Archives Mensuelles: janvier 2025
HAPPY BIRTHDAY, JONATHAN !
« TRUE LIES – LE CAMÉLÉON » (1994)
Adapté du film français : « LA TOTALE » (1991) de Claude Zidi, « TRUE LIES », écrit et réalisé par James Cameron, est un curieux mélange de gros blockbuster pétaradant et de comédie conjugale à rebondissements. Cela fonctionne-t-il ? Parfois, oui. Mais le scénario est un fourre-tout construit à la diable.
Arnold Schwarzenegger est un espion de la CIA, une sorte de 007 yankee à l’accent teuton, qui mène en parallèle une vie de petit employé timoré. Sa femme (Jamie Lee Curtis) ne se doute de rien et se laisse séduire par un ringard (Bill Paxton) qui se fait passer pour un… agent secret. La suite est un enchaînement de morceaux de bravoure, de coups de théâtre, de quiproquos, de fusillades avec des terroristes armés d’ogives nucléaires. Ça marche pendant une demi-heure, mais peu à peu l’histoire part en tous sens (on perd de vue les méchants pendant une bonne partie du film), les gags deviennent lourds et tirés par les cheveux (l’interrogatoire de Curtis, la célèbre scène du strip-tease) et la seconde moitié se transforme en orgie de F/X certes bien maîtrisés, mais annihilant toute émotion ou tout suspense. À ce petit jeu de surenchère, Schwarzie est à la fête, égrène ses one liners, danse le tango, pilote des avions de chasse et flingue à tout-va. Il est hélas, trop souvent doublé par des cascadeurs beaucoup trop visibles. Curtis, incroyablement sexy, lui pique un peu la vedette, passant de la petite ménagère à l’aventurière au poing leste, avec beaucoup d’humour. Tom Arnold est un sidekick sans grand relief, Tia Carrere s’amuse en bad girl violente et Paxton est hilarant en tocard mythomane et sans une once de dignité. On aperçoit Charlton Heston dans deux petites séquences, en boss de la CIA borgne et grincheux, qui fait penser au personnage de comics, Nick Fury. « TRUE LIES » est spectaculaire, mouvementé, mais quelque chose demeure artificiel, forcé, trop lisse et empêche de s’enthousiasmer. Le film le moins intéressant de la filmo de son auteur.
MARIANNE FAITHFULL : R.I.P.
« OBSESSION » (1954)
Adapté d’une série noire de William Irish, « OBSESSION » de Jean Delannoy est une tentative de film noir à la française, intégralement tournée en studio dans l’univers du cirque.
Un couple de trapézistes (Michèle Morgan et Raf Vallone) se retrouve mêlé au meurtre d’un collègue (Jean Gaven). Elle soupçonne son époux d’être l’auteur du crime, mais ne le dénonce pas. Quand un autre est condamné à mort à sa place, le dilemme devient insupportable. Va-t-elle dénoncer l’homme qu’elle aime ? Est-il vraiment coupable ? Le scénario est pas mal tiré par les cheveux, les tourments de Vallone ne sont pas toujours très décryptables et son jeu limité n’arrange pas les choses. Mais ce qui vieillit terriblement « OBSESSION », ce sont ses décors de studio d’une laideur totale, qui rendent l’affaire étouffante, sinistre et qui ne mettent pas en valeur les personnages. Morgan, 34 ans, est étonnamment physique et exécute elle-même quelques mouvements au trapèze de façon crédible. Son rôle n’est pas spécialement défini et sa coiffure pas très glamour, mais son célèbre regard (« T’as de beaux yeux, tu sais », disait Gabin) et sa classe naturelle font la blague. Autour d’elle, Jean Gaven en sympathique partenaire, l’inévitable Dora Doll en entraîneuse de cabaret et surtout Robert Dalban qui compose un flic intuitif et cassant très intéressant et qui offre peut-être la meilleure prestation du film. Difficile de trouver de grandes qualités à ce petit film sans réel savoir-faire, qui ne gère pas très bien le passage du temps (on a l’impression que l’assassin est exécuté quelques semaines à peine après le meurtre) et bâcle les séquences de cirque et la grande bagarre sur les docks entre Vallone et Gaven remplacés pour les plans larges par des cascadeurs bien trop identifiables. Un peu poussiéreux, dirons-nous…
« ADAGIO » (2024)
Écrit et réalisé par l’excellent Stefano Sollima, « ADAGIO » est un polar d’une extrême noirceur, situé à Rome et faisant se croiser et s’affronter des personnages aussi ignobles qu’humains, quel que soit le côté de la loi où il se situent.
