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mercredi 18 février 2026

Pas cimer.

 

Et dans une autre vie,
J'étais un roi barbare,
Que dans mes écuries,
Mes plus beaux chevaux noirs
Attendaient que la guerre
M'appelle à d'autres jeux,
Et dans cette autre vie,
Que j'étais heureux !
Un roi Barbare, Michel Sardou.



Annoncé en grandes pompes fin 2023 si ma mémoire est bonne et sorti en Mai 2024 (oui, j’ai du retard dans mes lectures et je ne lis pas par ordre d’achats, flagellez-moi vauriens ! ) , La Sonde et La Taille de Laurent Mantese est un roman de fantasy barbare , fan-fiction éditée par Albin Michel Imaginaire et voulant nous narrer la dernière aventure de Conan le cimmérien , mieux connu du grand public sous le sobriquet de « le barbare » (dans une optique des années 60 de souligner que le héros il est très musclé et bas du front comme celui des films plus tard ).

C’est d’ailleurs sur la musique de Basil Poledouris que l’éditeur débuta sa campagne promotionnelle sur son site internet. Il y a pire comme choix de partition. 



Conan le cimmérien ( car originaire de Cimmérie, au Nord du continent où il vit ses aventures, dans un espace temporel fantasmé précédant l’antiquité ) est né sous la plume de l’écrivain texan Robert E. Howard. 




Héros de nouvelles vendues aux magazines pulps , Conan connaît un joli succès. Ses aventures mêlent actions sauvages à l’épée, monstres plus ou moins zoologiquement proches des animaux que l’on croise de nos jours ou des aberrations infernales, et femmes (jolies et peu vêtues ) en danger. Des éléments qui font de lui un héros populaire dans le noble sens du terme il y a presque 100 ans maintenant.


Howard , par folie ou sens du marketing , dira que Conan est réel et lui apparaît en rêves pour en faire le narrateur de ses exploits. Il avoue également que les nouvelles de Conan, si elles sont écrites dans le désordre chronologique le plus total, sont comme des récits que les voyageurs arpentant les routes de cette époque fictive se racontent au coin du feu. 


Désordre chronologique oui, car la première apparition de Conan sous forme d’encre et de papier narre l’aventure d’un Conan devenu roi d’Aquilonie dans sa quarantaine et devant démêler les fils d’un complot. Nous sommes loin du jeune homme se baladant en pagne de peaux de bête qui cogne d’abord et pense par hasard ( cette image d’ailleurs est une image d’Epinal héritée des comics Marvel  ). Howard commence donc par la fin , Tarantino n’a rien inventé. 




Peut-être est-ce pour rendre hommage à Howard que Laurent Mantese décide que son romans sera la fin des aventures de Conan ? La der’des der’ ? Commencer par la fin ? 


Bref, Conan, le roi d’Aquilonie a mis à genoux six autres nations. Désormais âgé d’au moins 80 ans et souverain des 7 couronnes ( c’est original , GRR Martin serait fier ) , Conan a décidé que la septaine où il reçoit les doléances des connétables de son petit empire se déroulerait dans une vieille forteresse, tout au nord, dans sa Cimmérie natale. ( J'irai revoir ma Cimmérie, c'est le pays, qui m'a donné , ma première épéééééée ♫♪♫ ).
Là où les montagnes les plus blanches côtoient les forêts les plus noires, denses et mornes. Dans le territoire où son peuple décimé a laissé place aux loups affamés.
Vieux, usé et fatigué , Conan se repose essentiellement sur ses alliés proches et sur l’affection de Colin, un orphelin lourdement handicapé physiquement et mentalement qu’il aime comme son propre fils. 

Mais Conan est un roi affaibli : si ses actes et décrets ont permis au peuple de vivre mieux ( aux dépends des riches qui vivent si bien qu’ils ne les approchent toujours presque jamais ) , la vie ironiquement le remercie en lui offrant un kyste à une gonade et des calculs rénaux remontant dans son urètre et bloquant déjà en partie celui-ci. Pour guérir, il devra passer par une opération donnant son titre au roman ( et se déroulant si tôt dans l'intrigue que c'est à se demander pourquoi en faire le titre et pourquoi le résumé du 4e de couverture semble en faire un point d'orgue ).

