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mercredi 18 février 2026

Pas cimer.

 

Et dans une autre vie,
J'étais un roi barbare,
Que dans mes écuries,
Mes plus beaux chevaux noirs
Attendaient que la guerre
M'appelle à d'autres jeux,
Et dans cette autre vie,
Que j'étais heureux !
Un roi Barbare, Michel Sardou.



Annoncé en grandes pompes fin 2023 si ma mémoire est bonne et sorti en Mai 2024 (oui, j’ai du retard dans mes lectures et je ne lis pas par ordre d’achats, flagellez-moi vauriens ! ) , La Sonde et La Taille de Laurent Mantese est un roman de fantasy barbare , fan-fiction éditée par Albin Michel Imaginaire et voulant nous narrer la dernière aventure de Conan le cimmérien , mieux connu du grand public sous le sobriquet de « le barbare » (dans une optique des années 60 de souligner que le héros il est très musclé et bas du front comme celui des films plus tard ).

C’est d’ailleurs sur la musique de Basil Poledouris que l’éditeur débuta sa campagne promotionnelle sur son site internet. Il y a pire comme choix de partition. 



Conan le cimmérien ( car originaire de Cimmérie, au Nord du continent où il vit ses aventures, dans un espace temporel fantasmé précédant l’antiquité ) est né sous la plume de l’écrivain texan Robert E. Howard. 




Héros de nouvelles vendues aux magazines pulps , Conan connaît un joli succès. Ses aventures mêlent actions sauvages à l’épée, monstres plus ou moins zoologiquement proches des animaux que l’on croise de nos jours ou des aberrations infernales, et femmes (jolies et peu vêtues ) en danger. Des éléments qui font de lui un héros populaire dans le noble sens du terme il y a presque 100 ans maintenant.


Howard , par folie ou sens du marketing , dira que Conan est réel et lui apparaît en rêves pour en faire le narrateur de ses exploits. Il avoue également que les nouvelles de Conan, si elles sont écrites dans le désordre chronologique le plus total, sont comme des récits que les voyageurs arpentant les routes de cette époque fictive se racontent au coin du feu. 


Désordre chronologique oui, car la première apparition de Conan sous forme d’encre et de papier narre l’aventure d’un Conan devenu roi d’Aquilonie dans sa quarantaine et devant démêler les fils d’un complot. Nous sommes loin du jeune homme se baladant en pagne de peaux de bête qui cogne d’abord et pense par hasard ( cette image d’ailleurs est une image d’Epinal héritée des comics Marvel  ). Howard commence donc par la fin , Tarantino n’a rien inventé. 




Peut-être est-ce pour rendre hommage à Howard que Laurent Mantese décide que son romans sera la fin des aventures de Conan ? La der’des der’ ? Commencer par la fin ? 


Bref, Conan, le roi d’Aquilonie a mis à genoux six autres nations. Désormais âgé d’au moins 80 ans et souverain des 7 couronnes ( c’est original , GRR Martin serait fier ) , Conan a décidé que la septaine où il reçoit les doléances des connétables de son petit empire se déroulerait dans une vieille forteresse, tout au nord, dans sa Cimmérie natale. ( J'irai revoir ma Cimmérie, c'est le pays, qui m'a donné , ma première épéééééée ♫♪♫ ).
Là où les montagnes les plus blanches côtoient les forêts les plus noires, denses et mornes. Dans le territoire où son peuple décimé a laissé place aux loups affamés.
Vieux, usé et fatigué , Conan se repose essentiellement sur ses alliés proches et sur l’affection de Colin, un orphelin lourdement handicapé physiquement et mentalement qu’il aime comme son propre fils. 

Mais Conan est un roi affaibli : si ses actes et décrets ont permis au peuple de vivre mieux ( aux dépends des riches qui vivent si bien qu’ils ne les approchent toujours presque jamais ) , la vie ironiquement le remercie en lui offrant un kyste à une gonade et des calculs rénaux remontant dans son urètre et bloquant déjà en partie celui-ci. Pour guérir, il devra passer par une opération donnant son titre au roman ( et se déroulant si tôt dans l'intrigue que c'est à se demander pourquoi en faire le titre et pourquoi le résumé du 4e de couverture semble en faire un point d'orgue ).

Face à un roi diminué, ce ne sont pas seulement les courants d’air qui hantent la citadelle mais aussi les intrigants, prêts à toutes les bassesses et les compromis moraux les plus ignobles – avec les religieux extrémistes d’une nouvelle secte monothéiste et les mercenaires les plus vils – pour prendre le pouvoir par la force.

Comme Conan autrefois ? Non. Il l'a fait seul. Et pas pour des raisons mégalos et mesquines.



Laurent Mantese manie la plume avec une rare aisance. Mais aussi avec la lourdeur du cliché de l’intellectuel qui a tout appris SAUF l’humilité.
Son histoire étalée sur 600 pages aurait été narrée en 150 pages maximum par l’auteur historique du héros.
Pourtant, le roman débute plus ou moins bien. Si Mantese dévoile d’entrée de jeu son style d’écriture, il l’utilise pour poser une menace surnaturelle qui viendra harceler les protagonistes plus tard dans un chapitre qui attrape à la gorge.

Mais pour gonfler le reste de son texte , Mantese se lance dans un pensum sur : la civilisation, la violence, la religion et ses liens avec l’état provoquant d'horribles remugles.
Et lorsque enfin il met en place une scène où il pourrait se dérouler quelque chose, Mantese use et abuse de deux artifices réguliers : raconter par le détail comment plusieurs protagonistes pissent et chient dans les latrines ou les fourrés , ou se lancer dans des phrases à rallonges décrivant les pires atrocités possibles pour exposer qu’il a un dictionnaire dans la tête. 
Entre deux phrases longues comme des paragraphes boulimiques, Mantese place une référence ou l’autre à l’œuvre de Howard, pour nous rappeler que «  Si si , ce héros aux cheveux blancs est bien Conan et pas un roi quelconque ayant jadis eu une bonne hygiène physique et mentale. » Mais ce roman, qui a semble-t-il eu du mal à se vendre, se serait-il aussi « bien » vendu sans le joli bandeau rouge sur sa couverture ?
Vive le domaine public !