Gianmarco Franchini est un jeune dealer qu’un ripou implacable (Adriano Giannini) fait chanter et cherche ensuite à éliminer. Le garçon est le fils d’un caïd à moitié sénile (Toni Servillo) qui l’envoie se cacher chez un ex-complice (Pierfrancesco Favino) à peine sorti de prison et rongé par le cancer. La matière est riche, complexe, un peu trop peut-être, puisque la première heure met du temps à immerger dans son univers nocturne et à capter totalement l’attention. Heureusement, la seconde vire à la tragédie antique, tous les questionnements sont éclaircis et les protagonistes prennent une épaisseur magistrale. Le plus stupéfiant est Favino, qu’on met un moment à identifier avec son crâne et ses sourcils rasés, ses kilos en moins et sa démarche ankylosée : il est absolument prodigieux, confirmant qu’il est le plus grand et versatile acteur italien de son temps. Servillo est également exceptionnel dans un numéro de haute-voltige d’ancien « capo » clochardisé mais probablement pas aussi gâteux qu’il le laisse croire. Les deux « monstres » n’ont qu’une scène ensemble, mais elle vaut le détour. Giannini (fils de Giancarlo) est d’une rare puissance à l’image en flic dur et sans pitié, dont on perçoit des vestiges d’humanité dans les moments avec ses enfants qu’il élève tout seul. Si « ADAGIO » réclame une certaine patience au démarrage (qui laisse à penser qu’il doit être beaucoup plus facile à comprendre à seconde vision), il s’inscrit en bonne place dans la magnifique filmographie du réalisateur. À ne surtout pas manquer.
HORST JANSON : R.I.P.
JAN SHEPARD : R.I.P.
HAPPY BIRTHDAY, KATHRYN !
« THE BEEKEEPER » (2024)
Approchant tout doucement la soixantaine, Jason Statham ne ralentit pas sa cadence de tournages, tient toujours le même rôle de tough guy taiseux, mais dans « THE BEEKEEPER » de David Ayer, signe des temps, il apparaît amaigri et n’ôte pas sa chemise une seule fois !
Rangé des voitures et devenu un apiculteur méticuleux, Jason est une sorte de Terminator humain, formé dans un programme secret de la CIA qui en a fait une invincible machine à tuer. Quand sa gentille voisine est ruinée par d’immondes hackers/escrocs et en vient à se donner la mort, il s’attaque à un puissant trust destiné à vider les comptes en banque de personnes vulnérables. Donner un visage à ces « invisibles » généralement impunis est une bonne idée. Et le premier quart du film est assez jouissif. Voir Statham fait péter des immeubles entiers est toujours un bonheur. En revanche, quand le scénario ne parvient pas à décoller au-delà de ce postulat et se contente d’aligner les bastons, les fusillades et les tortures, on tique un peu. Routinier et légèrement hagard, notre héros offre le minimum syndical. L’usure, probablement, de se répéter ad nauseam. Et il est très mal entouré par des seconds rôles indigents (Emmy Raver-Lampman, Josh Hutcherson) lâchés en roue-libre et par le vétéran Jeremy Irons qui devait avoir un sévère arriéré d’impôts pour accepter un tel rôle d’ancien boss de la CIA recyclé. Les séquences d’action ont beau se multiplier, cela ne fait rien pour accélérer le rythme de ce « BEEKEEPER », produit manufacturé qui rappelle les thrillers bâclés par les plates-formes, sans aucune personnalité et programmés pour ne pas laisser la moindre trace dans les mémoires. Statham, après une succession de navets de plus en plus indéfendables, semble suivre la pente savonneuse de Stallone, Neeson ou Schwarzenegger, ses glorieux aînés en chute libre.