DICK SMITH (1922-2014), MAQUILLEUR DE GÉNIE QUI S’ILLUSTRA ENTRE AUTRES DANS « LE PARRAIN », « LITTLE BIG MAN » OU « L’EXORCISTE ».
Archives Mensuelles: juillet 2014
« LA NOVICE » (1960)
Il est plus que probable que « LA NOVICE » ait pu sembler sulfureux il y a un demi-siècle, mais aujourd’hui cette adaptation du roman de Guido Piovene par Roger Vailland est pratiquement éventée et laisse un peu perplexe.
À la veille de prendre le voile, Pascale Petit avoue que pour elle « le couvent c’est la mort » et se confesse au prêtre Massimo Girotti. Dans un long flash-back, la bougresse raconte ce qui l’a menée jusque là. Pour faire court, elle a couché avec l’amant de sa mère avant de lui vider un fusil de chasse dans l’estomac. Le pauvre confesseur en sera tellement effaré qu’il disparaîtra dans un monastère et fera vœu de silence ! Le film vaut à la rigueur pour ses extérieurs de Padoue et Venise, pour cette ambiance sixties si particulière à la Françoise Sagan. Hormis Hella Petri excellente dans le rôle de la mère frivole et mûrissante, la distribution est un peu pâle et sans relief : Pascale Petit et Girotti ne crèvent pas l’écran et Jean-Paul Belmondo est carrément mal distribué. Quelle idée saugrenue de lui offrir un personnage de fils de famille paresseux et vaguement gigolo ! Ce ne sera d’ailleurs pas la seule fois que le cinéma italien l’utilisera à contremploi pour des résultats peu convaincants. Malgré cela et bien que son rôle ne présente aucune sorte d’intérêt, Belmondo traverse le film avec la grâce de sa jeunesse, affichant son insolence naturelle.
Cette novice totalement amorale, dépourvue de remords ou de scrupule, quasiment sociopathe aurait pu donner lieu à un film autrement plus ambigu et vénéneux que celui-ci. Tel quel, « LA NOVICE » ne sera indispensable qu’à l’admirateur complétiste de « Bébel » tellement plus à sa place chez Godard, Sautet ou Melville à cette période de sa carrière. À noter que le triangle mère-fille-amant et même la structure dramatique du scénario, font penser à « L’ANNÉE DES MÉDUSES » tourné deux décennies plus tard.
« BACKLASH OF THE HUNTER » : film-pilote de « 200 dollars plus les frais »
« BACKLASH OF THE HUNTER » est le (double) film-pilote de la série « 200 DOLLARS PLUS LES FRAIS », créée par Stephen J. Cannell et qui dura de 1974 à ’80. D’une durée totale d’à peu près 90 minutes, le téléfilm ressemble fortement aux polars récents qu’avait tournés James Garner pour le grand écran comme « LA VALSE DES TRUANDS » ou « THEY ONLY KILL THEIR MASTERS ».
Il tient ici un rôle taillé sur-mesure de ‘privé’ nonchalant et cynique, dissimulant sa générosité sous des dehors avaricieux. Après avoir purgé cinq ans de prison pour un hold-up qu’il n’a pas commis, ‘Jim Rockford’ s’est spécialisé dans les « cold cases », les dossiers classés. Efficacement réalisé par Richard T. Heffron, le film part de l’assassinat d’un pochtron étranglé par un karatéka psychopathe. Remontant la piste, Rockford va démasquer des escrocs à l’héritage pour le compte de la fille du mort dont il tombe évidemment amoureux.
Tout ou presque tient au charisme de Garner. Comme toujours prudent et ne faisant jamais rien « à la loyale », il est drôle et attachant sans jouer les ‘tough guys’, ce qui est vraiment sa marque de fabrique. Il faut l’avoir vu humilier le musculeux William Smith dans les W-C d’un cabaret, grâce à du savon liquide et un rouleau de pièces ! (Non, ce n’est pas sexuel !)
Dans le cast, de bons acteurs des seventies comme Lindsay Wagner dans un rôle substantiel, Michael Lerner visqueux à souhait en légiste faux-jeton. C’est Robert Donley qui incarne ‘Rocky’, le père de Garner, mais il sera remplacé par Noah Beery, Jr. pour la suite de la série.
Une des bonnes séries de « privé » de l’époque, dans les travées de « MANNIX », « BANACEK » ou « CANNON ». Avec un petit avantage sur les autres : James Garner dans l’autre rôle de sa vie à égalité avec « MAVERICK ». Sans oublier les costards rouge-sang, les pattes-d’ef, les décapotables et tout le folklore !
JAMES GARNER CHEZ PECKINPAH ?
Petit scoop inter-blogs : notre ami « Daniel » a révélé dans le blog de notre non moins amie « Val », la présence de James Garner – récemment disparu – dans un ‘caméo’ de « GUET-APENS » de Sam Peckinpah.
Après enquête et vérification, il ne s’agirait pas réellement d’une apparition clin d’œil, mais d’un simple service que Garner, rendant visite à son vieux copain et rival Steve McQueen sur le plateau, a rendu au régleur de cascades. Amateur de courses automobiles comme McQueen, Garner a donc conduit une Volkswagen orange qui manque percuter le véhicule conduit par les stars du film, après le hold-up sanglant. Trois secondes à l’écran et le conducteur demeure totalement invisible.
