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Archives de Catégorie: LES FILMS DE JACK NICHOLSON

« LE DERNIER NABAB » (1976)

Inspiré du roman de F. Scott Fitzgerald, réalisé par Elia Kazan dont ce sera l’ultime film, « LE DERNIER NABAB » se traîne, depuis sa sortie, une sale réputation d’échec total, de ratage. Arrivé trop tard ou trop tôt, il est vrai qu’il n’a laissé que de mauvais souvenirs.

Parfois, le temps fait son œuvre dans le bon sens et le revoir aujourd’hui est une excellente surprise. Il faut dire qu’avec ce casting, le scénario d’Harold Pinter, la BO de Maurice Jarre, il était impensable que ce soit totalement nul. Robert De Niro incarne un mogul hollywoodien inspiré d’Irving Thalberg, un wonder boy surdoué en cinéma, qui maintient un grand studio à flot dans les années 40. Le scénario montre comment ce bourreau de travail implose littéralement, quand il tombe amoureux fou d’une jeune femme qui est le sosie de son épouse défunte. Mince, presque fluet, le visage juvénile et impavide, De Niro est remarquable de bout en bout, laissant deviner, en ne faisant presque rien, les tourments de Monroe Stahr et sa chute inéluctable. Face à lui, l’inconnue Ingrid Boulting passe dans le film comme un fantôme, un personnage fantasmé, idéalisé et finalement affreusement décevant. La distribution est composée de grands noms, de Robert Mitchum à Jeanne Moreau qui a un magnifique face à face où elle écrase un pauvre réalisateur joué par Dana Andrews, en passant par Donald Pleasence qui a une formidable scène d’ébriété, Tony Curtis en hidalgo vieillissant, les plus jeunes Theresa Russell, Anjelica Huston et Peter Strauss. Et une mention à Jack Nicholson qui apparaît peu, mais éclipse tout le monde en syndicaliste « rouge » au sourire carnassier. On regrette évidemment que lui et De Niro n’aient pas tourné d’autre film ensemble. « LE DERNIER NABAB », même s’il semble un peu nébuleux par moments, laisse une sensation de nostalgie, d’échec et de solitude très poignante. Et le dernier plan de Monroe s’enfonçant dans la pénombre du studio, comme dévoré par Hollywood, est inoubliable. À réhabiliter, donc.

ROBERT MITCHUM, RAY MILLAND, JEANNE MOREAU, INGRID BOULTING, ROBERT DE NIRO ET JACK NICHOLSON
 

« LA BRÛLURE » (1986)

« LA BRÛLURE » de Mike Nichols est écrit par Nora Ephron d’après son propre roman, lui-même inspiré de son mariage suivi de son divorce avec le journaliste du Washington Post, Bob Woodward.

Dès le début, la BO, la photo ripolinée de Nestor Almendros et le dialogue trop ostensiblement pétillant font redouter le pire. Meryl Streep et Jack Nicholson, seules raisons qui pourraient donner envie de voir ce film, sont clairement surqualifiés pour ces rôles de « bobos » snobs et superficiels. Elle surtout, se contente de faire des mines, de pleurnicher, de surjouer la moindre émotion dans un rôle sans épaisseur. Lui, indifférent, moins présent à l’écran, s’offre quelques morceaux de cabotinage chantant et ressemble souvent plus à un cousin de Jack Torrance dans « SHINING » qu’à un papa gâteau. Le fait qu’ils soient tous les deux trop âgés pour leurs personnages n’aide pas beaucoup, il est vrai. Ils sont bien entourés par le gratin des acteurs new-yorkais de l’époque : Steven Hill, Maureen Stapleton, Joanna Gleason et Jeff Daniels ou encore Kevin Spacey en voleur maladroit. Milos Forman, réalisateur de « VOL AU-DESSUS D’UN NID DE COUCOU » 11 ans plus tôt, apparaît même dans quelques séquences. Que dire de « LA BRÛLURE » ? Certaines situations sont bien observées, la description d’un désamour et la fin d’un mariage apparemment idyllique sont justes et cruels. Mais l’ensemble ne prend pas et irrite plus qu’il n’émeut. On regrettera principalement que Nicholson n’ait pas un rôle plus étoffé : on ne le voit qu’à travers ses yeux à elle, jamais en situation professionnelle ou simplement seul avec d’autres personnes. Cela en fait une sorte de guest star sans relief. À cette période-là de leurs carrières respectives, ils méritaient mieux que ce genre de véhicule.

