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Archives de Catégorie: LES FILMS DE SIMONE SIGNORET

« LES CHEMINS DE LA HAUTE VILLE » (1958)

On l’oublie souvent, mais Jack Clayton fut un excellent réalisateur et il signa plusieurs classiques en Angleterre et aux U.S.A. « LES CHEMINS DE LA HAUTE VILLE », adapté d’un roman de John Braine (qui rappelle « UNE PLACE AU SOLEIL ») est une de ses grandes réussites et il valut l’Oscar à Simone Signoret.

Laurence Harvey, jeune provincial arriviste, devient fonctionnaire dans une ville plus importante que celle qui l’a vu naître. Il veut défoncer les barrières sociales en épousant une naïve héritière (Heather Sears), mais la famille de celle-ci s’y oppose. Il se console dans les bras d’une Française mal mariée, beaucoup plus âgée que lui et dépressive, qui tombe follement amoureuse de lui et finit par devenir un obstacle à ses ambitions. Le scénario appelle les choses par leur nom, ne romantise jamais cette « histoire d’amour » biaisée dès le début et ne donne pas de ses personnages une image magnifiée. Harvey apparaît même comme un individu veule et plutôt détestable, même si, en le suivant dans son quotidien et même dans sa ville natale, on peut finir par comprendre ses motivations. Signoret n’a que 37 ans, mais en paraît beaucoup plus et les gros-plans de son visage déjà marqué, sont émouvants et laissent deviner l’évolution prochaine de son aspect physique. Elle est magnifique de bout en bout, à la fois blasée, désenchantée, dégoûtée d’elle-même et parfois affichant un sourire de midinette énamourée. Son duo avec Harvey est d’une incroyable justesse, son honnêteté à elle faisant ressortir sa médiocrité à lui. Donald Wolfit est formidable en industriel lucide. La scène où il tente d’acheter Harvey pour qu’il quitte sa fille est une des meilleures du film. Porté par un splendide noir & blanc stylisé du grand Freddie Francis, des dialogues très pointus et des extérieurs parfaitement restitués, « LES CHEMINS DE LA HAUTE VILLE » est un beau fleuron de ce cinéma anglais « social » des années 50.

LAURENCE HARVEY ET SIMONE SIGNORET
 

« M.15 DEMANDE PROTECTION » (1967)

Étonnant qu’un réalisateur typiquement américain, et même new-yorkais, ait si souvent tourné des films intrinsèquement anglais, comme « EQUUS », « THE OFFENCE » (peut-être son chef-d’œuvre), « LE CRIME DE L’ORIENT-EXPRESS » et « M.15 DEMANDE PROTECTION » (« LIAISON MORTELLE », en v.o.).

Avec ce film, Sidney Lumet explore l’univers glauque de John le Carré, ses espions grisâtres semi-retraités, son Londres glacé et pluvieux, ses embrouilles inextricables, ses trahisons feutrées qu’elles soient amoureuses ou professionnelles, et qu’il y nage comme un poisson dans l’eau. Dire que « M.15 DEMANDE PROTECTION » est un film très excitant, serait exagéré, mais il est remarquablement interprété par James Mason, en vieil espion grugé, fragilisé par sa jeune épouse nymphomane, et sa relation père-fils avec une barbouze « venue du froid ». Les personnages secondaires sont très bien dessinés, comme Harry Andrews en ex-flic apparemment amorti, mais redoutablement efficace quand il le faut et Simone Signoret en rescapée des camps nazis, au comportement des plus ambigus. Maximilian Schell est parfait en traître et la bergmanienne Harriet Andersson également en épouse… compliquée. On aperçoit la cocasse Lynn Redgrave travaillant à la Royal Shakespeare Company et même David Warner (non-mentionné au générique) sur scène, en pleine représentation. Anti-James Bond parfait, « M.15 DEMANDE PROTECTION » est une bonne illustration de l’œuvre du romancier, et surtout l’occasion de voir le grand James Mason dans un « vrai » rôle, loin de ses habituels « caméos » sans substance dans ces copros internationales qu’il enchaînait à la fin de sa carrière. Rien que pour cela et ses deux beaux face à face avec Mme Signoret, le film vaut largement le détour.

