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Archives de Catégorie: LES FILMS DE MICHAEL SHANNON

« LES NOCES REBELLES » (2008)

Onze ans après « TITANIC », Sam Mendes réunit Kate Winslet et Leonardo DiCaprio pour l’adaptation d’un roman de Richard Yates : « LES NOCES REBELLES ».

Situé au début des années 50 dans le Connecticut, c’est l’histoire d’un couple, deux personnes quelconques, mariées trop vite, sans ambition ou talent particuliers. Elle tente encore de s’arracher à cette vie de renoncements et de médiocrité qui s’ouvre à elle et rêve d’une échappée romantique à Paris.  Lui est un petit employé content de son sort. Des gens comme les autres, dont Mendes brosse un portrait cruel et sans faux-semblant, qui fait de son film un spectacle âpre et amer de la vie de couple, quand l’amour a disparu ou n’a peut-être jamais existé. Winslet est magnifique dans ce personnage aliéné et toujours à cran, dont chaque mouvement de révolte sera voué à l’échec. Caprio lui donne une parfaite réplique en petit macho égoïste et coléreux. Leur couple, bien rodé par James Cameron, fait des étincelles. D’ailleurs, « LES NOCES REBELLES » n’est-il pas aussi l’histoire d’un naufrage ? À leurs côtés, la crème des seconds rôles de l’époque : Kathy Bates, autre rescapée du Titanic, en agent immobilier pénible, David Harbour en voisin opportuniste, Zoe Kazan émouvante en petite secrétaire se contentant des restes, Dylan Baker en collègue pleutre et surtout Michael Shannon extraordinaire en jeune homme interné en HP, à la lucidité cruelle n’épargnant rien ni personne. Ses quelques scènes sont inoubliables. « LES NOCES REBELLES » est la lente agonie d’un mariage qui s’achèvera de façon dramatique. Sidérant de désespoir !

LEONARDO DI CAPRIO, KATE WINSLET, RICHARD EASTON, MICHAEL SHANNON ET KATHY BATES
 

« THE FLASH » (2023)

« THE FLASH » d’Andy Muschietti, inspiré d’un comics DC, se focalise sur le plus jeune des membres de la Justice League of America, Barry Allen (Ezra Miller), pas encore tout à fait accoutumé à son superpouvoir, à savoir, une vitesse phénoménale capable de faire remonter dans le temps et de modifier l’Histoire.

Alors que sa mère (Maribel Verdú) a été assassinée et son père (Ron Livingstone) accusé à tort, Barry va remonter jusqu’au jour fatidique pour empêcher ce malheur. Mais il tombe sur une version teenager de lui-même et… perd ses pouvoirs ! À partir de là, le scénario prend de l’ampleur, introduisant des univers parallèles, des super-méchants venus de Krypton et même le personnage de Batman. D’abord celui de Ben Affleck mais aussi celui de… Michael Keaton pour finir par celui de George Clooney ! Il faut s’accrocher un peu pour suivre, mais le scénario est lisible, truffé d’enjeux intéressants, les CGI sont inédits (les courses folles des deux Flash) et de protagonistes attachants. Sans oublier l’humour, pas trop potache, qui permet au film d’échapper au ridicule. On se laisse porter pendant 144 minutes, les séquences d’action sont bel et bien là, pour le fan irréductible, mais pas trop longues ni envahissantes. Le happening final, dans un délire orgiaque d’effets numériques, fait se croiser tous les avatars de Superman (George Reeves, Christopher Reeve ressuscité et même Nicolas Cage dans un film qui n’a pourtant jamais été tourné !) et de Batman depuis Adam West jusqu’à Clooney dans un caméo sympathique. On s’amuse des face à face entre les deux Barry très bien dialogués, on s’émeut de revoir Keaton « back from the dead » et les retrouvailles entre le Flash et sa maman dans un supermarché sont touchantes. En passant le générique de fin, on a même l’apparition en bonus d’Aquaman/Jason Momoa ivre-mort. Cela reste un film de super-héros, certes, mais qui a su trouver un juste équilibre.

