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mardi 18 novembre 2025

Step Back in Time # 2 : 65 millions d'années pour le réaliser.

Il y a un avant et un après.
Il y a des événements qui changent les choses, qui changent le regard.
Rares sont les personnes qui peuvent se vanter d’avoir empiler les « avant/après »
Steven Spielberg est de ces personnes.
Il y a un avant Jaws et un après.  Il a inventé le blockbuster ! ( ne jetez pas la pierre, il n’est pas responsable de ce que les autres ont pu en faire).
Il y a un avant E.T et un après. Il a mis fin aux délires d’invasion alien au cinéma ( Independance Day ? Vous le regardez encore souvent? ; même les chaines télé miteuses ne le programment plus. )
Il y a un avant Jurassic Park et un après.  Et lui, va tout changer. En même temps que les dinosaures font tomber les barrières de leurs enclos, les réalisateurs feront s’envoler celles de leur imagination. Tout devenait possible.
Mais je brûle les étapes, pardon.

Nous sommes à la fin des années 80, début des années 90. Spielberg est alors une machine de production à lui tout seul. Il a enchaîné La dernière Croisade, Always et Hook s’apprête à sortir avec la meilleure musique que John Williams a jamais composée.
Son activité de producteur est à la hausse et il a même des billes dans des séries d’animation de la Warner ( les Tiny Toon, les Animaniacs, et j’en passe). Avant James Cameron, le roi du monde était un petit barbu de Cincinnati ! En alors que Hook est presque fini, Spielby a déjà les yeux vers son futur. Sans se douter qu’il allait défricher celui de son média, le cinéma.




Son prochain projet ? E.R, une histoire centrée sur les heurts , bonheurs et malheurs d’une équipe d’urgentistes dans un hôpital . Le scénario est écrit par Michael Crichton, auteur de romans à succès. Alors que nos deux larrons, amis dans le civil, discutent, Steven le questionne sur son prochain roman. Une histoire de dinosaure dans un parc d’attraction qui déraille (oui voila, ça ressemble à Westworld à la préhistoire, bien vu ! ) .
Les yeux s’écarquillent. L’excitation guette.
Spielberg n’en a plus rien à cirer de ses urgentistes et Crichton pourra aller vendre son scénario à la télévision. Ça révélera George Clooney ( l’homme qui a failli faire tomber Batman mais qui a relevé l’action Nespresso à la bourse ! ).





           ( James Cameron aussi était intéressé mais a avoué que sa version aurait été fort différente)




Spielberg veut réaliser un film tiré d’un roman même pas encore finalisé ! Et ça urge, parce que E.R devait être relativement facile à tourner, où du moins rapide ( unité de temps et de lieux minimale , ça aide pour mettre en boîte rapidement ) et que tonton Steve, il a La liste de Schindler qui commence à se profiler. Un projet lourd, à la logistique monstre pour lequel Spielberg aura besoin de temps pour le finaliser au mieux.
Crichton planche sur le scénario, aidé par David Koep, en même temps qu’il termine son livre. Universal, producteur de Schindler, remporte la guerre entre studios pour l’acquisition des droits. Les deux films sortiront la même année. Deux films diamétralement dissemblables ? Et bien nous verrons plus loin que non.
Il y a deux choses qui stimulent Spielberg plus que de raison à se pencher sur Jurassic Park.
Petit A , Steven Spielberg est issu d’une génération de cinéphiles. Des films l’ont fait rêver étant gosse et voila l’occasion de rendre hommage aux effets de Ray Harryhausen en général et à King Kong en particulier !