Face à un roi diminué, ce ne sont pas seulement les courants d’air qui hantent la citadelle mais aussi les intrigants, prêts à toutes les bassesses et les compromis moraux les plus ignobles – avec les religieux extrémistes d’une nouvelle secte monothéiste et les mercenaires les plus vils – pour prendre le pouvoir par la force.

Comme Conan autrefois ? Non. Il l'a fait seul. Et pas pour des raisons mégalos et mesquines.



Laurent Mantese manie la plume avec une rare aisance. Mais aussi avec la lourdeur du cliché de l’intellectuel qui a tout appris SAUF l’humilité.
Son histoire étalée sur 600 pages aurait été narrée en 150 pages maximum par l’auteur historique du héros.
Pourtant, le roman débute plus ou moins bien. Si Mantese dévoile d’entrée de jeu son style d’écriture, il l’utilise pour poser une menace surnaturelle qui viendra harceler les protagonistes plus tard dans un chapitre qui attrape à la gorge.

Mais pour gonfler le reste de son texte , Mantese se lance dans un pensum sur : la civilisation, la violence, la religion et ses liens avec l’état provoquant d'horribles remugles.
Et lorsque enfin il met en place une scène où il pourrait se dérouler quelque chose, Mantese use et abuse de deux artifices réguliers : raconter par le détail comment plusieurs protagonistes pissent et chient dans les latrines ou les fourrés , ou se lancer dans des phrases à rallonges décrivant les pires atrocités possibles pour exposer qu’il a un dictionnaire dans la tête. 
Entre deux phrases longues comme des paragraphes boulimiques, Mantese place une référence ou l’autre à l’œuvre de Howard, pour nous rappeler que «  Si si , ce héros aux cheveux blancs est bien Conan et pas un roi quelconque ayant jadis eu une bonne hygiène physique et mentale. » Mais ce roman, qui a semble-t-il eu du mal à se vendre, se serait-il aussi « bien » vendu sans le joli bandeau rouge sur sa couverture ?
Vive le domaine public !


Ce ne sont pas des chapitres mais des descriptions de tableaux baroques ( non, rococos ! ) à faire pâlir les dessins d’Oliver Ledroit dans la BD « Requiem ». Le désavantage d’un tel style en littérature,  c’est qu’il ferait passer les ralentis de John Woo ou de Zack Snyder pour du Tony Scott sous cocktail d’amphétamine-cocaïne. 


La dernière aventure de Conan comporte cependant un chapitre certes remplis de matières visqueuses mais aussi d’une tension insoutenable : l’opération de Conan pour se débarrasser du mal qui lui ronge les bourses et le pénis. Le vieil homme doit être drogué ET maintenu par des hommes forts pour éviter que la douleur ne le rende violent envers ses médecins (pourtant bien intentionnés). Et lorsque le complot surgit, ce Conan fatigué, blessé…disparaît de son propre livre pour ne revenir que par magie assez fort pour récupérer son fils adoptif et foncer dans les bois pour échapper à Tranche-Gueule, chef des mercenaires et (potentiellement) le personnage qui a failli être intéressant dans toute cette merde (oui, je vous l’ai dit, tout le monde chie dans cette histoire). Tranche-Gueule, ce personnage qui possédait le potentiel d'être un nouveau Grymonde ( Les 12 enfants de Paris, Tim Willocks ) mais qui sera peu servi par son créateur.


Plus le récit avance, plus les aberrations  s'enchaînent : Conan réussit des exploits dignes de sa jeunesse , les alliances qui se nouent sont basées sur des chimères qu’un enfant de 8 ans démonteraient et quand enfin LA menace ne se cache plus et traque le petit groupe errant dans la forêt, c’est un mauvais remake de Predator qui nous est servi (un hommage ? ou un manque d’inspiration ? Les deus ex machina finaux poussent à croire que l’hommage est une excuse facile ). 