EZRA MILLER
 

« AMSTERDAM » (2022)

Écrit et réalisé par David O. Russell, d’après des faits réels survenus dans l’entre-deux guerres, « AMSTERDAM » prend comme toile de fond une tentative de coup d’État fomenté par les nazis, pour faire tomber Roosevelt et le remplacer par un général fasciste gagné à leur cause.

L’Histoire américaine est mêlée à un scénario à la « JULES ET JIM » focalisé sur un trio d’amis noué en Europe pendant la guerre 14-18 : Christian Bale un médecin humaniste défiguré, Margot Robbie une héritière fantasque et John David Washington un avocat. Ils se retrouvent mêlés à deux meurtres dont ils sont soupçonnés et remontent les fils du complot jusqu’à Robert De Niro, le général intègre, visé par les nazis pour prendre les rênes du pays. Le scénario est très alambiqué, compliqué par des flash-backs, le dialogue et même certains cadrages rappellent le style des frères Coen et, comme souvent ces dernières années, le film est trop long. L’attention peine à se maintenir jusqu’au bout, mais les comédiens sont tous excellents : Bale amaigri, vieilli, en praticien borgne illuminé, Robbie pétillante d’énergie, Washington sympathique. De Niro s’accapare la dernière partie avec sobriété et autorité et Russell a réuni la fine-fleur des comédiennes contemporaines : Anya Taylor-Joy, Andrea Riseborough, Zoe Saldana, toutes au top de leur forme. Parmi les seconds rôles, c’est également le haut du panier. Mention à Timothy Olyphant, totalement méconnaissable en flingueur nazi fou à lier. « AMSTERDAM » part dans tous les sens, amuse et ennuie dans un même temps, impressionne par sa reconstitution historique parfaite et la direction d’acteurs homogène. Lui manque peut-être un peu plus de concision et moins d’excentricité systématique, ce qui finit par devenir contre-productif.

CHRISTIAN BALE, ANDREA RISEBOROUGH, ROBERT DE NIRO, JOHN DAVID WASHINGTON, MARGOT ROBBIE ET ANYA TAYLOR-JOY
 

« GEORGE & TAMMY » (2022)

Mini-série de 6×48 minutes réalisée par l’Australien John Hillcoat, grand clippeur dont on n’a pas oublié « THE PROPOSITION » ou « LA ROUTE », « GEORGE & TAMMY » est le biopic sans complaisance d’un couple de stars de la country music : George Jones et Tammy Wynette.

Véritables icônes aux U.S.A., les deux chanteurs ont formé un couple impossible, conflictuel, étant tous deux addict, l’une aux painkillers, l’autre à l’alcool. Réalisée comme un long-métrage, écrite au millimètre, la mini-série réussit l’exploit de passionner et d’émouvoir en dépeignant la vie sordide et désespérante de ces personnages et de leur entourage. C’est dû, en grande partie, à l’extraordinaire qualité de l’interprétation : Jessica Chastain qui traduit sans faire de grand numéro, la grandeur et décadence d’une fille simple et déterminée rongée par la drogue et Michael Shannon magistral en ivrogne invétéré, ingérable, violent et pourtant attachant. Les deux acteurs chantent eux-mêmes leurs tubes, dont le célébrissime « Stand by your man ». Ils sont formidablement entourés par Steve Zahn, homme-à-tout-faire de Tammy, qui s’immisce progressivement dans sa vie personnelle, jusqu’à devenir son dealer et… son second mari. Individu ignoble qui restera impuni. Walton Goggins est parfait comme toujours, en compositeur qui se tourne vers Jésus, David Wilson Barnes est un producteur obsédé par l’argent, aimable comme une porte de prison. La vie de nomades des chanteurs de country en tournée est parfaitement décrite, les séquences de concert sont très bien filmées et jamais parasites, mais « GEORGE & TAMMY » vaut le détour pour son magnifique duo d’acteurs au sommet de leur art.

À noter : le scénario est inspiré du livre de souvenirs de la fille de Tammy et George, Georgette Jones incarnée, à l’âge adulte, par Abby Glover.

MICHAEL SHANNON ET JESSICA CHASTAIN
 

« POTTERSVILLE » (2017)

« POTTERSVILLE » de Seth Henrikson est une comédie « capraesque », un film de Noël, un « feel good movie » comme le cinéma U.S. en pond régulièrement. Dès le générique, on est surpris de ne trouver que des comédiens peu roués à ce genre et la catastrophe s’enclenche dès les premières images.

