais tournée. Il y incarne un boxeur nommé ‘Jimmy Brand’ aux côtés de Richard Boone (qu’il retrouvera 18 ans plus tard dans « LA NUIT DU LENDEMAIN » au cinéma), Lee Tracy, J. Edward Bromberg et Audrey Christie. Ces deux œuvres n’ont jamais refait surface depuis leur sortie. Ont-elles disparu corps et biens ? Sont-elles récupérables dans les archives d’une chaîne de TV ? On serait bien aise de les voir exhumées un jour ou l’autre. Par simple curiosité…
HAPPY BIRTHDAY, ANNA-LISA !
ANNA-LISA, ACTRICE NORVÉGIENNE QUI FIT UNE PETITE CARRIÈRE À LA TV AMÉRICAINE DANS LES ANNÉES 50 ET 60.
« TROIE » (2004)
Qu’on ait lu l’œuvre d’Homère ou pas, qu’on apprécie les péplums hollywoodiens ou non, qu’on rechigne à se plonger dans un film de plus de trois heures, on ne pourra pas nier – en toute objectivité – que le « TROIE » de Wolfgang Petersen est une sacrée tranche de cinoche !
D’une ambition démente, d’une ampleur peu commune, intégrant les CGI sans le moindre débordement, traitant tous les (très nombreux) personnages avec attention sans jamais perdre de vue le mouvement général, « TROIE » cloue sur son fauteuil et entraîne dans une grande aventure épique, adulte, politique, jamais naïve ou complaisante, traitant des héros de légende comme des êtres humains faillibles et paradoxaux. Bref : une totale réussite et un monument du genre. Le cast est quasi-parfait : Eric Bana et Orlando Bloom sont peut-être un peu falots, mais au fond cela correspond bien à leurs rôles, surtout en opposition à Brad Pitt qui compose un extraordinaire ‘Achille’. Présenté comme une sorte de rock star bodybuildée, une brute narcissique et barbare, il parvient à donner une réelle épaisseur à ce héros légendaire, aussi attachant qu’il est odieux. Superbe dans les scènes d’action (son combat à mort avec Bana), Pitt est également impressionnant dans son face-à-face poignant avec le vieux roi Peter O’Toole venu le supplier de restituer le cadavre de son fils. Les comédiennes sont aussi belles qu’impeccables (Diane Kruger en Hélène, Saffron Burrows, Rose Byrne et même Julie Christie dans une brève apparition) et pour les seconds rôles, on a droit au top du top : Brian Cox, affreux Agamemnon, Brendan Gleeson, Sean Bean en Ulysse peu sympathique, James Cosmo, etc. « TROIE », peut-être sous-évalué à sa sortie, est un grand film qui revitalise un genre tombé en désuétude. Les scènes de bataille, la destruction de Troie, sont des morceaux de bravoure étonnants et la BO de James Horner accompagne l’épopée avec style. À redécouvrir…
À noter : le film sortit d’abord à 163 minutes, mais fut suivi d’un ‘director’s cut’ de 196 minutes. C’est ce dernier qui est chroniqué ici.
HAPPY BIRTHDAY, BRENDAN !
BRENDAN GLEESON, ACTEUR IRLANDAIS HAUT-EN-COULEUR, UN DES GRANDS DE SA GÉNÉRATION EN VEDETTE OU EN SECOND RÔLE.
« EL PERDIDO » (1961)
Robert Aldrich à la réalisation, Dalton Trumbo au scénario et la star Kirk Douglas qui sortaient à peine de leur succès « SPARTACUS », Rock Hudson et Dorothy Malone pour la troisième fois partenaires après deux Douglas Sirk, les décors arides du Mexique, l’ambiance western… On voit mal comment « EL PERDIDO » pourrait être inintéressant.
D’ailleurs il ne l’est pas, loin de là. Mais bizarre, il l’est, sans le moindre doute ! C’est en fait un mélodrame classique avec son lot d’amours contrariées, de séparations irréparables, de coups de théâtre et de grands sentiments, relocalisé dans l’univers du Far-West hollywoodien. Le film est inégal, par moments assez âpre (l’humiliation de Joseph Cotten, juste avant sa mort), à d’autres complaisant (les chansonnettes hors-sujet poussées par Douglas), et souvent même assez osé : l’ombre de l’inceste plane au-dessus de la dernière partie non exempte d’ambiguïté sur la consommation de l’acte. Quelque chose a dû échapper aux censeurs ! Aldrich a toujours ce vieux sens du cadrage dynamique, du montage « cut », mais son film paraît bancal : il prend le temps de présenter des cowboys menaçants (Neville Brand, James Westmoreland et Jack Elam) pour ne leur donner que de fugaces silhouettes (coupes montage ?), il s’attarde sur une tempête de sable qui rend l’action pratiquement illisible et dilue l’intérêt et le suspense. Il met tout en place pour un face-à-face bourré de testostérone et n’offre à Douglas que Hudson comme rival. Si le premier exulte dans un personnage de voyou poète et névrosé rappelant « L’HOMME QUI N’A PAS D’ÉTOILE », le second semble distrait, jamais tout à fait présent. Leurs scènes ensemble ne prennent jamais corps tant leurs styles de jeu sont mal accordés. À leurs côtés, Malone est très bien en tough girl à qui on ne la fait pas et Carol Lynley adorable en jeune fille pure, mais déterminée. Regis Toomey tient un rôle intrigant de témoin muet, mais dont le regard en dit long, préfigurant un peu Alias dans « PAT GARRETT & BILLY THE KID ». Sans compter parmi les vraies réussites d’Aldrich, « EL PERDIDO » tient tout de même bien la route, supporté en grande partie par les épaules de Douglas, charismatique à souhait en « good bad guy » en proie à des crises de rage homicide, tout de noir vêtu et portant de surprenants foulards de couleur.
BLUE JUBAL…
SORTIE FRANÇAISE ET EN BLU-RAY DE « L’HOMME DE NULLE-PART », HONNÊTE WESTERN DE 1956 AVEC STEIGER, BRONSON, BORGNINE, ELAM…
CHRISTINE KAUFMANN : R.I.P.
CHRISTINE KAUFMANN (1945-2017), ACTRICE AUTRICHIENNE À LA CARRIÈRE INTERNATIONALE, ELLE FUT L’ÉPOUSE DE TONY CURTIS.