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« L’HOMME DE L’OUEST » (1958)

16 Mar
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GARY COOPER

Adapté par Reginald Rose d’un roman de Will C. Brown, « L’HOMME DE l’OUEST » est un film assez atypique dans la filmographie d’Anthony Mann, car sous son armature de western traditionnel, il cache un drame shakespearien d’une absolue noirceur et d’un implacable nihilisme.MOW.jpg

Devenu un honnête citoyen, l’ancien hors-la-loi Gary Cooper retrouve par hasard son père adoptif (Lee J. Cobb), devenu un vieillard à demi fou entouré d’un gang de tueurs stupides et dangereux. Le scénario tient du cauchemar car ‘Link Jones’ doit affronter les fantômes de sa jeunesse et les détruire, pour espérer une rédemption. Que « Lassoo » la ville fantasmée par Cobb et qu’il rêve de dévaliser, soit devenue un désert asséché, participe de cette atmosphère lugubre où même les pics rocheux du Far-West ressemblent à des fossiles morts depuis des siècles. Pour son époque, le film est très violent et traite sans faux-semblant de viol, de fratricide, d’enfants-tueurs et des scènes comme celle où Cooper tabasse Jack Lord et déchire ses vêtements pour venger Julie London est, encore aujourd’hui, assez choquante de brutalité. Mais elle est nécessaire dans le sens qu’elle crédibilise Cooper – bien trop âgé pour le rôle – en tant qu’ancien meurtrier sanguinaire, ce qu’on avait un peu de mal à accepter jusque-là. Julie London est magnifique en entraîneuse, otage des bandits et protégée par Cooper. Peut-être son plus beau rôle. Tous les personnages secondaires sont admirablement campés : Lord en tueur névrosé au rire de chacal, Arthur O’Connell en escroc à la petite semaine dont la survie ne tient qu’à un fil, John Dehner en « cousin » intelligent, Royal Dano et Robert J. Wilke en membres de la bande abrutis et bestiaux. Une superbe distribution d’ensemble, dominée par la performance d’un Lee J. Cobb de 47 ans, lourdement grimé en vieil homme au bord de la sénilité, qu’il incarne comme un King Lear dégénéré. Démarrant comme un huis clos théâtral dans la cabane de Cobb, « L’HOMME DE L’OUEST » s’achèvera à ciel ouvert sans rien perdre de son pouvoir oppressant et de son pessimisme foncier. Après avoir été violée, Julie London ne pourra même pas se consoler auprès de l’homme dont elle est tombée amoureuse et qui s’en va retrouver sa famille. Non, décidément, « L’HOMME DE L’OUEST » n’est pas un western comme les autres !

À noter : pour le pinailleur à l’œil affuté. Lors de la bagarre entre Cooper et Lord, le premier est le plus souvent doublé par un cascadeur. Mais celui-ci n’a pas du tout la morphologie si particulière de «  Coop », ni la même coiffure et on voit clairement les efforts de son collègue doublant Jack Lord, pour dissimuler son visage avec son bras ou autre. À la fois touchant et un peu déconcentrant !

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GARY COOPER, JACK LORD, LEE J. COBB ET JULIE LONDON

 

11 réponses à “« L’HOMME DE L’OUEST » (1958)

  1. Avatar de Seb

    Seb

    16 mars 2019 at 8 h 54 min

    Revu récemment aussi et c’est décidément un des chefs-d’œuvre de Mann, aussi soufflant sur la forme (la photo d’Ernest Haller utilisant à merveille les intérieurs comme les extérieurs) que sur le fond. Casting de haut vol avec Coop toujours d’une sobriété parfaite et Cobb qui arrive à être crédible en en faisant pourtant des tonnes. Le filn est en effet d’un nihilisme et d’une brutalité inhabituels, même pour un western de la fin des années 50 où l’on commençait tout de même à s’éloigner du glamour de l’âge d’or hollywoodien. La bagarre entre Coop et son ancien comparse me met toujours aussi mal à l’aise, malgré les approximations (doublures, faux-coups, etc.) ; les personnages se battent réellement à mort, sont vite complètement essoufflés et finissent par s’arracher les vêtements… loin des quelques beignes bien expédiées qu’on a souvent pu voir dans le western traditionnel !