Ce ne sont pas des chapitres mais des descriptions de tableaux baroques ( non, rococos ! ) à faire pâlir les dessins d’Oliver Ledroit dans la BD « Requiem ». Le désavantage d’un tel style en littérature,  c’est qu’il ferait passer les ralentis de John Woo ou de Zack Snyder pour du Tony Scott sous cocktail d’amphétamine-cocaïne. 


La dernière aventure de Conan comporte cependant un chapitre certes remplis de matières visqueuses mais aussi d’une tension insoutenable : l’opération de Conan pour se débarrasser du mal qui lui ronge les bourses et le pénis. Le vieil homme doit être drogué ET maintenu par des hommes forts pour éviter que la douleur ne le rende violent envers ses médecins (pourtant bien intentionnés). Et lorsque le complot surgit, ce Conan fatigué, blessé…disparaît de son propre livre pour ne revenir que par magie assez fort pour récupérer son fils adoptif et foncer dans les bois pour échapper à Tranche-Gueule, chef des mercenaires et (potentiellement) le personnage qui a failli être intéressant dans toute cette merde (oui, je vous l’ai dit, tout le monde chie dans cette histoire). Tranche-Gueule, ce personnage qui possédait le potentiel d'être un nouveau Grymonde ( Les 12 enfants de Paris, Tim Willocks ) mais qui sera peu servi par son créateur.


Plus le récit avance, plus les aberrations  s'enchaînent : Conan réussit des exploits dignes de sa jeunesse , les alliances qui se nouent sont basées sur des chimères qu’un enfant de 8 ans démonteraient et quand enfin LA menace ne se cache plus et traque le petit groupe errant dans la forêt, c’est un mauvais remake de Predator qui nous est servi (un hommage ? ou un manque d’inspiration ? Les deus ex machina finaux poussent à croire que l’hommage est une excuse facile ). 


Ce n’est pas le seul clin d’œil à la carrière d’Arnold, le chêne Autrichien, qui hante ce livre. Dès la couverture, la (superbe, ne soyons pas de mauvaise foi) illustration de Didier Graffet colle plus à l’image de Conan tel que les films l’ont dépeint que Howard dans ses écrits ou Margaret Brundage sur les couvertures de Weird Tales, la revue qui accueillait les récits du cimmérien. 






À force de se regarder écrire et d’aimer se relire, Laurent Mantese nous emmène non pas dans une aventure prenante et haletante mais dans la seule façon qu’on les arrogants et les supérieurs pour se réchauffer : la branlette intellectuelle étalée à la face du monde.


Conan est avant tout un héros de nouvelles, il est taillé pour la forme courte et, de Howard ( qui n'en a écrit qu'un seul de roman : L'heure du dragon ) à ses suiveurs, peu on été tenté de trop en faire et de dépasser les 250 pages en V.O ( disons environ 300-320 pages en français ). 

Philosophe, Laurent Mantese était placé pour savoir que l'arrogance précède la chute. Et quelle plus grande arrogance, quel plus bel exemple d'hubris que celui de vouloir apposer son nom sur " la dernière aventure de Conan " quand les mythes sont immortels et destinés à habiter d'autres êtres capables de parler d'écrire , des êtres peut-être encore à naître ?
La dernière aventure ? Jusqu'à ce qu'un autre auteur en vienne à écrire la sienne. Et ainsi jusque la fin de la littérature et de l'aventure humaine...





Alors pour coller à son amour des fluides visqueux, je dirais : risquez-vous à lire ce roman seulement et seulement si vous ne craignez pas les cumshots d'arrogance littéraire non solicités dirigés vers vos visages  toutes les 80 pages. Parce qu'il ne s'agit que de ça : marquer sa soi-disant supériorité par les visions des liquides corporels décrits dans les détails (même odorants) et en ajoutant , dixit une interview ce qu'il manquait à l'univers de Conan. 
Parce que l'auteur de base de cette icône, ce simple comptable texan qui aspirait à autre chose, bien entendu , devait être corrigé par un érudit...
Elle est là l'erreur qui contamine tout le roman : pas dans l'étalage de la nature organique ( de la peau la plus souple à la décomposition la plus nauséabonde ) , non, cela la littérature le fait depuis des siècles , venant nous rappeler qu'elle n'est pas cantonnée à passer le polish sur la réalité. Elle est protéiforme et c'est là une de ses forces de frappe.
Non l'erreur fatale est de corriger un tir qui n'avait nulle besoin de l'être car il n'aspirait pas à être autre chose, à changer de nature. 
Jouer avec un personnage & son univers et les dénaturer sont deux choses différentes. L'une est un hommage, l'autre un outrage signé au fer rouge pour le simple plaisir du correcteur qui se trouve loin des avis du créateur originel* et qui jette au visage d'un lecteur pas forcément consentant son propre liquide (l'encre) pour marquer un territoire qu'il ne lui appartenait pas de dénaturer. 
Mais qui était le seul moyen de se faire remarquer...seul pari réussi de ce texte du reste.


*mort depuis longtemps. Et d'une façon ( le suicide ) que l'auteur juge de manière abjecte dans cette interview fleuve où l'on se demande ce qui est le plus important entre répondre à la question où étaler son savoir pour le seul plaisir de le faire et non pour élever le lecteur. Mantese me semble être l'archétype total de l'instruit et éduqué persuadé que sa parole est bonne mais qui se refusera à voir en quoi elle tape à côté. L'enfer est en effet pavés de bonnes intentions. Et les pavés sont lourds quand ils sont cuits ainsi. 


mardi 16 octobre 2018

Batman : The Dark Prince Charming.


Alors que s’apprête à sortir en VF " Batman White Knight "
( Batman Chevalier Blanc ) scénarisé et dessiné par Sean Murphy , retour sur l’autre projet chiroptère qui posa ses pattes entre 2017-2018 et lui aussi fruit d’un seul homme, Enrico Marini : Batman The dark prince charming.


Enrico Marini est avant tout un dessinateur suisse ( et oui, souvent présenté comme Italien en raison de son patronyme, monsieur est helvète. On se rappelle trop peu que ce paradis – fiscal – alpin est composé de régions fancophones, germanophones et italiennes) qui a fait ses études à Bâle ( ah tien, en Suisse donc…vous voyez que tout se recoupe ? )  avant d’entamer une carrière dans la bande-dessinée.