Petit B , le thème central du film est le même que La Liste de Schindler.
Un thème qui a traversé la filmo de Spielberg et qui continue de le faire aujourd’hui !
Que nous montre Jurassic Park ?
Dans un lieu coupé de tout, un petit groupe d’individus a isolé une espèce entière et entend la régenter comme bon lui semble. Ce groupe est déshumanisé par la machine bureaucratique qu’ils sont devenus. Et nient la nature vivante même des prisonniers.
D’aucuns se sont adaptés, d’autres vont saisir la chance de se rebeller et de vivre libres quand l’occasion se présentera sous la forme d’un chaos total.
C’est Jurassic Park dont les dinosaures vont se montrer peu dociles quand Dennis Nedry coupe le système et provoque le chaos.
Ce sont les juifs de Varsovie (certains du moins) qui vont tenter de survivre et de s’évader quand leur prison sera assiégée par l’armée allemande provoquant un chaos dans les rues et les habitations.
Il y aura des morts mais la vie trouvera son chemin.

La machine non-humaine qui tente de réguler la vie ,voire même de la broyer, est un thème cher à Spielberg et on le retrouvera dans d’autres films postérieurs, comme Minority Report par exemple, ou même la Guerre des Mondes.
Et cette machine déraille toujours, elle se fait bouffer de l’intérieur. Voila la croyance de Spielberg qui transpire même dans ses films où il montre bien qu’il n’a plus confiance en l’humain.
Parce que sa conviction est ancrée. Voila pourquoi Jurassic Park est cohérent dans la filmo de Spielberg. Voila pourquoi toute sa filmo est cohérente !


Bon, cet aparté idéologique étant derrière nous, revenons à nos dinos !

Donner vie à des monstres préhistoriques , voila qui a de quoi être excitant…et flippant. Pas le droit à l’erreur. Fini le temps de la stop-motion belle mais voyante ( les mouvements doivent être fluides) ou du déguisement de lézards vivants grimé en dinosaures fantaisistes ( diantre, le public a vu Le petit dinsoaure et la vallée des merveilles ! et sait à quoi doit ressembler un dino au ciné…qui a produit ce film déjà ? ) !
Mais les défis techniques, Steven connaît et il sait où s’adresser : chez ILM, la boîte à effets spéciaux de son copain George (Lucas).  Et c’est là que l’histoire va se jouer. C’est là que l’analogique va rencontrer le numérique. C’est là que l’évolution va se mettre en marche.
Les premiers cinéastes étaient des Géants. Ils ont construit des mondes sans avoir de repères sur l’art qu’ils inventaient.
Les seconds ont vu les films et on imaginés l’avenir : ils étaient doublement des voyants.
Spielberg est de ceux-là. Et son film va lancer un nouveau mouvement. L’évolution se base sur…( allez les gars, ça fait 17 ans que les films X-men en parlent…) la mutation ! Il est là, le temps des mutants débute.  ( cette réflexion est en partie basée sur les titre des trois très gros essais de Pierre Berthomieu aux éditions Rouge Profond ).

Quand une espèce plus évoluée apparaît, elle entraîne la disparition de sa cousine moins adaptée. Mais là, Spielberg ne sait pas encore qu’il va faire tomber le premier domino.
Il pénètre dans ILM en se disant que l’animation stop-motion a fait d’énorme progrès et qu’il aura sans doute besoin de gros robots bien balèzes qui ne tomberont pas en panne comme son foutu requin presque 20 ans auparavant !


Bon, là, petit aparté, oui encore !
Les ennuis mécaniques de Bruce ( le requin ; Spielberg l’a nommé ainsi en hommage à son avocat…true stroy ! ) ont fait dire que Spielberg a retourné ce soucis à son avantage en lui permettant de repenser sa mise en scène basée sur la suggestion plus que sur l’illustration.
Ce n’est qu’en partie vrai. Dès le début, Spielberg voulait montrer le requin tardivement pour maximiser sa première apparition. Les soucis techniques l’ont poussé à devoir repenser plusieurs séquences où le requin était prévu pour qu’elles s’insèrent dans cette démarche suggestive ( ce qui a débouché sur un dépassement de temps de tournage et de budget par la force des choses).
Ridley Scott s’en inspirera pour Alien, tout comme il s’inspirera du début de Saving Private Ryan pour l’ouverture de Gladiator. C’est la différence entre un génie et un mec hyper talentueux : y en a un qui passe toujours un peu avant l’autre.

