Écrit et réalisé par la Belge Chantal Akerman, « JEANNE DIELMAN 23, QUAI DU COMMERCE. 1080 BRUXELLES » est un film de 202 minutes, tourné en plans-séquence immobiles dans un appartement étouffant ponctué de rares aérations.
Delphine Seyrig est une veuve élevant son grand garçon quelque peu abruti (Jan Decorte), engluée dans une routine aliénante, cadencée par les visites de « clients », arrondissant ses fins de mois, le temps de tristes coïts. Il faut être un cinéphile curieux, patient, tolérant pour supporter ces scènes muettes, répétitives (c’est tout le sujet, me direz-vous), le visage absent de Seyrig. Il faut surtout voir ce film afin de comprendre pourquoi il a récemment été nommé « meilleur film de tous les temps » par la revue Sight & Sound. Et là, on reste abasourdi. Delphine prend son bain, Delphine prépare le petit-déj, puis le dîner, elle va faire ses courses, épluche des patates, tricote, garde le bébé de la voisine, et recommence exactement les mêmes rituels tous les jours. Sans même parler de ses repas du soir mortifères en compagnie de son fils à l’accent belge prononcé (alors qu’elle-même n’en a aucun !). En parlant de l’aliénation des femmes, Akerman finit tout doucement par aliéner le spectateur, qui se retrouve empêtré dans cette mise en scène figée, où chaque plan dure cinq fois le temps nécessaire et qui confine Seyrig à un rôle passif, hébété, où – sacrilège ! – on entend rarement sa voix. Le film décolle un peu, quand la routine commence à se dérégler et que la pauvre Jeanne finit par « bugger » gravement à la suite d’un orgasme inattendu, dans une scène qui est pourtant, un véritable tue-l’amour. À voir une fois dans sa vie, par curiosité, mais c’est à peu près tout !