Écrit par la grande Suso Cecchi D’Amico d’après le roman d’Isa Mari, « L’ENFER DANS LA VILLE » de Renato Castellani est un « film de prison de femmes », qui démarre de façon très classique (une innocente jetée en pâture à ses codétenues), mais évolue en drame psychologique d’une extraordinaire finesse, qui a l’élégance de ne pas céder à la noirceur totale.
C’est surtout l’occasion pour une Anna Magnani de 51 ans de trouver un rôle en or où elle pulvérise l’écran et accapare toute l’attention dans une distribution remarquable. Généreuse, monstrueuse, tonitruante, cruelle et fragile, rendue folle par la privation de liberté, son personnage est fascinant et pathétique et lui permet de déployer toutes les facettes de son (considérable) talent. Elle est entourée de Giulietta Masina gentille idiote naïve qu’elle transforme sans le vouloir en prostituée vulgaire, de l’incroyable Anita Durante surnommée « Moby Dick » à cause de son poids, de visages connus comme Renato Salvatori ou Sergio Fantoni qui apparaissent dans une seule scène. Et surtout, surtout… Alberto Sordi dans un caméo non mentionné au générique, qui s’octroie une parenthèse comique en jouant un escroc larmoyant et lamentable. Rien à voir avec le reste du film, mais quel plaisir de le revoir ! La réalisation, tout en plans larges, est peu dynamique et la photo aurait mérité d’être plus stylisée, mais c’est sans importance. La Magnani ouvre vraiment les vannes de son tempérament volcanique (un terme souvent utilisé pour parler d’elle, mais tellement juste) et offre une performance digne d’être montrée dans tous les cours de comédie. La dernière scène lui permet même, bonheur inattendu, de dévoiler brièvement une facette tendre et maternelle de son inoubliable « Egle ».