Pour ses "Dents de la Terre", Spielberg ne veut pas revivre les frustrations de ses Dents de la Mer. Mais que l’on ne s’y trompe pas, Jurassic Park n’est pas là pour effacer les affres du passé (et digérés) de Spielberg ni pour faire le minimum syndical en sachant que le public viendra sans aucun doute voir une «  resucée » du requin sous une nouvelle forme.
Les deux films s’ouvrent sur une attaque monstrueuse montée, pensée, mise en scène différemment et avec l’énergie qui convient au projet. Il y a des points communs mais encore une fois, je me répète : la filmo de Steven Spielberg est d’une cohérence rare dans ses thèmes et ses approches.







Bref, Steven sait ce qu’il lui faut et il discute des modalités. Et le jour des premiers essais, tout fonctionne. C’est beau, génial, le film va se faire avec de bonnes vieilles méthodes qui ne subissent plus les accrocs d’antan.
Mais…mais…c’est là qu’entre en scène Dennis Murren.
Murren sort de deux films de James Cameron : Abyss et Terminator 2. Et certains effets ont été créés par ordinateurs. Pas super longs en temps de présence à l’écran mais assez bluffants pour être remarqués. Et Murren en est convaincu, cette méthode en a dans le ventre. Il propose à Spielberg de lui démontrer sa certitude et concocte avec son équipe une séquence mettant en scène le T-Rex. Spielby est bluffé. L’animation est au top et demande moins de lourdeurs dans la réalisation pour insérer les dinos. L’option stop-motion est écartée mais l’animateur Phil Tippet est embauché dans l’équipe de Murren . Après tout, ils ont besoin de références pour animer les mouvements. La nouvelle espèce possède toujours des attributs de l’ancienne et la transition entre les deux est ici pacifique. Mais pour tout un tas de séquences, Spielberg a besoin de robots. Et c’est là que va résider le tour de force.

L’alternance des techniques ! Utiliser le bon outil au bon moment à bon escient. Un plan nécessite un robot ? On prend le robot, un plan a besoin de fluidité ? On prend les images de synthèses. Il faut penser bien en amont les plans et comment ils devront être tournés, et avec quoi ! C’est ce travail qui rend le film si fort visuellement encore aujourd’hui ( ce film a 30 ans et la met encore minable à pas mal de films récents. Quelles sont leurs mauvaises excuses ? )  alors que moins de 15 minutes d’images de synthèses sont en tout utilisées dans le film.  Et chacune sont frappantes, chacune a marqué les esprits ! Quel film actuel peut se vanter de ça ? Et elles ne sont pas marquantes que parce qu’elles sont belles et innovantes pour l’époque. Non, elles marquent parce que la mise en scène et le montage prépare le terrain avant leur apparition.




Le brachiosaure qui apparaît ? Juste avant , la caméra va s’attarder sur les visages et les réactions de Grant et Sattler. Puis paf, ça coupe sur les dinos au loin ! Ensuite seulement on embraye sur Malcolm et son cynisme ( sa note d’humour enfonce le clou ! " Il y est arrivé ce vieux dégénéré ! ")


Le T-Rex s’évade ? Un verre d’eau qui tremble, une chèvre morte qui tombe sur le toit de la voiture, une patte sur un câble et BOUM ! Les piliers tombent, le Roi sort de son antre ! Et le public retient son souffle. Plusieurs fois sur le même film.
Tous les successeurs de Spielberg sur la franchise, je dis bien TOUS, se ramasseront dans les grandes largeurs quand il s’agira d’introduire des menaces gigantesques.
Le navet Jurassic Park III et les nanars Jurassic World ne retrouveront jamais la force évocatrice de Jurassic Park ( à part peut-être deux ou trois plans dans Fallen Kingdom de J.A Bayona mais pas de quoi en faire un jambon ).  Au lieu de se demander comme refaire l’exploit Jurassic Park (impossible, même pour le papa de la chose), la question aurait du être « Que pouvons-nous apprendre des réussites de The Lost World ? » . Question que les compositeurs Don Davis ( les 3 premiers Matrix ) et Michael Giacchino ( Jupiter Ascending, The Batman) se poseront, eux. 

