Archives Mensuelles: avril 2015
« RETURN TO DRYROCK » : Edward Binns dans « The Dakotas »
« RETURN TO DRYROCK » est le premier épisode – si on exclue le « pilote » qui faisait en fait partie de la série « CHEYENNE » (oui, c’est un peu compliqué !) – et fut réalisé par le fiable Stuart Heisler.
Cet épisode a pour vedette à part entière Jack Elam. À la suite du meurtre d’un ami à lui, il se rend dans sa ville natale de Dryrock pour arrêter les coupables. Attaqué par ceux-ci, il les abat en état de légitime défense, mais tue également un jeune homme désarmé dans la confusion. Désavoué par son patron (Larry Ward qui a apparemment retrouvé son œil droit, après le ‘pilote’ où il était borgne !), Elam va devoir faire face à son ancien meilleur ami devenu shérif (Edward Binns), son propre père prédicateur et à la vindicte de la ville tout entière. Il est vraiment plaisant et rafraîchissant de voir Jack Elam, indispensable silhouette de tant de grands westerns classiques, enfin accéder aux premiers rôles. On met d’ailleurs un certain temps à s’accoutumer à l’idée qu’il fasse partie des « héros » ! Il a d’excellents moments, sait rendre son ‘J.D. Smith’ à la fois sympathique, menaçant et toujours prêt à basculer du mauvais côté. Ses face-à-face avec son vieux père sévère et glacial sont très bien écrits et interprétés, comme ses confrontations « viriles » avec son chef. À bien y regarder, cette étonnante série fait souvent penser aux « INCORRUPTIBLES », par la personnalité du héros, par le groupe de redresseurs-de-torts imperturbables et par son manque d’humour quasi-total. Quoi qu’il en soit, on ne décroche pas une seconde…
« THE NOVEMBER MAN » (2014)
Adapté d’un roman de Bill Granger et réalisé par l’efficace Australien Roger Donaldson, « THE NOVEMBER MAN » est un film d’action/espionnage dont le postulat (un ex-tueur de la CIA traqué par son disciple à travers l’Europe) n’est pas sans rappeler « SCORPIO » (1973) de Michael Winner.
Impliquant « l’Agency », les politiciens russes, étalant la complexité des guerres modernes, le scénario ne connaît pas de temps mort. Bien sûr, tout semble téléphoné et on se retrouve souvent en avance sur les personnages : l’identité du vrai traître ou la véritable identité d’Olga Kurylenko ne sont vraiment pas des surprises ! Mais à 61 ans, Pierce Brosnan est impressionnant de dureté (il n’hésite pas à taillader l’artère fémorale d’une jeune femme innocente) et semble enfin incarner ce James Bond qu’il n’avait pas pu développer à cause d’une série de films médiocres. Concentré, impliqué, imposant, il trouve un de ses meilleurs rôles de tough guy et vaut à lui seul qu’on voie ce film bien troussé. Face à lui, Luke Bracey est parfait dans le rôle de son « élève » redoutable mais moins monolithique qu’il ne paraît d’abord, Kurylenko est très bien. Mais le personnage le plus mémorable est cette tueuse russe jouée par Amila Terzimehic, avec son corps de gymnaste et son visage ingrat : à faire froid dans le dos ! « THE NOVEMBER MAN » (c’est le surnom donné à Brosnan) est un bon thriller dont les fausses-pistes ne sont pas le point fort, mais dont les séquences de poursuite et de violence sont extrêmement bien tournées et montées et dont le suspense tient parfaitement la route, puisque – et ce n’est pas fréquemment le cas dans ce genre de film – on se soucie du sort de tous les protagonistes. À voir donc, en se disant qu’au lieu des dérives des derniers 007, on aurait bien aimé que la vieille franchise de la famille Broccoli ressemble davantage à ce film-là…
« M BUTTERFLY » (1993)
Inspiré d’une pièce de théâtre elle-même tirée de faits réels, « M BUTTERFLY » se devait d’intéresser David Cronenberg, auteur fasciné par l’extrême, la transgression, l’ambiguïté.
Situé à Pékin pendant la révolution culturelle, le scénario suit l’histoire d’amour entre un diplomate français (Jeremy Irons ! Oui, il y avait probablement plus crédible à trouver comme français) et une chanteuse d’opéra qui s’avèrera être non seulement une espionne, mais carrément… un espion ! Non, « BDW2 » ne « spoile » pas, rassurez-vous. À l’inverse de « THE CRYING GAME » sorti l’année précédente, « M BUTTERFLY » ne joue pas sur l’effet de surprise : John Lone était un acteur connu, son nom figure bien en évidence sur l’affiche et on l’identifie dès sa première apparition en travesti. Ce qui dérange plutôt, c’est le manque de discernement du personnage joué par Irons qui ne se rend compte de rien, connaît une vie sexuelle avec sa « maîtresse » pendant des années, sans jamais réaliser qu’il s’agit d’un homme. Mais si on a la patience d’attendre le dernier face-à-face dans le panier à salade, on comprend qu’il ne s’agit pas d’une anomalie scénaristique, mais du sujet même du film : le diplomate avait peut-être compris dès le début, mais préférait le rêve à la réalité, le fantasme à la vérité. L’Opéra à la vie… « M BUTTERFLY » par sa lenteur léthargique, par sa froideur et ses partis-pris, n’est pas une œuvre facile à aimer. Mais pour peu qu’on la place dans le beau parcours de cinéaste de Cronenberg, on pourra se laisser envoûter par les décors chinois entièrement reconstitués en studio, ajoutant à l’atmosphère onirique et par la prouesse de comédien de John Lone absolument extraordinaire dans sa voix et sa gestuelle. Au point que le seul moment où on est vraiment choqué par son apparence, c’est lorsqu’il apparaît enfin en vêtements masculins ! Un film étrange, très inégal, dont on peut aisément décrocher, qui s’achève sur un « final » irréel dans une prison, flirtant dangereusement avec le grotesque tout en lorgnant vers le sublime. À expérimenter…