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Archives de Catégorie: LES FILMS DE LANCE HENRIKSEN

« TERMINATOR » (1984)

Nul n’a oublié l’impact initial de « TERMINATOR » à sa sortie. Une pierre blanche dans la SF, entre la série B fauchée et la vision d’un auteur transcendant son matériau et ouvrant la porte à tout un cinéma qui perdurera jusqu’à aujourd’hui.

Écrit et réalisé par James Cameron, le film vaut avant tout pour son scénario, simple et stimulant l’imaginaire, comme les meilleures histoires de voyages dans le temps : modifier le passé pour changer le futur. Que reste-t-il de cet émerveillement 40 ans plus tard ? Pas mal de bonnes choses heureusement, comme la photo d’Adam Greenberg, la BO de Brad Fiedel et la révélation d’Arnold Schwarzenegger en cyborg indestructible, véritable icône instantanée avec ses lunettes noires, son cuir et ses gros flingues. Bien sûr, le plaisir n’est pas intact après tant d’années : les flash-backs avec leurs maquettes trop visibles ont pris un méchant coup de vieux, tout comme certains effets (les fausses têtes affreuses d’Arnold, la coiffure impossible de Linda Hamilton, etc.). Si Michael Biehn est très bien en héros-martyr scarifié, Hamilton est bien gauche et grimaçante. Parmi les seconds rôles, on aperçoit Lance Henriksen en flic et le débutant Bill Paxton en punk au tout début. « TERMINATOR » sans être ridicule, ne peut être revu de nos jours, qu’avec une bonne dose d’indulgence et sans chercher la petite bête. On revoit sans déplaisir les scènes devenues culte comme la fusillade au « Tech Noir », Arnold se « réparant » tout seul dans sa chambre d’hôtel ou l’épilogue étrangement émouvant. Avis mitigé donc, pour cette re-vision qui laisse vaguement déçu, mais également nostalgique d’un côté « bricolo » sympathique, plus inventif que nos actuelles bouillies de CGI. Une date en tout cas, dans l’Histoire des blockbusters U.S.

MICHAEL BIEHN, LINDA HAMILTON, LANCE HENRIKSEN, PAUL WINFIELD ET EARL BOEN
 

« ALIEN 3 » (1992)

Produit six ans après « ALIENS », réalisé par David Fincher dont c’est le premier long-métrage, « ALIEN 3 » se traîne une réputation de navet pas totalement justifiée, même si sa version longue (28 minutes de plus) n’arrive pas à le réhabiliter totalement.

Le premier opus était un film d’horreur dans l’espace, le second un film de guerre, celui-ci est une sorte de « film de prison » confiné et étouffant, qui ne retrouve jamais le souffle des précédents. Sigourney Weaver, très investie, atterrit accidentellement sur une planète-bagne. Ses compagnons du n°2 sont morts et elle a, sans le savoir, transporté un alien avec elle. Si les décors sont réussis et si la photo d’Alex Thomson est imaginative, « ALIEN 3 » est excessivement déprimant par sa noirceur et son désespoir profonds. L’héroïque Ripley n’est plus qu’une bête traquée qui découvre (ATTENTION : SPOILER !) qu’elle est « enceinte » d’un monstre qui s’est servie d’elle comme mère-porteuse, les taulards sont des fanatiques religieux à moitié débiles. Le seul personnage à peu près digne est le médecin Charles Dance, qui disparaît hélas, trop vite. L’alien est différent des précédents : plus véloce, se déplaçant comme un dinosaure et bavant abondamment. On reconnaît quelques bons seconds rôles comme Charles S. Dutton, Pete Postlethwaite et un jeune Holt McCallany. Lance Henriksen fait un rapide caméo à la fin, en créateur de l’androïde Bishop. On sent que le montage du film a dû être chaotique. Il n’a aucun rythme interne, alterne les séquences de bavardages interminables et les moments d’action beaucoup trop brefs et pas très bien filmés. Il y a malgré tout de bons passages (le premier face à face entre Ripley et le monstre, le piège du plomb fondu), mais la mayonnaise ne prend pas et ce 3ème opus aura toujours quelque chose d’inachevé, de mal fichu. En version courte ou longue…

SIGOURNEY WEAVER, CHARLES S. DUTTON ET LANCE HENRIKSEN
 

« FALLING » (2020)

Écrit et réalisé par l’acteur Viggo Mortensen, dont c’est la première réalisation à l’âge de 62 ans, « FALLING » est un drame bergmanien sur la confrontation d’un pilote de ligne homosexuel (Mortensen) avec son père (Lance Henriksen), vieillard acariâtre, homophobe et raciste, qui a gâché son enfance.

