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Archives de Catégorie: LES FILMS DE JACK ELAM

« PAT GARRETT & BILLY THE KID » (1973)

« PAT GARRETT & BILLY THE KID » n’est peut-être pas le film le plus immédiatement associé au nom de Sam Peckinpah, mais c’est celui qui lui ressemble le plus, y compris au niveau des difficultés qu’il a dû surmonter pour acquérir sa forme actuelle, après plusieurs versions différentes. C’est celle des 50 ans du film qui est chroniquée ici. Enfin !

Se basant sur la légende du hors-la-loi William Bonney et de son ex-complice Pat Garrett, devenu shérif, Peckinpah raconte une fois encore la fin d’une ère, le crépuscule d’une race d’hommes, et plus largement, le début de la vieillesse, et la trahison de ses idéaux. Si la sympathie du réalisateur va évidemment à Billy, jeune rebelle insouciant, aimable et charismatique, c’est Garrett qu’il semble comprendre le mieux, même s’il le dégoûte. Sans doute parce qu’il le dégoûte. Campé par James Coburn dans ce qui restera son meilleur travail de comédien, Garrett est un mort-vivant (« You’re dead inside », lui dit sa femme dans une scène cruciale, longtemps invisible), qui a vendu son âme aux gros propriétaires, pour une étoile de fer blanc, et l’assurance qu’il montera dans le train en marche du progrès et du 20ème siècle qui approche. Pour ce faire, il devra tuer son passé, et le jeune homme qu’il fut, symbolisés par Billy qui lui, préfère mourir que de renoncer à lui-même. Étrange « héros », que cet homme vieilli avant l’âge, méprisé de tous, qui finit par ne plus supporter son propre reflet dans le miroir, et s’en va seul à la fin, sous les jets de cailloux d’un gamin écœuré. Véritable préfiguration de certains hommes politiques, qui ont fait de la trahison, un mode de fonctionnement. À ses côtés, Kris Kristofferson est un inoubliable Billy, enfant des rues mal grandi, qui semble savoir que son ancien ami, est pour lui la mort incarnée, et préfère l’attendre tranquillement, en buvant et en faisant l’amour, plutôt que de s’enfuir dans un monde qui ne veut plus de lui. « PAT GARRETT & BILLY THE KID » refuse tout sensationnalisme, toute « efficacité » à l’Américaine, pour réduire son scénario à une double dérive déstructurée, dans un Ouest sinistre, grouillant de porcs et de poules, où les hommes traînent toute la journée dans la poussière, s’assomment de mauvais whisky, et s’échangent des prostituées mexicaines fatiguées. Peckinpah s’attarde sur des instants volés, comme l’agonie de Slim Pickens devant une rivière, lui qui rêvait de prendre la mer, ou cet échange de coups de feu entre Garrett et un émigrant passant sur sa barque, au crépuscule. Moments magiques, parcelles d’éternité, apparemment inutiles au déroulement de l’histoire, mais qui en font tout le prix. Citons la BO atypique de Bob Dylan, qui est pour beaucoup dans l’envoûtement durable généré par le film, et dont certaines chansons comme « Knockin’ on heaven’s door » serrent la gorge. Également présent comme acteur, Dylan compose une curieuse silhouette en filigrane, jamais vraiment intégrée au récit, comme la vedette d’un film à l’intérieur du film. Une sorte de témoin de la légende qui se construit. Sam Peckinpah lui-même apparaît brièvement à la fin, dans un rôle de croque-morts, qui conseille à Garrett d’en finir au plus vite. « PAT GARRETT & BILLY THE KID » a mis longtemps à s’installer dans les grands classiques du western, mais dans son montage définitif, c’est un authentique chef-d’œuvre et un hommage bouleversant à un monde disparu, dont Peckinpah laisse entendre – à la façon de Leone – qu’il n’a peut-être jamais existé.

