Archives de Catégorie: LES FILMS DE ROCK HUDSON
« DESTINATION : ZEBRA, STATION POLAIRE » (1968)
L’association des noms du romancier Alistair MacLean et de l’efficace John Sturges offrait de vraies garanties sur la qualité potentielle de « DESTINATION : ZEBRA, STATION POLAIRE ». Aussi ces 149 minutes d’ennui compact sont une véritable – et très mauvaise – surprise.
Pendant plus d’une heure, c’est un film de sous-marin classique, avec un capitaine stoïque (Rock Hudson), des barbouzes ambiguës (Patrick McGoohan et Ernest Borgnine), un marines inquiétant (Jim Brown) et des icebergs menaçants. Quand on arrive à la station-météo coupée du monde pour, soi-disant, secourir des survivants, on bifurque dans le whodunit aux enjeux totalement dénués d’intérêt. Cela discutaille énormément, le casting est sous-employé et l’ultime face à face, entre les Américains et les Russes sur la banquise, est rendu ridicule par le tournage en studio, avec ses blocs de glace en plâtre et sa neige en polystyrène. Le rythme étant à peu près nul et le dialogue « technique » extrêmement difficile à digérer, la BO de Michel Legrand s’avérant de plus en plus encombrante à mesure que le film avance, on peut affirmer que « ZEBRA » est un des plus mauvais films de la belle carrière de Sturges. Hudson, l’air apathique, est un héros détaché et indifférent, Borgnine roule des yeux et tente de rendre convaincant son accent russe, tandis que McGoohan joue les espions cyniques et déplaisants, un emploi qu’il connaît par cœur depuis ses séries TV en Angleterre. Brown est une fausse-piste bien peu crédible. On aimerait apprécier quelque chose dans ce produit d’un autre âge, au suspense éventé, à la technique stérile. Seule la photo de Daniel L. Fapp se distingue un peu, mais on ne gâche pas plus de deux heures de sa vie pour une belle image.
« TOMAHAWK » (1951)
« TOMAHAWK » de George Sherman, western relativement peu connu, est pourtant un des premiers films résolument pro-Indiens, qui dépeint les Sioux comme un peuple noble spolié par le fourbe « visage pâle » avec ses traités constamment foulés au pied.
Inspiré de faits réels, le scénario prend pour héros le scout Jim Bridger (1804-1881), tiraillé entre les deux civilisations, comme le sera le protagoniste du « JUGEMENT DES FLÈCHES », six ans plus tard. Bridger recherche inlassablement l’assassin de sa femme Cheyenne, tuée par le lieutenant Alex Nicol qu’il retrouve dans un fort assiégé. Rien que de très classique, mais on est toujours épaté par ce que ces « petits » films étaient capables de raconter en moins de 90 minutes, surtout comparés aux longs-métrages dilatés d’aujourd’hui. L’image est magnifique, les paysages – souvent surplombés de nuages grandioses – le sont également et le rythme est parfaitement entretenu. Bien sûr, Van Heflin est un Bridger sans charisme, comme à son habitude et il se laisse voler la vedette par Nicol avec son look « aryen » qui campe un méchant incroyablement haïssable, un tueur d’Indiens sanguinaire et sûr de son bon droit. Yvonne De Carlo en chanteuse itinérante et Susan Cabot en squaw composent des personnages féminins taillés dans le cliché. Parmi les seconds rôles, on entrevoit très fugitivement un jeune Rock Hudson en caporal, sans le moindre gros-plan pour le différencier dans la masse de figurants. « TOMAHAWK » (c’est le surnom que les Natives ont donné à Bridger) est un western à la fois modeste et ambitieux, dont le parti-pris d’honnêteté historique est plus qu’estimable. En 1951, on était encore bien loin de « LITTLE BIG MAN » ou « DANSE AVEC LES LOUPS » ! Rien que pour cela, il mérite d’être vu et apprécié, tout en admirant la beauté de ses extérieurs et la vigueur de ses séquences d’action encore très impressionnantes.
« LE TRAÎTRE DU TEXAS » (1952)
« LE TRAÎTRE DU TEXAS » de Budd Boetticher est un excellent petit western bien ancré dans sa réalité historique : le retour des Sudistes vaincus au Texas, qui retrouvent un pays métamorphosé.
