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Archives de Catégorie: LES FILMS DE GÉRARD DEPARDIEU

« LES FUGITIFS » (1986)

Trois ans après le « LES COMPÈRES », Francis Veber clôture sa trilogie avec « LES FUGITIFS » et il y a du changement à tous les étages : Luciano Tovoli, directeur photo d’Antonioni ou Argento à l’image qui donne un lustre absent des précédents films et surtout un scénario qui met la pure mécanique à l’arrière-plan pour devenir ouvertement sentimental.

C’est le meilleur des trois, indéniablement, on y rit souvent, mais la présence de la minuscule fillette (Anaïs Bret) entre les deux partenaires, apporte automatiquement une gravité, un pathos inédits. Pierre Richard est un chômeur désespéré qui attaque une banque pour nourrir sa fille et prend en otage Gérard Depardieu, un braqueur à peine sorti de prison, immédiatement soupçonné d’être son complice. Le postulat de départ est imparable, un événement en entraînant naturellement un autre, et le duo déjà bien rodé n’a jamais aussi bien fonctionné. Depardieu qui a pris du volume, s’est teint en blond, est étonnamment émouvant, malgré des situations hilarantes : la visite chez le vétérinaire gâteux (Jean Carmet) qui veut le piquer est à tomber par terre ! Il joue ce colosse fragile avec grâce. Richard est égal à lui-même, mais il a mûri physiquement et cela ajoute du pathétique à son personnage. Autour d’eux, de grands seconds rôles bien servis par le dialogue : Maurice Barrier en flic atrabilaire mais honnête, Jean Benguigui et Roland Blanche en voyous sordides et un caméo de Michel Blanc en médecin ivre-mort. À la fois drôle et cafardeux, joyeux et déprimant, « LES FUGITIFS » est l’aboutissement de la démarche cohérente de l’auteur dans le domaine de la comédie grand public. À l’exception du « DÎNER DE CONS », il ne fera jamais mieux.

PIERRE RICHARD, ANAÏS BRET, GÉRARD DEPARDIEU ET JEAN CARMET
 

« LES COMPÈRES » (1983)

Écrit et réalisé par Francis Veber, produit deux ans après « LA CHÈVRE », « LES COMPÈRES » reprend les mêmes vedettes, mais dans des rôles différents et repart pour un tour. En mieux.

L’écriture est plus soignée, le thème plus riche (deux hommes dissemblables en quête de paternité) que précédemment et même la réalisation paraît plus assurée. Après la fugue de son ado de fils, Anny Duperey fait croire à deux « ex » qu’ils sont le vrai père du garçon : Gérard Depardieu, reporter casse-cou et Pierre Richard, grand dépressif suicidaire. Ils vont s’unir tant bien que mal pour retrouver le fugueur à Nice. Le scénario insère une trame policière pour soutenir l’édifice sans l’envahir et multiplie les morceaux de bravoure, souvent d’une irrésistible drôlerie. Plus fin, plus riche et nourri, le duo Depardieu et Richard est magnifiquement assorti et certaines scènes sont anthologiques : celle des coups de boule, la crise de rire à la station-service. Ils sont très bien entourés par des seconds rôles bien servis : Maurice Barrier extraordinaire en hôtelier crapuleux, traumatisé par la visite de Depardieu, Michel Aumont jouant le véritable père, honni par son rejeton, Roland Blanche en « balance » peu ragoûtante. « LES COMPÈRES » est un bijou de mécanique comique, teinté de tendresse, maîtrisé de bout en bout, qui entraîne automatiquement plusieurs visions. Rire assuré à chaque fois !

GÉRARD DEPARDIEU, PIERRE RICHARD ET MAURICE BARRIER
 

« LA CHÈVRE » (1981)

« LA CHÈVRE » est le premier opus d’une sorte de triptyque que Francis Veber tourna avec Pierre Richard et Gérard Depardieu. Des comédies basées sur le contraste de leurs personnalités, qui connurent un gros succès.

Quand sa fille disparaît lors d’un voyage au Mexique, un PDG (Michel Robin) envoie un privé (Gérard Depardieu) là-bas pour la retrouver. Le psy de l’entreprise, André Valardy, connaissant la malchance chronique de la jeune femme, propose de dépêcher également Pierre Richard, un comptable tout aussi porte-poisse qui, par (mal)chance, pourrait la pister. Le postulat est absurde mais drôle, la confrontation des deux vedettes fonctionne à plein régime : Richard, égal à lui-même, en gaffeur invétéré, imbu de sa personne et totalement inconscient du danger et Depardieu, bronzé et élancé, en brute efficace, de plus en plus fasciné par l’espèce de « super-pouvoir » de son acolyte de fortune. Ils ont d’excellents moments dialogués, une vraie alchimie et font le show à eux tout seuls. Le scénario est un enchaînement bien tendu de péripéties aberrantes (le gorille dans la jungle mexicaine, l’arrivée au dispensaire), qui sacrifie tout aux gags visuels. La réalisation est assez plate, la photo très « Gaumont », c’est-à-dire très éclairée dans n’importe quel décor et on peut légitimement rechigner devant le choix de doubler les seconds rôles locaux en français, sans le moindre accent, ce qui crée un décalage plus que bizarre. Mais « LA CHÈVRE » est un film agréable, plaisant et sans aucune prétention, à savourer sans problème.