Les deux plus notables étant sans doute Rapaces et Le Scorpion.
Il fait ses débuts de scénariste (tout en assurant la mise en images ) avec Les Aigles de Rome, série péplum agréable à l’œil.

À l’été 2017, DC Comics annonce fièrement avoir signé avec lui pour un projet de deux albums à l’Européenne. Bien que parlant et écrivant français, Marini travaille sur son Batman en anglais. Il s’agit avant tout d’une opération, d’un coup médiatique et marketing pour DC et le produit fini sera dés lors traduit non par l’auteur lui-même mais par Jéröme Wicky, un habitué du monde de la chauve-souris gothamite en VF.

En un mot comme en cent, non, Batman The Dark Prince Charming n’est pas une incursion de la BD franco-belge sur les terres américaines, c’est avant tout une commande d’outre-atlantique à un auteur européen à qui l’on a laissé une certaine latitude pour bosser, point. Et s’il vous fallait une preuve supplémentaire de la chose, si en Europe les dates de sorties entre deux albums d’une série sont rarement fixes ( l’on peut voir apparaître certains schémas mais rien n’est jamais très officiel , il faut attendre quelques semaines avant la sortie d’un album pour être fixé ) , aux États-Unis, l’obsession des délais est limite maladive ( un exemple connu : un film n’a pas encore de scénariste qu’il a déjà une date de sortie programmée ! ).

Et les délais, Marini en a. Dés l’annonce du projet, l’on sait que le 1er tome sortira en Novembre 2017. Et lors de cette sortie, l’on annonce en fanfare que le tome 2 sortira en Juin 2018, Marini se servant d’ailleurs de ses réseaux sociaux pour dévoiler l’avancement de son travail. Histoire de maintenir le buzz en fournissant moult extrait du WIP ( Work In Progress ).

Alors que cela est posé, penchons-nous donc sur l’ensemble de cette saga.
À tout seigneur tout honneur, Marini étant avant tout un dessinateur, c’est cet angle que nous attaquerons en premier lieu (et si ça vous plaît pas, bin tant pis, c’est mon blog à moi, na ! )

Premier constat, le format. Of course, il claque. Les albums européens ont toujours été plus grands que ceux de nos cousins américains, et même si Urban Comics a augmenté la taille des nouvelles parutions, le format à l’Européenne gagne toujours par K.O. Un art visuel est souvent mieux servi par le grand format ( regardez la taille de la plupart des livres consacrés aux beaux-arts, en particulier la peinture ).

Les deux albums sont de beaux objets qui flattent l’œil du collectionneur bibliophile. Notons que Dargaud ( à savoir la maison mère d’Urban Comics ) a sorti une édition collector du premier tome avec une couverture alternative et plusieurs pages de bonus « making-of » centré sur les travaux de recherches préparatoires de Marini pour trouver le look de ses personnages.

L'édition collector en question.


Car si Batman, Catwoman, Le Joker sont toujours reconnaissables, c’est avant tout grâce à certains codes immuables mais non contraignants.
 Il est possible de jouer avec eux et de fournir une vision inédite et pourtant totalement raccord. Le cinéma ne s’est pas gêné pour le faire, les comics non plus au fil du temps. Alors tant qu’à faire, Marini lui aussi décide d’imposer sa marque et d’enrichir le monde du chevalier noir. Pour le meilleur mais aussi souvent pour le pire et l’outrancier.
Adepte de la fille sexy ( Le Scorpion n’en est pas avare ) voire sexualisée à outrance ( mais la chose est justifiée par la nature vampirique et donc provocante pour l’ordre moral établi dans Rapaces ) , Marini , sans raisons apparente, déchire le costume de Catwoman et transforme Harley Quinn en poupée Colombine dont seul le haut de la robe aurait survécu ( bin oui, faut quand même un peu voir les atours de l'Arlequin, c'est une base du perso ), dévoilant au passage très souvent la culotte de la «  fiancée du Joker ». Visuellement, toutes les femmes connues des fans sont représentées comme des fantasmes pour ado boutonneux.





Cependant, il est impossible de dire que le trait de Marini ne flatte pas la rétine, le travail du dessinateur , qu’il caresse nos bas instincts ou non, est un modèle de travail acharné. Il n’a jamais été un manchot et chaque planche est belle.
Souvent hors-sujet, mais belle. Comme ses vues de Gotham nageant dans le sépia, donnant l’impression que Batman agit soit en fin d’après-midi ( hérésie)  soit que l’éclairage public de Gotham est désormais presque aussi bon que celui de Metropolis, la ville de Superman ( hérésie-bis). Certes, le rendu des couleurs est de toute beauté. Mais la forme est à côté de la plaque par rapport au fond : Batman est une créature de la nuit , des ombres . Et ce qui donne de la couleur à la ville c’est le caractère monstre de foire de ses adversaires.

Donc, ça, c'est Gotham au milieu de la nuit. Même Joël Schumacher ne l'éclairait pas autant.

Si le look du Joker peut surprendre ( une sorte d’hybride entre Nicholson et Ledger avec un côté chanteur de KISS en sus ) , il n’en reste pas moins intéressant et marquant. Batman porte un costume/armure qui ne dépaillerait pas dans la série des jeux vidéos Arkham ou dans les films de Christopher Nolan.
Graphiquement, Marini passe donc presque systématiquement à côté de ce qui fait l’univers batmanien et l’on sauvera Batman donc, le Joker, le manoir et la bat-mobile. C’est peu car ces éléments sont plongés dans tout le reste !
Mais le drame survient dans le tome 2.
Nous l’avons vu plus haut, Marini est tenu de tenir un délai, serré, pour fournir la dernière partie de son diptyque. Et si l’on reconnait toujours son trait et son talent, force est de constater que plus le second album avance, moins les dessins et la colorisation collent au niveau dont est capable le dessinateur suisse. C’est toujours beau mais en deçà de ce que l’on était en droit d’attendre.



