Adapté d’un roman noir français de Boileau & Narcejac, « SUEURS FROIDES » (titre bien inférieur à l’original) est un mélodrame policier alambiqué bâti autour d’un complot et d’un uxoricide ingénieux.
Le film est aujourd’hui considéré comme le chef-d’œuvre d’Alfred Hitchcock et on se sentirait un peu mesquin à se montrer réticent. Mais le scénario est bizarrement construit : une première partie lente et répétitive, une seconde plus prenante, dont le suspense est prématurément éventé par un flash-back trop précoce et une BO échevelée de Bernard Herrmann qui prend parfois trop de place, étouffant les émotions. James Stewart paraît trop âgé pour son rôle d’ex-flic fou d’amour, sujet au vertige et si facile à manipuler. Kim Novak blonde hitchcockienne par excellence, semble trop figée, trop passive. Alors, après cet inventaire de récriminations, pourquoi « VERTIGO » fonctionne-t-il toujours ? La magie est bel et bien là, générée par un ensemble de pièces disparates, mais formant finalement un ensemble envoûtant et unique : les extérieurs de San Francisco, les séquences de musée (qui ont tant inspiré Brian De Palma), les effets spéciaux datés mais pleins de charme, la photo très inspirée de Robert Burke, jouant sur les verts (ces scènes à l’hôtel !) avec maestria et le sujet même, qui fait oublier les circonvolutions excessives du scénario et d’énormes invraisemblances. À revoir donc ce cher « VERTIGO » peut-être un peu surévalué, mais qui vaut définitivement le coup d’œil.
Don Gaetano
25 Mai 2026 at 9 h 16 min
Chef-d’œuvre, oui certainement. En tout cas pas mon préféré signé par Le Maître du suspense. De mon point de vue, ce film nécessite re-vissionnage pour bien en saisir tout les tenants et les aboutissants. C’est aussi cela qui fait une de ses grandes forces. Tout étant (presque) trop parfait, « Vertigo » exerce un pouvoir attractif auprès du spectateur. Sa flatteuse réputation tient surtout de ce fait, il me semble. Car après l’avoir décortiqué, il laisse entrevoir certaines failles qui sont étouffées dans cette masse de savoir-faire chère à son talentueux réalisateur. ( ) Toujours un plaisir de lire ce blog et parfois d’enrichir mon vocabulaire. Je ne connaissais pas le mot « uxoricide ». Merci Fred !
Marc Provencher
25 Mai 2026 at 12 h 42 min
J’aime beaucoup Vertigo, mais toujours regretté qu’il n’aille pas jusqu’au bout de la terrible (et bluffante) intrigue imaginée par Boileau-Narcejac (lesquels, soit dit en passant, sont eux aussi les Maîtres du suspense). D’où cette finale dans le clocher avec la bonne sœur, qui est bien aussi, mais jamais autant que si… Oh, mais je me rends compte que je ne peux pas vous dire quoi, sinon je spoilerais la fin du roman !
Don Gaetano
25 Mai 2026 at 14 h 44 min
Jamais lu du Boileau-Narcejac. Marc, tes 3 points de suspension me donnent bien envie de me lancer ! D’autant plus après avoir écouté ceci le mois dernier :
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/mauvais-genres/soit-dit-en-trepassant-boileau-narcejac-john-carpenter-et-la-terreur-filmee-7055719
Marc Provencher
25 Mai 2026 at 17 h 56 min
Comme souvent dans le roman policier, les premiers sont les meilleurs, car c’est alors que l’imagination invente les intrigues les plus neuves, les plus originales. Alors les quatre premiers Boileau-Narcejac sont tous des chefs-d’œuvre du suspense : Les diaboliques ; Sueurs froides ; Les visages de l’ombre ; Les louves. Ces quatre-là en particulier, à ne pas lire la nuit !
Les BN suivants sont souvent très bons (Les magiciennes, Maléfices) mais ne font que multiplier les variations sur les thèmes déjà établis par le diabolique tandem, avec les mêmes qualités. Cependant quelques sommets sont encore à venir : en particulier Les victimes, Les veufs et aussi le terrifiant Delirium, centré sur un personnage d’alcoolique en pleine crise qui croit avoir commis un meurtre… ou peut-être pas). Et le chef-d’œuvre ultime de BN, La lèpre, un roman épistolaire tout simple mais parfait, basé sur la relation entre un résistant et un collabo et ses conséquences funestes.
Il y a encore les atypiques : Et mon tout est un homme est un bijou d’humour noir à base de greffes ; Manigances est un recueil de nouvelles à chute aussi brèves que percutantes. Et bien sûr, Boileau et Narcejac, avec l’aval des héritiers de Maurice Leblanc, ont créé un génial pastiche d’Arsène Lupin, Le secret d’Eunerville, qui se hisse sans difficulté au rang des tout meilleurs Lupin. Malheureusement, ils ont continué pour quatre autres Lupin qui vont en descendant. La poudrière est encore bien, mais les trois autres sont hélas médiocres.
PacMaï
25 Mai 2026 at 13 h 39 min
Un film qui m’a toujours impressionné par son rythme contemplatif, très envoutant et pour moi toujours inégalé. Une faille dans l’œuvre d’Hitchcock ? Oui, peut-être, quel film n’en a pas. Mais franchement depuis le temps, je n’ai jamais rien vu qui m’ai choqué dans la réalisation de ce film fascinant.
jicop
25 Mai 2026 at 15 h 09 min
Je me suis payé le blu-ray il y a peu pour profiter à plein du travail de Robert Burks à la photo , du générique de Saul Bass . Critiquer Hitchcock , c’est comme dessouder l’oeuvre des Beatles , c’est compliqué . Je peux trouver certains comme » la main au collet » ou » Mais qui a tué Harry ? » un peu légers mais dès qu’on commence un must comme » Vertigo » ; difficile de résister . On est obligé de chercher la petite bete pour trouver des défauts que le temps peut plus facilement faire ressortir . Dès que j’ai pu , j’ai visité San Francisco et cet endroit sous le Golden Bridge , lieu emblématique du film . Fascinant oui .
Patrick
25 Mai 2026 at 19 h 05 min
Véritable chef-d’œuvre.
Don Gaetano
25 Mai 2026 at 19 h 35 min
Merci beaucoup pour toutes tes explications, Marc. Comme je découvre avoir affaire à un fin connaisseur du sujet, selon toi, en dehors des inoxydables « Sueurs froides » et « Les Diaboliques », y a d’autres adaptations réussies du duo ?
Don Gaetano
25 Mai 2026 at 19 h 43 min
…y a-t-il… WordPress a encore frappé ! 😡
Marc Provencher
25 Mai 2026 at 20 h 05 min
Va voir la critique des Louves sur BDW2. L’adaptation n’est sans doute pas de la même trempe que celles de Clouzot et d’Hitchcock, mais ça reste efficace et le finale est tout aussi terrifiant que dans le livre. En revanche, le suspense le plus insoutenable de BN, Les visages de l’ombre, a été bien mollement adapté en Angleterre sous le titre Faces in the Dark. Mais ça ne pouvait guère passer au cinéma puisque tout repose sur les perceptions d’un industriel devenu aveugle à la suite d’un accident dans son usine, et qui se rend compte qu’il ne se trouve pas là où son entourage lui dit qu’il est…
walkfredjay
25 Mai 2026 at 20 h 20 min
Don Gaetano
25 Mai 2026 at 21 h 52 min
👍