JACK NICHOLSON, MERYL STREEP, KEVIN SPACEY ET MILOS FORMAN
 

« SHINING » (1980)

Tout a été dit et redit sur « SHINING » de Stanley Kubrick, il a été interprété, psychanalysé dans d’innombrables ouvrages, des documentaires. L’auteur du roman, Stephen King, en a écrit un remake pour la TV et même une sequel. Mais rien n’a entamé le mystère entourant ce film hors-catégories.

C’est un film de fantômes, bien sûr, mais c’est surtout le portrait d’un homme (Jack Nicholson) sombrant dans la démence homicide. Il avait des prédispositions, c’est évident dès sa première apparition, mais on assiste horrifié à la descente aux enfers de ce raté alcoolique, cet écrivain sans talent, en monstre infanticide hurlant à la mort comme un loup blessé. Le travail de Kubrick laisse pantois : les lents travellings dans l’hôtel démesuré isolé dans la neige, le faux rythme fait de contemplation brisée par des fulgurances d’horreur ou de violence, la photo magique de John Alcott, et l’ambiance des années 20 qui refait surface grâce à la BO, des moments hallucinants comme dans la salle de bal bondée, alors qu’il n’y a personne dans l’hôtel. Le film est une succession de morceaux de bravoure visuels, narratifs et s’achève sur une image fixe qui plonge dans une perplexité totale et une énigme jamais résolue. Nicholson est époustouflant de bout en bout. Il en fait des mégatonnes, mais avait-il vraiment le choix ? Possédé par le passé, le sien et celui de l’Overlook, il se débat, se métamorphose, mentalement et physiquement sans l’aide d’aucun maquillage. C’est son énergie malfaisante, qu’il maintient du début à la fin, qui crée ce personnage et habite la moindre scène. À ses côtés, le petit Danny Lloyd est remarquable (« Redrum… redrum ») et Shelley Duvall réussit l’exploit d’être, dans un même plan, pathétique et exaspérante. Mention à Joe Turkel, magnifique dans le rôle de Lloyd, le barman-fantôme. « SHINING » n’aura jamais révélé tous ses maléfices et c’est une œuvre pratiquement sans défaut (hormis le cheminement absurde du cuistot revenant à l’hôtel, qui ne sert strictement à rien et se finit en queue de poisson, par un coup de hache), qu’on peut revoir indéfiniment.

JACK NICHOLSON, DANNY LLOYD ET SHELLEY DUVALL
 

« LE FACTEUR SONNE TOUJOURS DEUX FOIS » (1981)

Le roman noir de James M. Cain avait déjà été adapté en 1946 et donné lieu à un classique du genre. Trois décennies plus tard, Bob Rafelson s’attelle à réactualiser « LE FACTEUR SONNE TOUJOURS DEUX FOIS », de manière beaucoup plus âpre, sexuée et ancrée dans une Amérique sans glamour.