Quand est-il du scénario dont nous venons d’évoquer l’illustration ?
Et bien c’est franchement pas terrible.
Pour l’anniversaire d’Harley Quinn, le Joker décide de voler un bijou ( c’est original à mort comme idée. Et le Joker qui s’intéresse à Harley, cela rappelle le film Suicide Squad. Marini n’aurait-il comme référence que les films et non les comics ? Je commence sérieusement à le croire ).Le cambriolage échoue bien évidemment lorsque la plus grosse chauve-souris de la ville s’en mêle.
 Pendant ce temps, Bruce Wayne est accusée par une ex-junkie d’être le père biologique de sa fille et lui intente un procès. Les deux intrigues se rejoignent lorsque le Joker kidnappe la gamine pour forcer Mr Wayne à lui remettre un diamant d’une valeur vertigineuse pour contenter Miss Quinn.
Qu’il soit le père ou non, Bruce est Batman. Et n’a d’autres choix que de tenter de secourir l’enfant.
72 pages par album. 144 pages en tout et pour tout pour poser les personnages et résoudre cette aventure. C’est presque 100 pages de trop par rapport aux standards habituels tant américains qu’européens. Certes, Jean Van Hamme , avec Largo Winch , a toujours livré des diptyques mais toujours avec un talent certain et une connaissance de son/ses sujet(s).

Et autant dire que Marini ne maîtrise ni l’art littéraire ni la mythologie gothamite.
On l’a vu, que cela soit dans l’écriture ou le visuel, Enrico Marini puise bien plus dans le cinéma que le comics, se coupant de 80 ans de richesse thématique et visuelle.
Alors oui, difficile de critiquer ses goûts, surtout quand il puise chez Christopher Nolan, mais les films Batman ne sont qu’une partie d’un iceberg. Et pas la partie la plus représentative tant des auteurs comme Burton ou Nolan ont soigneusement pris ce qui les intéressaient pour coller à leurs envies d’auteurs, quitte à dénaturer certains points ( coucou Burton, c’est surtout toi que je vise là).
The dark prince charming, avec son intrigue relativement simple, si pas simpliste, ne peut tenir sur un aussi large nombre de pages. Il va donc falloir diluer un scénario mince dans un déluge de scène d’action certes très pêchues mais qui transforment le scénario en histoire homéopathique dont la lecture avoisine les 25 minutes ( dans son entièreté ! )


Et quand l’action risque de frôler l’overdose, Marini dispose d’une autre astuce : le cul ! Vous avez rêvé de voir (ou de deviner ) les courbes de Selina Kyle/ Catwoman quand elle dort avec Bruce Wayne ? Marini va vous éblouir. Vous avez toujours souhaité voir Harley Quinn servir de buffet à sushi mieux épilé que le crâne de Lex Luthor ?  Marini vous a entendu.
Tom King, l’actuel scénariste du comic book Batman, s’échine a écrire une merveilleuse histoire au long cours sur la relation Bruce/Selina. Et si les scènes intimes ( voire très intimes) ne manquent pas, elles ne sont jamais putassières pour un sou sans pour autant flirter avec la pudibonderie. Comme quoi, avec un réel doigté d’écrivain, on fait des merveilles.

Tel un Charles de Gaule (et il sait comment dessiner pour en provoquer ), Marini crie «  Je vous ai compris ». Et n’a rien pigé du tout, comme le général…
Mais les dessiner pour le simple plaisir de dévoiler les corps n’est pas suffisant. Marini dévoie leurs caractères.
Selina est une jalouse compulsive, rancunière et colérique ( wow, ça c'est de la femme indépendante dis donc ).
Harley est une idiote ( elle a un doctorat en psychiatrie mais bon ) soumise , contente de son sort et…JAMAIS DRÔLE ! Même pas involontairement.Un comble.
Entre elles deux et l’accusatrice de Bruce, toutes les femmes de la BD offrent un portrait déplorable de la gent féminine.
Bruce lui-même se comporte en connard arrogant et macho, un mâle alpha +, content de sa position.
En plus de fournir une intrigue bête et sans tension ( Bruce Wayne qui va mettre enceinte une junkie ? Quelqu’un y croît une seule seconde, sérieux ? Batman qui échoue ? Ha ha ) , Marini laisse exploser un sexisme palpable que ses collègues scénaristes avaient semblent-ils contenus dans ses autres séries.



Graphiquement digne mais scénaristiquement totalement indigent , The Dark Prince Charming aurait été un navet sans nom si le talent du dessinateur n’avait pas fait de cette histoire le réceptacle de deux art-books un peu gâchés par les phylactères.Parce que oui, bordel, c'est beau.
Et cette beauté va supplanter l'esprit critique de nombreux lecteurs...

vendredi 18 novembre 2016

You know his name.

Warren Ellis fait partie de la fine fleur des scénaristes britanniques officiant pour l’industrie
américaine des comics. Car était une époque où les Anglais ont débarqué en masse sur les rivages de Marvel et DC. La plupart de nos lascars venus de la Perfide Albion se sont vite fait un nom et , mis à part Neil Gaiman, je n’en connais aucun qui n’ait pas accepté un contrat sur un titre en sachant que, sans se fouler, le titre en question se vendrait assez pour justifier un chèque car son nom était inscrit sur la couverture. Ce n’est pas un reproche : tout le monde a besoin de bouffer (et croyez-moi, Marvel et DC se font bien plus de pognons grâce au travail des artistes que les artistes ne se font du pognon ) et quand on a un nom vendeur, ça serait con de se priver.

Donc, quand un éditeur intermédiaire ( comprendre : moins gros que les big two que sont DC et Marvel) acquiert les droits du plus emblématique agent secret de sa majesté pour le marché de la bande-dessinée, il fait appel à un auteur a) british et b) vendeur.
Logique commerciale imparable.



Chez nous, ce sont les très respectables éditions Delcourt qui publient les aventures inédites de 007, l’homme qui tira plus de filles que Lucky Luke ne tira de balles (blague approuvée par ma mère, alors vos gueules).  Et le premier tome reprend les 6 premiers épisodes parus outre-Atlantique, soit le premier arc narratif : VARGR.

