Rares sont les films atteignant l’âge canonique de 90 ans, qui demeurent aussi excitants qu’au moment de leur sortie. Et ce malgré le noir & blanc abimé, le son crachotant, la censure d’époque. « LES TROIS LANCIERS DU BENGALE » fait partie de cette espèce en voie d’extinction.
En à peine 110 minutes, Henry Hathaway parvient à brasser l’Histoire avec un grand H, l’aventure humaine, à traiter à fond de plusieurs personnages sans jamais les caricaturer et à maintenir un rythme époustouflant. On voit là les racines d’œuvres ultérieures comme « L’HOMME QUI VOULUT ÊTRE ROI » et même les aventures d’Indiana Jones. Le trio de héros est une grande réussite : le (jeune) vétéran impulsif à la langue trop bien pendue, incarné par un Gary Cooper en pleine forme, parfaitement dirigé. L’officier snob et moqueur joué par Franchot Tone et le fils-à-papa (Richard Cromwell) dont le parcours est assez étonnant : ses caprices et sa lâcheté seront finalement récompensés par une médaille ! Complémentaires et amusants, le charisme des trois lanciers ne laisse pas oublier que les véritables protagonistes du film sont le vieux colonel au bord de la retraite (Guy Standing, excellent) et son fidèle aide de camp au franc-parler (C. Aubrey Smith). Parmi les seconds rôles, on repère l’indéboulonnable Akim Tamiroff en émir truculent. Le film ménage de superbes scènes de combat, des moments « exotiques » sortis tout droit d’une BD, des morceaux de bravoure inoubliables comme la séance de torture subie par nos amis : les bambous fichés sous les ongles et auxquels on met le feu ! Traumatisant ! Il y en a à peu près pour tous les publics dans ce petit chef-d’œuvre de concision et de pur cinéma populaire. Et c’est une pierre fondatrice de la mythologie héroïque de Coop, qui n’avait pas besoin du Far-West pour être le roi des cowboys.
À noter : bien qu’il se déroule entièrement en Inde, le film fut tourné en studio et en extérieurs autour d’Hollywood.