L’histoire, on la connaît : deux amants, un vieux mari encombrant, un meurtre à la clé, la mort au bout de la route. Ce sont les bases de « THÉRÈSE RAQUIN » (1867) d’Émile Zola replacées pendant la grande crise. C’était la belle époque de Jack Nicholson, superbe et d’une rare sobriété, en vagabond opportuniste et amoral, obsédé par le corps offert de Jessica Lange, dans son premier vrai rôle. Les scènes hot, sensuelles, animales, brutales, avaient fait jaser à la sortie du film. Elles gardent leur côté sulfureux et fiévreux. Les deux acteurs fonctionnent parfaitement ensemble. Ils sont bien entourés : John Colicos en mari grec insupportable, Michael Lerner excellent en avocat roué et cynique, Anjelica Huston dans un caméo incongru de dresseuse de fauves ou John P. Ryan en maître chanteur rouquin. On aperçoit également Christopher Lloyd et Brion James. À la photo, Sven Nykvist fait des merveilles, replongeant dans l’ambiance de l’époque sans grands artifices, la BO de Michael Small est idéale. Film à la lenteur délibérée, au regard acéré, « LE FACTEUR… » ne montre guère d’empathie pour ses protagonistes intellectuellement limités, poussés vers l’abîme par des pulsions qu’ils ne maîtrisent pas, mais sauvés par cet amour profond qui les rend presque émouvants au moment fatidique de régler la note. Beau à voir, véritable leçon d’art dramatique, c’est un des meilleurs films de l’inégal mais toujours intéressant Rafelson qui coexiste avec la première version de Tay Garnett sans l’oblitérer.

JESSICA LANGE ET JACK NICHOLSON
 

« MONSIEUR SCHMIDT » (2002)

Écrit et réalisé par Alexander Payne d’après un roman, « MONSIEUR SCHMIDT » pourrait gagner haut la main un concours du film le plus déprimant de l’Histoire du cinéma. Il commence par le départ à la retraite d’un petit assureur, enchaîne par la mort subite de sa femme à peine quelques jours après et se développe en un road movie sinistre et sordide.

C’est, à 65 ans, le dernier vrai bon rôle de Jack Nicholson. Empâté, la tête engoncée dans les épaules, l’acteur « bigger than life » par excellence incarne un personnage « smaller than life ». Un individu médiocre, radin, pas spécialement agréable, qui part à la dérive et n’a plus qu’une raison de vivre : le petit garçon africain qu’il parraine et à qui il écrit des lettres pathétiques lues en voix « off » tout au long du film. Il faut donc avoir le moral bien accroché pour ne pas sombrer dans un cafard morbide, en suivant ce pauvre Schmidt dans son mobil home, revisitant les lieux de son triste passé et finissant chez les beaux-parents de sa fille (Hope Davis) qui s’apprête à épouser un ringard de compétition (Dermot Mulroney, formidable). L’œil d’ethnologue de l’auteur révèle une Amérique minable, peuplée de « beaufs » menant une existence étriquée et sans rêve. C’est cruel, indéniablement, méchant parfois, avec de rares trouées d’humour. Mais si le film vaut d’être vu de toute façon, ce sera pour cet ultime tour de piste du vrai Nicholson, l’acteur sobre, intériorisé et débarrassé de ses artifices habituels. Celui de « KING OF MARVIN GARDENS » ou « LE FACTEUR SONNE TOUJOURS DEUX FOIS ». Il a des moments d’émotion extraordinaires, d’autres où il accepte sans vanité d’être laid, sans charme. Même sa coupe de cheveux participe de cette démythification impitoyable. À ses côtés, Davis est parfaite dans le rôle de sa fille peu chaleureuse et moyennement intelligente et Kathy Bates est excellente en vieille hippie. À ne surtout pas montrer à ceux que l’idée de retraite angoisse, mais les fans du grand Jack applaudiront des deux mains.

JACK NICHOLSON, KATHY BATES ET HOPE DAVIS
 

« LE CORBEAU » (1963)

Écrit par Richard Matheson d’après un poème d’Edgar Poe, « LE CORBEAU » de Roger Corman est un savoureux pastiche du « cycle Poe » de l’AIP par ses propres créateurs.