Le premier vrai et grand plaisir du film, c’est de voir enfin cet immense comédien qu’est Henriksen dans un rôle principal, à mille lieux des séries B ou Z qu’il enchaîne depuis tant d’années. Il est positivement extraordinaire dans ce personnage odieux et haïssable, diminué par Alzheimer, mais qui n’a rien perdu de son pouvoir de nuisance. La succession d’expressions fugaces, passant de la nostalgie à la haine pure, du rire à la fureur, dans le moindre de ses gros-plans, tient du prodige. Face à lui, Mortensen s’efface modestement dans un rôle passif et soumis, qui ne s’exprime vraiment que vers la fin, dans une explosion cathartique. Pourtant, et c’est ce qui empêche « FALLING » d’atteindre totalement son but, on dirait que les affrontements se font à fleurets mouchetés, qu’à force de subtilité et à cause aussi d’un abus de flash-backs pas toujours nécessaires, le scénario ne va pas tout à fait au fond des choses comme a pu le faire « SONATE D’AUTOMNE » par exemple, sur un thème proche. On comprend mal la relation de ce fils jadis rebelle avec ce père qui n’est, au fond, qu’un « beauf » insensible et violent, qui n’a rigoureusement rien d’aimable ou d’excusable. « FALLING » souffre donc de cette délicatesse parfois poétique, qui empêche le scénario d’aller jusqu’au bout de son potentiel. Autour du duo père-fils, on remarque la courte présence de Laura Linney en sœur traumatisée et de David Cronenberg – réalisateur fétiche de Mortensen – en oncologue dans une séquence. À voir, ne serait-ce que pour Henriksen qui explose enfin à 80 ans, même si ce joli film laisse un sentiment diffus de « pas assez ».

LANCE HENRIKSEN, LAURA LINNEY ET VIGGO MORTENSEN
 

« À DOUBLE TRANCHANT » (1985)

JEFF BRIDGES ET GLENN CLOSE

Écrit par Joe Eszterhas, réalisé par l’Anglais Richard Marquand (« LE RETOUR DU JEDI ») et tourné à San Francisco, « À DOUBLE TRANCHANT » est un des meilleurs thrillers psychologiques des années 80, un de ceux qu’on peut revoir aujourd’hui avec un plaisir intact.

Hantée par une faute professionnelle, Glenn Close refuse désormais toute affaire criminelle. Elle accepte pourtant de défendre Jeff Bridges, directeur d’un groupe de presse, accusé du meurtre de sa riche épouse et persécuté par le procureur Peter Coyote, persuadé de sa culpabilité. Sur cette trame classique, le scénario joue à la fois sur des ressorts policiers (a-t-il tué ? Qui est le coupable si ce n’est pas lui ?) et psychologiques (l’avocate, amoureuse de son client, est-elle manipulée par celui-ci ?). Très bien construit, extrêmement bien photographié par Matthew F. Leonetti, porté par une BO discrète de John Barry, « À DOUBLE TRANCHANT » immerge dans son suspense et tient en haleine jusqu’aux toutes dernières secondes. S’il fallait vraiment trouver un défaut à ce film, ce serait dans l’interprétation de Bridges qui semble mal à l’aise, manifestement pas fait pour ce rôle, dont il ne possède en rien la séduction cynique et la froideur. Cela n’ôte rien au talent de l’acteur, c’est simplement une erreur de casting. Sa sympathie naturelle joue cette fois contre lui. Le reste de la distribution en revanche, est remarquable : Close qu’on n’a jamais vue aussi belle et humaine, Coyote magnifique en salopard arrogant, Robert Loggia excellent en vieil enquêteur râleur, mais ultra-compétent. Sa relation avec Close est savoureuse. Il y a également John Dehner en juge autoritaire et dans de courtes apparitions : Lance Henriksen en flic ou Leigh Taylor-Young en mondaine. « À DOUBLE TRANCHANT » est un polar judiciaire truffé de surprises et de chausse-trappes, très ludique, dont seules quelques scènes « érotiques » et grosses ficelles de scénario (la façon dont l’héroïne découvre la machine à écrire) ont pris un coup de vieux. C’est bien peu de choses en comparaison de la quasi-perfection de l’ensemble.

