« LE PACHA » bénéficie aujourd’hui d’une réputation inespérée de film-culte, très certainement due aux répliques-qui-tuent signées Michel Audiard, car ce n’est qu’un polar « à l’Américaine » au scénario faiblard, aux personnages brossés à gros traits et aux péripéties sommaires.
En fait le seul véritable intérêt est de voir l’effort accompli par Georges Lautner pour tenter d’intégrer l’iconique Jean Gabin à la France (et au cinéma, donc) en profonde mutation de 1968. Il suffit de se souvenir de la longue et complaisante séquence dans la boîte de nuit, où « le Dabe » déambule, clope au bec, imperturbable, au milieu des hippies efféminés et des danseuses à moitié nues, dans une ambiance joyeusement psychédélique. Sans parler de l’apparition certes amusante, mais totalement superflue de Gainsbourg chantant son « Requiem Pour un Con ». C’est extrêmement découpé, trop parfois, sur-éclairé, dépourvu de la moindre émotion, truffé de seconds rôles vus et revus mille fois dans ce genre d’univers. Et si on ne s’ennuie pas vraiment, on demeure extérieur et on attend tranquillement que ça se passe. Reste évidemment, le cas Gabin. Il s’agit là du Gabin « dernière manière » : le préretraité en service minimum, qui grommelle son dialogue – heureusement brillant – d’un air blasé et vaguement agacé, en balançant la tête et en roulant des yeux. Pas celui qu’on préfère, donc. Mais il a de bons moments, particulièrement dans son unique face-à-face avec Robert Dalban jouant son copain d’enfance porte-poisse. Il faut l’avoir vu passer à tabac un témoin sans état d’âme ou jouer les « vigilantes » en flinguant de sang-froid l’affreux « Quinquin ». Celui-ci est campé par André Pousse, dans le rôle de sa vie, comme un terminator à casquette et à l’accent parigot, étonnamment efficace. « LE PACHA » a donc pris un sévère coup-de-vieux dans son aspect polar, mais il se laisse regarder pour Gabin, silhouette anachronique échappée du film policier des années 50, qui traverse sans y croire un monde qui n’est déjà plus le sien.