On l’oublie souvent, mais Jack Clayton fut un excellent réalisateur et il signa plusieurs classiques en Angleterre et aux U.S.A. « LES CHEMINS DE LA HAUTE VILLE », adapté d’un roman de John Braine (qui rappelle « UNE PLACE AU SOLEIL ») est une de ses grandes réussites et il valut l’Oscar à Simone Signoret.
Laurence Harvey, jeune provincial arriviste, devient fonctionnaire dans une ville plus importante que celle qui l’a vu naître. Il veut défoncer les barrières sociales en épousant une naïve héritière (Heather Sears), mais la famille de celle-ci s’y oppose. Il se console dans les bras d’une Française mal mariée, beaucoup plus âgée que lui et dépressive, qui tombe follement amoureuse de lui et finit par devenir un obstacle à ses ambitions. Le scénario appelle les choses par leur nom, ne romantise jamais cette « histoire d’amour » biaisée dès le début et ne donne pas de ses personnages une image magnifiée. Harvey apparaît même comme un individu veule et plutôt détestable, même si, en le suivant dans son quotidien et même dans sa ville natale, on peut finir par comprendre ses motivations. Signoret n’a que 37 ans, mais en paraît beaucoup plus et les gros-plans de son visage déjà marqué, sont émouvants et laissent deviner l’évolution prochaine de son aspect physique. Elle est magnifique de bout en bout, à la fois blasée, désenchantée, dégoûtée d’elle-même et parfois affichant un sourire de midinette énamourée. Son duo avec Harvey est d’une incroyable justesse, son honnêteté à elle faisant ressortir sa médiocrité à lui. Donald Wolfit est formidable en industriel lucide. La scène où il tente d’acheter Harvey pour qu’il quitte sa fille est une des meilleures du film. Porté par un splendide noir & blanc stylisé du grand Freddie Francis, des dialogues très pointus et des extérieurs parfaitement restitués, « LES CHEMINS DE LA HAUTE VILLE » est un beau fleuron de ce cinéma anglais « social » des années 50.