KRIS KRISTOFFERSON, JAMES COBURN ET JACK ELAM
 

« L’ÉQUIPÉE DU CANNONBALL » (1981)

Réalisé par le régleur de cascades Hal Needham, « L’ÉQUIPÉE DU CANNONBALL » est un film qu’on doit voir pour le croire. C’est à peine écrit (une course de voitures illégale à travers les U.S.A.), tourné comme un film d’amateur Super-8 et interprété par une bande de vieux potes en roue-libre, visiblement heureux de se retrouver.

Bien sûr, voir au même générique et parfois dans un même plan, des icônes des années 60 et 70 comme Burt Reynolds, Farrah Fawcett, Roger Moore (en mytho qui se prend pour… Roger Moore), Dean Martin, Sammy Davis, Jr., Jackie Chan et tant d’autres, cela peut s’avérer irrésistible pour le fan nostalgique. Mais c’est un piège à gogos ! Le scénario est une succession décousue de mini-sketches à l’humour éléphantesque, le gros Dom DeLuise s’accapare les trois-quarts du film dans un rôle comique sans garde-fou, et Reynolds demeure en retrait comme un spectateur hilare. C’est excessivement ennuyeux, sans raison d’être, mais on peut (éventuellement) sourire aux apparitions de Jack Elam en médecin chnouffé, à la séquence de Moore avec sa mère, au décolleté d’Adrienne Barbeau. Mais « Dino », cramoisi et bouffi d’alcool et Davis absolument pas dirigé, font peine à voir et Valerie Perrine n’apparaît que le temps d’un caméo en flic de la route. Si on peut, un jour de très grande clémence, recommander « L’ÉQUIPÉE DU CANNONBALL », ce sera pour son générique-fin, composé de prises ratées à cause de l’hilarité des comédiens. Il faut voir Reynolds balancer des (vraies) baffes à DeLuise pour calmer ses fous-rires et l’équipe tout entière morte de rire devant le même DeLuise déguisé en super-héros, cela ferait presque pardonner les atroces 90 minutes qui ont précédé. Presque…

ROGER MOORE, DEAN MARTIN, SAMMY DAVIS, JR., BURT REYNOLDS, DOM DeLUISE ET JACK ELAM
 

« LE SURVIVANT DES MONTS LOINTAINS » (1957)

Tout le monde se souvient de « JOHNNY GUITARE » et de l’homme à l’harmonica de « IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST », mais l’accordéon de James Stewart dans « LE SURVIVANT DES MONTS LOINTAINS » n’est pas entré dans le panthéon des instruments musicaux westerniens.

Il faut dire que le film est bizarre : on dirait un film d’Anthony Mann (la présence et le look de Stewart, les personnages féminins, les extérieurs, etc.) mais il est signé James Neilson. Il oscille entre drame et comédie sur un scénario manquant de colonne vertébrale. Très joli à regarder bien sûr, grâce à la photo de William H. Daniels, mais la BO de Dimitri Tiomkin casse un peu la tête et les protagonistes sont peu attachants. À presque 50 ans, Stewart en fait 15 de plus et ressasse ses vieux maniérismes, peu crédible en dur-à-cuire rangé des voitures. Même chose pour le poupin Audie Murphy, en cuir noir tel un « rebelle sans cause » auquel ne manque plus qu’une grosse moto. Dan Duryea joue les bad guys avec sa voix aiguë et parmi ses sbires, on aperçoit Jack Elam quasi figurant et le grimaçant Robert J. Wilke. Le jeune Brandon DeWilde se prénomme à nouveau Joey comme dans « L’HOMME DES VALLÉES PERDUES ». En fait, ce qui dérange dans ce « SURVIVANT… », c’est qu’il a vraiment tout pour plaire, mais qu’il manque de souffle, d’ampleur et même d’émotion. Jimmy Stewart surtout semble jouer dans le remake d’un de ses succès avec Mann et ses chansons à l’accordéon sont plus embarrassantes qu’autre chose. Le film est en tout cas intéressant en comparaison avec ceux du tandem Mann-Stewart, puisqu’il permet de comprendre l’apport énorme du réalisateur dans la réussite de ses westerns des années 50.