PIERRE RICHARD ET GÉRARD DEPARDIEU
 

« ELISA » (1995)

12 ans après le succès de « L’ÉTÉ MEURTRIER », Jean Becker tente de réitérer le miracle en écrivant et réalisant « ELISA », qui en reprend certaines bases narratives, mais « oublie » deux éléments essentiels : un scénario de Sébastien Japrisot et une grande actrice comme Isabelle Adjani.

De fait, « ELISA » brosse le portrait d’une orpheline délurée et suicidaire, qui ne vit que de larcins et de provocations grossières, à la recherche d’un père qu’elle veut tuer depuis le suicide de sa mère. Il y a tant de rappels de « L’ÉTÉ MEURTRIER » (Michel Bouquet remplaçant Suzanne Flon, par exemple), le dialogue est d’une telle platitude, qu’on peine à s’accrocher pendant deux heures. Vanessa Paradis n’est pas Adjani, c’est établi. Et sa voix crispante n’aide pas à apprécier son jeu assez mécanique. Elle a une indiscutable photogénie, mais son personnage, qui ne fait que rabrouer ou humilier ceux qu’elle croise, n’a rien de sympathique. On pense à la séquence où elle force l’excellent Gérard Chaillou à se déshabiller sous la menace, à ces « beaufs » qu’elle dépouille sans remords. Le film s’enlise jusqu’à l’apparition tardive de Gérard Depardieu, jouant ce fameux père, ivrogne braillard et insalubre. La confrontation est décevante, ne va jusqu’au bout de rien et finit en improbable happy end. Parmi les seconds rôles, on aperçoit Catherine Rouvel, Philippe Léotard en avatar de Gainsbourg. « ELISA » n’atteint jamais ses objectifs, là où « L’ÉTÉ MEURTRIER » les achevait tous. C’est dommage, mais prévisible. La foudre ne frappe jamais deux fois au même endroit.

À noter : outre le titre du film qui est aussi celui d’une célèbre chanson de Serge Gainsbourg, le dialogue est truffé d’allusions au chanteur et le film lui est dédié dans le générique-fin.

VANESSA PARADIS, GÉRARD DEPARDIEU ET PHILIPPE LÉOTARD
 

« L’HOMME AU MASQUE DE FER » (1998)

Écrit et réalisé par Randall Wallace, d’après l’œuvre d’Alexandre Dumas, « L’HOMME AU MASQUE DE FER » est une opulente co-production internationale tournée en France, au casting des plus chamarrés.

Quels que soit leurs interprètes (et il y en a eu !), on apprécie toujours de retrouver les mousquetaires. Ici, ils sont vieillissants, un brin dépressifs et has-been. Mais l’histoire tient encore debout, avec ses intrigues de cour, ses coups de théâtre, ses complots ignobles. Le film, trop riche et bavard au début, trouve sa vitesse de croisière avec la libération du jumeau du roi félon (Leonardo Di Caprio) et les cavalcades et batailles qui s’ensuivent. Caprio est d’ailleurs excellent dans son double rôle, qu’il soit arrogant et cruel ou ingénu au cœur pur. Ses changements d’expression sont d’une grande finesse. Autour de lui, Gabriel Byrne est un D’Artagnan lugubre, John Malkovich sort nettement du rang en Athos endeuillé, Gérard Depardieu en roue-libre, joue un Porthos annonçant son futur Obélix, en plus sexué et flatulent et Jeremy Irons est un Aramis idéal. De bons seconds rôles comme Anne Parillaud, Peter Sarsgaard et Hugh Laurie, viennent compléter ce riche ensemble. « L’HOMME AU MASQUE DE FER » se laisse regarder avec plaisir, sans réelle passion, mais l’émotion affleure de temps en temps. Le montage est nerveux et les morceaux de bravoure (la charge finale des mousquetaires filmée façon « LA HORDE SAUVAGE ») sont très bien menés. À voir donc, malgré quelques traits d’humour pas franchement drôles.

