Archives Mensuelles: septembre 2024
KRIS KRISTOFFERSON : R.I.P.
« HATFIELDS & McCOYS » (2012)
Inspiré de faits réels entrés dans l’Histoire américaine, « HATFIELDS & McCOYS » relate en 4 heures, dispatchés en trois épisodes, la haine tenace et féroce qui a opposé deux familles du Kentucky au lendemain de la guerre de sécession, à la suite d’un simple différend qui s’est envenimé.
Réalisée par Kevin Reynolds, qui avait déjà souvent travaillé avec Kevin Costner, cette mini-série est d’une authenticité maximale (bien qu’elle fut tournée en… Roumanie) et décortique, étape par étape, une logique de guerre qui mènera au carnage pur et simple. L’image est blafarde, les paysages sont sans grandeur, mais le scénario est implacable et les personnages sont parfaitement dessinés. Dans le rôle de « Devil » Anse Hatfield, patriarche buriné, taiseux et impitoyable, au point d’être prêt à abattre un de ses propres fils (séquence magistrale au bord de la rivière), Costner offre une de ses meilleures prestations, sans jamais céder à l’héroïsme hollywoodien. Bill Paxton joue son rival alcoolique et sans caractère, Tom Berenger, méconnaissable, est exceptionnel en brute épaisse sans états d’âme. Les personnages féminins sont loin d’être négligeables, particulièrement la toujours remarquable Mare Winningham en mater familias courageuse ou Jena Malone en peste fauteuse de trouble. Mention à l’inquiétant Andrew Howard jouant un chasseur de primes abject et cruel. On suit, sur une trentaine d’années, la lente descente aux enfers de ces hommes frustes rongés par la haine, qui ont ramené la guerre dans leurs foyers après la reddition du Sud. On admirera la précision de la réalisation, le réalisme des batailles et la direction d’acteurs sans la moindre faille. Les deux Kevin n’ont pas tourné que des chefs-d’œuvre ensemble, au fil des années, mais « HATFIELDS & McCOYS » est sans doute leur plus bel accomplissement commun.
« MISSION » (1986)
Écrit par Robert Bolt, réalisé par Roland Joffé, « MISSION » se situe en Amérique du sud au 18ème siècle et relate, à travers les yeux d’un prélat de l’Église (Ray McAnally), la destruction d’une tribu christianisée par les Jésuites, colonisée par les Portugais qui convoitent les Indiens en tant que marchandise, pour en faire des esclaves lucratifs.
Au-delà de l’anecdote, le film présente d’abord les Jésuites comme les « bons », les esclavagistes comme les méchants et le représentant de l’Église comme un arbitre sensible et impartial. Mais les cartes sont vite brouillées et tout le monde est renvoyé dos à dos. Une réplique résume parfaitement le message de « MISSION » : « Les Guarani n’auraient-ils pas préféré qu’aucun de nous n’arrive jusqu’à eux ? ». Telle est la question, en effet. Le casting est parfait : outre McAnally d’une extraordinaire subtilité, oscillant entre lucidité et lâcheté, Jeremy Irons est un prêtre doux et intelligent, Robert De Niro un ancien tueur entré dans les ordres après avoir assassiné son frère. Ce rôle fait définitivement partie de ses meilleurs. On aperçoit les très jeunes Aidan Quinn et Liam Neeson qui a un regard d’enfant. Mais la vraie vedette du film, celle qui éclipse tout, c’est la BO d’Ennio Morricone, qui soulève des bouffées d’émotion inimaginables en soulignant les thèmes du film et en remplaçant avantageusement le dialogue. De nombreuses séquences sont indélébiles : on pense à l’expression de De Niro lorsqu’il apprend que sa fiancée (Cherie Lunghi) aime son jeune frère, à ces moments pénibles et cruels où en quête de rédemption, De Niro traîne pendant des jours et en pleine jungle, un filet contenant toutes ses armes, ses armures, ses casques. Mais celle qui donne le frisson, c’est l’ultime face à face à distance pendant le carnage final où les deux protagonistes meurent en même temps, après une fugitive étincelle d’espoir. Non, Dieu n’est pas venu… Un inaltérable chef-d’œuvre.
À noter : à la fin du générique de fin, on revoit Ray McAnally qui fixe la caméra avec un regard chargé de remords et presque accusateur.