À noter : cette chronique est d’abord parue sur le premier blog en 2009, avant d’être remaniée et relocalisée sur BDW2.

JAMES MASON, SIMONE SIGNORET ET HARRIET ANDERSSON
 

« ADUA ET SES COMPAGNES » (1960)

SIMONE SIGNORET

Impossible de ne pas penser à « LA BELLE ÉQUIPE » (1936) en découvrant « ADUA ET SES COMPAGNES », coproduction franco-italienne d’Antonio Pietrangeli. À la différence que la bande d’amis décidant d’ouvrir un restaurant pour s’arracher à leur condition, ne sont pas des ouvriers comme chez Duvivier, mais un quatuor de prostituées au chômage.

Menées par Simone Signoret, Sandra Milo, Emmanuelle Riva et Gina Rovere, rénovent une maison en ruines et connaissent le succès avec leur cuisine. Leur vie s’arrange, l’espoir de trouver une existence normale renaît, jusqu’à ce que leur « financier », un mafioso notoire décide d’en faire un bordel. Porté par un splendide noir & blanc d’Armando Nannuzzi, filmé au plus près des visages, le film oscille sans arrêt entre la comédie optimiste et le drame réaliste. Plus on s’attache aux personnages, plus on craint le retour de la cruelle réalité et la rechute dans le caniveau. C’est émouvant, humain, sans emphase, les quatre « héroïnes » sont complexes, contradictoires, pas toujours sympathiques, mais le groupe fonctionne magnifiquement entre drôlerie et pathétique, jusqu’au dénouement totalement pessimiste et décourageant, qui renvoie, là encore, au chef-d’œuvre de Julien Duvivier. À 39 ans, Signoret trouve un de ses plus beaux rôles. Adua est à la fois autoritaire, fragile et incertaine, intelligente mais prête à se laisser gruger par le premier ringard venu (Marcello Mastroianni, génial de veulerie). Riva est elle aussi étonnante dans un quasi contremploi de « foldingue » alcoolique et imprévisible. Milo crève l’écran en nunuche aux formes rebondies et Rovere est bouleversante. Le scénario fait preuve d’un certain sadisme, en nous emmenant doucement vers une happy end dont il nous prive brutalement, pour nous rappeler que la vie n’est pas un conte de fées et qu’il est impossible d’oublier son passé et d’avancer dans l’existence. En tout cas lorsqu’on est une femme dans l’Italie des années 60. Très beau film.

SIMONE SIGNORET, MARCELLO MASTROIANNI ET EMMANUELLE RIVA
 

« LA RONDE » (1950)

SIMONE SIGNORET

Adapté de l’œuvre d’Arthur Schnitzler, « LA RONDE » est le premier film français de Max Ophüls et il est considéré, encore aujourd’hui, comme un des grands chefs-d’œuvre du cinéma hexagonal d’après-guerre.

À Vienne, au 19ᵉ siècle, un M. Loyal protéiforme (l’auteur lui-même ?) campé par Anton Walbrook, présente, en s’adressant au public, une ronde de dix rencontres amoureuses. Ce ne sont pas à proprement parler des sketches, puisqu’ils sont tous reliés les uns aux autres. Un des deux « amoureux » nous entraînant systématiquement vers une autre mini love story. C’est esthétiquement assez culotté : les décors de studio s’assument comme tels (on aperçoit des projecteurs dans le champ, les pavés dans la rue sonnent creux), les acteurs parlent à la caméra et Walbrook intervient à l’intérieur des histoires sous divers costumes. Le ton est à la légèreté, il est « coquin » et enlevé. On parle beaucoup d’amour au fil des récits, alors qu’il n’est en réalité question que de désir et de plaisir. La plupart des personnages ne sortent pas grandis de ces portraits acérés, narrés avec indulgence et second degré. Dans une distribution assez éblouissante, on retiendra Simone Signoret en prostituée sentimentale dont le sketch avec le soldat Serge Reggiani annonce « CASQUE D’OR » avec deux ans d’avance, Simone Simon en soubrette allumeuse et pas dupe, Danielle Darrieux délectable en femme mariée aux mœurs dissipées. Il y a aussi Gérard Philipe au jeu surprenant, en militaire à monocle et le toujours irritant Jean-Louis Barrault en poète exalté et pénible. On peut se laisser emporter par ce film charmant et parfois virtuose dans l’enchaînement de plans-séquence et de mouvements de caméra, mais il n’est pas interdit de s’y ennuyer parfois, de trouver le temps long et le tout un peu artificiel. Mais c’est à voir, ne serait-ce que pour ce plan où Walbrook interrompt une scène d’amour en coupant un morceau de pellicule du film au ciseau pour le censurer ! Belle mise en abyme…

