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Archives de Catégorie: LES FILMS DE BERNARD BLIER

« RETOUR DE MANIVELLE » (1957)

Écrit et réalisé par Denys de La Patellière, dialogué par Michel Audiard d’après un roman de James Hadley Chase, « RETOUR DE MANIVELLE » ressemble à beaucoup d’adaptations de l’écrivain : le Midi de France, une machination, un chauffeur manipulé, etc.

Pour résumer le plus succinctement possible un scénario compliqué, Michèle Morgan doit maquiller en meurtre le suicide de son mari (Peter Van Eyck) pour pouvoir toucher son assurance-vie. Elle est aidée d’un gigolo (Daniel Gélin) amoureux d’elle. Mais, on le sait, le crime ne paie pas. La première partie du film se traîne un peu, draine des tonnes de clichés, propose des personnages sans épaisseur. Seule s’en sort à peu près Morgan, glaciale et hitchcockienne en « salope » (elle aime bien le qualificatif !) prête à tout pour être libre et débarrassée des hommes qu’elle méprise et qui la répugnent physiquement. Gélin maussade et monocorde, paraît un peu âgé pour son rôle. La toute jeune Michèle Mercier, dans sa première apparition à l’écran, est gauche et charmante en « bonniche » naïve et crédule et François Chaumette joue les visqueux comme lui seul savait le faire. Mais malgré ces atouts, le film a du mal à maintenir l’intérêt, du moins jusqu’à l’arrivée-surprise de Bernard Blier (il n’est pas mentionné au générique-début !), délectable en flic ronchon et rentre-dedans, flanqué d’un sidekick inepte. Ses face à face avec Morgan sont excellents et bien nourris par des répliques audiardiennes plutôt salées et il sauve littéralement le film tout entier de la banalité et du ronron. À voir donc, ce « RETOUR DE MANIVELLE » daté mais point déplaisant, qui connaît quelques pointes de suspense efficaces et change brusquement de cap avec l’arrivée de Blier. 

MICHÈLE MORGAN, BERNARD BLIER, DANIEL GÉLIN ET MICHÈLE MERCIER
 

« SOUVENIRS PERDUS » (1950)

On doit systématiquement se méfier des films à sketches dotés de castings mirobolants. Et « SOUVENIRS PERDUS » ne déroge pas à la règle. Réalisé par Christian-Jaque, écrit par quelques noms prestigieux, il est basé sur un prétexte ridicule (les « souvenirs » de quatre accessoires laissés aux objets perdus) et laisse consterné.

« UNE STATUETTE D’OSIRIS » marque les tristes retrouvailles d’un sordide escroc mythomane (Pierre Brasseur) et d’une femme qu’il a lâchement abandonnée. Longuet, sans enjeu, il tient par l’élégance et la finesse d’Edwige Feuillère et le cabotinage approximatif de Brasseur. On s’y ennuie gentiment. Rien ne prépare pourtant à la chose innommable qu’est « UNE COURONNE MORTUAIRE », sorte de boulevard louchant sur le burlesque, où le réalisateur parvient à rendre imbuvables deux acteurs généralement irréprochables : François Périer en oisif indolent et Suzy Delair, hors-contrôle, en roue-libre, stridente et insupportable en « grue » agitée. « UNE CRAVATE DE FOURRURE » tient à peu près la distance, dans une ambiance de film noir bien glauque, où Danièle Delorme recueille chez elle un fou assassin (Gérard Philipe) récemment échappé d’asile. L’acteur surprend par son jeu fiévreux et parfois inquiétant. Il vaut le coup d’œil. « LE VIOLON » est le plus amusant. Bernard Blier est un agent de police, amoureux d’une jolie veuve, qui la jette involontairement dans les bras d’un séduisant chanteur de rues (Yves Montand). C’est léger et inconsistant, avec un début plutôt drôle (le rêve musical de Blier) et le duo de comédiens est sympathique. Une fois de plus, on se demande pourquoi Montand s’était fait une aussi terrible réputation à ses débuts, alors qu’il se débrouille ici très bien. « SOUVENIRS PERDUS » ne vaut objectivement pas grand-chose et de toute façon le sketch Périer-Delair le condamne définitivement à l’oubli.