PETER COYOTE ET ROBERT LOGGIA
 

« MOM AND DAD » (2017)

Écrit et réalisé par Brian Taylor, connu pour les amusants « HYPERTENSION » et le désastreux « ULTIMATE GAME », « MOM AND DAD » est une excellente surprise, qui déjoue toutes les attentes et utilise les codes du film de zombies pour parler de la famille américaine et de la parentalité.

Le sujet ? Très simple : subitement, les parents américains se mettent à vouloir tuer leurs enfants, quel que soit leur âge, à les pulvériser de façon atroce si possible ! L’ado Anne Winters et son petit frère se voient ainsi attaqués sauvagement par leurs parents, Selma Blair et Nicolas Cage. Une lutte à mort s’engage dans le coquet pavillon de banlieue, alors que tout autour, le carnage s’intensifie. Le film, pour bizarre qu’il soit, accroche immédiatement par sa narration syncopée, un vrai sens du montage et de l’ellipse, un refus du gore facile et surtout par son humour noir, finement distillé. Au milieu des bastons, de poursuites qui font immanquablement penser à la fin de « SHINING », un flash-back justifie et éclaire tout le film : Cage, en plein burnout dans son sous-sol, qui démolit la table de billard qu’il vient de monter et le dialogue qui s’ensuit avec sa femme, sur les espoirs envolés, la jeunesse gaspillée. Et tout ça, pourquoi ? Pour des ados déplaisants, qui leur rendent la vie impossible. Cette scène, la seule vraiment « sérieuse » du scénario, permet d’adopter plusieurs points de vue et de maintenir l’intérêt. Selma Blair est remarquable en gentille maman malmenée, voyant venir l’âge mûr, puis en monstre infanticide, Cage donne une idée de ce qu’il aurait donné dans le rôle de Jack Torrance. Dans une distribution homogène, on aperçoit brièvement le grand Lance Henriksen, jouant le père de Cage, vétéran du Vietnam, qui attaque celui-ci au couteau : il n’y a pas d’âge pour être l’enfant de quelqu’un ! « MOM AND DAD » est un film culotté, subversif et malin, un OVNI maîtrisé et distrayant de bout en bout. Et surtout, luxe suprême : jamais gratuit.

NICOLAS CAGE, LANCE HENRIKSEN ET SELMA BLAIR
 

« L’ÉTOFFE DES HÉROS » (1983)

SAM SHEPARD

Écrit et réalisé par Philip Kaufman d’après le roman de Tom Wolfe, « L’ÉTOFFE DES HÉROS » relate la course à l’espace pendant les années 60 entre l’Amérique et la Russie, depuis le passage de Mach-1, jusqu’à la mise en orbite de capsules autour du globe.

C’est une épopée de plus de trois heures, rigoureuse du point de vue documentaire, mais étonnamment irrévérencieuse dans la tonalité adoptée. Certaines personnalités historiques sont cruellement étrillées (Lyndon Johnson, clownesque), les astronautes – qui sont sept, comme les samouraïs – sont dépeints comme des cowboys insoumis et le regard de Kaufman sur l’Histoire de son pays a quelque chose d’ironique voire d’iconoclaste. Ce n’est que lorsqu’il parle du pionnier Chuck Yeager (Sam Shepard, dans le rôle de sa vie) que ce regard se fait attendri, presque idolâtre. Yeager semble échappé du 19ᵉ siècle, il est romantique, indomptable, sa silhouette à cheval dans le désert, est digne de l’imagerie westernienne. Outre une maîtrise extraordinaire des ellipses-temps, une photo splendide de Caleb Deschanel et une BO emphatique de Bill Conti, « L’ÉTOFFE DES HÉROS » bénéficie d’un casting hors du commun, où se distinguent de nombreuses vedettes en devenir : Ed Harris jeune et lisse, parfait en héros « All American », presque trop parfait pour être vrai, Scott Glenn très drôle et tout en muscles, Dennis Quaid en jeunot vantard, Fred Ward remarquable en porte-poisse. On aperçoit Lance Henriksen dans le rôle d’un des 7, à peine filmé, presque figurant, Jeff Goldblum égal à lui-même en recruteur gaffeur de la NASA. Parmi les femmes, Pamela Reed, Veronica Cartwright et surtout Barbara Hershey en Mme Yeager font de belles compositions. Le film est riche, truffé de détails symboliques (le pasteur tout vêtu de noir joué par Royal Dano, véritable incarnation de la Mort, qui guette tous les pilotes au fil des années), frôle parfois le mysticisme (l’épisode en Australie avec la cérémonie aborigène). Un bien curieux film donc, que « L’ÉTOFFE DES HÉROS », maniant le sarcasme et l’orgueil patriotique comme un chaud-et-froid. Une belle œuvre, en tout cas…

ED HARRIS, FRED WARD ET DENNIS QUAID

 

« JENNIFER 8 » (1992)

JOHN MALKOVICH ET ANDY GARCIA

Écrit et réalisé par l’Anglais Bruce Robinson, « JENNIFER 8 » polar hivernal, pluvieux, à l’image aussi noire que l’âme dépressive des personnages, semble tracer la route à « SE7EN » qui sortira trois ans plus tard.