SERGE REGGIANI, SIMONE SIMON ET GÉRARD PHILIPE
 

« PARIS BRÛLE-T-IL ? » (1966)

PHILIPPE MARCH, JEAN-PAUL BELMONDO, MARIE VERSINI, PIERRE DUX ET ALAIN DELON

Tourné seulement 20 ans après la libération de Paris, par René Clément, « PARIS BRÛLE-T-IL ? », inspiré d’un roman français est une énorme production internationale, au casting pharaonique, écrite par Gore Vidal et un jeune Francis Ford Coppola.

Construit en mosaïque, allant d’un groupe d’individus à l’autre (et il y en a beaucoup, des groupes !), qu’il s’agisse de résistants, de soldats alliés ou d’occupants allemands. Le choix de ne prendre que des stars ou des visages connus pour tenir la multitude de rôles, aide certes à ne pas s’y perdre, mais force est de reconnaître que la crédibilité en prend un coup. Au milieu des images d’archives, des séquences de fusillades, on voit subitement débarquer Alain Delon, Jean-Paul Belmondo, Yves Montand et Simone Signoret, etc. Sans compter les « ricains » complètement incongrus comme Kirk Douglas qui ne fait aucun effort pour ressembler au général Patton, Glenn Ford, Robert Stack, Anthony Perkins ou Orson Welles, le seul à avoir un personnage à peu près développé. Une sorte de continuité narrative est maintenue à travers Pierre Vaneck, Gert Fröbe et surtout Bruno Cremer formidable d’autorité en colonel Rol Tanguy. Mais qui a eu l’idée bizarre de donner deux rôles différents à Claude Rich, dont le général Leclerc ? Le film est beaucoup trop long, très inégal, et on passe plus de temps à dénombrer les stars (tiens ! Piccoli avec une perruque, oh ! Trintignant en infâme collabo ! Mais ce n’est pas Patrick Dewaere en figurant, là ?) qu’à bien assimiler les tenants et aboutissants de l’événement historique décrit pourtant par le menu. Le film est littéralement porté, transcendé par l’exceptionnelle BO de Maurice Jarre qui lui insuffle des bouffées d’un lyrisme libérateur et par plusieurs séquences d’affrontements dans les rues désertes de Paris, extrêmement bien mises en scène. Cela ne fait tout de même pas un ensemble très homogène, car le film oscille entre la superproduction à la « JOUR LE PLUS LONG » et la reconstitution historique rigoureuse façon « LA BATAILLE DU RAIL », du même Clément. À tenter assurément, mais le temps paraît parfois très long.

KIRK DOUGLAS, BERNARD FRESSON, BRUNO CREMER ET YVES MONTAND
 

« LE JOUR ET L’HEURE » (1963)

JOUR

Situé en 1944 dans la France occupée (mais plus pour longtemps), « LE JOUR ET L’HEURE » de René Clément concentre les années de guerre sur la fuite d’un couple improbable : une bourgeoise dépressive haïssant son milieu et un pilote américain plus jeune, cherchant à gagner l’Espagne après avoir été abattu.