Le public a des attentes quand il voit le nom de James Bond. Des attentes conditionnées par les films plus que par les écrits de Ian Fleming ( comparez Moonraker le film et Moonraker le roman, on reparlera un peu après).  Et parmi ces attentes : une séquence d’ouverture ! Ellis en balance donc une bien prenante : une poursuite, à pied où l’on suit un malfrat lamba. Muette. Sauf à la toute fin, quand , enfin, Bond se dévoile. L’ADN du héros que Warren Ellis va écrire est dans cette scène : il a sa forme physique, son Walter PKK vulgaire ( une arme de prostituée, lui dira M ) et une étonnante capacité à rester dans l’ombre. L’infiltration est ici plus son dada que l’action de front ( sauf mesure extrême). Point de gadgets, même si le quartier-maître est bel et bien là. Ses relations avec M et Moneypenny sont plus tendues que dans les films, Bond n’étant au final qu’un petit fonctionnaire au milieu d’autres et pas le chouchou du MI6.
Ellis nous propose donc un Bond différent bien qu’ayant beaucoup de points communs avec les plus flemmingiens du lot cinématographiques, à savoir Timothy Dalton et Daniel Craig.




Hélas, hélas…l’intrigue ne décolle jamais. Pourtant , il y avait de quoi.
008 a été assassiné. 007 traque le coupable et l’abat. Hors, 008 était sur une affaire mêlant drogue de synthèse et technologie prosthétique de pointe.  M charge 007 de prendre la suite de l’enquête et de démêler tout ça.
Un gros BOF s’échappe une fois cette aventure terminée. Si le côté « un homme seul avec sa bite et son couteau » est agréable ( Bond y est montré avec de la ressource , sans inventions farfelues pour le tirer d’affaire) , c’est aussi un Bond totalement infaillible, un Terminator de la gâchette qui vous pulvérise une pastèque à 3 km avec une arme de poing. Les scènes d’actions sont alors d’une répétitive langueur tant aucun suspense ne transpire de l’ensemble. La femme fatale est déjà-vue, le vilain et son homme de main aussi…
C’est mou, voila. Car si James Bond ne perd jamais ( le public le sait ), il faut que le spectateur et le lecteur puissent néanmoins craindre pour sa vie ou soit curieux de comment il s’en sortira. Et ces émotions ne sont que trop peu présentes dans le travail de Warren Ellis qui semble plus inspiré quand il écrit pour des séries qu’il a (co)créées.

Cet aspect de mollesse dans l’action provient peut-être aussi du dessinateur Jason Masters. Si le dessin est par essence inanimé, de nombreux artistes arrivent à cacher derrière les compositions de leurs œuvres la rigidité des personnages. Masters dessine comme on photographie un mannequin : le sujet prend la pose et reste figé. Aucune impression de vie ne s’échappe de ses planches.
Erreur fatale quand on est mandaté pour écrire une série d’action  comme celle-ci.

Au final, James Bond en comics n’est pas une mauvaise idée mais elle est faiblement traitée. Le permis de tuer a été utilisé pour moins que ça !




vendredi 4 novembre 2016

L'enfer, c'est Ron Howard.

Aujourd’hui, on se penche sur le cas Ron Howard alors que sort son dernier film en date, Inferno,
adaptation d’un roman de Dan Brown.
3éme opus cinématographiques des aventures de Robert Langdon, Inferno se place dans une mouvance qui aura phagocyté l’année 2016 : l’année des suites que personne ne veut et que le public boude ( mais comme elles sont produites avec un petit budget qui se rembourse vite, Hollywood n’en prendra aucune graine : bref, ce ne sont pas les bides de Zoolander 2, le retour de Bridget Jones ou encore La chute de Londres qui viendront empêcher les studios d’user des cordes déjà bien abîmées ) .

Ron Howard n’est pas un cinéaste particulièrement doué. Appliqué certes, mais sous certaines conditions. Donnez-lui un bon scénario et il en fera un bon film : Frost/Nixon,Rush et In The Heart of Sea en sont les derniers exemples probants dans sa filmographie. À la rigueur, les deux premiers tiers de Anges & Démons. Avec Inferno , son incapacité à transcender des histoires par la virtuosités de sa mise en scène est évidente. Et soporifique.



Le film s’ouvre sur le discours apocalyptique de Bertrand Zobrist ( un nom de méchant de James Bond,nous y reviendrons) qui est convaincu que l’humanité va causer la perte de l’humanité et qu’il faut donc la purger fissa.
On embraye ensuite sur la fuite du monsieur pourchassé par Omar Sy. Zobrist se suicide sous ses yeux pour ne rien révéler du virus mortel qu’il aura créé , mouhahaha. Bref, une menace mondiale se prépare et 007 est occupé ailleurs apparemment. ( notons ici que les méchants ne sont pas hypocrites : on ne parle jamais de vaccin contre le virus qu’ils auraient pu fabriquer, ils participent de leur plein gré à la loterie virale qu’ils veulent déclencher, et ça, quelque part, c’est beau).
Problème : la logique sous-jacente du discours du vilain mort dès le début est si correcte que je n’avais qu’une envie : que les héros échouent.
C’est mal parti pour créer du suspens quand on sait qu’Hollywood ne fait jamais gagner les vilains, on peut même pas renverser la logique narrative et être anxieux pour les antagonistes, diantre ! Mais que vient faire le personnage de Tom Hanks dans cette histoire qui sent bon le navet Mission :Impossible 2 ? ( pardon Tom Cruise, mais c’est vraiment pas le meilleur de ta petite saga).

Robert Langdon se réveille dans un hôpital de Florence. Désorienté et partiellement amnésique, il apprend par la doctoresse qui le traite, Sienna Brooks (la sublime et très british Felicity Jones), qu’on lui a tiré dessus. C’est à ce moment qu’une policière arrive et tire dans sa direction.  Sienna a juste le temps d’attraper Langdon et de s’enfuir avec lui. Pourquoi Langdon est-il en Italie et qui en veut à sa vie ?

Faites qu'Inferno soit la fin. Putain , sérieux, ça urge là.

