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Archives Mensuelles: mars 2026

« JEANNE DIELMAN 23, QUAI DU COMMERCE. 1080 BRUXELLES » (1975)

Écrit et réalisé par la Belge Chantal Akerman, « JEANNE DIELMAN 23, QUAI DU COMMERCE. 1080 BRUXELLES » est un film de 202 minutes, tourné en plans-séquence immobiles dans un appartement étouffant ponctué de rares aérations.

Delphine Seyrig est une veuve élevant son grand garçon quelque peu abruti (Jan Decorte), engluée dans une routine aliénante, cadencée par les visites de « clients », arrondissant ses fins de mois, le temps de tristes coïts. Il faut être un cinéphile curieux, patient, tolérant pour supporter ces scènes muettes, répétitives (c’est tout le sujet, me direz-vous), le visage absent de Seyrig. Il faut surtout voir ce film afin de comprendre pourquoi il a récemment été nommé « meilleur film de tous les temps » par la revue Sight & Sound. Et là, on reste abasourdi. Delphine prend son bain, Delphine prépare le petit-déj, puis le dîner, elle va faire ses courses, épluche des patates, tricote, garde le bébé de la voisine, et recommence exactement les mêmes rituels tous les jours. Sans même parler de ses repas du soir mortifères en compagnie de son fils à l’accent belge prononcé (alors qu’elle-même n’en a aucun !). En parlant de l’aliénation des femmes, Akerman finit tout doucement par aliéner le spectateur, qui se retrouve empêtré dans cette mise en scène figée, où chaque plan dure cinq fois le temps nécessaire et qui confine Seyrig à un rôle passif, hébété, où – sacrilège ! – on entend rarement sa voix. Le film décolle un peu, quand la routine commence à se dérégler et que la pauvre Jeanne finit par « bugger » gravement à la suite d’un orgasme inattendu, dans une scène qui est pourtant, un véritable tue-l’amour. À voir une fois dans sa vie, par curiosité, mais c’est à peu près tout !

DELPHINE SEYRIG
 

HAPPY BIRTHDAY, JEAN-CLAUDE !

JEAN-CLAUDE BRIALY (1933-2007), 192 FILMS ET TÉLÉFILMS, DES DÉBUTS FULGURANTS AVEC LA NOUVELLE VAGUE ET UNE CARRIÈRE DE SECONDS RÔLES
 
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Publié par le 30 mars 2026 dans ANNIVERSAIRES, FILMS FRANÇAIS

 

« BENEDETTA » (2021)

Production française, tirée des minutes d’un procès qui eut lieu au 17ème siècle en Italie, « BENEDETTA » de Paul Verhoeven est une œuvre terriblement prenante, ambiguë, sensuelle et dérangeante, autour de la personnalité d’une nonne lesbienne, pendant l’épidémie de peste.

Persuadée depuis l’enfance qu’elle est en contact direct avec la Vierge puis avec Jésus dont elle rêve tous les soirs, Benedetta Carlini est-elle une mythomane ? Une manipulatrice ? Ou une sainte, authentique faiseuse de miracles ? Le scénario ne prend jamais clairement parti, oscille d’une scène à l’autre entre les différentes options. Le film – sur plus de deux heures – est porté par une distribution parfaite, dirigée avec poigne par un Verhoeven de 83 ans, qui n’a rien perdu de son sens de la provocation et son goût pour les sujets difficiles. Dans le rôle-titre, Virginie Efira est absolument magnifique, créant l’incertitude quant à sa vraie nature, par sa seule conviction et par ses infimes changements d’expression. C’est une révélation. Son duo avec Daphné Patakia, jouant l’amour de sa vie, une jeune paysanne sans tabou, est d’une folle complexité. Deux vétérans n’ont jamais été mieux employés : Charlotte Rampling en abbesse intelligente et dure en affaires et Lambert Wilson en « Nonce » implacable. Avec ses scènes de sexe assez poussées, son anticléricalisme décomplexé, ses personnages finement dessinés, « BENEDETTA » retrouve la force et le culot de « BLACK BOOK » (2006) du même réalisateur et fait oublier la déconvenue de son précédent film français, « ELLE » (2016). Il se permet même des libertés totalement inattendues, comme la révolte autour du bûcher, aussi invraisemblable que cathartique. Un sacré film…

VIRGINIE EFIRA ET CHARLOTTE RAMPLING
 

MARY BETH HURT : R.I.P.

MARY BETH HURT (1946-2026), 52 FILMS ET TÉLÉFILMS, REMARQUÉE DANS « INTÉRIEURS » ET « LE MONDE SELON GARP »
 
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Publié par le 29 mars 2026 dans CARNET NOIR

 

HAPPY BIRTHDAY, ELLE !

ELLE MACPHERSON, TOP MODEL AUSTRALIEN DES ANNÉES 90. PEU DE FILMS À SON ACTIF, MÉMORABLE DANS QUELQUES ÉPISODES DE « FRIENDS »
 
 

« L’HOMME INVISIBLE » (1933)

Produit en pleine vogue des « films de monstres » de la Universal, « L’HOMME INVISIBLE » de James Whale s’inspire d’un roman de H.G. Wells.