Ce n’est pas le seul clin d’œil à la carrière d’Arnold, le chêne Autrichien, qui hante ce livre. Dès la couverture, la (superbe, ne soyons pas de mauvaise foi) illustration de Didier Graffet colle plus à l’image de Conan tel que les films l’ont dépeint que Howard dans ses écrits ou Margaret Brundage sur les couvertures de Weird Tales, la revue qui accueillait les récits du cimmérien. 






À force de se regarder écrire et d’aimer se relire, Laurent Mantese nous emmène non pas dans une aventure prenante et haletante mais dans la seule façon qu’on les arrogants et les supérieurs pour se réchauffer : la branlette intellectuelle étalée à la face du monde.


Conan est avant tout un héros de nouvelles, il est taillé pour la forme courte et, de Howard ( qui n'en a écrit qu'un seul de roman : L'heure du dragon ) à ses suiveurs, peu on été tenté de trop en faire et de dépasser les 250 pages en V.O ( disons environ 300-320 pages en français ). 

Philosophe, Laurent Mantese était placé pour savoir que l'arrogance précède la chute. Et quelle plus grande arrogance, quel plus bel exemple d'hubris que celui de vouloir apposer son nom sur " la dernière aventure de Conan " quand les mythes sont immortels et destinés à habiter d'autres êtres capables de parler d'écrire , des êtres peut-être encore à naître ?
La dernière aventure ? Jusqu'à ce qu'un autre auteur en vienne à écrire la sienne. Et ainsi jusque la fin de la littérature et de l'aventure humaine...





Alors pour coller à son amour des fluides visqueux, je dirais : risquez-vous à lire ce roman seulement et seulement si vous ne craignez pas les cumshots d'arrogance littéraire non solicités dirigés vers vos visages  toutes les 80 pages. Parce qu'il ne s'agit que de ça : marquer sa soi-disant supériorité par les visions des liquides corporels décrits dans les détails (même odorants) et en ajoutant , dixit une interview ce qu'il manquait à l'univers de Conan. 
Parce que l'auteur de base de cette icône, ce simple comptable texan qui aspirait à autre chose, bien entendu , devait être corrigé par un érudit...
Elle est là l'erreur qui contamine tout le roman : pas dans l'étalage de la nature organique ( de la peau la plus souple à la décomposition la plus nauséabonde ) , non, cela la littérature le fait depuis des siècles , venant nous rappeler qu'elle n'est pas cantonnée à passer le polish sur la réalité. Elle est protéiforme et c'est là une de ses forces de frappe.
Non l'erreur fatale est de corriger un tir qui n'avait nulle besoin de l'être car il n'aspirait pas à être autre chose, à changer de nature. 
Jouer avec un personnage & son univers et les dénaturer sont deux choses différentes. L'une est un hommage, l'autre un outrage signé au fer rouge pour le simple plaisir du correcteur qui se trouve loin des avis du créateur originel* et qui jette au visage d'un lecteur pas forcément consentant son propre liquide (l'encre) pour marquer un territoire qu'il ne lui appartenait pas de dénaturer. 
Mais qui était le seul moyen de se faire remarquer...seul pari réussi de ce texte du reste.


*mort depuis longtemps. Et d'une façon ( le suicide ) que l'auteur juge de manière abjecte dans cette interview fleuve où l'on se demande ce qui est le plus important entre répondre à la question où étaler son savoir pour le seul plaisir de le faire et non pour élever le lecteur. Mantese me semble être l'archétype total de l'instruit et éduqué persuadé que sa parole est bonne mais qui se refusera à voir en quoi elle tape à côté. L'enfer est en effet pavés de bonnes intentions. Et les pavés sont lourds quand ils sont cuits ainsi. 


lundi 18 février 2019

L'elfe qui n'avait pas peur de vendre des salades.

La collection Hélios est le fruit de la collaboration entre les éditions Mnémos, Les Moutons électriques et les éditions Actu SF , et permet l’accès à un riche catalogue d’ouvrages au format poche. Si Hélios, qui existe depuis 2013 , ne rivalise pas en quantité avec des machines de guerre comme Folio SF par exemple , force est de constater qu’on y retrouve statistiquement plus de bons grains que d’ivraie.