BRANDON DE WILDE, JAMES STEWART, DAN DURYEA, JACK ELAM ET AUDIE MURPHY
 

« VAQUERO ! » (1953)

« VAQUERO ! » est un petit western, filmé sans panache par John Farrow, dont la seule originalité provient des relations entre personnages, étonnamment « adultes » pour l’époque et pour le genre. Et aussi (surtout) parce qu’il offre à Anthony Quinn le rôle principal, même s’il figure en 4ème place au générique, dans une police de caractères plus petite que celle allouée aux trois stars en titre.

Robert Taylor, taiseux impassible, joue le bras-droit du tonitruant bandido Quinn. Les deux hommes ont été élevés ensemble et il existe entre eux une tension permanente dont on devine, peu à peu, qu’elle découle d’une ambiguïté foncière : individu fruste et cruel, Quinn est amoureux de Taylor ! C’est (presque clairement) établi dans le dialogue. Le problème est que le second ne partage pas ces sentiments très peu westerniens. Il tombe d’ailleurs amoureux de l’épouse (Ava Gardner) de son nouvel employeur, le rancher Howard Keel. Drôle de quatuor romantique, puisque la radieuse Ava n’a rien d’une oie blanche, qu’elle « allume » effrontément Taylor, sous le regard perplexe du curé local (Kurt Kasznar). Le dialogue est parfois heureux, le scénario n’est pas très rigoureux et il est déséquilibré par l’omniprésence de Quinn qui vampirise le film et engloutit goulûment ses partenaires moins performants. Avec sa crasse hirsute, ses rires imbéciles et ses regards homicides, Quinn fait un numéro qui mérite à lui seul qu’on voie « VAQUERO ! ». Taylor offre le minimum syndical, ne tentant même pas de rivaliser avec son envahissant partenaire. Ava Gardner est d’une beauté hypnotisante, comme toujours et compose un personnage complexe. Parmi les seconds couteaux, on reconnaît (furtivement) Jack Elam, jouant le nouveau lieutenant de Quinn, toujours prêt à trahir. Le sous-texte « crypto-gay » ajoute indéniablement de l’intérêt à ce western fauché. L’emploi « d’objet du désir » d’un hors-la-loi psychopathe sied parfaitement à Taylor puisqu’il reprendra pratiquement le même rôle dans « LE TRÉSOR DU PENDU » cinq ans plus tard, avec cette fois, Richard Widmark en soupirant rejeté.

ANTHONY QUINN, AVA GARDNER ET ROBERT TAYLOR
 

« L’ANGE DES MAUDITS » (1952)

MEL FERRER ET ARTHUR KENNEDY

« L’ANGE DES MAUDITS », un des westerns de la période hollywoodienne de Fritz Lang, est un drôle de film annonçant sur plusieurs points « JOHNNY GUITARE » (1954), Marlène Dietrich étant d’ailleurs, à peu près aussi chaleureuse et sensuelle que le sera Joan Crawford.

Le cowboy Arthur Kennedy jure de venger sa fiancée violée et tuée par un hors-la-loi. Il le poursuit pendant des mois et arrive dans le ranch de l’ex-entraîneuse Dietrich, qui sert de repaire aux bandits en cavale. L’assassin est bien parmi ceux-ci, mais Kennedy doit l’identifier. Scénario simple et efficace, pour un traitement tout à fait original : le film est truffé de répliques presque… poétiques (« Va-t-en et reviens il y a dix ans », dit Marlène à Kennedy dont elle s’est entichée), d’extérieurs recréés en studio qui affichent crânement leur artificialité. L’homme censé être le héros est un obsédé rendu à moitié fou par la haine et la vengeance, son seul ami joué par Mel Ferrer est un pistolero dandy au bout du rouleau. Parmi les seconds rôles, on reconnaît George Reeves (« SUPERMAN » à la TV) en voyou balafré et rigolard et Jack Elam en braqueur de banques nonchalant. Pour qu’il fonctionne à plein régime, le film aurait nécessité de meilleurs comédiens que Dietrich tout en poses et en moues hautaines qui se croit obligée de pousser la chansonnette ou le fade Ferrer. Kennedy est très bien, mais « L’ANGE DES MAUDITS » manque cruellement d’une vedette masculine charismatique pour porter l’histoire. Lang utilise parfaitement les gros-plans de visages, insérés au milieu de plans larges, il ne recherche jamais le réalisme ou l’authenticité, mais recrée à sa manière cet Ouest légendaire improbable mais fascinant.