Deux ans plus tard, McQueen fera la même chose en conduisant une moto dans la série B « DIXIE DYNAMITE ».
« HOSTAGE FOR HANGING » : Mercedes McCambridge dans « Rawhide »
« HOSTAGE FOR HANGING » est un épisode de la 8ème et dernière saison de « RAWHIDE » réalisé par Herman Hoffman, qui a ceci de particulier que la pauvreté de son scénario n’a d’égale que la richesse de sa distribution.
Rowdy Yates est pris en otage par une famille de ploucs à moitié débiles qui réclament 3000 $ aux cowboys du convoi, menaçant de lyncher le ‘trail boss’. Notre héros passe tout l’épisode ligoté, la corde au cou perché sur un tabouret, malmené par tout le monde, pendant que son équipe ourdit un plan diabolique pour le sortir de ce mauvais pas à coups de pétards de farces-et-attrapes.
C’est franchement indigent et assez pénible à regarder. Mais les ‘guest stars’ sont en revanche de première grandeur : Mercedes McCambridge en roue-libre, (sur)joue une sorte de « Ma Dalton » mal embouchée au cœur de pierre. Warren Oates – pour sa 4ème apparition dans « RAWHIDE » – est son fils aîné fier-à-bras, Robert Blake est excellent en cadet arriéré mental et la délicieuse Sharon Farrell est formidable en souillon allumeuse. En ajoutant les personnages récurrents de la série comme John Ireland et Raymond Saint-Jacques, cela fait tout de même une belle affiche !
Le clintophile ne pourra s’empêcher de penser au « BON, LA BRUTE, LE TRUAND » et surtout à « PENDEZ-LES HAUT ET COURT » en voyant Eastwood la corde au cou. Mais on sent nettement dans le jeu de l’acteur, en passe de devenir vedette grâce aux deux westerns de Leone qu’il venait de tourner, une lassitude, voire une exaspération palpable à jouer ce Rowdy qu’il a usé jusqu’à la corde (c’est le cas de le dire !).
« SABOTAGE » (2014)
25 ans après « PREDATOR », Arnold Schwarzenegger maintenant âgé de 66 ans, se retrouve à nouveau à la tête d’un commando de brutes tatouées et bodybuildées pour ce « SABOTAGE » de David Ayer, alléchant et bien fichu.
De fait, le film démarre très fort, promet des personnages hauts-en-couleur et des séquences d’action phénoménales. De ce côté-là, en effet, on est servi. Mais là où le film innove franchement c’est dans ce mélange de Blockbuster à testostérone et de whodunit anxiogène qui voit disparaître un à un les musclors qu’on nous décrivait increvables. Le scénario est compliqué, confus parfois, le montage n’arrange parfois pas les choses avec ses effets de style mal maîtrisés, mais l’attention ne se relâche jamais et les fusillades sont extrêmement bien filmées. Avec ses rides, sa coupe de cheveux improbable et son inamovible gros cigare, ‘Schwarzie’ est parfait, pile dans ce qu’il sait faire de mieux, avec en plus une maturité de jeu qui lui sied bien. Face à lui, le fade Sam Worthington, qui lui succéda dans le rôle du Terminator il y a quelques années. Mais au milieu de cette marée de testostérone, ce sont les deux femmes du casting qui « déchirent » le plus : Mireille Enos absolument incroyable de violence et de déséquilibre mental en membre du commando schnouffée aux yeux fous : à faire peur ! Et Olivia Williams, parfaite en flic dure-à-cuire et sarcastique. À elles deux, elles relèguent les machos braillards au stade de vieux gamins bruyants et vantards. Un bon polar survitaminé sympathique et techniquement bluffant, qui parvient à survivre à son scénario manifestement trop (re)travaillé, au point d’en devenir souvent incompréhensible. À noter le final à Mexico, littéralement peckinpien, qui transporte soudainement dans un hommage au western avec gunfight dans un saloon à la clé.
« DU SANG ET DES LARMES » (2013)
Inspiré de faits réels survenus en Afghanistan en 2005, « DU SANG ET DES LARMES » de Peter Berg n’a a priori, rien d’attractif : un réalisateur qui n’a jamais tout à fait convaincu par le passé, une distribution de jeunes premiers bodybuildés et un scénario tenant sur un ticket de métro.