Michael Shannon est l’épicier d’une petite ville au bord de la ruine, un doux rêveur généreux, marié à une idiote (Christine Hendricks) qui le trompe avec le shérif (Ron Perlman). Ivre-mort, Shannon se déguise un soir et les habitants le prennent pour le « Bigfoot » (sorte de Yéti américain de légende). Une équipe de télé débarque et Pottersville devient aussitôt un centre d’attention, l’économie renaît. Pourquoi pas ? Mais quel désastre que ce film ! On ne sourit jamais, pas une seule fois, le cast n’a aucune homogénéité, les « hommages » à « FREAKS » ou aux « DENTS DE LA MER » sont offensants au lieu d’être sympathiques et les choses empirent quand le comique Thomas Lennon – jouant un présentateur TV égotique – débarque. Probablement fasciné par son acteur, le réalisateur lui laisse toute la place et celui-ci se met à cabotiner sans aucune retenue, à grimacer, à improviser. Lennon vampirise littéralement le film, le détourne de son projet initial (déjà pas bien reluisant) et le transforme en pantalonnade grotesque. Quelle drôle d’idée de choisir le doué, mais pas spécialement joyeux Shannon pour tenir un rôle à la James Stewart, de le flanquer de Ian McShane dans un avatar de Robert Shaw dans « JAWS » et du pauvre Ron Perlman qui fait des pieds et des mains pour jouer les amuseurs. Seule s’en sort, à peu près, la mignonne Judy Greer en employée de l’épicerie amoureuse de son patron. Mais c’est vraiment pour trouver quelque chose de positif à dire ! On l’aura compris, « POTTERSVILLE » est une calamité à éviter à tout prix.

MICHAEL SHANNON

 
 

« À COUTEAUX TIRÉS » (2019)

KNIVESÉcrit et réalisé par Rian Johnson, « À COUTEAUX TIRÉS » se présente comme un « cluedo », un ‘whodunit’ à la manière d’Agatha Christie avec comme enquêteur, un détective au nom français, avatar d’Hercule Poirot. Mais ce n’est que le début.

Connaissant visiblement par cœur les ficelles du genre, l’auteur avance en terrain balisé pendant la première moitié et… subitement révèle le pot-aux-roses ! Beaucoup trop tôt ! Que va-t-il se passer pendant la seconde moitié du film ? C’est là toute l’originalité du scénario, qui se joue des clichés, des attentes du spectateur pour l’entraîner vers tout autre chose. On en vient même à se demander si le « limier » (Daniel Craig) n’est pas un ringard inopérant. C’est vraiment malin et amusant. L’héroïne jouée avec sincérité par Ana de Armas, est une infirmière dévouée à son vieux patient (Christopher Plummer) romancier milliardaire retrouvé égorgé dans sa demeure gothique. Suicide ? Meurtre ? Le coupable est-il un des membres de sa famille de parasites rapaces, se haïssant les uns les autres ? Les portraits sont savoureux et les rôles tenus par des acteurs chevronnés comme Jamie Lee Curtis (qui fait soudain son âge), Don Johnson, Michael Shannon (excellent en fils aîné aigri et boiteux), Chris Evans ou Toni Collette de plus en plus émaciée et excentrique. Ce sont eux qui apportent vie et énergie au film, portés par un dialogue drôle et spirituel. Mais « À COUTEAUX TIRÉS » n’est pas parfait. D’abord, à plus de deux heures, et malgré les coups de théâtre, il est trop long et l’intrigue – tout de même assez mince – ne tient pas tout à fait la distance. On sent parfois poindre l’ennui. Mais on se console avec le formidable numéro de Craig jouant ‘Benoît Blanc’, le détective pot-de-colle, qu’il joue curieusement avec un accent « plouc » du Kentucky très déconcertant. Un rôle proche de la comédie, qu’il tient avec justesse et un bon sens du second degré. Il vaut le déplacement.