ARTHUR KENNEDY, MARLÈNE DIETRICH ET JACK ELAM
 

« L’ATTAQUE DE LA MALLE-POSTE » (1951)

JACK ELAM

« L’ATTAQUE DE LA MALLE-POSTE » d’Henry Hathaway est un petit western en noir & blanc, un huis clos dans un relais de diligences assiégé par un groupe de hors-la-loi attendant le prochain chargement d’or.

Sur place, un « pied-tendre » (Tyrone Power) en stage au relais, une entraîneuse désabusée (Susan Hayward) et la fille de sa sœur défunte. Le chef des bandits (Hugh Marlowe) est un type intelligent et éduqué, mais ses acolytes Jack Elam, George Tobias et Dean Jagger sont des débiles mentaux dangereux. Le plus incontrôlable est Elam et c’est là que le film trouve l’essentiel de son intérêt : c’est un de ses rarissimes rôles importants au cinéma, un emploi de brute ricanante et lubrique à la Lee Marvin, où il crève l’écran et pique la vedette à tous ses partenaires. Jouant à merveille de son strabisme, de sa grosse langue gourmande, de son sourire plein de dents, Elam est vraiment l’unique attraction de ce petit suspense au casting bien pâlichon. Power n’est absolument pas attachant, Hayward joue une tough girl mais n’a aucune vraie scène à défendre et Marlowe, plutôt meilleur que d’habitude, peine à imprimer les mémoires. Jagger est très bien en idiot à moitié sénile parlant tout seul. « L’ATTAQUE DE LA MALLE-POSTE » parvient à maintenir l’attention grâce à quelques séquences marquantes, comme celle où Elam menace d’abattre la fillette en tirant autour d’elle, alors qu’elle pleure à chaudes larmes. Mais même si le savoir-faire d’Hathaway est indiscutable, le film est statique, répétitif et sans réel enjeu, puisqu’on se fiche totalement du sort des protagonistes. À voir, répétons-le, pour le bonheur rare de découvrir un Jack Elam de 31 ans, alors simple figurant ou silhouette, déployer tout son talent dans un rôle particulièrement infâme.

TYRONE POWER, HUGH MARLOWE ET SUSAN HAYWARD
 

« JE SUIS UN AVENTURIER » (1954)

« JE SUIS UN AVENTURIER » (étrange titre français !) est l’avant-dernier western qu’Anthony Mann tourna avec James Stewart et aussi, hélas, le moins réussi.

