Trois ans après le « LES COMPÈRES », Francis Veber clôture sa trilogie avec « LES FUGITIFS » et il y a du changement à tous les étages : Luciano Tovoli, directeur photo d’Antonioni ou Argento à l’image qui donne un lustre absent des précédents films et surtout un scénario qui met la pure mécanique à l’arrière-plan pour devenir ouvertement sentimental.
C’est le meilleur des trois, indéniablement, on y rit souvent, mais la présence de la minuscule fillette (Anaïs Bret) entre les deux partenaires, apporte automatiquement une gravité, un pathos inédits. Pierre Richard est un chômeur désespéré qui attaque une banque pour nourrir sa fille et prend en otage Gérard Depardieu, un braqueur à peine sorti de prison, immédiatement soupçonné d’être son complice. Le postulat de départ est imparable, un événement en entraînant naturellement un autre, et le duo déjà bien rodé n’a jamais aussi bien fonctionné. Depardieu qui a pris du volume, s’est teint en blond, est étonnamment émouvant, malgré des situations hilarantes : la visite chez le vétérinaire gâteux (Jean Carmet) qui veut le piquer est à tomber par terre ! Il joue ce colosse fragile avec grâce. Richard est égal à lui-même, mais il a mûri physiquement et cela ajoute du pathétique à son personnage. Autour d’eux, de grands seconds rôles bien servis par le dialogue : Maurice Barrier en flic atrabilaire mais honnête, Jean Benguigui et Roland Blanche en voyous sordides et un caméo de Michel Blanc en médecin ivre-mort. À la fois drôle et cafardeux, joyeux et déprimant, « LES FUGITIFS » est l’aboutissement de la démarche cohérente de l’auteur dans le domaine de la comédie grand public. À l’exception du « DÎNER DE CONS », il ne fera jamais mieux.