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DON JOHNSON, JAMIE LEE CURTIS ET ANA DE ARMAS

 

« HORSE SOLDIERS » (2018)

Produit par Jerry Zuckheimer, réalisé par le Danois Nicolai Fuglsig, « HORSE SOLDIERS » (également connu sous le titre « 12 STRONG ») est ce qu’on pourrait appeler un film « de représailles ».HORSE

Tiré de faits réels, situé juste après les attentats du 11 septembre 2001, le scénario conte la mission secrète de 12 soldats de l’U.S.-Army, envoyés en Afghanistan dans la foulée, pour aider des combattants à éliminer les Talibans. C’est bien confectionné, on n’a guère le temps de s’ennuyer, et les séquences (nombreuses) de combats sont parfaitement rendues, spectaculaires sans exagération hollywoodienne. L’officier en charge est Chris Hemsworth, excellent soldat qui n’a jamais connu les champs de bataille. Et l’accent est mis sur sa relation conflictuelle avec le général afghan (Navid Negahban) qui est censé l’assister. La production est fastueuse, les CGI sont utilisés à bon escient, c’est-à-dire qu’ils sont indécelables la plupart du temps et les comédiens se débrouillent pour exister. Cela n’empêche pas « HORSE SOLDIERS » d’être bourré de clichés, de moment héroïques un brin « too much » et dégoulinant de bons sentiments. Avis partagé donc, entre un bel objet cinématographique et un message assené sans finesse ni nuances. Il suffit de voir la tête du leader taliban (Numan Acar), véritable croque-mitaine échappé d’une BD. Dans un bon cast, on reconnaît le toujours fiable Michael Peña, William Fichtner en général à la boule à zéro et Michael Shannon dans un rôle effacé, pas très gratifiant.

Comme Rambo avait lavé le déshonneur vietnamien, les « horse soldiers » ont payé la dette de l’Amérique à Ben Laden. Tout l’intérêt du film est là et les amateurs d’explosions et de stratégie militaire moderne seront aux anges.

 

« MACHINE GUN » (2011)

MGPInspiré de la vie de Sam Childers, un biker violent et drogué, qui « rencontre Jésus » et devient le défenseur infatigable des orphelins du Soudan, « MACHINE GUN » (titre français bêtement écourté, qui perd tout son sens) est réalisé par l’honnête, mais peu emballant Marc Forster et résume en deux heures ce parcours, il est vrai, étonnant.

À première vue, il y avait matière à pondre un « African Rambo », mais le film s’efforce d’être sérieux et, il faut bien reconnaître que les deux premiers tiers sont scolaires, répétitifs et édifiants, que les scènes de prêche peuvent agacer et que les allers-retours U.S.A./Afrique sont un brin lassants. Ce n’est que lorsque notre héros devient obsessionnel, qu’il s’endette, qu’il abandonne sa famille et retombe dans ses pires travers – mais cette fois pour une bonne cause – que le film décolle enfin. Et Gerard Butler peut déployer avec la puissance qu’on lui connaît, toutes les facettes de son personnage, même les moins plaisantes. Il porte « MACHINE GUN » sur les épaules et donne à Childers une dimension à la fois épique et terre-à-terre. À ses côtés : Michael Shannon, excellent en copain d’enfance junkie à la dérive et Michelle Monaghan en épouse patiente. Les scènes d’action sont parfois décevantes, le scénario n’évite pas toujours le cliché (la séquence où Childers abat un enfant-soldat, qu’on voit venir très en avance), mais « MACHINE GUN » est une œuvre sincère et militante, qui dramatise une situation réelle particulièrement atroce (le prologue montrant un gamin obligé de tuer sa propre mère) et offre au décidément intéressant Butler un rôle à sa mesure. Sans doute aurait-il fallu une réalisation plus ample, peut-être un peu plus de moyens, pour que le film prenne toute sa mesure. Tel quel, il demeure tout à fait regardable, mais ne restera probablement pas en mémoire.

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GERARD BUTLER, MICHAEL SHANNON ET MICHELLE MONAGHAN

 

« LA FORME DE L’EAU » (2017)

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Guillermo Del Toro possède un univers sympathique et touchant influencé par les « films de monstres » des années 50. On sent poindre ces réminiscences dans toute son œuvre et elles sont totalement assumées dans « LA FORME DE L’EAU ».