Vincent Price, magicien semi-retraité et (bien sûr) veuf inconsolable, est poussé par un collègue indélicat (Peter Lorre) à affronter dans un duel de maléfices le grand maître-sorcier Boris Karloff dans son château. Price découvrira que sa femme (Hazel Court) n’est pas défunte du tout, mais le trompe avec son vieux rival. Sur cette trame amusante, auteurs et comédiens se laissent complètement aller dans la fantaisie la plus débridée. Tout spécialement Price, qui s’autoparodie crânement, exagérant ses mimiques habituelles, se montrant maladroit (il se cogne constamment dans son télescope) et peu téméraire. Autour de lui, tout le monde est au diapason : Lorre hilarant en poivrot geignard et moyennement compétent transformé en corbeau au gré des humeurs d’un Karloff malicieux et faux-jeton. Hazel Court s’amuse énormément à jouer une garce âpre au gain et on sourit de voir un tout jeune Jack Nicholson, coiffé d’un chapeau à plumes, jouant le fils un peu nigaud de Lorre, faisant office de jeune premier. Il ne démérite pas face à ses glorieux et roublards aînés. Le fan notera que le réalisateur lui octroie, bien avant l’heure, un « Nicholson moment », quand Jack est subitement « possédé » en conduisant une calèche avec son (pas encore) fameux sourire plein de dents. « LE CORBEAU » est à voir pour ses dialogues pleins d’ironie, pour ses décors plutôt réussis dans le genre carton-pâte et pour la réunion émouvante de trois stars du fantastique vintage dont la complicité crève l’écran. On fermera donc les yeux sur le climax du film, un duel sans merci de tours de magie dont les F/X sont vraiment difficilement regardables aujourd’hui et certaines chutes de tension de temps à autres. Mais globalement, on s’amuse bien !

VINCENT PRICE, JACK NICHOLSON, OLIVER STURGESS, HAZEL COURT, BORIS KARLOFF ET PETER LORRE
 

« SANS PLUS ATTENDRE » (2007)

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JACK NICHOLSON, MORGAN FREEMAN ET SEAN HAYES

« SANS PLUS ATTENDRE » de Rob Reiner n’est, ni plus ni moins qu’un véhicule pour ses deux stars « seniors » : Jack Nicholson et Morgan Freeman, 70 ans tous les deux. Et en cela, demande automatiquement à être vu.LIST

Maintenant, cela en vaut-il la peine ? Le scénario est très artificiel et mécanique, la psychologie un peu rudimentaire et les péripéties sont invraisemblables. Deux hommes, un milliardaire égoïste (Jack) et un mécano déçu par sa vie (Freeman), se retrouvent dans la même chambre d’hôpital, condamnés à brève échéance par le cancer. Ils deviennent amis et décident de voyager à travers le monde pendant les quelques mois qu’il leur reste. C’est convenu, un peu trop « feel good » pour émouvoir vraiment, du moins au début. C’est ensuite, peu à peu, quand on se laisse prendre au charme inaltérable des deux comédiens, qu’on commence à ressentir quelque chose comme de l’émotion, voire de l’empathie. Freeman domine le film d’une bonne tête, créant sans grands effets, un personnage d’une grande densité humaine, dont l’honnêteté finit par contaminer son compagnon de route. Nicholson, obèse, déplumé, congestionné, n’a vraiment pas l’air en forme, et retient tant qu’il peut son penchant au cabotinage. Il a de très bons moments, d’autres où on sent que la guimauve sentimentale ne lui sied guère. Mais l’un dans l’autre le duo fonctionne et rend presque crédible cette improbable amitié. À leurs côtés, on retiendra Sean Hayes, qui parvient à tenir tête à Nicholson dans le rôle de son secrétaire/factotum stoïque à l’humour caustique. En fermant les yeux sur les clichés surabondants, sur certaines transparences pas trop soignées pendant les voyages des deux compères, « SANS PLUS ATTENDRE » peut éventuellement se laisser voir par affection pour deux immenses bonshommes de l’Histoire du cinéma U.S.