GÉRARD PHILIPE, BERNARD BLIER, YVES MONTAND, SUZY DELAIR ET FRANÇOIS PÉRIER
 

« LE GRAND BLOND AVEC UNE CHAUSSURE NOIRE » (1972)

Écrit par Francis Veber – ce qui demeure l’atout principal du film, « LE GRAND BLOND AVEC UNE CHAUSSURE NOIRE » d’Yves Robert se laisse revoir avec plaisir car, si la forme a vieilli, le fond est cynique voire méchant de Veber, des années avant son fameux dîner, fabrique un « piège à cons » délectable.

Cela se déroule au cœur des services secrets, dont le chef (Jean Rochefort) monte une machination pour forcer son second (Bernard Blier) à révéler sa traîtrise. Pour cela, il utilise un quidam choisi au hasard, qu’il fait passer pour un super-espion menaçant la vie de Blier. La mécanique est imparable et, même si on n’est pas particulièrement sensible au comique lunaire de Pierre Richard en violoniste candide, les seconds rôles sont un pur délice à voir évoluer dans ce monde glacé de barbouzes : Rochefort lugubre et inhumain, Paul Le Person dans le rôle de sa vie en bras-droit étonnamment saisi de scrupules, Maurice Barrier et Jean Saudray en flingueurs sans états d’âme, Jean Carmet en cocu lamentable. Blier égal à lui-même, c’est-à-dire génial et Mireille Darc créent une sorte de lien invisible avec les comédies d’espionnage de Georges Lautner. On enchaîne les quiproquos, les morts subites, les répliques-qui-tuent sans reprendre son souffle. L’histoire d’amour, très peu vraisemblable entre le grand couillon gaffeur et l’espionne réfrigérante, vient alléger l’ambiance. Un film amusant et léger dans un contexte paradoxalement froid et violent. Très réussi dans son créneau.

À noter : la même équipe se retrouvera deux ans plus tard pour « LE RETOUR DU GRAND BLOND » infiniment moins convaincant.

ROBERT DALBAN, BERNARD BLIER, MIREILLE DARC, PIERRE RICHARD, MAURICE BARRIER, PAUL LE PERSON ET JEAN SAUDRAY
 

« JO » (1971)

Adapté d’une pièce d’Alec & Myra Copel, « JO » de Jean Girault rappelle furieusement « OSCAR » sorti quatre ans plus tôt et, s’il n’en possède pas tout à fait une mécanique aussi parfaite, il connaît, surtout sur la fin, une explosion hallucinante dans le délire.

Auteur de théâtre, Louis De Funès est victime d’un chantage et tue – presque par accident – le malfaiteur. Mais était-ce bien lui le meurtrier ? Et comment se débarrasser du cadavre ? Le point de départ est simple, un peu laborieux, on a du mal à accepter De Funès en artiste, lui qui s’est toujours catalogué comme patron, PDG ou flic, mais progressivement, le rythme s’accélère, les quiproquos s’enchaînent à une telle fréquence qu’il est impossible de ne pas rire. Un rire pas toujours d’excellente qualité, certes, mais irrésistible. Le couple De Funès/Claude Gensac fonctionne à plein régime vu que, pour une fois, elle apparaît réellement en covedette. Les face à face entre « Fufu » et Bernard Blier, fabuleux en gros inspecteur mal embouché, sont magnifiques : fous-rires assurés. On retrouve tous les seconds rôles habituels de l’entourage de la star, de Zardi & Attal à Paul Préboist en passant par Ferdy Mayne et Galabru. Alors bien sûr, ça ne vole pas très haut, mais le dernier quart d’heure, sorte de concentré de tous les poncifs du théâtre de boulevard, atteint par son hystérie à une sorte de grandeur. En totale liberté, sans la moindre retenue Louis De Funès est tout simplement sidérant d’énergie, toujours au bord de l’implosion. Loin d’être un chef-d’œuvre, mais à voir de toute façon.

BERNARD BLIER, LOUIS DE FUNÈS, CLAUDE GENSAC ET PAUL PRÉBOIST
 

« LE TUEUR » (1972)

Comment résister ? Un titre-choc : « LE TUEUR » ! Le vieux de la vieille Denys de la Patellière à la caméra, un face à face (de plus) Gabin-Blier jouant des flics, un acteur de série B italien dans le rôle du méchant et les « usual suspects » habituels du polar français de l’époque avec leur accent de titi parisien et leurs pattes bien fournies. Ne manque qu’Audiard au générique, remplacé par Pascal Jardin.