JOHN ASHTON : R.I.P.
« INDIANA JONES ET LE CADRAN DE LA DESTINÉE » (2023)
Produit quinze ans après le déjà tardif n°4 de la franchise, « INDIANA JONES ET LE CADRAN DE LA DESTINÉE » est certainement le dernier interprété par un Harrison Ford octogénaire et le premier non réalisé par Steven Spielberg.
C’est l’honorable James Mangold qui a pris les rênes de cet opus qui ressemble à un épilogue/hommage, basé sur un scénario qu’on a l’impression d’avoir déjà vu dix fois (encore un « artefact » convoité par les nazis !) et qui est plombé par une utilisation abusive des CGI sans aucune attache avec le réel. Bien sûr, on est bluffé par le début, montrant un Indy rajeuni de 40 ans, bien sûr on ressent un petit coup au cœur en découvrant ensuite Ford tel qu’il est aujourd’hui. Mais la nostalgie joue à fond et la seule vision du Fedora et du fouet amène un sourire aux lèvres. Mais que l’histoire est faible ! Que les seconds rôles – hormis Mads Mikkelsen excellent – sont inexistants. Même les premiers rôles d’ailleurs, puisque la filleule d’Indy, Phoebe Waller-Bridge n’a rien de séduisant, ni même d’amusant, que le gamin de service est sans intérêt et que de très bons comédiens comme Toby Jones ou Thomas Kretschmann disparaissent trop vite. Le film connaît de redoutables « ventres mous » entre deux poursuites, quelques moments réussis mais dépourvus d’enjeux véritables. Quant à la fin (ATTENTION : SPOILER !) marquant la rencontre de notre héros et de son idole Galilée, elle frise le n’importe quoi et rappelle les vieilles séries télé de voyages dans le temps des années 60. Alors, une bonne raison de visionner ce « CADRAN » ? Entendre encore la BO indémodable de John Williams et s’essuyer une larmichette quand Harrison Ford et Karen Allen se retrouvent dans l’épilogue et rejouent une scène du n°1.
« JE VOUS AIME » (1980)
Écrit et réalisé par Claude Berri, « JE VOUS AIME » se passe un soir de Noël. Catherine Deneuve, une femme « qui ne peut pas faire sa vie en une seule fois », a réuni tous ses ex, ses enfants, ceux des autres. Pendant la soirée, elle se remémore en flash-backs toutes ces rencontres et ces séparations.
Une plutôt bonne idée en soi. Mais très vite, face à l’extrême banalité des situations, à la platitude des dialogues et au peu de sympathie dégagé par le personnage central, on se prend à rêver au même film, s’il avait été écrit par Dabadie, réalisé par Sautet et interprété par… tiens ! Romy Schneider au hasard. Car il y avait matière, mais le film manque d’ossature, de profondeur, on dirait parfois un reportage sur Deneuve, parfois un portrait de Serge Gainsbourg qui joue quasiment son propre rôle et chante même in extenso une de ses chansons avec l’héroïne emperruquée. Photogénique mais distante, opaque, Deneuve joue – selon sa propre définition – une emmerdeuse. De compétition même, qui ne cesse de quitter les hommes de sa vie, parfois pour d’obscures raisons. Sans doute le syndrome de la « femme libérée » des années 80 ? Autour d’elle, Gérard Depardieu s’agite beaucoup en rocker vaguement punkoïde (il faut absolument l’avoir vu en concert !), Alain Souchon se traîne un peu et Jean-Louis Trintignant, terriblement sous-employé joue un gentil amant pantouflard. Si plaisir il y a à revoir « JE VOUS AIME » plus de 40 ans après, ce sera celui de retrouver des vedettes en pleine force de l’âge, qui ont l’air en vacances. Un film de son temps, qui aurait vraiment mérité une écriture plus ciselée, une héroïne plus attachante et quelques morceaux de bravoure plus sérieux dans les affrontements et autres engueulades. À tenter, éventuellement, par pure nostalgie.
MAGGIE SMITH : R.I.P.
« ALAIN DELON, UN DESTIN FRANÇAIS »
Récemment publié aux éditions Nouveau Monde, « ALAIN DELON, UN DESTIN FRANÇAIS » est signé Philippe Durant, déjà responsable des biographies de Jean-Paul Belmondo et Lino Ventura.