On nage pourtant dans les mêmes eaux que pour les précédents films, mais la recette s’essouffle clairement. Le scénario manque de centre de gravité, les enjeux sont flous ou peu passionnants et on a l’impression d’avoir vu trop souvent ces personnages réduits à l’état d’archétypes. Bien sûr, Mann filme toujours très bien les paysages, ses scènes de saloon sont crédibles et parfaitement réalisées, mais l’émotion est absente et une lassitude s’installe. James Stewart incarne un antihéros égoïste et revêche vraiment peu sympathique. Il ne fait preuve d’un minimum d’humanité qu’envers Walter Brennan dans son sempiternel emploi de sidekick gloussant et à moitié gâteux, comme il le fit aux côtés John Wayne ou Bogart. John McIntire se régale d’un rôle de salaud calqué sur le juge Roy Bean, Ruth Roman est très bien en maîtresse-femme sensible à l’absence de charme de Stewart. Parmi les « tronches » de service, on reconnaît avec plaisir Robert J. Wilke en tueur à gages cruel, Jack Elam en adjoint inquiétant ou Jay C. Flippen en ivrogne truculent. On devrait aimer davantage « JE SUIS UN AVENTURIER », ne serait-ce que pour tous les talents en présence, qui avaient fait leurs preuves dans le passé et les referont dans l’avenir. Mais rien à faire, la mayonnaise ne prend pas, l’histoire n’est tout simplement pas très intéressante ! À voir toutefois, dans la continuité de « WINCHESTER 73 », « LES AFFAMEURS », « L’APPÂT » et « L’HOMME DE LA PLAINE » l’année suivante. Une série de westerns sur des thèmes similaires, aussi homogène que ceux de Budd Boetticher avec Randolph Scott.

RUTH ROMAN, JAMES STEWART, HARRY MORGAN, STEVE BRODIE ET JACK ELAM
 

« L’HOMME DE LA PLAINE » (1955)

« L’HOMME DE LA PLAINE » est le cinquième et dernier western qu’Anthony Mann tourna avec James Stewart en vedette. C’est aussi le plus âpre, le plus violent, le plus cruel, sur un scénario au cordeau donnant une réelle épaisseur à tous les personnages, jusqu’aux plus indéfendables.

Venu venger son frère à Coronado, Stewart doit affronter un riche rancher (Donald Crisp), son fils névrosé (Alex Nicol) et le contremaître Arthur Kennedy qui œuvre dans l’ombre pour être le seul héritier. Si le film utilise intelligemment tous les codes du western traditionnel (héros solitaire, jeune vierge hésitant entre deux hommes, trafiquants d’armes complices des Apaches), le traitement ne cesse de surprendre. Mann se coule dans le moule du « western adulte » alors très en vogue et esquive habilement les poncifs et clichés. Les méchants sont certes haïssables à souhait, particulièrement le fils haineux et couard, ils n’en demeurent pas moins humains et crédibles, pataugeant dans un épais bouillon freudien. Kennedy tire son épingle du jeu dans ce rôle de « fils adoptif » mal aimé, constamment prêt à basculer du « mauvais côté de la Force ». Stewart est – comme toujours, serait-on tenté de dire – égal à lui-même en vengeur déterminé mais vulnérable. La scène où Nicol lui tire une balle à bout-portant dans la paume de la main est vraiment brutale. Parmi les seconds rôles, Aline MacMahon est excellente en rancher jadis abandonnée à l’autel, Cathy O’Donnell crée un intéressant personnage de jeune femme au physique quelconque, mais à la personnalité affirmée. James Millican en shérif et Jack Elam en traîne-savate maniant le couteau, sont parfaitement à leur place. « L’HOMME DE LA PLAINE » est un excellent western sans mièvrerie ou héroïsme exacerbé. L’affrontement de quelques spécimens d’humanité endurcis et sans état d’âme, jetés les uns contre les autres.

ALEX NICOL, JAMES STEWART, DONALD CRISP, ARTHUR KENNEDY ET JACK ELAM
 

« RIO LOBO » (1970)

JOHN WAYNE ET JENNIFER O’NEILL

« RIO LOBO » est le dernier film d’un Howard Hawks de 74 ans, un drôle de western qui démarre comme un film de guerre (de sécession), se poursuit en scénario de vengeance traditionnel et s’achève – par on ne sait quelle contorsion scénaristique – par un remake de « EL DORADO » qui était lui-même un remake de « RIO BRAVO », tous deux déjà réalisés par Hawks.