Comment résumer ce film ? Ce serait une sorte de sequel à « L’ÉTRANGE CRÉATURE DU LAC NOIR » remodelée à la sauce « Amélie Poulain », que ce soit dans le style de la déco, la BO d’Alexandre Desplat très « frenchy » (alors que l’action se déroule aux U.S.A. dans les années 50) ou dans le personnage central lui-même, incarné par Sally Hawkins. On ne demande qu’à suivre l’auteur dans ses fantasmes, dans sa love story transgressive (la petite sourde-muette au physique ingrat finit tout de même par faire l’amour avec un grand triton humanoïde !). On met un moment à entrer dans cet univers et à en accepter pleinement les codes, mais « LA FORME DE L’EAU » finit par gagner son pari. Le sous-texte obsessionnel qui court sur toute l’œuvre de l’auteur (les vrais monstres ne sont pas ceux qu’on imagine) soutient toute l’action et s’avère très émouvant. Michael Shannon s’éclate dans un personnage ignoble de sadique qui se gangrène progressivement au cours de l’action. Il est vraiment stressant ! Sally Hawkins est si habitée et transcendée, qu’elle en devient belle, Richard Jenkins est touchant en vieil homosexuel esseulé, tous se font piquer la vedette par Octavia Spencer, formidable en femme de ménage bavarde et profondément humaine. Et Doug Jones, bien sûr, crée un magnifique homme-reptile souffrant mais immortel. « LA FORME DE L’EAU » est un film d’une grande poésie, d’une vraie générosité, qui dure peut-être un peu trop longtemps, mais dont on pardonne volontiers les maladresses et le sentimentalisme. Un bien joli film d’amour et de tolérance.

DOUG JONES, SALLY HAWKINS, MICHAEL SHANNON ET OCTAVIA SPENCER
 

« BAD LIEUTENANT – ESCALE À LA NOUVELLE-ORLÉANS » (2009)

BAD2« BAD LIEUTENANT – ESCALE À LA NOUVELLE-ORLÉANS », réalisé (étonnamment) par Werner Herzog, n’a rien à voir avec le « BAD LIEUTENANT » (1992) d’Abel Ferrara, hormis le fait d’avoir pour personnage central un flic schnouffé jusqu’à la moelle et 100% hors-la-loi.

Dans une New Orleans post-Katrina, le scénario suit un lieutenant des Stups, lui-même accro aux antidouleurs et à la cocaïne, dans une enquête sordide sur le massacre d’une famille d’Africains. Autant le dire tout de suite, ce n’est pas l’histoire policière qui intéresse ici, mais l’atmosphère étrange, parfois irréelle de cette ville malade, où tout semble possible. Car au fond, il ne se passe pas grand-chose et il faut une grande tolérance au jeu outrancier de Nicolas Cage pour s’identifier un tant soit peu à son ‘McDonagh’. Arborant une coupe de cheveux épouvantable, alternant les instants d’hébétude et de surexcitation, marchant penché d’un côté (clin d’œil à Klaus Kinski dans « AGUIRRE, LA COLÈRE DE DIEU » du même Herzog ?), l’acteur s’en donne à cœur-joie dans la composition sans garde-fou. Il apporte un côté clownesque à ce qui aurait pu n’être qu’un téléfilm de flics-et-voyous en adéquation avec quelques plans bizarroïdes d’iguanes filmées au fish-eye qui décalent un peu le film et l’arrachent à la banalité qui menaçait. Les relations entre Cage et son bookie (Brad Dourif), avec sa belle-mère alcoolique (excellente Jennifer Coolidge), avec sa girl friend aussi junkie que lui (Eva Mendes aussi belle que la Raquel Welch des sixties, mais qui semble toujours jouer le même rôle d’un film à l’autre), donnent une certaine identité à ce « BAD LIEUTENANT », d’autant qu’on retrouve des visages connus comme Val Kilmer dans de brèves apparitions en coéquipier nerveux ou Michael Shannon en fonctionnaire hésitant. Il faut vraiment être devin pour reconnaître la griffe de Werner Herzog là-dedans, mais cela se laisse regarder sans déplaisir, d’autant que la conclusion, totalement amorale, ne manque pas de sel.

BAD

NICOLAS CAGE ET EVA MENDES