Le scénario ramasse en 81 minutes une foule d’événements et d’informations, et offre à Robert Ryan un personnage central des plus complexes. En effet, cet ex-officier amer et revanchard est à la fois le héros de l’histoire et… également le méchant. Avec sa carrure, son faciès tourmenté, Ryan est comme toujours intense et crédible, ne cédant jamais au manichéisme. Cet homme courageux se transforme en hors-la-loi puis en prédateur capitaliste sans le moindre scrupule, allant jusqu’à prendre son propre père (John McIntire) en otage. Face à Ryan, la belle et fougueuse Julie Adams amoureuse de lui, le tout jeune Rock Hudson en jeune frère naïf et courageux, Raymond Burr odieux et répugnant en rancher méprisant et des visages familiers tels que Dennis Weaver, Rodolfo Acosta amusant en général mexicain d’opérette, James Arness en fidèle compagnon de route des deux frères. Le montage est nerveux sans aucun temps mort, le technicolor est magnifique et le film passe en un éclair. Sans être un chef-d’œuvre, « LE TRAÎTRE DU TEXAS » est à voir pour Robert Ryan avant tout, un des rares acteurs de l’époque à accepter d’incarner des personnages aussi difficiles à cerner, aussi odieux qu’admirables et pour quelques scènes étonnamment violentes pour l’époque (Burr torturant Hudson en le fouettant avec la boucle de son ceinturon, la gifle humiliante que le même Burr balance dans la bouche de Ryan à la fin d’une partie de poker). Une petite pépite, ce film…
« LE COUP DE L’OREILLER » (1965)
« LE COUP DE L’OREILLER » de Michael Gordon est un décalque éhonté des trois comédies que Rock Hudson tourna avec Doris Day et tout particulièrement de « CONFIDENCES SUR L’OREILLER » (jusqu’au titre français sans complexe). On retrouve d’ailleurs le moment où Hudson se fait passer pour un homosexuel pour séduire Leslie Caron ! Étrange mise en abyme qui a dû beaucoup amuser l’acteur…
L’histoire ? Charles Boyer, vieil avocat français, demande à Hudson de dépuceler sa fille Caron qu’il n’a pas revue depuis 25 ans, devenue psychiatre et… célibataire. Pour ce faire, Rock fait croire à celle-ci qu’il est harcelé par les femmes, quasiment violé quotidiennement et que sa vie est un enfer. Les quiproquos sont lourds au possible, l’humour vole souvent bien bas, mais – si on parvient à tenir le coup – la seconde partie prend sa vitesse de croisière et on se surprend à sourire de temps en temps. Pas tellement grâce aux vedettes, pourtant plutôt en forme, mais aux seconds rôles savoureux et très bien écrits : Dick Shawn en fiancé totalement soumis et lamentable, Larry Storch hilarant en taxi « beauf » et misogyne et surtout Nina Talbot, redoutable voleuse de scènes, en réceptionniste d’hôtel prête à sauter sur n’importe quel homme qui passe à sa portée. Tout cela ne présente aucun intérêt, d’autant qu’on a déjà vu Hudson dans cet emploi de séducteur amoral et couvert de femmes liquéfiées de désir. Il fait cela les doigts dans le nez et a quelques moments vraiment amusants. Caron s’agite et grimace beaucoup, mais son numéro de femme sexuellement comblée, pour rendre jaloux Hudson est un joli morceau de comédie. Pour résumer, on peut se laisser porter par ce petit film, malgré ses emprunts très voyants à des succès récents, malgré des transparences hideuses (on pense au début du film soi-disant situé à Paris !) et une écriture inégale qui n’hésite pas à rendre les protagonistes naïfs, crédules et pour tout dire… idiots.
« WINCHESTER 73 » (1950)
« WINCHESTER 73 » d’Anthony Mann est un classique indétrônable du western, bâti autour d’une idée proche du gimmick, à savoir une carabine à répétition de collection, gagnée à un concours de tir par James Stewart, passant ensuite de main en main, jusqu’à revenir à son propriétaire après un long et violent périple.