     
  2. Avatar de Patrick

    Patrick

    16 mars 2019 at 9 h 24 min

    Vu en 2010 et j’avais écrit ça dessus : « Après un début quelconque (mais avec une amusante scène dans le train) L’Homme de l’Ouest devient soudain un western sombre et à l’ambiance tendue lorsque Gary Cooper devra faire face à son passé tourmenté. D’ailleurs L’Homme de l’Ouest est légèrement plus violent que les autres westerns de l’époque mais on peut regretter cependant que l’ensemble soit réalisé de manière très classique. « 

     
    • Avatar de Seb

      Seb

      16 mars 2019 at 21 h 32 min

      « […] on peut regretter cependant que l’ensemble soit réalisé de manière très classique »
      C’est peut-être une question de goût mais je trouve au contraire le classicisme de ce film magnifique ; dix ans plus tard, il aurait pu être « remaké » en version spaghetti avec des zooms intempestifs, des cadrages branlants et un montage à la serpe… cela aurait-il été mieux ? Pas pour moi !

       
      • Avatar de Jicop

        Jicop

        16 mars 2019 at 21 h 37 min

        Entierement de ton avis Seb.
        Classique sur la forme ( meme si on peut en debattre ) . Certainement pas sur le fond .

         
      • Avatar de walkfredjay

        walkfredjay

        16 mars 2019 at 21 h 54 min

        Oui, on peut en débattre. L’utilisation du format Scope (visible sur les photos de l’article) est exceptionnelle dans chaque séquence, l’aspect sinistre des extérieurs, prouvent une volonté de Mann de donner à son film une dimension presque surnaturelle.

         
      • Avatar de Seb

        Seb

        16 mars 2019 at 21 h 54 min

        Exact, Jicop. Après je ne suis pas sectaire et j’aime aussi me voir un petit western « all’italiana » bien poisseux à l’occasion. 🙂

         
  3. Avatar de Darcotik

    Darcotik

    16 mars 2019 at 10 h 34 min

    Un très très bon western, étonnamment brutal et noir pour 1958. Mann échange la sublimation des paysages dont il avait fait sa marque de fabrique dans « Les Affameurs » et « L’Appât » contre des décors arides, parmi lesquels ce village abandonné qui préfigure presque la désolation du spagh’. Le film est d’autant plus fort que Cooper y luttait déjà contre la maladie.

     
  4. Avatar de Jicop

    Jicop

    16 mars 2019 at 18 h 47 min

    Excellent western psychologique, sec et aride.
    Un des meilleurs du genre pour ma part .
    Pas toujours bien accepte ou bien compris par les fans du realisateur qui lui preferent d’autres oeuvres avec James Stewart notamment.
    C’est pourtant un film honnete et courageux ou le pessimisme de Mann fait merveille. Sans compter son sens du cadrage .
    C’est sans doute un western charniere, proche de ce que realisera Peckinpah quelques annees plus tard.

     
    • Avatar de walkfredjay

      walkfredjay

      16 mars 2019 at 18 h 51 min

      Tout à fait d’accord. Il y a un gros malaise sous-jacent quant au passé du gang de Cobb. On devine que ce ne devait pas être un papa gâteau et sa relation à Cooper et Dehner est plus que glauque… Le fait qu’il viole Julie London pour atteindre Cooper laisse deviner de sombres marécages bien fangeux ! 😉

       
  5. Avatar de Claude CASANOVA

    Claude CASANOVA

    16 mars 2019 at 19 h 10 min

    Le film avait bénéficié en son temps d’une excellente réédition en DVD avec une analyse pertinente de certaine scène . Intemporel (le terme « shakespearien » me paraît tout à fait
    approprié ) .

     
  6. Avatar de Corey

    Corey

    16 mars 2019 at 23 h 13 min

    Rien à ajouter, chef d’oeuvre du western. Un film marquant à plus d’un titre, par son atmosphère et la réalisation de Mann, dont chaque plan est une merveille.

     

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