Le cinéma étant un art collectif où le réalisateur ( dans le meilleur des cas ) est le capitaine du navire et ses matelots et gradés occupent des postes plus ou moins importants. Les premiers auxquels on pense sont les acteurs ( car nous les voyons à l’écran ).  Le casting est bon, solide. As usual, Spielberg sait tirer vers le haut les acteurs plus jeunes sans rendre leur jeu crispant.
Jeff Goldblum est aussi agaçant que cyniquement amusant dans le rôle de Ian Malcolm et Sam Neill joue un Alan Grant presque désabusé par son métier et la fin annoncée de celui-ci avec l’arrivée du parc jurassique. La rumeur prétend que Spielberg devait initialement tourner avec Harrison Ford qui aurait troqué son rôle d’archéologue pour celui de paléontologue. Je me disais aussi que les chapeaux des deux héros se ressemblaient.



Mais pour voir les acteurs, il faut exciter le pellicule. Et c’est le boulot du directeur de la photographie. Ici, c’est à Dean Cundey qu’il incombe de mettre en lumière les décors.
Cundey n’est ni le meilleur directeur photo ni le pire. Il sort d’une autre collaboration avec Spielberg, Hook. Son approche naturaliste ( dans le sens où sa mise en lumière donne l’impression de voir la réalité nue, comme les superbes clichés du National Geographic par exemple ) aura été catastrophique sur Hook : tourné en studio, son approche de la lumière met en avant que tout est faux et chiqué ! Neverland aurait dû être une Terre du Milieu plus petite et sous LSD, pas un studio ultra friqué mais en toc ! Ce genre de chose peut disparaître grâce à une bonne photo, les gars sur Star Wars et Alien 1 et 2 n’ont fait que ça ! Mais sur Jurassic Park, le choix est payant !

Belles comme le papier glacé du magazine aux couvertures  jaunes cité plus haut, elles donnent l’impression de se balader dans un joli DisneyLand ambiance jungle bien entretenue. Et quand le spectateur se sent comme chez Mickey, tout se détraque et l’impact est renforcé. L’ambiance n’était pas à la peur ou à l’horreur. Et quand ces dernières débarquent, l’effet est maximisé au possible. La pellicule toute jolie se trouve entachée, comme le sang, la tension et le suspens viennent engluer l'image comme du venin de dilophosaure sur une proie !




Mais Spielberg devra noter ses intentions car il ne peut être présent pour l’ensemble du montage.
Il doit partir tourner La Liste de Schindler. Mais à qui laisser son bébé ? À un exécutif du studio ? Non !
Spielberg a un ami. Réalisateur avec un attrait phénoménal pour le montage.
Quelqu’un de carré, qui sait bosser dans les délais ( c’est lui qui inculquera cette notion à Spielberg d’ailleurs. Lui qui dépassait temps et budget sera désormais un gars capable de boucler ses tournages avant la date finale fixée après avoir bossé avec son grand pote).
Quelqu’un dont le travail sur Jurassic Park sera méconnu mais cité au générique dans les remerciements : George Lucas.
Lucas va superviser le montage pour son pote en suivant ses instructions et en apportant sa science au projet. L’histoire ne dit pas quelles scènes furent sauvées ou sacrifiées ni par lequel des deux.



Et en l’état, même si Spielberg avait eu le temps de rester, le film ne serait sans doute pas différent. Mais Lucas a sauvé les délais pour Spielberg. Et quand il a vu les résultats , Lucas s’est dit «  Bon sang, ça y est, la technologie pour les épisodes 1 à 3 de Star Wars est prête ! » . Un coup de pouce pour un ami en forme de «  je t’ai laissé mes plans et les pièces, monte-moi cette commode Ikéa » allait lancer le retour de la Force et des Jedi au cinéma…mais ça, c’est une autre histoire !