JOHN MALKOVICH, GÉRARD DEPARDIEU, JEREMY IRONS, LEONARDO DI CAPRIO ET GABRIEL BYRNE
 

« TROP BELLE POUR TOI » (1989)

Écrit et réalisé par Bertrand Blier, « TROP BELLE POUR TOI » est le dernier film de la brillante première partie de carrière du cinéaste, avant d’entamer la seconde, plus erratique et moins emballante dans l’ensemble.

Écrite dans un style lyrique et théâtral, s’octroyant des dérapages dans l’onirisme et brisant allègrement le fameux 3ème mur, l’histoire est simple : un garagiste embourgeoisé (Gérard Depardieu) marié à une femme magnifique (Carole Bouquet) tombe subitement amoureux d’une intérimaire boulotte, à la personnalité ordinaire, qui pourtant le bouleverse et l’entraîne dans une passion destructrice. Encore un de ces postulats improbables qui accroche instantanément la curiosité, mais ne suffit probablement pas à la maintenir jusqu’au bout des 90 minutes réglementaires. Ainsi, comme trop souvent chez l’auteur, le film commence à s’effilocher dans son dernier tiers puis, rapidement, à perdre toute consistance et à faire sur surplace. C’est regrettable bien sûr, puisque la première heure est en état de grâce, parfois émouvante, portée par un dialogue ciselé, des comédiens impliqués et par la photo délicate de Philippe Rousselot. Si Balasko et Depardieu sont parfaits dans un registre plus doux et vulnérable qu’à leur habitude, c’est Carole Bouquet qui leur pique la vedette, dans ce personnage impossible de beauté froide, malheureuse et larguée, qu’elle rend littéralement tragique. L’épisode fantasmé où elle est métamorphosée en souillon dépressive mérite les applaudissements. À leurs côtés, Myriam Boyer est formidable dans un petit rôle d’épouse d’ami à la coiffure invraisemblable, Roland Blanche est un homme-à-tout-faire nommé Marcello et François Cluzet est drôle en époux minable et écrivaillon raté. « TROP BELLE POUR TOI » aurait pu devenir un des chefs-d’œuvre de Blier, sans ce dénouement déstructuré et lassant. À voir tout de même, ne serait-ce que pour Carole Bouquet.

GÉRARD DEPARDIEU, CAROLE BOUQUET ET JOSIANE BALASKO
 

« MERCI LA VIE » (1991)

Écrit et réalisé par Bertrand Blier, « MERCI LA VIE » est une sorte de mosaïque délirante, une histoire à tiroirs en roue-libre, vraiment sans queue ni tête, qui semble vouloir parler de l’angoisse du SIDA, en mélangeant la couleur, le noir & blanc, le sépia, les époques, avec des flash-backs fantasmés. Et qui se clôt par un retour au monde réel à la façon de « NOTRE HISTOIRE ».

On ne va pas s’échiner à résumer : deux copines, une ado naïve (Charlotte Gainsbourg) et une « fille facile » (Anouk Grinberg) errent, font des rencontres hasardeuses, provoquent les hommes, mettent le feu à des voitures. On les retrouve en 1943 dans la résistance, à moins qu’il ne s’agisse d’un tournage de film. Et finalement, Grinberg apprend qu’elle a le SIDA. Voilà, en gros… C’est du concentré de Blier, qui a manifestement obtenu une totale liberté, ce qui n’est pas toujours recommandable. Le tourbillon, d’abord intrigant, devient vite lassant, voire difficile à supporter. Et l’absence de ligne directrice ou de progression dramatique provoque l’ennui. Surtout que cela dure presque deux heures ! On passe le temps à compter les vedettes invitées : Annie Girardot en mère coléreuse, Gérard Depardieu en médecin/maquereau, Jean-Louis Trintignant en officier nazi, François Perrot en réalisateur, Michel Blanc et Jean Carmet jouant le même personnage à deux âges de la vie, etc. Les deux héroïnes omniprésentes jouent toutes les situations sur une même tonalité et ne sont guère attachantes. On a connu Blier beaucoup plus inspiré, même dans ses scénarios les plus absurdes. Ici, l’humour – même noir – est quasiment absent, on se sent trimbalé, bousculé, abandonné sur le bord de la route, à l’instar de Grinberg à plusieurs reprises dans le film. « MERCI LA VIE » a les défauts des qualités de Blier et laisse sur cette désagréable sensation du « So what ? ».

