« L’ASSASSINAT DE JESSE JAMES PAR LE LÂCHE ROBERT FORD » d’Andrew Dominik porte en son titre toute l’ironie et l’ambiguïté de cette nouvelle version du mythe du légendaire hors-la-loi, bien éloignée des précédentes interprétations.
Car Jesse (Brad Pitt), le « Robin des bois » américain, n’était apparemment qu’un sociopathe paranoïaque et imprévisible, tirant dans le dos de ses victimes et terrorisant son entourage par ses sautes d’humeur létales. Quant au « lâche » Ford (Casey Affleck), c’était un jeune fan idolâtre, qui voit s’effriter peu à peu l’image de son héros, jusqu’à ce que celui-ci menace sa propre vie. Cette (ré)vision des choses change évidemment la donne de A à Z. Dominik tourne le dos au pittoresque du vieil Ouest, au bigger than life du genre western tout entier, pour décrire une Amérique blafarde, glacée et lugubre où se débattent des individus primitifs voués à la mort à plus ou moins brève échéance. C’est long – presque 3 heures ! – parfois monotone, mais la qualité de l’écriture et de la distribution laisse rivé à l’écran. Pitt trouve un de ses grands rôles. Enlaidi, l’œil éteint, l’air groggy et à côté de la plaque la moitié du temps, il crée une formidable tension à l’image. Son Jesse est un tueur-né, un fauve à l’affût, plus effrayant qu’admirable. Affleck donne une profondeur inattendue à son rôle si peu gratifiant. D’excellents seconds rôles comme Sam Rockwell, Mary-Louise Parker, Sam Shepard dans le rôle de Frank James, Jeremy Renner ou Garret Dillahunt (qui sent venir la mort dans un face à face électrisant avec Jesse) étoffent magnifiquement l’arrière-plan, de ce qui n’est au fond que la longue confrontation entre deux hommes figés dans une légende qui ne leur correspondait probablement pas. On pense à la démarche de Sam Peckinpah quand il tourna « PAT GARRETT & BILLY THE KID ».