John Wayne, sexagénaire pansu, est moyennement crédible en colonel, boudiné dans son uniforme nordiste, mais redevient lui-même dans la seconde partie, retrouvant sa chemise saumon et son gilet de cuir. Très mal entouré par un casting désolant de jeunes comédiens tous plus nuls les uns que les autres, à l’exception de la piquante Jennifer O’Neill, il traîne sa grande carcasse dans des décors qu’il a déjà bien souvent arpentés et des situations jouées des dizaines de fois. L’acteur est une telle icône, qu’on remarque à peine sa perruque disgracieuse, sa diction essoufflée et sa difficulté à courir : c’est le « Duke », et c’est tout ce qu’il y a à en dire ! Empêtré dans ce scénario poussif et paresseux, il semble tout de même s’amuser dans ses scènes comiques avec Jack Elam, savoureux en vieux fou sympathique à la gâchette sensible, reprenant un emploi jadis dévolu à Walter Brennan. On retrouve également quelques bonnes « gueules » comme Mike Henry en shérif ripou, Jim Davis en adjoint, David Huddleston en dentiste et Victor French en despote local. « RIO LOBO » n’est franchement pas brillant et conclue assez mal la belle filmo de Hawks, mais sans qu’on puisse très bien s’expliquer pourquoi, cela se laisse regarder sans passion, sans agacement, comme on feuillette une vieille BD jaunie et naïve. Signe indiscutable du manque de travail sur le matériau : même la photo de l’habituellement brillant William H. Clothier est terne et triste, à l’image des quelques extérieurs en studio avec leurs cactus en carton-pâte.

À noter : lors d’une visite de Wayne à un shérif, on peut apercevoir épinglée sur un mur du bureau, une affiche « Wanted » au nom de Hondo Lane, un personnage que le Duke incarna dans « HONDO, L’HOMME DU DÉSERT ».

JACK ELAM, JIM DAVIS ET MIKE HENRY
 

« L’HOMME QUI N’A PAS D’ÉTOILE » (1955)

WILLIAM CAMPBELL ET KIRK DOUGLAS

Inspiré d’un roman de Dee Linford, « L’HOMME QUI N’A PAS D’ÉTOILE » de King Vidor est un western à la tonalité changeante, allant de la comédie endiablée au drame le plus sanglant, dans un même élan, à l’image de son interprète Kirk Douglas dans un rôle assez complexe et imprévisible.

Pris dans une guerre entre éleveurs, haïssant les barbelés qui l’ont jadis meurtri dans sa chair, Douglas changé par une épaisse tignasse blonde qu’il ne cesse de recoiffer de ses mains, est un cowboy errant qui devient le mentor d’un garçon (William Campbell) qu’il identifie à son frère défunt. D’abord séduit par la nouvelle propriétaire d’un ranch immense, Jeanne Crain, il est vite écœuré par ses méthodes et se range du côté des petits ranchers spoliés par la prédatrice. Tout ceci est raconté en moins de 90 minutes, rondement empaqueté avec des séquences d’action impressionnantes, des rapports psychologiques tourmentés et un héros… compliqué. Qu’il soit trublion chantant comme échappé de « 20 000 LIEUX SOUS LES MERS » avec son banjo et ses grimaces, ou tueur au rictus haineux pris d’accès de folie homicide, Douglas porte le film sur les épaules avec une énergie phénoménale. Il a rarement été aussi intense, c’est dire ! Autour de lui, la toujours formidable Claire Trevor en « Madame » chaleureuse et intelligente, Richard Boone parfait en tueur-à-gages brutal et, dans une minuscule apparition au début, Jack Elam en vagabond maniant le cran d’arrêt. Porté par une photo magnifique du grand Russell Metty, « L’HOMME QUI N’A PAS D’ÉTOILE » est un grand western qui, sous des dehors de clacissisme, n’en est pas moins très âpre et même plutôt osé dans le portrait de son protagoniste principal. À la fois cynique, profiteur, honnête et généreux, ‘Dempsey Rae’ est un des meilleurs rôles de Douglas dans le western, un personnage qui le résume et le transcende. Autrement dit, à voir absolument.

RICHARD BOONE, JEANNE CRAIN, KIRK DOUGLAS ET JACK ELAM