Aaaaah, l’amnésie. Après un vilain de James Bond, voila le point de départ d’un Jason Bourne ( les J&B ont le vent en poupe et le scénariste en a trop bu ). Bien que déjà-vu, ce genre de point de départ permet de plonger le spectateur in media res en même temps que le héros, facilitant l’empathie. Mais ce procédé n’a qu’un temps de vie limité quand le héros a la personnalité limitée de l’icône d’aide de Microsoft Word. Mais si, vous savez, ce trombone géant qui a toutes les réponses à vos questions ! Langdon, c’est ça ! Ce prof de symbologie ( matière fictive mais qu’il serait sans doute intéressant d’inventer) ne sert qu’à l’intrigue d’aller d’indice en indice pour faire avancer le récit. Là où les films policiers progressent de la même manière en obligeant le héros à cogiter, Inferno ( comme ses prédécesseurs ) est juste un jeu de piste tenant autant du jeu de l’oie que de L’art pour les nuls. Encore et toujours la même recette. Dan Brown est une arnaque et ne plus faire partir du zeitgeist met ce fait en avant de manière spectaculaire même chez les fans de la première heure ( vous en connaissez encore beaucoup qui se vante de suivre l’auteur ? ) .



Et la réalisation de Ron Howard n’arrange rien. Assailli de cauchemars, Langdon est parfois plongé en plein enfer visuel. Mais Howard , en s’emparant d’un tel matériau, n’arrive qu’a en tirer des images sans génie ou folie visuelle. On illustre bien sagement l’enfer de Dante que Botticelli avait mis en image. Sans créer aucun malaise chez le spectateur parce que hé, c’est tout public après tout ( il faudra d’ailleurs un jour m’expliquer pourquoi les musées qui exposent ce genre de peintures plusieurs fois centenaires sont accessibles pour les têtes blondes mais que le cinéma doit rester prudent. Il y a là comme une schizophrénie artistique tirant vers le bas , bravo le mauvais cinéma de donner raison aux détracteurs du 7éme art américain).

Le montage ultra serré et cut permet de suivre les 45 premières minutes sans réel déplaisir, le rythme et le petit mystère permettant de tenir le spectateur en éveil. Mais une fois que tout ralentit pour raconter enfin une histoire, un nuage de xanax flotte soudain dans la salle. Et là, l’esprit s’égare et se pose une question vitale : comment , par Jupiter et ses roubignoles, la belle Felicity Jones peut-elle courir sans arrêt avec des semelles plus compensées que celles de Nicolas Sarkozy ? Tout ça rappelle follement Jurassic World et Bryce Dallas Howard (tiens, la fille du réalisateur qui nous occupe actuellement, coïncidence ? ) qui courait dans la jungle en talons hauts.
Mais ce n'est là qu'un des illogismes qui parcourent le film : les revirements de situation concernant certains personnages ont été pensé pour surprendre les lecteurs, pour leur proposer autre chose que ce qu'ils ont lu. Mais en changeant certains éléments , plus rien n'a de sens !
Et en parlant du livre, si vous ne l'avez pas lu, je vous mets au défi de me dire ce qu'il advient de Ignazio, l'ami de Robert conservateur de musée. On lance des pistes narratives mais on ne les résout pas. Il y a plus de trous dans ce film que dans une victime du Punisher un soir où la Kalach le démange comme un malade !




Génie de l'inventivité dans les scènes d'actions : ça court partout, tout le temps. 


Au milieu de ce marasme, une lueur d’intérêt : le personnage interprété par Irrfan Khan, genre de James Bond passé au privé qui aurait monté sa propre boîte et dont la classe et l’humour font toujours mouche. Seul acteur a avoir conscience de la bêtise ambiante, Khan joue avec un réel plaisir et un second degré salvateur qui font du bien. Mais c’est peu pour dépenser son pognon en achetant un ticket de cinéma. Allez, faites-en bide, que Langdon rejoigne Benjamin Gates dans les limbes des chasses aux indices ridicules.


samedi 24 septembre 2016

Une sacrée putain de fête à la saucisse.

Le projet théâtral ClicKlick est une expérience basée sur le fait de faire jouer acteurs wallons et flamands sur des textes bilingues, les traductions nécessaires étant  projetées sur un écran noir au fond de la scène pour que le public suive.


Une sacrée putain de fête est donc un projet bilingue, joué à Bruxelles en Mai, au PBA de Charerloi en cette fin Septembre et sera encore programmée à Mouscron en Décembre.
Si l'initiative de proposer une pièce loin des clivages linguistiques du pays est louable et mérite plus que du soutien , il en va autrement de la pièce en elle-même.

Décryptage d'un désastre.

Une petite discothèque, la fête est finie, quelques invités sont encore là.Des piques-assiettes aussi.
Des amis, des ennemis, des couples et des anciens couples au bord de l'explosion. Ça discute, ça danse, ça se pelote, ça baise (et pas dans un coin, non , devant tout le monde : âge de pierre t'avons-nous quitté un jour ? ) , ça branle des queues de billard devant une danseuse (et on est loin du Showgirls de Paul Verhoeven et c'est encore moins drôle involontairement que le navet avec Demi Moore). Malaise.

Ça se menace aussi entre amis, ça se reluque et ça cause pédophilie l'air de rien parce que bon, ça serait moche de dénoncer un voisin , ça casserait l'ambiance pas vrai ? (je ne veux plus que ma fille joue chez toi.Voila ce qui sera dit. Les filles des autres voisin, ça ne compte sans doute pas. Chacun sa merde, sauvons MA gueule et les autres on s'en fout). Ça file la gerbe, tout simplement..
C'est un peu comme si les frères Dardenne écrivaient Strip-tease (ah, on me dit dans l'oreillette que c'est pourtant typiquement leur niveau ça ), sauf qu'eux sont plus méchants et condescendants (dans leurs œuvres, je ne les connais pas personnellement ) que la défunte émission de télévision dont personne ne pleure la mort. Pas même les sous-humains qui en furent les "héros" .

Tirons notre chapeau à la majorité des acteurs qui ont su trouver  en eux de quoi interpréter le néant de personnage aux existences plébéiennes crasseuses, des barakis de bas-étages pour la plupart, rappelant plus des insectes grouillant que des êtres humains ( revoyez le début du film Idiocracy , un baraki c'est pire encore, pour situer le niveau à mes lecteurs français).
Polanski avait le Bal des Vampires, nous voila dans le bal des dégénérés. Des personnages ayant en eux l'ADN de donner en deux générations la famille de la série de films La colline a des yeux et pour qui le summum de l'éducation et de la fierté doit être de savoir épeler "chômage" sans faute d'orthographe.