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MORGAN FREEMAN ET JACK NICHOLSON

 

« VOL AU-DESSUS D’UN NID DE COUCOU » (1975)

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WILLIAM REDFIELD, SIDNEY LASSICK, JACK NICHOLSON, CHRISTOPHER LLOYD, VINCENT SCHIAVELLI ET WILLIAM DUELL

Adapté du roman de Ken Kesey, « VOL AU-DESSUS D’UN NID DE COUCOU » de Milos Forman fait partie de cette élite de films qui ne présentent aucun défaut, ne vieillissent pas et provoquent la même émotion à chaque re-vision.COUCOU

Le thème ? Les individus comme McMurphy (Jack Nicholson), rebelles, insoumis, débordant de vie et assoiffés de liberté, qui sont « travaillés » par la société (pour reprendre une réplique du film), écrasés, étouffés et peu à peu réduits au silence. Sujet décourageant, sauvé de la totale noirceur par une dernière séquence sublime où l’âme du rebelle passe littéralement dans celle d’un grand Indien qui redécouvre la dignité et l’énergie de vivre. Cela se passe dans hôpital psychiatrique dans l’Oregon, où le fauteur de troubles Nicholson est enfermé le temps d’évaluer s’il est « fou » ou non. Il va se confronter à Louise Fletcher (qui a plus que largement mérité son Oscar), incarnation d’un « système » déshumanisé, personnalité glaciale et psychorigide capable de broyer un homme en un seul mot. Ce face à face intense est au cœur du film, mais Forman parvient à faire exister tous les personnages, et ils sont nombreux : du jeune bègue à la personnalité atrophiée (Brad Dourif), à Will Sampson, l’Indien soi-disant sourd-muet, en passant par Sidney Lassick génialement hystérique, Christopher Lloyd survolté, Vincent Schiavelli, le débutant Danny DeVito et William Redfield, tous prodigieux de réalisme en internés. Cette magnifique distribution fait une grande partie de la puissance émotionnelle du film, à égalité avec l’exceptionnelle performance de Nicholson dans ce qui restera sans doute son rôle le plus emblématique, un personnage qui le résume et le transcende, le hissant au stade de symbole de la résistance, de l’indépendance. « VOL AU-DESSUS D’UN NID DE COUCOU » occupe la moindre seconde de ses 130 minutes, alternant les moments dramatiques et révoltants avec des moments de pure comédie. La fin est d’une extrême violence, mais ce dernier plan, montrant l’immense silhouette s’enfonçant dans la nuit sur une musique « native american », dissipe instantanément toute déprime. Chef-d’œuvre !

À noter : le film fut produit par Michael Douglas, qui avait racheté les droits du livre à son père Kirk qui avait créé au théâtre la pièce inspirée du roman. Kirk souhaitait ardemment jouer McMurphy, mais Michael, pragmatique, lui préféra un acteur de sa propre génération. Quelques années plus tard, Kirk tourna le téléfilm « AMOS », une transposition de « VOL AU-DESSUS D’UN NID DE COUCOU » dans un hospice pour vieillards, où Elizabeth Montgomery jouait un équivalent de la « nurse Ratched ».

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JACK NICHOLSON, BRAD DOURIF, LOUISE FLETCHER ET WILL SAMPSON

 

« TENDRES PASSIONS » (1983)

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DEBRA WINGER

Écrit et réalisé par James L. Brooks, d’après le best-seller de Larry McMurtry, « TENDRES PASSIONS » est une sorte de téléfilm de cinéma à la finalité imprécise, une comédie douce-amère sur une relation mère-fille fusionnelle et suffocante, qui s’achève dans la déprime et le mélodrame le plus décomplexé.TERMS

