Inspiré du roman de F. Scott Fitzgerald, réalisé par Elia Kazan dont ce sera l’ultime film, « LE DERNIER NABAB » se traîne, depuis sa sortie, une sale réputation d’échec total, de ratage. Arrivé trop tard ou trop tôt, il est vrai qu’il n’a laissé que de mauvais souvenirs.
Parfois, le temps fait son œuvre dans le bon sens et le revoir aujourd’hui est une excellente surprise. Il faut dire qu’avec ce casting, le scénario d’Harold Pinter, la BO de Maurice Jarre, il était impensable que ce soit totalement nul. Robert De Niro incarne un mogul hollywoodien inspiré d’Irving Thalberg, un wonder boy surdoué en cinéma, qui maintient un grand studio à flot dans les années 40. Le scénario montre comment ce bourreau de travail implose littéralement, quand il tombe amoureux fou d’une jeune femme qui est le sosie de son épouse défunte. Mince, presque fluet, le visage juvénile et impavide, De Niro est remarquable de bout en bout, laissant deviner, en ne faisant presque rien, les tourments de Monroe Stahr et sa chute inéluctable. Face à lui, l’inconnue Ingrid Boulting passe dans le film comme un fantôme, un personnage fantasmé, idéalisé et finalement affreusement décevant. La distribution est composée de grands noms, de Robert Mitchum à Jeanne Moreau qui a un magnifique face à face où elle écrase un pauvre réalisateur joué par Dana Andrews, en passant par Donald Pleasence qui a une formidable scène d’ébriété, Tony Curtis en hidalgo vieillissant, les plus jeunes Theresa Russell, Anjelica Huston et Peter Strauss. Et une mention à Jack Nicholson qui apparaît peu, mais éclipse tout le monde en syndicaliste « rouge » au sourire carnassier. On regrette évidemment que lui et De Niro n’aient pas tourné d’autre film ensemble. « LE DERNIER NABAB », même s’il semble un peu nébuleux par moments, laisse une sensation de nostalgie, d’échec et de solitude très poignante. Et le dernier plan de Monroe s’enfonçant dans la pénombre du studio, comme dévoré par Hollywood, est inoubliable. À réhabiliter, donc.