On le sait, le cinoche policier hexagonal vieillit vite. Si quelques grosses productions tiennent encore le choc, si un Melville a atteint l’intemporalité, la plupart sont aujourd’hui difficiles à suivre en gardant son sérieux. « LE TUEUR » prête souvent à sourire : si Gabin représente la vieille garde des poulets de terrain maniant les indics en orfèvre, Blier est censé symboliser la police « moderne ». Avec ses ordinateurs (ceux des années 70 !) et ses méthodes scientifiques. Leurs affrontements mollassons à coups de répliques réactionnaires valent leur pesant de cacahuètes. Gabin n’a jamais été aussi absent, fatigué et n’essaie même pas de s’imposer comme rôle principal. Tout ce qu’on saura du personnage, c’est qu’il lit Le Figaro ! Disons-le tout net, côté rythme et esthétique, on est plus proche de « DERRICK » que de « HEAT ». Le film est poussif, dénué de vie et laborieux, les vedettes font leur vieux numéro sans conviction, l’œil las et la moue agacée. Les séquences d’action sont faiblardes. Seul le passage où Testi devient une bête traquée, seule au monde, est encore à peu près intéressant. L’acteur italien (doublé, comme il se doit) est très bien avec son look de Clark Gable napolitain et son jeu nerveux et physique. À part, bien sûr, qu’il n’a pas du tout une tête à s’appeler Georges Gassot. Mais… Co-production oblige ! Parmi les seconds rôles, le débutant Gérard Depardieu joue une « balance » trop cordiale pour être honnête. Un cinéma disparu, dont « LE TUEUR » est un représentant déjà tardif. Mieux vaut revoir « LE PACHA », c’est la même chose, mais en plus soigné.

BERNARD BLIER, JEAN GABIN, FABIO TESTI, USHI GLAS ET GÉRARD DEPARDIEU
 

« SI J’ÉTAIS UN ESPION… » (1967)

« SI J’ÉTAIS UN ESPION… » est le premier film (de fiction) de Bertrand Blier, un curieux huis clos d’espionnage qui se resserre progressivement en un face à face entre deux hommes diamétralement opposés : un brave médecin (Bernard Blier) soupçonné d’être un espion à la suite d’un séjour en Pologne et une « barbouze » (Bruno Cremer) chargée de le faire avouer.

Le noir & blanc est acéré, les décors sont minimalistes, les gros-plans de visages étouffants et le film tout entier prend des allures de cauchemar kafkaïen. Très bien confectionné, le film n’a strictement rien à voir avec la filmographie future du réalisateur. Il devra attendre sept ans pour réitérer l’expérience et faire mouche avec « LES VALSEUSES ». Mais « SI J’ÉTAIS UN ESPION… » n’a rien d’un travail de débutant et il tire le meilleur de ses deux têtes d’affiche, d’excellents seconds rôles comme Claude Piéplu, Suzanne Flon ou Jacques Rispal. La BO de Serge Gainsbourg, très présente, est bien intégrée au mixage. Si Blier père est remarquable de présence massive, suant l’angoisse et l’impuissance devant la machine d’État lancée à ses trousses, c’est Cremer qui retient principalement l’attention. Il est magnifique en espion froid, cassant et menaçant, au regard de reptile, qui va peu à peu ressentir une sorte d’empathie pour sa victime. Les échanges entre les deux grands comédiens sont vraiment un régal et leur subtilité de jeu laisse deviner un sous-texte chargé d’humanité. Très peu connu et généralement pas cité parmi les 20 films réalisés par Bertrand Blier, c’est une œuvre solide, austère, chargée de la paranoïa propre à la guerre froide, le tout dans un contexte bien français tout à fait banal en apparence.

BERNARD BLIER ET BRUNO CREMER

 

« LES GRANDES FAMILLES » (1958)

JEAN GABIN

« LES GRANDES FAMILLES » de Denys de La Patellière est adapté de l’œuvre de Maurice Druon par le réalisateur et par Michel Audiard. C’est un film d’apparence austère, dissimulant une satire féroce de la grande bourgeoisie française, teintée d’un humour à la noirceur sans pareille.