Le thème, c’est la vengeance : Stewart veut venger son père abattu lâchement par son frère (Stephen McNally) qui lui a, en plus, dérobé la Winchester. Tourné en noir & blanc, construit en épisodes presque indépendants les uns des autres et peuplé de personnage hauts-en-couleur, le film ne connaît pas un temps mort, passionne de bout en bout. Stewart, pour son premier western avec Mann, explore un emploi de vengeur obsessionnel et rugueux, loin de ses rôles habituels. Il affinera ce prototype dans ses films suivants avec le réalisateur. Il est très bien entouré par Millard Mitchell en sidekick sympathique, Shelley Winters en entraîneuse énamourée, John McIntire excellent en trafiquant d’armes cynique ou Dan Duryea flamboyant en hors-la-loi particulièrement ignoble. Parmi les silhouettes, on reconnaît (à peine !) Rock Hudson en chef Indien affublé d’un faux-nez, Tony Curtis et James Best en soldats enthousiastes et quelques « tronches » de film noir comme Steve Brodie et James Millican. Extrêmement bien cadré, mettant les paysages de l’Ouest en valeur malgré le format carré et l’absence de couleur « WINCHESTER 73 » demeure un grand western assez noir dans le fond et truffé de séquences inoubliables : Duryea humiliant le fiancé de Winters dont il ne supporte pas la lâcheté (on retrouvera une situation similaire dans « 7 HOMMES À ABATTRE » de Boetticher), les deux frères se tirant dessus dans la montagne tels des Caïn et Abel coiffés de Stetsons ou la savoureuse apparition de Wyatt Earp sous les traits truculents de Will Geer. À voir et revoir sans hésiter, donc.
« LES AFFAMEURS » (1952)
« LES AFFAMEURS » est le second des huit films qu’Anthony Mann tourna avec James Stewart en vedette et, certainement, un des plus brillants. Écrit par Borden Chase, d’après un roman, le scénario est un condensé d’action, de suspense et de mélodrame qui ne laisse pas une seconde de répit.
Alors qu’il escorte une caravane de colons, Stewart sauve Arthur Kennedy d’un lynchage. Les deux hommes deviennent aussitôt amis, jusqu’à l’arrivée à Portland. C’est une cargaison de vivres et de bétail qui va être l’enjeu du film et révéler le véritable visage des protagonistes. On ne peut qu’admirer la maîtrise de Mann pour les séquences en ville, littéralement fourmillantes de figuration, d’actions simultanées, de plans larges magnifiques. Il parvient à immerger dans le passé de l’Amérique, sans jamais perdre de vue l’aspect humain et l’évolution des personnages. Stewart, plus sobre et taiseux que de coutume, est parfait en ex hors-la-loi en quête de rédemption et d’oubli, Kennedy n’a jamais été meilleur et charismatique qu’en pistolero psychopathe au sourire charmeur. Le jeune Rock Hudson trouve un rôle sympathique mais effacé de gambler souriant, Julia Adams a du caractère. Parmi les petits rôles, on reconnaît avec plaisir des « gueules d’époque » comme Jack Lambert, Royal Dano ou Henry Morgan jouant de franches crapules. « LES AFFAMEURS » est un superbe morceau de cinéma, extrêmement physique – d’autant plus que les acteurs ne sont visiblement pas souvent doublés dans les scènes dangereuses – et composé d’un enchaînement ininterrompu de morceaux de bravoure : la traversée d’un fleuve, l’arrivée au port, l’affrontement final entre les deux ex-amis, etc. Anthony Mann a signé de nombreux classiques dans à peu près tous les genres, mais dans le western, celui-ci est vraiment un de ses chefs-d’œuvre.
« LES YEUX BANDÉS » (1965)
Écrit et réalisé par Philip Dunne, « LES YEUX BANDÉS » tente assez laborieusement de retrouver l’humeur de « LA MORT AUX TROUSSES » d’Hitchcock, en lançant un quidam dans une grosse histoire d’espionnage impliquant FBI et CIA, avec comme enjeu un jeune savant convoité par diverses contrées.
Psychiatre à New York, Rock Hudson est enrôlé de force par un général (Jack Warden) pour s’occuper du prisonnier (Alejandro Rey). La sœur de celui-ci (Claudia Cardinale) colle aux basques du psy et, bien sûr, tombe amoureuse de lui. Le film fait illusion un petit moment, Hudson est sympathique en Cary Grant du pauvre, séducteur égoïste et indolent, les allers-retours dans les Everglades sont intrigants. Mais hélas, le scénario ne va pas beaucoup plus loin, les méchants sont ridicules comme Guy Stockwell en imposteur bègue et l’histoire d’amour ne décolle jamais. Hudson fait son numéro habituel, mais Cardinale n’a aucune disposition pour la comédie et se contente de crier à tout bout de champ de sa voix enrouée, d’écarquiller les yeux pour manifester son mécontentement. L’alchimie est totalement inexistante et empêche le film de trouver cette petite étincelle qui aurait fait pardonner tout le reste. Les seconds rôles sont plutôt amusants en revanche, spécialement Ann Seymour en secrétaire fidèle, mais sarcastique et Brad Dexter vraiment drôle en flic abruti, mais tenace. En fait, celle qui s’en sort le mieux est encore la mule « Hinry » ! « LES YEUX BANDÉS » a tellement envie d’égaler le maître du suspense, qu’il en oublie de raconter une histoire intéressante et d’insuffler un brin d’humanité dans les pantins qui font office de protagonistes. Si on aime le mood des sixties, la silhouette de la Cardinale et les alligators, on peut éventuellement passer un moment vaguement agréable, mais ce n’est pas indispensable.