Flic de L.A. alcoolique depuis son divorce, Andy Garcia est muté dans une petite ville de province où il retrouve son co-équipier Lance Henriksen. À peine arrivé, Garcia est persuadé qu’un serial killer rôde dans la région et assassine des jeunes filles aveugles. Personne ne le croit, il tombe amoureux d’Uma Thurman, témoin non-voyant et tout va de mal en pis, jusqu’à ce qu’il soit lui-même soupçonné. Le scénario est très bien vissé, les rebondissements tiennent en haleine pendant deux heures. On pourra reprocher des facilités de temps en temps (le prénom du coupable – primordial à la résolution de l’enquête – n’est délibérément jamais prononcé, ce qui frise la tricherie !), la photo du maestro Conrad L. Hall est très culottée, parfois limite sous-ex, mais elle finit par fatiguer les yeux. Heureusement, le rythme est soutenu et le cast est remarquable : Garcia se donne à fond en flic obsessionnel, colérique et pas vraiment agréable, Thurman trouve un de ses plus beaux rôles et se montre parfaitement crédible dans sa gestuelle. Henriksen est un partenaire truculent et chaleureux, pratiquement un contremploi, donc et John Malkovich, qui apparaît dans la seconde moitié du film, crève l’écran en enquêteur du FBI venimeux et opiniâtre. Tous les petits rôles sont parfaitement tenus, ce qui ajoute une belle texture à l’arrière-plan dramatique. Par son ambiance lugubre, ses ciels plombés, sa violence crue mais sans exagération, « JENNIFER 8 » s’inscrit dans la liste les meilleurs polars des années 90 et a servi de modèle à toute une mode du film de tueurs en série, qui dure encore aujourd’hui. À revoir.

UMA THURMAN, LANCE HENRIKSEN ET ANDY GARCIA
 

« NETWORK – MAIN BASSE SUR LA TV » (1976)

PETER FINCH

« NETWORK – MAIN BASSE SUR LA TV » de Sidney Lumet, passe aujourd’hui pour un des chefs-d’œuvre du réalisateur et une réussite majeure des années 70. C’est une charge virulente contre la télévision et l’asservissement qui en découle, un cri de révolte puissant et dérisoire, d’une terrible lucidité.

Le scénario, et surtout les dialogues, de Paddy Chayefsky font tout l’intérêt du film et certaines séquences sont incroyablement prémonitoires vues au prisme du 21ᵉ siècle. Ce qui est plus difficile, en revanche, c’est la surabondance de répliques-qui-tuent, qui se transforment parfois en logorrhée verbale ininterrompue et peuvent faire décrocher, surtout quand le spectacle dure deux heures. Lumet n’a pas non plus spécialement soigné la forme : la photo est assez laide, les cadrages sont parfois approximatifs, les flous abondent. C’est un peu dommage, car le fond est fascinant, le scénario pousse les curseurs à fond. Dans ce monde clos, hystérique, où les terroristes sanguinaires deviennent les rois de l’audimat, où on finit par assassiner en « live » pour crever les plafonds d’audience et où on confie une émission prime time à un fou furieux dépressif, seuls subsistent deux êtres humains à peu près… humains : William Holden, producteur à l’ancienne épuisé, Beatrice Straight son épouse bafouée guidée par ses émotions. Tous les autres sont des monstres cathodiques : Faye Dunaway (« La télé incarnée », lui dit Holden), productrice obsessionnelle, survoltée, véritable machine-tueuse, Robert Duvall excellent en boss cassant et odieux, et bien sûr Peter Finch, ex-présentateur du journal de 20 heures qui craque totalement après son licenciement et commence à entendre des voix. Parmi les seconds rôles, on reconnaît Ned Beatty dans une séquence anthologique et un jeune Lance Henriksen en avocat dans une figuration. « NETWORK », négligé dans la forme, mais toujours pertinent dans le fond, ennuie parfois, passionne souvent et mérite d’être revu pour son message d’avertissement que personne, bien entendu, n’a su entendre.