À 71 minutes, le film démarre en pleine action, au point qu’on a l’étrange sensation qu’il manque le premier tiers du scénario ! Un homme recouvert de bandages et portant des lunettes noires s’installe dans l’auberge d’un petit village pour poursuivre des expériences scientifiques : il cherche l’antidote à la potion qu’il a lui-même créée et qui l’a rendu invisible. Mais aussi, complètement fou et mégalomane ! Le scénario reste confiné dans le village, on suit l’homme invisible (amusants effets spéciaux d’époque !) bientôt traqué par la police et les villageois qui, pour se défendre, se met à tuer aveuglément. L’histoire est un peu pauvrette, les péripéties s’avèrent bien modestes. Dans le rôle-titre, Claude Rains s’en donne à cœur-joie, du moins vocalement, car on ne le voit vraiment que… mort, dans l’ultime plan du film ! Mais ses rires déments, ses crises d’hystérie, occupent tout l’espace. Autour de lui, on reconnaît la jolie Gloria Stuart, jouant sa fiancée inquiète, Henry Travers dans le rôle du papa de celle-ci et mentor de notre malheureux héros. Sans oublier l’inénarrable Una O’Connor, second rôle fétiche de Whale, totalement en roue-libre en aubergiste hurlante, glapissante, à la moindre émotion. Un véritable film dans le film à elle toute seule ! « L’HOMME INVISIBLE » a presque un siècle et fait son âge. C’est aujourd’hui une amusante pièce de musée.

À noter : la jeune première, Gloria Stuart, est restée dans l’Histoire, pour avoir incarné Kate Winslet nonagénaire dans « TITANIC » de James Cameron.

GLORIA STUART, CLAUDE RAINS ET UNA O’CONNOR
 

ED BERNARD : R.I.P.

ED BERNARD (1939-2026), SECOND RÔLE DES SEVENTIES, APERÇU DANS 47 FILMS ET TÉLÉFILMS.
 
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Publié par le 28 mars 2026 dans CARNET NOIR

 

« THE SURFER » (2024)

Tourné en Australie par l’Irlandais Lorcan Finnegan, « THE SURFER » est une véritable curiosité, un bad trip dans l’âme d’un Américain (Nicolas Cage) revenu sur les lieux de son enfance pour racheter la maison de sa famille au-dessus de la plage.

À peine arrivé, Cage est violemment rejeté par une secte de surfeurs locaux, menés par le charismatique gourou Julian McMahon. De jour en jour ou de semaine en semaine, on ne sait pas vraiment, Cage va être isolé, dépouillé de tout, assoiffé et affamé, jusqu’à ressembler à ces clochards hirsutes et à moitié fous qui errent dans les environs. Est-il réellement en train de vivre toute cette descente aux enfers ou n’est-ce qu’un retour en arrière dans son inconscient ? Il revoit le suicide de son père quand il était ado, il participe à des rituels d’initiation pour entrer dans le « culte », mais semble toujours se débattre dans un rêve éveillé. Cage traduit parfaitement cet état de semi-somnambulisme, d’hébétude, qui laisse à penser qu’il n’a en réalité jamais remis les pieds sur cette plage inaccessible, qui lui est aujourd’hui interdite. Reste à savoir s’il s’agit d’un pur délire paranoïaque, d’un cauchemar très élaboré, ou d’une tentative désespérée de sortir de ses traumatismes d’enfance. C’est très bien filmé, Cage dans un de ses bons jours, occupe l’espace avec intensité et énergie. Le regretté McMahon, décédé l’année suivante, est exceptionnel dans ce personnage bigger than life, mégalo et pervers. Un film bizarre, pas toujours d’une folle clarté, mais où il est possible de se laisser submerger sans trop se poser de questions.

NICOLAS CAGE ET JULIAN McMAHON
 

JAMES TOLKAN : R.I.P.

JAMES TOLKAN (1931-2026), SECOND RÔLE DE 80 FILMS ET TÉLÉFILMS, IL FUT LE PROVISEUR DE « RETOUR VERS LE FUTUR » ET NAPOLÉON POUR WOODY ALLEN
 
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Publié par le 28 mars 2026 dans CARNET NOIR

 

« IL MOSTRO » (2025)

Présenté en mini-série de 4×60 minutes, « IL MOSTRO » conçu et réalisé par l’excellent Stefano Sollima, est basé sur des faits réels qui ont terrorisé la région de Florence pendant plusieurs décennies : un serial killer qui abattait et dépeçait des jeunes couples faisant l’amour dans leur voiture, en pleine campagne.

On pense évidemment au « Zodiac killer » américain, plus ou moins contemporain de ce « monstre ». C’est en fait un long-métrage de 4 heures arbitrairement tronçonné en épisodes, très soigneusement fabriqué, filmé et photographié avec style et élégance. On pourra rechigner devant la construction systématique du scénario, alternant les séquences sur plusieurs époques distinctes, jusqu’à générer une certaine confusion. Heureusement que les dates sont toujours inscrites sur l’écran ! L’histoire est sordide, qu’il s’agisse des meurtres en eux-mêmes ou de la description des protagonistes dans l’ensemble assez vomitifs : Valentino Mannias décroche la palme avec ce rôle de pervers bisexuel et toxique, suspect n°1 et tête-à-claques monumentale, talonné de près par Marco Bullitta époux d’une des victimes, individu taiseux et malsain au possible, ambigu jusqu’au bout et même au-delà. Et il y a la révélation de la belle et sensuelle Francesca Olia qui joue son épouse manipulée, humiliée, jouet entre les mains de ces « mâles » détraqués. On peut être gêné par l’accumulation de « flash-backs menteurs » (on revoit plusieurs fois les mêmes situations sous un angle différent au cours du film), par les va-et-vient entre les décennies, mais « IL MOSTRO » demeure un thriller glauque haut-de-gamme à inscrire au palmarès de Sollima.

FRANCESCA OLIA