John Williams, fidèle compositeur de tonton Steven rempile pour cette aventure. Si son thème musical est beau et reste en tête, on ne peut que s’étonner du manque d’ampleur de sa composition. Trop sage, trop convenue. Alors oui, sage et convenue pour du John Williams c’est toujours quelques coudées au-dessus de pas mal d’autres mais au vu des sujets et de la taille du film, on pouvait s’attendre à plus pêchu ! Il se rattrapera et vraiment pas qu’un peu sur The Lost World, une des B.O les plus abouties et qui s’écoute encore d’une traite en CD !

                                        

                             
                             

                                      
                         


 

Jurassic Park aura marqué les esprits. Il aura marqué le public, les professionnels ( 3 Oscars !)…mais il aura marqué le cinéma. Il est le film qui a dit «  Désormais, la seule limite de notre media, c’est notre imagination. Les outils sont là, faites marcher vos neurones. » Quel dommage que tant de films ne se reposent sur ses merveilleux outils sans réfléchir sur la façon de s’en servir correctement. Mais cela rend les pépites et les travaux honnêtes et passionnés de certains réalisateurs bien plus puissantes.
Et ces films-là, ils vous apportent quelque chose.
Lorsque l'on marque la pop-culture de son empreinte, l'on marque la pensée collective et s'ouvre la voie de devenir un classique et une référence immédiatement reconnaissable ( et ouvert aux détournements ). 




Vous entrez dans la salle de cinéma avec votre paquet de pop-corn et quand les lumières s’allument, vous constatez que vous n’en avez presque pas mangé ! Si plus de films avaient ce pouvoir-là, le taux de cholestérol de l’occident diminuerait et les consciences s’élèveraient peut-être un peu plus ! Non, pensez-y. Vous en connaissez beaucoup vous des films qui vulgarisent la théorie du chaos et l'effet papillon comme ça ou qui change à vie votre vision des dinosaures et des oiseaux ?



Le numérique se projette sur l'analogique. L'image est simple, belle, parlante !






mardi 3 janvier 2017

Step Back in Time #1 : Il ne peut en rester qu'un

Here we are, Born to be kings, 
We're the princes of the universe, 
Here we belong, Fighting to survive, 
In a world with the darkest powers, 
And here we are, We're the princes of the universe, 
Here we belong, Fighting for survival, 
We've come to be the rules of your world,
I am immortal, I have inside me blood of kings, 
I have no rival, No man can be my equal, 
Take me to the future of your world






Les années 80, époque bénie et maudite du cinéma puisqu'elle a vu éclore les meilleurs concepts du média mais hélas pas toujours les meilleurs traitements de ceux-ci.

C'est le cas avec le film qui nous occupe aujourd'hui : Highlander.

Oh j'entends déjà des cris de vierges effarouchées parce que j'ose m'attaquer à ce film culte, mais, soyons honnêtes : voila un agréable divertissement qui n'a pourtant rien d'un chef-d'œuvre tant scénaristique que technique. Alors, pourquoi une telle aura presque ceinte des lauriers de la gloire ?
Je ne vais pas vous faire languir : parce que son concept a de la gueule et que les multiples suites et séries dérivées, toutes désastreuses, ont aidé à faire passer ce premier épisode de la saga pour bien meilleur qu'il n'était (placer une pizza surgelée fabriquée en usine à côté d'une merde pleine de mouche et vous verrez que la dite pizza semble d'ores et déjà bien plus appétissante).

Mais avant de sortir les sabres et de me couper la tête, pitié, relisez-moi : je n'ai jamais écrit que le film était mauvais. Il est de plus porté par un concept fort (bousillé par les suites mais la question n'est pas là).

Et pour les plus jeunes pour qui Highlander est synonyme de "à chier" et qui ne font que répéter ce que leurs aînés racontent, retournons un peu sur les traces du premier film.


Nous sommes venus de la nuit des temps, traversant silencieusement les siècles. Vivant plusieurs vies secrètes, combattant pour survivre, luttant pour atteindre le moment de la rencontre, quand les quelques rescapés se battront jusqu'au dernier. Personne n’a jamais su que nous étions parmi vous ... jusqu'à maintenant.