WILLIAM HOLDEN, FAYE DUNAWAY ET ROBERT DUVALL
 

« PHANTOM » (2013)

Écrit et réalisé par Todd Robinson, inspiré par des faits réels survenus dans les années 60 (la disparition inexpliquée d’un sous-marin nucléaire russe), « PHANTOM » est un film « de sous-marins », sous-genre du film de guerre qui donna quelques grands films comme « DAS BOOT » ou « U.S.S. ALABAMA ».

Celui-ci commence plutôt mal. Déjà par la difficulté extrême à accepter d’emblée que des acteurs américains connus jouent des Russes. Cela rappelle un peu la « suspension d’incrédulité » qu’il avait fallu pour accepter James Coburn en soldat allemand dans « CROIX DE FER ». Ajoutons à cela un dialogue surabondant et souvent abscons, des enjeux incompréhensibles et des CGI à peine acceptables, et on comprendra qu’il n’est pas aisé d’entrer dans « PHANTOM ». À condition de s’accrocher, la seconde moitié prend son envol, le suspense s’éclaircit et la menace d’une WW3 fait toujours la blague. Heureusement, l’auteur n’a enrôlé que des pointures pour peupler son submersible : Ed Harris maigre et ridé, parfait comme toujours en capitaine malade, alcoolique, hanté par son passé, David Duchovny qui a rarement été plus convaincant qu’en agent du KGB fanatique, William Fichtner très bien en bras-droit loyal. On regrettera que l’apparition de Lance Henriksen au début, en amiral atteint d’emphysème, ne dure que quelques modestes minutes, car son face à face avec Harris vaut de l’or. « PHANTOM » n’a rien d’un grand film, mais il n’a rien de déshonorant non plus. Cela se laisse regarder avec un intérêt croissant, même si on peut se montrer circonspect devant ce très étrange épilogue flirtant avec le paranormal, sympathique en soi, mais qui n’a strictement aucun rapport avec le style du reste. Pas mal, disons…

ED HARRIS ET WILLIAM FICHTNER

 

« MORT OU VIF » (1995)

QIICK2

SHARON STONE

Comment décrire « MORT OU VIF » de Sam Raimi ? C’est une sorte d’hommage/pastiche/plagiat du western spaghetti et de ses gimmicks les plus voyants, et de « IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST » plus spécifiquement, revu et corrigé par l’esprit potache très BD du réalisateur.QUICK

Ici, c’est Sharon Stone en cache-poussière qui joue les « woman with no name ». Elle revient dans sa ville natale pour venger son père tué (enfin, c’est plus compliqué que ça…) par l’infâme Gene Hackman devenu le boss de l’endroit. Le duel face à face dans la grand-rue clôt généralement les westerns de façon dramatique. Là, c’est le film tout entier qui est composé de duels, puisqu’il s’agit d’un concours de pistoleros. Avec ses cadrages tarabiscotés, ses « gags » visuels parfois lourdingues, ses mouvements de caméra acrobatiques, Raimi s’amuse beaucoup, mais empêche son western de déployer ses ailes. On apprécie ce spectacle baroque sans parvenir à réellement entrer dedans. Pourtant, le cast est irréprochable : Stone tient bien le coup, ne sombre pas dans le ridicule et reprend le flambeau de Raquel Welch en Hannie Caulder, Hackman s’amuse d’un rôle d’ordure ignoble comme il n’en avait pas joué depuis « LES CHAROGNARDS » ou « CARNAGE », Russell Crowe jeune et mince, assure en ex-hors-la-loi devenu prêtre et Leonardo DiCaprio déploie une belle énergie en fiston mal-aimé. On reconnaît quelques vieilles tronches du genre comme Pat Hingle et Woody Strode bien amoindri dans son tout dernier rôle à l’écran. Et on applaudit au numéro parodique de Lance Henriksen en gunman mytho et grotesque. Du bien beau linge, glorieusement éclairé par Dante Spinotti. Que demander de plus ? Une histoire sérieusement racontée, peut-être, plus de sobriété dans la mise en scène et un décor moins surchargé, plus crédible. Tel qu’il est, « MORT OU VIF » est une aimable distraction, une enfilade de poncifs piochés à droite et à gauche, qui ne trouve jamais sa véritable personnalité. À voir pour les admirateurs de Sharon qui tournera la même année « CASINO » et pour les fans de Sam Raimi qui joue en virtuose de sa caméra, même si c’est un peu au détriment de son film.

QUICK3

RUSSELL CROWE, GENE HACKMAN ET LANCE HENRIKSEN