C’est Simone Signoret, belle, mûrissante, incertaine, lâche parfois, qui laisse sa vie derrière elle pour aider cet homme (Stuart Whitman) qui symbolise à ses yeux l’aventure et l’imprévu. La passion qu’elle n’a manifestement jamais connue. Ensemble, ils traversent la France, sont arrêtés, relâchés, passent des mains des collabos à celles du maquis, toujours en danger, toujours côte à côte. C’est un beau film, très physique, toujours en mouvement, où personne n’a vraiment le temps de se dire les choses, où il faut sauver sa peau entre deux dénonciations. Le début ressemble à du Mauriac, mais dès que le couple quitte Paris, cela devient un road movie intense et palpitant. Signoret est vraiment magnifique, donnant une réelle épaisseur humaine à son rôle. Whitman est bien, mais on aurait tout de même aimé un acteur plus charismatique, à la hauteur de sa partenaire. Parmi les excellents seconds rôles, on aperçoit Michel Piccoli en résistant héroïque, Pierre Dux, exceptionnel de duplicité et Marcel Bozzuffi totalement odieux en flics collabos et même Reggie Nalder, le vampire de « SALEM’S LOT » en agent de la Gestapo à l’aspect de mort-vivant. Parfaitement maîtrisé, accrocheur du début à la fin, « LE JOUR ET L’HEURE » manque peut-être parfois d’émotion, de sensualité, mais c’est probablement dû à la différence de niveau entre les deux comédiens principaux. Sorti de ce petit souci, c’est un des bons films de Clément qui prouve sa maestria dans la longue séquence du train ou de l’interrogatoire de l’Américain par les résistants. À voir.

JOUR2
SIMONE SIGNORET, MARCEL BOZZUFFI, PIERRE DUX ET STUART WHITMAN
 

ON VEUT L’AMÉRICAIN !

AMÉRICAIN

PUISQUE MARCEL BOZZUFFI NOUS A QUITTÉS IL Y A 30 ANS JOUR POUR JOUR, ON VEUT REVOIR SON UNIQUE LONG-MÉTRAGE COMME RÉALISATEUR !

 

« LES DIABOLIQUES » (1955)

DIABOLIQUES
VÉRA CLOUZOT
DIABOLIQUES2

Écrit par les « rois du suspense » Boileau & Narcejac, réalisé par Henri-Georges Clouzot, « LES DIABOLIQUES » est considéré encore aujourd’hui – et à juste titre – comme le maître-étalon du thriller psychologique.

Situé en grande partie dans une école privée pour garçons à Saint-Cloud, le scénario confronte le directeur de l’établissement (Paul Meurisse) un odieux individu dominateur et violent, sa faible femme riche, mais cardiaque (Véra Clouzot) et sa maîtresse (Simone Signoret), une des profs, au caractère bien trempé. Devenues complices, l’épouse et la concubine décident d’assassiner l’infâme. Bien sûr, tout ceci n’est que le point de départ et le suspense se développe de coups de théâtre en chausse-trappes, jusqu’à frôler le fantastique. La mise-en-scène est extrêmement rigoureuse et efficace (voir comment Clouzot parvient à placer la bouteille de whisky empoisonnée au centre de tous les plans, avant que Meurisse ne la remarque, créant une tension  extrême sur presque rien). Ce n’est qu’après la révélation finale qu’on peut éventuellement se dire que tout cela était tout de même très tiré par les cheveux (toute cette machination élaborée au millimètre près pour… ça ?) et que les méchants avaient certainement des moyens moins tordus pour parvenir à leurs fins. Mais ce n’est pas grave ! L’important n’est pas la crédibilité, mais le plaisir du jeu. Signoret est parfaite en femme dure et déterminée, obsédée par l’argent. Meurisse impeccable en salaud haïssable et avaricieux. Moins rouée que ses partenaires et handicapée par son accent, Véra Clouzot parvient à se montrer à la fois pathétique et irritante. Autour de ce beau trio, de grands seconds rôles comme Charles Vanel en ex-flic fouineur, Pierre Larquey et Michel Serrault en profs cancaniers, Noël Roquevert en voisin atrabilaire, grandiose de médiocrité. L’œil exercé reconnaîtra également un tout jeune Johnny Hallyday en élève dans la séquence de la photo de classe. « LES DIABOLIQUES », superbement photographié par Armand Thirard, est un bel exercice de style, qui s’offre le luxe d’un épilogue magnifique, ironique et inquiétant, qui remet en question tout ce qu’on vient de voir.

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SIMONE SIGNORET, MICHEL SERRAULT, VÉRA CLOUZOT, PIERRE LARQUEY ET JOHNNY HALLYDAY

À noter qu’il y eut un remake américain en 1996, réalisé par Jeremiah Chechick, avec Isabelle Adjani, Sharon Stone, Chazz Palminteri et Kathy Bates (dans le rôle de… Charles Vanel). Un désastre sur toute la ligne !