Connor Macleod est un immortel de plus de 400 ans.
Au fil des siècles et des époques, d'autres, immortels comme lui, sont apparus sur Terre et se livrent une bataille dont le point culminant aura lieu lorsqu'une poignée d'entre eux restera.
En duel singulier, les immortels recherchent à trancher la tête de leur adversaire pour recevoir le "quickening", une décharge d'énergie qui survient après la mort de l'un d'eux.
Le dernier immortel en vie recevra "le prix", dont la nature demeure un mystère mais une chose est certaine : l'essence du méritant aura un impact sur le reste de l'humanité lorsque celui-ci sera le dernier immortel sur Terre.

Donc, évacuons direct ce qui ne va pas dans tout ça et ensuite nous terminerons sur les bonnes notes.
Premièrement : le budget du film. 16 millions de dollars, c'est peu, surtout au vu de l'ambition de la chose. Traverser les époques, les batailles épiques, etc… cela a un coût et manifestement les billets verts n'ont pas assez suivi. La légende veut qu'énormément de passages aient été abandonnés par manque de moyens. La novellisation du film, sortie en 1986, contenait par exemple de multiples chapitres complètement absents du film et provenant sans doute du scénario, comme de nombreux retour sur la vie du Kurgan, l'antagoniste principal du film.
Nul doute que les capacités des immortels auraient été plus recherchées et plus impressionnantes ( peut-être plus proches de ce que l'on peut voir dans le troisième épisode ? ).
Leurs pouvoirs sont finalement assez limités : ressentir la présence de leurs pairs et guérir plus vite que Wolverine.
Les combats à l'épée, s'ils sont correctement chorégraphiés n'en restent pas moins un peu faiblards et, face aux standards actuels, lents et peu palpitants.




Le méchant est parfois méchant pour le plaisir de démontrer sa malice et sa malveillance envers les autres et ce guerrier ultime n'est finalement qu'une brute avec une grande science de l'épée, sans plus. Ce qui ne cadre pas vraiment avec ce qu'il est censé être, à savoir un guerrier redoutable, aguerri par des siècles de batailles : ce mec aurait dû finir financier, un requin face à un simple commerçant, éduqué certes mais qui joue dans les lignes blanches.
L'imagerie du gentil, devenu antiquaire nanti, et du méchant, punk en cuir, est d'ailleurs assez étrange voire idéologiquement choquante, comme si la contre-culture devait être éradiquée par l'idée que la société peut avoir de la "normalité".
On peut aussi se poser quelques questions sur les facilités de scénario (toute la relation entre Connor et Brenda en 1985 est assez étrange) et se demander ce qu'il faisait en Europe en 40-45 quand  tout le reste du film insiste sur le fait qu'il vit en Amérique du nord depuis au moins 1783.

La réalisation est souvent correcte mais sans plus.
Cependant, le réalisateur et le directeur photo semblent adorer les ambiances enfumées ou brumeuses et les jeux de lumière que cela permet, ce qui donne un cachet certain à l'image bien que le procédé soit répétitif.
Ensuite, certains effets de transition entre les époques ont été pensés en amont du tournage pour permettre de jouer avec le montage, ce qui démontre que non, le réalisateur n'est pas allé sur le tournage à l'arrache. Russel Mulcahy n'est peut-être pas un grand cinéaste mais il avait du dynamisme et des idées dans sa caboche et il s'en sort relativement bien avec un budget casse-gueule au possible pour un film nécessitant un grand nombre de costumes, de décors et d'effets spéciaux (L'arme fatale a coûté aussi cher mais n'avait pas besoin de tant d'éléments si particuliers).
De plus, venu du clip, Mulcahy va se servir de trucs et astuces bon marché pour sur-stimuler les ressentis du spectateurs ( caméra accrochée à un balancier, etc...) 
L'ouverture du film ce fait sur un match de catch et la foule est avide de violence : dans la foule, le jeu de lumière du directeur photo arrive à mettre en avant le personnage de Connor sans que l'impression qu'il soit mis en exergue par un effet de réalisation ne se sente : il est habillé comme les gens qui l'entourent mais il est clairement différent d'eux, cela est directement confirmé par les flashbacks qui assaillent soudain l'écran, une bataille moyenâgeuse dont on comprendra qu'elle est un souvenir pour le personnage.