Et l’une des dernières parutions Hélios provient de la branche Actu SF : La stratégie des As, du belge ( cocorico ) Damien Snyers.
Mêlant polar , fantaisie urbaine uchronique et une bonne dose de dérision.


James est un elfe qui vit d’expédients avec ses complices : Elise, une demi-elfe (ou demi-humaine selon le point de vue où l’on se place ) et Jorg, un troll plus intéressant que la moyenne du reste de son espèce. Nos trois larrons se retrouvent embarqués dans une tentative de vol dans une villa bourgeoise. S’ils réussissent, ils seront riches.
S’ils échouent, James a un bracelet magique et explosif attaché au poignet qui se fera une joie de terminer en feu d’artifice à la Gandalf ! Voila donc de saines et belles motivations de ne pas se louper n’est-il pas ?

Écrit à la première personne, le roman, relativement court, adopte le point de vue de James dont le langage franc et parfois taquin-acerbe crée une connivence directe avec le lecteur qui ne peut que difficilement ne pas être empathique à son égard, même quand ce dernier nous narre quelques fourberies criminelles des plus sanglantes. C’est que si vous vous attendiez à retrouver un clone de Legolas, passez votre chemin.

Comme toute histoire de braquage classique, Damien Snyers nous offre d’abord de faire connaissance avec les joueurs en place tout en avançant prudemment sur l’échiquier, avant un dernier acte où tout se résout, Ocean’s Eleven style.  Alliant donc de concert action et réflexion , le récit progresse vite et sans temps morts. Et sans fioritures ou aspérités.

Mis à part un univers original, l’histoire est d’une facture fort classique et ne doit sa réussite qu’à une plume sympathique et un exotisme étrange situé entre le familier et l’irréel d’un monde parallèle. Que tout soit narré par James nous coupe aussi d’une plongée profonde dans les pensées et les personnalités des autres personnages qui n’existent donc que par leurs paroles et leurs actes, décodés par James que l’on devra croire sur parole ( il est d’ailleurs souvent étrange de constater que les lecteurs sont prêts à croire un récit raconté par un arnaqueur et un escroc ).
Les lecteurs belges ne manqueront pas de repérer quelques allusions au plat pays de Brel qui, d’un naturel tenant du clin d’œil , ne viendra pas perdre les autres lecteurs francophones . Des clins d’œil côtoyant quelques autres références , littéraires cette fois-ci, l'auteur connaissant son Conan Doyle et son Edgar Poe.

Mais il est difficile de penser qu’un univers aussi cohérent et pensé ne soit là que pour faire tapisserie. En tant que premier roman, imparfait mais sympathique, La stratégie des As pourrait fort bien servir de socle à l’extension de son univers charmant, si proche et pourtant atypique.

Un récit court, sans prise de tête , idéal pour passer le temps agréablement. Mais l’on nage à peine au-dessus d’un roman de gare de luxe, défaut que l’on pardonnera en raison de la sympathie du style et du fait qu’il s’agit ici d’un premier essai.
Qu’il faudra désormais transformer.

samedi 15 septembre 2018

Les mondes-miroirs.

On semble un peu trop souvent l’oublier, mais la SF et la Fantasy française se portent bien et plusieurs auteurs viennent rappeler qu’ils n’ont rien à envier à leurs collègues anglo-saxons plus vendeurs et plus réputés.
Et en cette rentrée tant scolaire que littéraire, les éditions Mnémos misent sur le roman de Vincent Mondiot & Raphaël Lafarge, Les mondes-miroirs.

Elsy et Elo ont grandi ensemble dans les rues malfamées de la grande cité-état de Mirinèce. Mais leurs chemins ont pris des tournures différentes. Elsy est devenue une mercenaire à la tête de sa propre (petite) agence tandis qu’Elodianne a gravi les échelons sociaux en accédant à l’une des castes les plus respectées , elle est devenue magicienne au service de l’état. Tentant vaille que vaille de se croiser au minimum une fois l’an, Elo et Elsy vont être amenées à travailler ensemble lorsque les blasphèmes, des créatures hideuses et cauchemardesques commencent à servir de vecteur pour de sanglants attentats.