Sur plus de 800 pages, on voit se dérouler sous nos yeux la vie d’un homme mystérieux, violent, hanté par son enfance, usant et abusant de son pouvoir de séduction sur tous ceux qu’il croise sur sa route. L’auteur entremêle adroitement carrière et vie privée, souvent indissociables, et s’il ne s’étend pas sur ses propres opinions quant à la qualité des films, les témoignages recueillis et documents d’époque, ne laissent aucun doute sur leur valeur. C’est tellement copieux, exhaustif et minutieux, qu’on n’est pas obligé de lire l’ouvrage chronologiquement, sous peine d’essoufflement. Le parcours est impressionnant, et pas seulement dans le domaine du cinéma. Dans les années 70 le nombre de fims produits et/ou interprétés par Delon donne le vertige ! Philippe Durant n’esquive pas les aléas de la vie privée, sans trop céder à des détails intimes ou des choses qui auraient mieux fait de rester secrètes. L’homme Delon n’en ressort pas toujours grandi, n’apparaît pas toujours très sympathique, mais le choix de certains de ses rôles force le respect. On pense bien sûr à « MR. KLEIN » par exemple. Grâce à cette vue d’ensemble de son parcours, on s’étonne du nombre de projets mal emmanchés, bâclés à tous niveaux (« BIG GUNS », « LE CHOC », « L’OURS EN PELUCHE ») qui ont vu le jour sans qu’on comprenne bien pourquoi. François Truffaut, à qui Delon demandait pourquoi il ne lui proposait jamais rien, lui répondit : « Vous me faites peur ». Et, au vu de ses relations avec Jean Chapot, Edouard Niermans, de ses fâcheries avec ses « maîtres » Jean-Pierre Melville et Luchino Visconti, on peut comprendre pourquoi. C’est un livre passionnant, complet, qui n’a rien d’une hagiographie. La vie et l’œuvre d’un personnage fait de zones d’ombres, qui a plané sur le cinéma français pendant des décennies, jamais aussi populaire que son rival/alter-ego Belmondo, mais à l’arrivée, au bilan plus culotté et imprévisible. Les chapitres consacrés à la chute professionnelle et personnelle sont assez poignants. À lire.
« THE WALKING DEAD » : saison 11 (2022)
Voici donc l’ultime saison de « WALKING DEAD » démarrée en 2010, série addictive qui a connu beaucoup de hauts, quelques bas aussi et qui s’achève en apothéose, avec même quelques changements intéressants.
Dans cette 11ème saison, le sous-texte politique est plus présent : nos héros doivent affronter la gouverneure (Laila Robins) qui a créé un mini « monde d’avant », avec ses classes sociales, son armée et… les dollars remis en circulation. Elle élimine ses sujets à volonté dans cette dictature déguisée et corrompue. Pendant ce temps, les scénarios se concentrent sur des relations à deux chez nos personnages récurrents : Negan (Jeffrey Dean Morgan), de plus en plus héroïque, et la féroce Maggie (Lauren Cohan) apprennent à s’apprécier malgré leur irréparable contentieux, le larmoyant Eugene (Josh McDermitt) trouve enfin chaussure à son pied, mais sa présence plombe un peu la saison. Les zombies eux-mêmes ont subi une évolution très nette : ils se déplacent plus vite, semblent plus affamés qu’auparavant et ont appris à utiliser des cailloux et à grimper aux murs. Les séquences d’affrontements s’en trouvent très vivifiées et c’est tant mieux. Norman Reedus et Melissa McBride, magnifiques tous les deux, dominent cette fin de parcours, amoureux romantiques mais chastes, liés par une belle complicité. L’épilogue renvoie à des flash-backs émouvants, montrant les héros beaucoup plus jeunes (c’est long finalement, onze ans !), des visages disparus depuis longtemps et annonçant les divers spin-offs destinés à faire perdurer « WALKING DEAD » pour encore pas mal de temps. 177 épisodes donc, inégaux nous l’avons dit, mais toujours attachants, parfois lassants (réutilisation des sempiternels mêmes décors et extérieurs), mais dans l’ensemble distrayants et parfois osés. Bel accomplissement !