 

« LA MOUETTE » (1968)

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SIMONE SIGNORET

« LA MOUETTE » est une belle adaptation de la pièce de Tchekhov, qui permet d’en saisir toutes les subtiles nuances. La première surprise est déjà qu’elle soit signée Sidney Lumet, réalisateur extraordinairement éclectique, qui fait preuve d’une finesse et d’une fluidité dans la mise-en-scène plus anglaises qu’américaines.SEAGULL3

Sur trois époques, le film décrit le quotidien d’une famille d’artistes russes du 19ème siècle dans leur maison de campagne. La mère (Simone Signoret) est une actrice égotique, son mari (James Mason) un écrivain connu. Le fils (David Warner) voudrait être auteur de théâtre, mais sa mère demeure indifférente et moqueuse. La jeune Nina, jamais sortie de son terroir (Vanessa Redgrave) s’amourache de Mason et rêve d’une vie d’actrice. Les rêves, les illusions, les amours sincères, tout sera piétiné, doucement et poliment, mais sans le moindre espoir de retour, pendant ces séjours apparemment chaleureux, mais en réalité d’une terrible cruauté. Pendant 141 minutes, « LA MOUETTE » ne cesse d’enchaîner les dialogues, de fouiller la psychologie frivole, tourmentée, parfois stupide de ses personnages et la comédie de mœurs fonce lentement vers le drame. Entièrement tourné en Suède, joliment photographié par Gerry Fisher, le film tient en grande partie sur sa distribution : Warner au mal-être presque contagieux dans ce rôle de « fils de » voué à l’échec, Redgrave naïve et solaire, broyée par la réalité, Signoret parfaitement à l’aise dans ce rôle de castratrice insensible, Mason égal à lui-même c’est-à-dire odieux et charmant. On retrouve également un Denholm Elliott étrangement emperruqué en docteur. Grâce à ces « pointures », on ne s’ennuie jamais et le texte de Tchekhov prend littéralement vie. À découvrir…

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JAMES MASON, DAVID WARNER ET VANESSA REDGRAVE

 

« LES SORCIÈRES DE SALEM » (1957)

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Adapté par Jean-Paul Sartre d’une pièce d’Arthur Miller écrite en 1953, « LES SORCIÈRES DE SALEM » de Raymond Rouleau s’inspire de faits réels survenus dans le Massachusetts au 17ᵉ siècle, dans une communauté protestante.

Passé le petit décalage de voir des comédiens français jouer des Américains, le film immerge rapidement dans son ambiance pesante, quasi-bergmanienne et place ses enjeux progressivement, jusqu’au procès. Raymond Rouleau (qui tient également le rôle central du juge, sans être crédité au générique) soigne sa photo, ses cadres, ses décors, il « tient » ses acteurs avec une telle poigne, qu’il dément la mauvaise réputation d’Yves Montand au début de sa carrière : dans la dernière partie, il annonce d’étonnante façon son interprétation dans « L’AVEU ». En fermier honnête, mais rejeté par sa femme puritaine et frigide (Simone Signoret) et tenté par une jeune fille sensuelle et délurée (Mylène Demongeot), il domine le film et son humanité lui évite les pièges du simple pamphlet anti-maccarthisme qu’il aurait facilement pu être à l’arrivée. Demongeot est exceptionnelle en simulatrice machiavélique, ses scènes de « possession » font froid dans le dos. Signoret laisse filtrer toutes les contradictions de son personnage ingrat avec une admirable rigueur. Autour de ce superbe trio, des visages familiers comme Pierre Larquey, Jean Gaven, Pascale Petit et même Michel Piccoli qui apparaît dans deux courtes scènes. Une belle réussite que « LES SORCIÈRES DE SALEM » donc, qui n’a pour seul défaut – mais il est de taille – de durer trop longtemps : 145 minutes. La partie suivant le procès, l’emprisonnement et les états d’âme de Proctor semblent durer des heures et s’enlisent dans un traitement théâtral que le film avait réussi à éviter jusque-là. C’est vraiment dommage ! Mais cela demeure une œuvre austère et maîtrisée, esthétiquement admirable (photo de Claude Renoir) et un thème au sous-texte politique encore tout à fait valide aujourd’hui.

SALEM copie
MYLÈNE DEMONGEOT, YVES MONTAND ET SIMONE SIGNORET