Mondiot & Lafarge attrape le lecteur dès le début en les plongeant eux et deux des personnages principaux dans une course folle entre une calèche et des créatures contagieuses. Très cinématographiques, l’écriture ne s’encombre pas de longues phrases pompeuses qui auraient pu certes faire frémir les neurones mais également faire décrocher le lecteur de l’action. Il faudra attendre presque  150 pages pour que le roman retrouve alors ce même souffle. Dommage ? Oui, un peu bien entendu. Mais les auteurs vont poser, non sans talent, et dérouler leur univers foisonnant et particulier.
Ne cédant pas aux sirènes d’une fantasy classique ( à la Tolkien et ses innombrables suiveurs ) en refusant de placer les pièces de leur jeu sur un échiquier rappelant le Moyen-âge central. Nous sommes dans une sorte de reflet de la révolution industrielle : l’état n’est pas aux mains d’un monarque tout puissant mais d’un ancien révolutionnaire, le progrès a creusé les inégalités, les castes sont plus visibles, les presses impriment journaux , illustrés et romans rappelant l’âge d’or des comics, des pulps et des penny dreadfulls. Le monde n’est pas manichéen, les zones de gris sont presque aussi nombreuses que dans Game of thrones.
Œuvre de notre temps, des mots comme terrorisme ou attentat viennent ponctuer les phrases et les raisons comme les personnes derrière ces attaques sont impossibles à ne pas comparer en partie à ce qui se passe dans le monde réel.



Les auteurs se montrent également originaux et imaginatifs pour décrire la magie de leur univers. Oubliez les Merlin, Gandalf et autres Harry Potter, le système magique en place est bien plus complexe et spécialisé. La magie est divisée en plusieurs branches et rares sont les élus à cumuler plus d’une spécialité. Je n'en dirai pas plus pour ne pas gâcher le plaisir mais je n'avais pas trouvé de mécaniques magiques si originales depuis Sabriël de l'australien Garth Nix ( mangez-en, c'est de la bonne).
Et non, Elo, l’héroïne , ne souffrira pas du cliché d’être l’une des seules à à avoir multiplier les talents. Elle n'est pas une nouvelle Hermione Granger,et c'est tant mieux tant la saga de Rowling a fait du mal au fantastique sur le long terme.
Les personnages sont fouillés, ont des qualités, des défauts , des rêves et des regrets. Tous ne sont pas aussi incarnés que d’autres mais tous ont une personnalité bien définie qui les rend attachants, détestables, intrigants mais aucun ne laissera indifférent.
Plusieurs scènes de flash-backs viennent nous éclairer sur le passé de plusieurs protagonistes et offrent de creuser les regrets, les attentes déçues et les espoirs de certains personnages, venant expliquer sans lourdeurs leurs actes sans pour autant les excuser. Mondiot et Lafarge nous offre de comprendre aussi bien les héros que les vilains. Comprendre, après tout, n’est-ce pas la meilleure façon de saisir le problème et d’ensuite tenter de lui trouver des solutions ?

On regrettera peut-être quelques facilités narratives qui fleurent bon l’écriture pour la jeunesse dont provient Vincent Mondiot ou quelques ellipses alors que les personnages allaient entamer des scènes chargées émotionnellement. Gageons que ces petites scories disparaîtront de la plume des auteurs dans l’avenir. Un avenir qui pourrait se dérouler dans le même univers tant l’ont sent que malgré sa nature d’aventure isolée, cet univers est trop vaste et intéressant pour ne donner naissance qu’à un one-shot.
Après La Crécerelle de Patrick Moran ( qui employait lui aussi une magie des plus originale) , encore un nouvel univers que l'on attend de retrouver au plus vite !