ANOUK GRINBERG, CHARLOTTE GAINSBOURG, JEAN CARMET, JEAN-LOUIS TRINTIGNANT, MICHEL BLANC ET GÉRARD DEPARDIEU
 

« COMBIEN TU M’AIMES ? » (2005)

Écrit et réalisé par Bertrand Blier, « COMBIEN TU M’AIMES ? » s’inscrit dans sa seconde partie de carrière, la moins inspirée, la plus erratique. Il puise ses quelques idées dans son dernier succès « TROP BELLE POUR TOI » et on y retrouve des échos de « NOTRE HISTOIRE » ou « BUFFET FROID ».

Mais le cœur n’y est plus. Si la présence de Gérard Depardieu dans un rôle assez secondaire de mac magnanime, rappelle les grandes années du réalisateur, les vraies vedettes sont Monica Bellucci et Bernard Campan. La première, belle, plantureuse, mais comédienne limitée, se débrouille tant bien que mal d’un rôle de prostituée au cœur d’artichaut. Le film ressemble à une ode à sa poitrine généreusement dévoilée. Campan, dans un personnage qu’on dirait écrit avec Patrick Dewaere en tête, ne dégage aucune émotion, aucune fragilité. Le duo ne fonctionne tout simplement pas et il était pourtant censé être le centre d’intérêt du film, voire sa raison d’être. Comme toujours chez Blier, les seconds rôles sont triés sur le volet : Jean-Pierre Darroussin en médecin dépressif, Farida Rahouadj excellente en voisine sensuelle, Sara Forestier et Édouard Baer, amusants. S’ils aident indéniablement à passer le temps, ils ne suffisent pas hélas, à combler le vide sidéral de ce film cafardeux et déstructuré. On a souvent blâmé Blier de ne jamais aller jusqu’au bout de ses sujets et de bâcler ses secondes moitiés de scénarios. Ici, le laisser-aller arrive beaucoup plus tôt et le film semble interminable. En souvenir des grandes heures de l’auteur, on pourra sourire à quelques répliques bien senties, reconnaître ses vieux thèmes à présent bien fatigués et contempler la beauté statuesque de l’actrice italienne. Mais c’est à peu près tout…

BERNARD CAMPAN, MONICA BELLUCCI ET GÉRARD DEPARDIEU
 

« LE RETOUR DE MARTIN GUERRE » (1982)

Écrit par Jean-Claude Carrière et Daniel Vigne, réalisé par le second, « LE RETOUR DE MARTIN GUERRE » est inspiré d’une histoire vraie qui eut lieu dans la campagne française du 16ème siècle.

Martin (Gérard Depardieu) revient dans son village natal après des années de guerre, il est accueilli en héros et retrouve sa femme (Nathalie Baye) qui le reconnaît aussitôt. Quelques années se passent, Martin fait des enfants, jusqu’au jour où il réclame à son oncle (Maurice Barrier, magnifique) une somme qui lui est due. À partir de là, tout va s’écrouler autour de Martin, jusqu’à sa propre identité, puisque des témoignages se mettent à affluer pour affirmer qu’il n’est pas celui qu’il prétend être. La justice s’en mêle alors… Le scénario est très bien construit, Depardieu et Baye à leur meilleur, créent des personnages frustes et matois, dont l’ambiguïté est la force première. Les envolées de Depardieu, alors en pleine possession de ses moyens, atteignent des sommets pendant le procès et les face à face entre Baye et le juge (excellent Roger Planchon) sont des régals de subtilité. On admire la réalisation réaliste, presque documentaire, qui évoque parfois le Werner Herzog des débuts, la précision des costumes et surtout du langage et des accents qui immergent à 100% dans le récit. Quant à l’événement qui donne son titre au film, il survient in extremis, alors que « Martin » va être lavé de tout soupçon (ATTENTION : SPOILER !). Bernard-Pierre Donnadieu apparaît à la fin, dans le rôle du vrai Martin Guerre, comme une version glaciale et sans le moindre charme de l’avatar créé par l’imposteur. La belle histoire d’amour entre l’épouse, qui n’a jamais été dupe mais n’a pas aimé son véritable mari et le voyou hâbleur et charismatique, constitue le cœur de cette histoire fascinante qui plonge dans l’Histoire française. Une belle réussite.

À noter : le film connut un remake américain, « SOMMERSBY » (1993) de Jon Amiel, situé après la guerre de sécession, avec Jodie Foster et Richard Gere, qui ne soutenait pas la comparaison avec l’original.

GÉRARD DEPARDIEU, MAURICE BARRIER, NATHALIE BAYE ET BERNARD-PIERRE DONNADIEU
 

AUJOURD’HUI, IL A 76 ANS…

GÉRARD DEPARDIEU, PILIER DU CINÉMA FRANÇAIS PENDANT UN DEMI-SIÈCLE, SA RETRAITE FORCÉE LAISSE UN GRAND VIDE