« L’ADIEU AUX ARMES » (1957)
Adapté d’un roman d’Ernest Hemingway, « L’ADIEU AUX ARMES » avait déjà été produit en 1932 avec Gary Cooper en vedette. Cette nouvelle mouture en Cinémascope réunit Rock Hudson et Jennifer Jones sous la direction de Charles Vidor (et de John Huston, non mentionné au générique).
Sur 152 très copieuses minutes, le film se divise en trois parties : la rencontre dans l’Italie en guerre de 1917 d’un ambulancier américain et d’une infirmière anglaise. C’est convenu et bavard, avec heureusement la présence de Vittorio De Sica en médecin désabusé et d’Alberto Sordi en prêtre tolérant. Ensuite, c’est l’exode et la guerre dans ce qu’elle a de plus sordide (la meilleure partie) et finalement c’est l’évasion en Suisse du couple, elle enceinte jusqu’aux yeux et lui déserteur. Cela finira mal, bien sûr. L’Américain suggérera même qu’ils paient le fait d’avoir couché ensemble sans être mariés ! Et on se prend alors, à penser aux mélos qu’Hudson tourna avec Douglas Sirk. Mais malgré de réelles qualités dans les séquences de foule, de batailles et même dans la direction d’acteurs, on peine à se passionner pour cette histoire languissante et dépourvue de ressort. On n’est pas aidé, il faut le dire, par Jennifer Jones, comédienne excessive, grimacière, au visage trop retouché, bien plus âgée que son partenaire. Elle surjoue la moindre émotion, s’exalte et pleurniche sans arrêt, rendant son personnage particulièrement agaçant. Face à elle, Hudson est bien en séducteur au sourire enjôleur que De Sica surnomme « Puppy ». On aperçoit des seconds rôles sympathiques comme Oscar Homolka en docteur helvète pas très compétent, Mercedes McCambridge en infirmière-chef mère fouettarde ou Elaine Strich en nurse complice. On reconnaît même un jeune Bud Spencer moustachu en carabinieri. Cela maintient plus ou moins le film à flot jusqu’au dernier tiers qui s’embourbe complètement et s’avère à peine supportable. À voir comme une sorte d’aïeul au « DR. JIVAGO ».
« L’HOMME DE BORNÉO » (1962)
Adapté d’un livre et d’une pièce de Jan de Hartog, « L’HOMME DE BORNÉO » de Robert Mulligan est un bien curieux film, au scénario bizarrement construit, dont on peine, jusqu’aux dernières séquences ouvertement « religieuses », à discerner la finalité et les thèmes.
Un jeune médecin hollandais (Rock Hudson) arrive en Indonésie. Il rêve de travailler avec le physicien Burl Ives, spécialisé dans l’étude de la lèpre. Il désire surtout écrire un livre à partir de ses thèses, à l’insu du vieil homme. Le scénario bifurque ensuite sur les exactions d’un sorcier local (Reggie Nalder) qui élimine un à un tous les chercheurs et hommes d’Église œuvrant à Bornéo. Et tout se concentre finalement sur la révélation mystique de Rock, qui isolé du monde, malade, régresse quasiment au stade animal et passe de l’athée convaincu au dévot béat. Oui, nous l’avons dit, c’est une drôle d’histoire ! Et plus de deux heures pour la raconter, c’est très exagéré, d’autant plus que le récit patine souvent, se noie en bavardages soûlants sur la foi et la présence divine. Pourtant, cela se laisse regarder avec curiosité, grâce aux extérieurs du Suriname, à la photo contrastée de Russell Harlan et à la BO dissonante de Jerry Goldsmith. La distribution n’est pas non plus sans mérite : Hudson donne une certaine épaisseur à ce personnage peu sympathique. Il surmonte le ridicule de la dernière partie où, devenu une sorte d’homme des cavernes hirsute, il se met soudain à demander l’aide du tout-puissant. Face à lui, Ives est pénible dans le surjeu permanent et la truculence systématique. Et on a le plaisir de découvrir une très belle Gena Rowlands de 32 ans dans un rôle effacé d’épouse stoïque et loyale, bien en deçà de ses capacités. En s’armant de patience, et dans la perspective de l’intéressante carrière de Mulligan, on peut tenter « L’HOMME DE BORNÉO ». À ses risques et périls !