Et pourtant, en se forçant un peu et en se montrant patient envers un démarrage laborieux et miné de clichés, le film décolle avec l’entrée en scène des talibans, en se concentrant sur la survie problématique de quatre marines de plus en plus mal-en-point confrontés à toute une armée. On a déjà vu pas mal de films de guerre modernes soucieux de réalisme, mais celui-ci prend un soin particulier à exposer la souffrance physique, presque le martyr de ces soldats d’élite littéralement transformés en passoires, traqués sans répit, estropiés par les balles et les shrapnels. D’abord calmes et professionnels, les militaires se transforment progressivement en gibiers sanguinolents ne cherchant qu’à survivre à tout prix. Et le film se réduit en un goulot d’étranglement de plus en plus stressant et désespéré. Les scènes d’action pure – et il y en a énormément ! – sont magnifiquement maîtrisées, spécialement les chutes de corps dans des ravins dont on n’a jamais vu l’équivalent auparavant. On a mal pour eux ! Les talibans sont filmés à la manière d’une armée de zombies dans un film d’horreur, quasi-invisibles, implacables, invincibles. Les auteurs prennent soin de ne pas faire d’amalgame dans la dernière partie, où le dernier survivant du groupe est sauvé par des villageois courageux. En tête d’un cast très homogène, Mark Wahlberg remplit parfaitement son office dans un rôle d’officier vite débordé. Parmi ses partenaires, Ben Foster sort du rang en sniper dur-à-cuire. « DU SANG ET DES LARMES » est un film tellement viscéral et « organique » qu’il est quasiment impossible d’en parler. Mieux vaut le voir car il en vaut la peine… D’autant plus qu’arrivés à l’épilogue, on se reprend à penser à l’arrivée au camp taliban : en refusant d’abattre leur cible n°1 sans ordre direct de sa hiérarchie et en épargnant trois prisonniers qui vont aussitôt donner leur position à l’ennemi, Wahlberg en étant trop réglo et surtout trop humain, n’est-il pas responsable du massacre ? Vaste question, immense dilemme, qui rehausse soudain tout le propos du film.
« A HOLE IN THE CITY » : Sylvia Sidney & Robert Duvall dans « Naked city »
« A HOLE IN THE CITY » est un remarquable épisode de la 2ème saison de la série « NAKED CITY » réalisé par David Lowell Rich, dont le scénario aurait parfaitement pu être développé sur une durée de long-métrage.
Après un hold-up sanglant, trois voyous menés par le sociopathe Robert Duvall qui tue comme il respire, prennent la fuite et se réfugient chez Sylvia Sidney, la tante de Duvall qu’il n’a pas vue depuis vingt ans. Les flics repèrent rapidement les fugitifs et assiègent l’immeuble. Mais dans l’appartement, c’est un vrai psychodrame qui a lieu. La tante se rend compte que son neveu a toujours fantasmé sur sa prétendue richesse et qu’il a façonné sa personnalité sur un malentendu et une adoration pour un « oncle riche » qui était en fait un individu méprisable, d’une avarice maladive. Progressivement, le monde va s’écrouler sous les pieds du malfrat. C’est un bonheur que de voir face-à-face deux énormes pointures comme la grande Mme Sidney, dont le visage expressif et douloureux est très bien mis en valeur par la photo et Duvall, absolument saisissant dans un rôle complexe et pathétique de bête sauvage à l’âme d’enfant. Leurs scènes ensemble dégagent une véritable électricité. Parmi les autres ‘guests’, on aperçoit un Ed Asner tout mince en flic mâchouillant des allumettes. Basé sur la psychologie de ses personnages, parsemé de flash-backs oniriques sur l’enfance du tueur, l’épisode n’en demeure pas moins très soigné dans une mise-en-scène qui renvoie par moments au néoréalisme italien. Et la fin de Duvall, criblé de balles sur le toit de l’immeuble en vidant le chargeur de sa mitraillette, rappelle certains classiques du film de gangster de la Warner. Un des meilleurs épisodes de cette belle et méconnue série policière.
« L’IRLANDAIS » (2011)
Écrit et réalisé par John Michel McDonagh, « L’IRLANDAIS » (à ne pas confondre avec « A PRAYER FOR THE DYING » de Mike Hodges qui porte le même titre français), est une sorte de mélange des séries TV au réalisme glauque façon « WALLANDER » et de pastiche déjanté à la « HOT FUZZ ».
Si l’intrigue en elle-même est des plus plan-plan et se focalise sur le démantèlement d’un gang de narcotrafiquants par un flic irlandais de terrain et un homme du FBI, c’est la façon de raconter qui fait la différence. En fait, l’intérêt du film est le portrait de ce policier déconcertant, excentrique et intrigant, dont on ne sait pas très bien s’il est vraiment un gros « plouc » raciste et indélicat ou s’il joue un numéro. À ce petit jeu, le monumental Brendan Gleeson est plus qu’à l’aise et justifie à lui seul l’existence du film. Sa relation avec le ‘yank’ Don Cheadle est amusante et originale et ses scènes avec Fionnula Flanagan jouant sa mère rongée par le cancer sont touchantes et sensibles. Toutes ces qualités n’empêchent pas le film d’être longuet et pas toujours très palpitant, mais il possède indéniablement une « petite musique » bien à lui, un talent pour dessiner des personnages secondaires déroutants comme ce petit garçon qui rappelle David Bennent dans « LE TAMBOUR » ou Mark Strong en tueur impassible au sadisme placide. Le « climax » nocturne où notre antihéros en surpoids se métamorphose subitement en terminator héroïque est assez efficace, tout comme la fin ouverte assez bien amenée. « L’IRLANDAIS » n’a rien d’indispensable, mais le fan de Brendan Gleeson sera à la fête.