Jean Gabin dirige un empire industriel puissant, en ligne directe avec le pouvoir en place. Il règne en despote bourru sur des vieillards frileux, imbus de leurs privilèges et autres passe-droits, des ennemis rancuniers, un groupe de presse à sa botte et un fils (Jean Desailly) un peu trop progressiste à son goût, auquel il entend donner une bonne leçon. Hélas, celle-ci, diaboliquement orchestrée, échappera au contrôle du despote. C’est le sujet de ce film âpre et cruel, dont tous les personnages sont répugnants, du premier au dernier, qui démonte les rouages du capitalisme avec une terrible lucidité. Le film est dominé par Gabin, dont on ne louera jamais assez l’extraordinaire faculté à passer des rôles de « prolos » en salopette à ceux de grands patrons à la raideur inhumaine. La silhouette massive, le sourire parcimonieux, l’acteur domine une distribution de haut-vol. On y reconnaît Bernard Blier en factotum discret et trop malin pour être totalement fiable, Pierre Brasseur qui en fait des tonnes en cousin débauché, mais dangereux ou Desailly parfaitement distribué en héritier sans caractère, broyé par ce géniteur qu’il a eu le tort de remettre en question. Françoise Christophe est excellente dans le rôle de son épouse, seul regard lucide sur la monstruosité intrinsèque du « clan ». « LES GRANDES FAMILLES », entièrement concentré sur son sujet, connaît des moments admirables, des échanges de répliques époustouflants et offre à Gabin un rôle inhabituel. C’est suffisant pour voir ce film à la dureté minérale qui laisse un arrière-goût très amer.

BERNARD BLIER, JEAN GABIN ET JEAN DESAILLY
 

« ELLE BOIT PAS, ELLE FUME PAS, ELLE DRAGUE PAS, MAIS… ELLE CAUSE » (1970)

Adapté d’un roman de Fred Kassak, « ELLE BOIT PAS, ELLE FUME PAS, ELLE DRAGUE PAS, MAIS… ELLE CAUSE » est réalisé par Michel Audiard, qui réunit une partie de sa petite troupe pour un scénario plus structuré que d’habitude.

Annie Girardot, femme de ménage, a trois clients : une présentatrice télé (Mireille Darc), un employé de banque (Bernard Blier) et un éducateur (Sim). Discrètement, l’air de rien, elle va les monter les uns contre les autres, les transformer en maîtres chanteurs, pour finalement récolter le gros lot. Un rôle en or pour Girardot qui, curieusement, n’apparaît pas autant qu’on pourrait le croire et demeure plutôt à l’arrière-plan, ce qui rend ses apartés encore plus savoureux. Audiard a préféré offrir la part du lion à Blier qui se délecte sans complexe d’un rôle parfaitement répugnant de loser obsédé sexuel (il voit toutes les femmes qu’il croise complètement nues !), obséquieux et même assassin de sang-froid quand cela s’avère nécessaire. C’est un bonheur de voir l’acteur en liberté, avec son œil vicelard, son rire gourmand : un véritable festival. Darc est amusante en ancienne prostituée, mais se fait piquer la vedette par Catherine Samie à la vulgarité roborative en vieille amie (et collègue) à elle. On croise quelques visages connus comme Sim toujours sur la même note, Jean-Pierre Darras en ministre onctueux ou Jean Carmet en barman maussade. Le film se laisse regarder pour quelques répliques bien senties (le contraire aurait été surprenant), pour cette ambiance banlieusarde sinistre de la France des années 70, mais il ne parvient pas à enthousiasmer vraiment. C’est un passe-temps à peine corrosif, qui aurait sans doute dû se concentrer davantage sur le personnage de la femme de ménage, trop en retrait.

BERNARD BLIER, ANNIE GIRARDOT, MIREILLE DARC ET CATHERINE SAMIE
 

« LE PRÉSIDENT » (1961)

Adapté d’un roman de Georges Simenon, « LE PRÉSIDENT » est le second des cinq films que Jean Gabin tourna sous la direction d’Henri Verneuil. C’est le portrait d’un ex-président du Conseil de la 4ᵉ République, inspiré de Georges Clemenceau, qui se remémore sa carrière, à l’heure de la retraite.