Tranche de vie, tranche de vide,art comptant pour rien, la pièce n'a pas vraiment de début et la fin arrive sans prévenir car elle ne possède aucune progression dramatique, aucune. Plongé in media res,le spectateur devient le témoin-voyeur de cette heure dans la vie de protagonistes dont Hannibal Lecter ne voudrait même pas comme victimes au rabais alors qu'il crèverait la dalle.
Telle Elsa de La Reine des Neiges, les tracas des personnes nous laissent plus que froids, carrément congelés. L'autre point commun avec ce classique récent du studio Disney, c'est qu'on ressort de là libéré, délivré...et délesté du  prix d'un billet que l'on pouvait investir dans quelque chose de plus consistant et intéressant, comme une saloperie de burger de fast-food en passe d'être fermé par l'inspection alimentaire par exemple.

Une sacrée putain de merde à qui il ne faut nier le mérite de nous rappeler que ces gens-là, comme disait Brel, sont la majorité de la population et que c'est probablement cette image de l'humanité qui sera la dernière que le cosmos contemplera. Une pièce qui me donne envie de voter à droite, voire à l'extrême, personnellement ça me fait vomir. Je préfère encore croire naïvement, comme un beau con, que nous avons de l'avenir. Je me trompe, mais je m'en fous, voila mon opium.

C'était la dernière représentation, la brasserie du PBA était ouverte, la soirée post-sacrée putain de fête était bien plus sympa. Pas préparée et pourtant d'un tel autre niveau.


https://vimeo.com/166420477 (pour un aperçu et quelques infos en plus).

mercredi 4 novembre 2015

Mars, on en repart !

Ridley Scott avait quitté la SF avec Blade Runner, il l’a retrouvée 30 ans plus tard avec l’agréable déception qu’aura été Prometheus (loin du navet intergalactique descendu par ses détracteurs féroces mais loin du chef-d’œuvre que veulent voir les fans acharnés de Scott : la demi-mesure n’existe-t-elle donc plus ? La subjectivité doit-elle être absolue ? Vastes débats. ). Et cette année, il y revient avec Seul sur Mars.

La mission Ares III ( Ares est le Dieu Grec de la Guerre, l’équivalent du dieu…Mars) est sur le sol martien depuis 18 jours quand une tempête force l’équipage à fuir la planète. Durant l’évacuation, le botaniste Mark Whatney est laissé pour mort et ses co-équipiers rejoignent le vaisseau Hermès ( le dieu Grec des messagers et des voyageurs) pour entamer le long retour vers la Terre. Après la tempête, Mark se réveille, blessé mais bien vivant. Seul dans un environnement hostile où seuls restent l’habitat de l’équipage et quelques rations de survies. Il va devoir faire marcher son cerveau comme jamais pour tenir le temps qu’une mission vienne le secourir. Mais pour ça, il doit d’abord trouver un moyen de contacter la NASA.

Il y a un souci dans Seul sur Mars : cette constante sensation que «  La situation est grave mais rigolons-en. ». Si les pilotes de la NASA sont recrutés avec entre autres critères un esprit d’acier et un optimisme ravageur, ils n’en sont pas moins des êtres humains avec les moments de doutes et de désespoir qui peuvent survenir. Ces moments seront peu nombreux et vites expédiés dans le film. Au contraire, les plus impliqués émotionnellement semblent être les bureaucrates terrien. Dès lors , la notion de suspense disparaît et on s’attache peu à un personnage un peu trop clownesque. Le décalage constant entre la situation et la musique ( des tubes disco issus de la collection du commandant de l’équipage ) est amusant mais finit vite par lasser. Là encore, tirer en longueur amène à voir l’artificialité de certaines situations.



S’il est absolument normal que le héros rencontre des problèmes ( non mais vu sa situation c’est naturel), l’impression qu’il faut absolument respecter la règle de division de l’intrigue en trois actes est palpable. Tout ce qui peut mal se passer se passera mal ( sauf si le danger est mortel ) et cela allonge presque artificiellement le film ( qui dure quand même 2H22 ) , au point que l’on viendrait presque à se demander après chaque péripéties «  Bon, il va lui arriver quoi maintenant ? ». J’ai envie de dire «  On s’en fout. » Le rythme soutenu de l’action devient alors moins intéressant que les rares phases introspectives. Un réalisateur visionnaire ( dans le sens qui a une vision , pas qu’il voit l’avenir ) sur un scénario de série B, ça coince un peu. Car le réalisateur va vouloir transcender son sujet. Quitte à en faire trop…et à lâcher son public en cours de route.




Néanmoins, Ridley Scott reste Ridley Scott : un directeur d’acteur avec de l’expérience à revendre et ayant des exigences plastiques très poussée.
Ainsi, ce n’est pas moins de trois ambiances très particulières que le directeur de la photo Dariusz Wolski (déjà à l’œuvre sur Prometheus ) va devoir créer : une ambiance très froide sur Terre , très chaude sur Mars et entre les deux dans le vaisseau Hermès. Très agréable à l’œil, la photo joue ici un rôle de premier plan.
La 3D par contre ne nous en met plein la vue que lors des phases en apesanteur et elle ne sont pas nombreuses. Mais bordel de merde, on est vraiment dans l’espace !

Les décors et les vaisseaux sont très réalistes et ressemblent sans doute au futur du programme spatial. Pas de vaisseau qui font wiiz ou de moteurs qui font psssssch dans l’espace. Le public a enfin capté qu’il n’y avait pas de bruit dans l’espace. Résultat ? Les réalisateurs sont obligés de travailleur leur visuel à fond car ils ne peuvent se raccrocher qu’à ça et la musique.
Mention spéciale au mélange entre mate painting et prises de vue dans le désert Jordanien, Mars est sublime et ,malgré son apparence de désert infini, est sans doute bien mieux représentée que dans le pourtant très bon John Carter d’Andrew Stanton ( un film fantasy contre un film qui essaye d’être le plus réaliste possible : ils ne sont évidemment pas en compétition).