Allez, s'il fallait vraiment trouver un gros défaut à ce livre, ça serait dans la peste éditoriale transformant " ça a " en "ç'a" , idiotie impie qui nie la double prononciation de la noble et vénérable première lettre de l'alphabet. Pire qu'une faute d'orthographe, une faute de langage qui ne cesse de se répandre dans l'édition française et qui ne reflète même pas un usage vocal. De quoi faire suffisamment tiquer pour décrocher de la lecture en pestant devant une manie au mieux ubuesque.

mardi 24 avril 2018

Rapace sanglante.

Quand on pense Fantasy, on pense immanquablement anglo-saxonne. On ne compte plus les romans, à commencer par Le Seigneur des Anneaux ou Le Trône de Fer à avoir été composé dans la langue de Shakespeare, poète  absolu de la perfide Albion. Du Royaume-Uni aux États-Unis en passant par l’Australie, la Fantasy semble être un territoire conquis par la langue anglaise. Mais parfois, surgit face au vent un auteur francophone qui se dit qu’il peut tout aussi bien faire. La production en langue française est moindre mais elle n’en est pas moins de qualité équivalente ( c'est-à-dire que ça évolue entre le pire et le meilleur, comme partout ).


Vous l’aurez compris chers lecteurs et lectrices, je vais vous entretenir d’un roman français , La Crécerelle de Patrick Moran dont c’est le premier roman (oui, ça fait deux fois roman, ah trois maintenant. Pour la règle de non répétition , nous repasserons, vous en conviendrez) paru aux éditions Mnémos, spécialisées dans les littératures de l'imaginaire.


La Crécerelle est le nom professionnel d’une femme parcourant le monde, laissant dans son sillage un sillon de sang. Les morts se comptent par centaines. Maîtresse d’une magie assassine, la Crécerelle tue. Mais pourquoi et pour qui ? Prend-t-elle plaisir à ôter la vie de ses victimes ? Patrick Moran décide dès le début de ne pas présenter son anti-héroïne comme un clone de la méchante fée clichée mais de la doter d’une psychologie poussée et parfois paradoxale. Mine de rien, ce simple petit trait lui donne une épaisseur considérable.

Ensuite, même si le roman est relativement court, Moran crée un monde aux régions et aux cultures multiples, rappelant bien entendu celles de notre propre monde, comme un miroir déformé, permettant aux lecteurs de s’immerger relativement rapidement dans les spécificités relatives à chaque coin du monde que la Crécerelle parcourt. Plus amusant encore, Patrick Moran est un spécialiste de la geste Arthurienne et il est très stimulant de trouver ce qu’il a emprunté au mythe du roi à l’épée Excalibur pour le tordre ou le détourner.

Désireux de proposer quelque chose d’original, les systèmes de magie que l’auteur met en place sont fort différents de ce que l’on pourrait croiser dans de la fantasy classique où baguettes et bâtons de sorciers servent à lancer des sorts et des incantations basées sur des formules dans des langues inventées. Ici , la magie à un coût, celui du sang. Plus le sort est puissant, plus l’héroïne transpire son liquide vital, rendant la surenchère magique impossible car des plus dangereuses. Ensuite, si, telle la Sorcière Rouge de Marvel, celle-ci venait à tenter de réécrire l’histoire, le tissu même de la réalité en serait fragilisé. Les possibilités de la Crécerelle sont en théorie infinie mais le prix est si élevé que le personne doit constamment être sur ses gardes, évaluer les risques. Nous sommes très loin d’un Harry Potter dont les limites sont en fait sa mémoire lui servant à réciter ses sorts.

L’aventure est riche et prenante, elle ne manque ni de rythme ni de personnages creusés. On regrettera peut-être que le roman soit peu épais tant l’univers présenté ne semble traité qu’en surface alors que l’on sent que le terrain de jeu est bien plus grand que celui qui nous est présenté. Dès lors, que la Crécerelle fasse des va-et-vient entre divers endroits quand le monde semble si vaste peut frustrer. Mais ce sont des scories au final peu dommageables et qui seront à coup sûr effacées petit à petit au cours de la carrière de l’auteur qui est définitivement à suivre de près.