Gabin, véritable raison d’être du projet, apparaît âgé de 75 ans et de 55 (son âge réel) lors des flash-backs, mais le véritable centre d’intérêt du film, c’est le dialogue de Michel Audiard. Totalement déchaîné – et visiblement passionné par la thématique – il se lâche sans retenue lors de longs tunnels (on pense au discours suicidaire du président à la Chambre des députés, véritable morceau de bravoure en forme de baroud d’honneur), qui tiennent parfois de la logorrhée verbale. Certes, ils cassent le rythme, mais demeurent incontestablement brillants. L’histoire se focalise sur le vieil homme reclus, écrivant ses mémoires, et sa détestation de Bernard Blier, son probable successeur, qui l’avait salement trahi en pleine crise économique, des années plus tôt. Gabin possède une preuve de cette trahison qui coûta des milliards à la France et Blier sait qu’il ne peut rien faire sans l’accord de son ex-mentor. Il faut être féru de politique pour pleinement apprécier « LE PRÉSIDENT », qui ne s’octroie pas beaucoup d’échappatoires et traite essentiellement des affaires d’une France déjà bien lointaine. Gabin est superbe et surtout admirable d’avoir retenu ces tartines de dialogues alambiqués, il domine le film sans effort apparent. Face à lui, Blier excelle en traître débonnaire, en faux-jeton d’anthologie. Son ultime face à face avec Gabin est inoubliable. Trop souvent plombé par ce qui fait justement sa valeur, c’est-à-dire le texte d’Audiard, « LE PRÉSIDENT » n’est pas toujours facile d’accès, malgré de fulgurants parallèles prémonitoires avec notre 21ᵉ siècle, il manque d’ellipses pour dynamiser le montage, mais c’est de l’excellent cinéma français, porté par la BO de Maurice Jarre, aux notes immédiatement identifiables.

JEAN GABIN ET BERNARD BLIER
 

« LE CRI DU CORMORAN LE SOIR AU-DESSUS DES JONQUES » (1971)

JEAN CARMET ET MICHEL SERRAULT

Adapté d’un roman d’Evan Hunter par Jean-Marie Poiré, « LE CRI DU CORMORAN LE SOIR AU-DESSUS DES JONQUES » est le 4ᵉ film réalisé par Michel Audiard et on sent qu’il a pris de l’assurance. Mieux ficelé, mieux rythmé, plus drôle que ses précédents longs-métrages, il se tient à un scénario maigre, mais à peu près structuré et distrait sans problème.

L’enjeu ? Un veston dont les boutons contiennent des diamants, convoité par deux bandes rivales. Entre eux, Michel Serrault un quidam particulièrement minable, un loser de compétition qui joue sa peau à chaque coin de scène. Oui, c’est n’importe quoi, aucun doute là-dessus, mais le ton est absurde et enjoué et rappelle parfois le futur cinéma de Bertrand Blier. D’ailleurs, on y trouve déjà les comédiens de « BUFFET FROID » : Bernard Blier, Serrault, Jean Carmet et même le débutant Gérard Depardieu. On ne s’ennuie pas, hormis quelques coups de mou inévitables quand le scénario est aussi bordélique, on rit souvent et Audiard a enfin trouvé le juste équilibre. Serrault, en roue libre, est en pleine forme en amant lamentable, joueur pitoyable, Paul Meurisse – acteur melvillien s’il en fut – s’est fait justement le look de Jean-Pierre Melville pour jouer un caïd sentencieux et digne mais aussi stupide que tout le monde. Depardieu hirsute, mais en costard, joue un de ses hommes de main. Blier, égal à lui-même, est comme toujours savoureux en gros méchant malfrat. À noter que Marion Game joue un clone parfait du personnage de Marlène Jobert dans « FAUT PAS PRENDRE LES ENFANTS DU BON DIEU POUR DES CANARDS SAUVAGES », cheveux roux inclus. Nul besoin d’épiloguer sur « LE CRI… », qui n’a rien à raconter, mais le fait plaisamment et en amusant autant qu’il s’amuse lui-même. C’est à voir si on aime les grands acteurs en liberté et les répliques qui fusent.

BERNARD BLIER, MICHEL SERRAULT, GÉRARD DEPARDIEU, MARION GAME ET PAUL MEURISSE