L’être humain étant ce qu’il est, la comparaison entre les œuvres est souvent une chose qui survient lorsqu’il est confronté à l’une d’entre elles. C’est naturel, c’est presque un réflexe : on compare avec ce que l’on connaît (je l’ai d’ailleurs fait durant la projection et au cours de cette critique).

C’est pourquoi la comparaison de Seul sur Mars ( The Martian en V.O) avec d’autres films spatiaux ambitieux  comme Gravity ou Interstellar s’est faite et se fait encore, quitte à ce que certain magazine qui se voulaient autrefois intellectuels (Première, pour ne pas le citer) tombent dans le piège grossier de défendre un film en en défonçant un autre : pourtant, le seul point commun entre Interstellar et The Martian, c’est Matt Damon interprétant un astronaute coincé sur une planète inhospitalière ( les deux personnages sont d’ailleurs diamétralement dissemblables ).
Hors, comparer un film, un livre, un tableau, etc… ne prend vraiment sens qu’en le confrontant à ses influences mais surtout au reste du travail de son auteur.

Et dans ce cas –ci, Scott se cite souvent au début du film : la tempête rappelle celle de Prometheus, la scène des agrafes renvoient à celle de la césarienne dans Prometheus et la séquence où Whatney travaille sur son casque de sortie fait penser à …je vous le donne en mille, une séquence similaire dans Prometheus. D’ailleurs, le film est aussi bon que ce dernier. C’est à dire qu’il déçoit.

 Prometheus.
The Martian.

Enfin, papy Ridley ne cache plus son prosélytisme puisque le héros est sauvé, littéralement par … Jésus ! Les motifs religieux sont de plus en présents dans sa filmo, rendant Exodus Gods and Kings parfaitement cohérent au sein de ladite filmographie d’ailleurs.

Bref, Seul sur Mars reste au final un joli spectacle mais trop peu emballant par rapport au sujet de départ.

samedi 5 mai 2012

Waudru, d'âme et de pierre.

C'est tout chaud, ça sort du four.
En 2015, la capitale culturelle européenne sera la ville de Mons, en Belgique.
Hors, en cet an de grâce 2012, cette ville très attachée à son folklore et ses traditions voit arriver le 400me anniversaire de sa sainte patronne : Waudru. Dont le principale bâtiment religieux, la collégiale de Mons, porte le nom.

Pour l'occasion, un spectacle sous forme de ballet-théâtre se déroulant dans la collégiale a été commandé et réalisé. La plupart des intervenants, des élèves des trois principales écoles de la région, sont des amateurs d'origine montoise. Et sans être méchant : ça se sent.

Pour nous mettre dans l'ambiance médiévale du show, le spectacle commence avant l'entrée dans la collégiale, une troupe de jongleurs et autres cracheurs de feu s'agite devant l'entrée. Pensez à prendre quelques merguez, ça brule bien.

Premier accroc (et qui se répétera dans le spectacle  d'ailleurs) : on ne croit pas une seconde à une ambiance médiévale quand les habits sont manifestement en synthétique ou bas de gamme (cosplayers du dimanche, bonjour : on a vu des rôlistes en convention faire plus vrai) et que les intervenants sont plus propre sur eux qu'un mannequin hawaïen pour Tahiti Douche.

Second accroc : euh…le spectacle en lui-même.
Si je reconnais pleinement que l'amateurisme plein d'allant fait toujours plaisir à voir face à des professionnels efficaces mais souvent blasés, force est de constater qu'assister à une pièce prétendument élaborée (et payer sa place) quand ça ressemble à un spectacle , géant par ses intervenants, d'école  mis en scène par le prof de littérature peut être crispant.
Crispant aussi de constater les nombreux points communs entre le texte (qui raconte en partie la construction de la collégiale) avec Les Piliers de la Terre de Ken Follet (pour ne rien arranger, la série produite par Ridley Scott a été diffusée sur la Une il y a de cela quelques mois à peine, en Novembre, et certains artifices visuelles sont fort semblables, d'autres que moi oseraient se poser des questions).
Les dialogues ont été écrits à la truelle (où à la va-vite, je ne saurais dire) et les "acteurs" peinent souvent à faire passer une émotion : ils récitent un texte déjà bancal sans s'effacer et se fondre dans leurs personnages.Certes, ils n'ont pas la formation pour mais ce n'est pas une excuse : on n'embauche pas un plombier pour faire l'installation électrique.

Les parties ballet, si elles sont joliment exécutées sont elles aussi crispantes et ce pour une raison toute simple : la clé de lecture est obscure.
Nul doute que pour le metteur en scène, le chorégraphe et les danseurs, les pas et les actions allaient de soi pour transmettre une émotion. Mais pour le commun des mortels qui n'évoluent pas dans cet univers, ça reste des gens qui font un peu n'importe quoi (ah , la danse moderne, ce monde à part). On pourrait se raccrocher à la musique mais celle-ci n'est pas assez empathique (manque de budget pour payer des droits sans doute, reléguant le choix des partitions vers le libre de droit et le bas de gamme ? Oui, jeu de mot foireux).
Le final sous forme de procession se fait dans un silence presque religieux. Je parlerai de silence endormi ou gêné tant l'ensemble ne transporte jamais vraiment.
Nul doute que la plupart des applaudissements viennent des familles des étudiants ayant participé à l'entreprise et aux commanditaires du ...désastre ?
Une façon de concevoir la chose pourrait être la suivante : le spectacle est obscur pour refléter l'obscurantisme de l'époque mais la théorie est tirée par les cheveux et s'effondre lorsque l'auteur monte sur scène et prend la parole.
Tout est donc d'un premier degré sincère mais très maladroit, trop pour une ville dont les ambitions politico-culturelles pour 2015 sont si ambitieuses.
Ils ont deux ans et demi pour montrer qu'ils peuvent faire appel à des pros ou bien lamentablement se casser la gueule…
Il reste encore trois dates (voir affiche) mais si vous voulez goûter au folklore montois, patientez plutôt jusqu'au mois de Juin pour assister à son fameux Doudou.
C'était tout chaud, c'était un four !