S’il existe une raison – et une seule – de jeter aujourd’hui un coup d’œil distrait à « SOIS BELLE ET TAIS-TOI », c’est parce qu’il recèle la première rencontre à l’écran d’Alain Delon (23 ans) et Jean-Paul Belmondo (25 ans), alors seconds rôles inexpérimentés et quasi-débutants.
Pour le reste, Marc Allégret signe un avatar de Série Noire autour d’un gang de trafiquants de bijoux et de braqueurs, utilisant des « mômes » jouant aux caïds pour passer leur marchandise. Pourquoi pas ? Bien sûr… Mais le problème c’est que le film est entaché de comédie débile et d’une lourdeur terrible, représentée par un Darry-Cowl en roue-libre complète, jouant (improvisant serait plus juste) un flic zézayant et incompétent qui prend une place anormale dans le scénario, alors qu’il n’est que le coéquipier du héros, le fade Henri Vidal. Celui-ci épouse Mylène Demongeot, délinquante mineure associée à la bande de petits voyous. Un salmigondis laborieux au possible, paresseusement filmé, faiblement dialogué dans un argot d’époque (« Ferme ton capot, toi ! »). Si Demongeot parvient à être charmante et même touchante, si Roger Hanin est à peu près crédible en malfrat surnommé ‘Charlemagne’, si on retrouve avec plaisir Robert Dalban en commissaire atrabilaire, les futures stars des sixties sont vraiment au stade embryonnaire : Delon en petit frimeur à l’intelligence plus que limitée, qui se fait bousculer ou tabasser à la première occasion et se laisse manipuler par sa fiancée. Et Belmondo en sympathique benêt serviable et pas bien malin non plus. On est très loin de leur mythologie future ! Mais les apercevoir (ils n’ont pas de très grands rôles) côte à côte avec leurs têtes de gamins, vaut tout de même le déplacement. « SOIS BELLE ET TAIS-TOI » est donc à regarder d’un œil d’archéologue complétiste à l’extrême rigueur, mais sans plus. Si on aurait eu du mal à deviner l’avenir glorieux des deux compères, on s’étonne en revanche que Mylène Demongeot n’ait pas mené une carrière plus importante. Elle avait vraiment quelque chose.