Que raconte ce film au fond ? La vie gâchée de Debra Winger, jeune femme fantasque, épouse d’un raté (Jeff Daniels), fille d’une casse-pieds envahissante (Shirley MacLaine) et qui finit par être victime d’un cancer fulgurant. C’est une tranche de vie tristounette, voire désespérante, qui n’est supportable jusqu’au bout que par la grâce d’une troupe de comédiens aguerris, qui apportent une étincelle de vie et de fantaisie à un film qui en manque cruellement. Le duo d’actrices est formidable. MacLaine, vieille pro maîtrise ses effets comiques avec un timing parfait, mais c’est Winger qui décroche la timbale, avec sa voix éraillée, son sourire étincelant et son énergie débordante. C’est un plaisir de la voir évoluer de scène en scène, même si les situations sont souvent d’une banalité décourageante. L’autre bonus, c’est Jack Nicholson, en roue (presque) libre, hilarant en astronaute retraité, devenu un séducteur bedonnant et alcoolique. Ses relations conflictuelles avec MacLaine sont un vrai régal ! Plaisir aussi de revoir John Lithgow dans un rôle de brave type, Danny DeVito en soupirant endurant et Jeff Daniels qui réussit à ne pas caricaturer un rôle d’époux volage et pleutre. Que du beau linge pour défendre un matériau qui ne le mérite pas vraiment. La dernière partie – celle concernant la maladie et ses conséquences – frise la complaisance et le lacrymal le plus déplaisant, avec ses scènes d’hôpital, ses gros-plans de petits garçons en larmes et d’agonie blafarde. À tenter tout de même, ne serait-ce que pour revoir un Nicholson entre deux âges qui s’en donne à cœur-joie dans l’autocaricature.

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SHIRLEY MacLAINE ET JACK NICHOLSON

 

« IRONWEED – LA FORCE DU DESTIN » (1987)

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JACK NICHOLSON

Écrit par William Kennedy d’après son propre roman, réalisé par l’Argentin Hector Babenco, « IRONWEED – LA FORCE DU DESTIN » se situe pendant la Grande Crise et suit quelques jours de la vie d’un clochard hanté par les fantômes de son passé.IRONWEED

Difficile de juger objectivement un tel film : Jack Nicholson y est extraordinaire de justesse et d’émotion. Des scènes comme la visite à sa famille qu’il n’a pas vue depuis 20 ans, le montrent plus sincère et sans artifice qu’il n’a jamais été. Meryl Streep est également magnifique en ancienne pianiste à la dérive, rendue à moitié folle par la misère et la souffrance, Tom Waits est bouleversant en « bum » rongé par le cancer. Mais comment dire ? Au bout d’à peine une demi-heure (sur 140 minutes quand même !), on se demande déjà pourquoi on s’inflige le déprimant spectacle du désespoir, de la crasse, de la maladie, d’autant plus que le scénario, languide et déstructuré, ne génère que très peu d’intérêt. Ce sont les comédiens qui maintiennent le navire à flot et encore, pas toujours. La photo est belle, la reconstitution historique irréprochable, mais c’est infiniment trop long, trop lent et surtout complaisant, comme ce numéro de Streep chantant dans un bar ou ces fantasmes récurrents de Nicholson revoyant tous les défunts croisés au cours de sa vie. Parmi les seconds rôles, Carroll Baker est excellente en ex-épouse loyale et douce, Diane Venora apparaît peu mais fait impression en fille amère et agressive. « IRONWEED » aurait pu être un grand film sur les laissés-pour-compte de l’American Dream, sur les destins brisés, mais il n’est finalement qu’un écrin sans éclat aux performances d’acteurs de Streep et Nicholson, avec leurs dents gâtées, leurs cheveux crasseux et leur démarche titubante. Quand enfin arrive le mot « FIN » on se demande quel était le but de ce périple pénible et cafardeux. À part justement offrir des rôles juteux à des stars qui avaient déjà à peu près tout joué dans leurs carrières.

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MERYL STREEP, JACK NICHOLSON ET CARROLL BAKER