There's no time for us
There's no place for us
What is this thing that builds our dreams yet slips away 
from us

Who wants to live forever
Who wants to live forever....?

When love must die

Les thèmes abordés sont assez novateurs au cinéma pour l'époque.
Alors oui, Anne Rice et ses vampires se lamentant de leur immortalité assurent dans les bouquins depuis les années 70, mais au cinéma (qui a toujours trois guerres de retard sur la littérature), c'est assez neuf.
L'immortalité peut donc être un fardeau (ou un prétexte à de l'humour lors d'un duel au 18ème siècle entre gentilshommes) et la chanson de Queen accompagnant la scène de la mort de la première épouse de Connor est très belle et très claire sur le sujet (mais du coup, le groupe sert presque à surligner la chose, ce qui donne à la chanson la même fonction que les passages chantés dans un Disney, la tragédie noire en plus).
Si les Immortels du film ne peuvent avoir d'enfants, cela n'était pas le cas dans les premières versions du scénario où Connor avouait avoir eu 37 enfants (et assisté à chacun de leurs enterrements, bonjour l'ambiance dépressive).



On se retrouve aussi en territoire défriché lorsque l'on croise des schémas narratifs connus et reconnus dont les racines remontent aux mythes anciens. Connor est un jeune homme un peu différent qu'un vieux sage, lui aussi différent, prendra sous son aile pour le former avant qu'il ne puisse entamer son voyage.
C'est le très classique mais toujours actuel "Appel de l'aventure". C'est Gandalf et Frodon, c'est Obi-Wan Kenobi et Luke Skywalker.
D'ailleurs, Sean Connery en Ramirez rappelle plus aisément Obi-Wan, surtout lorsque sa voix-off résonne à la fin du film, ne provenant pas des souvenirs de Connor. Sans compter son combat et sa chute face à la figure du chevalier noir qu'est le Kurgan rappelant la mort de Kenobi face à Dark Vador/Darth Vader (oui, je fais plaisir aux puristes comme aux autres).
Dans les mythes, le héros parti à l'aventure revient changé et porteur d'un nouvel espoir pour son village/nation/monde. C'est également ce qui attend Connor puisqu'une fois vainqueur du Kurgan et détenteur du "Prix", il est clairement stipulé que son savoir est total et qu'il peut influer sur les pensées des gens (alors bonjour le libre arbitre mais soit).



Notons aussi que New York comme lieu du combat final n'est pas anodin, dans les années 80, la Grosse Pomme était l'une des villes les plus violentes d'Amérique (certes, derrière Washington et Boston mais la ville possédant des studios de cinéma, sa nature a vite occulté celle des deux autres), il faudra attendre la guerre au crime et aux armes de Rudolph Giuliani dans les années 90 pour que la ville semble plus propre.





Un point important dans le film est la place ou l'image de la femme. Alors que Sarah Connor et Ellen Ripley explosent le taux de testostérone à cette époque, les femmes du film sont souvent en retrait et victimes. Il est également à noter qu'aucune Immortelle ne semble exister, ce don étant réservé apparemment aux mâles.
Mais faut-il y voir une certaine forme de misogynie latente ?  Eh bien pas forcément.

Déja, il faut replacer le film dans son époque : le "girl power" était en gestation (merci James Cameron) et ne trouverait sa maturité que plus de dix ans plus tard (Buffy, si tu nous lis). Et si l'on va plus loin, avec leurs épées et leur passé, les personnages ressemblent à des chevaliers blancs ou noirs projetés dans le monde moderne. Et le modèle chevaleresque (blanc) ne fonctionne pas sans demoiselle en détresse (mise à mal très souvent par un chevalier noir ; cf. Mordred).





Ensuite, j'ai une théorie. Mais avant tout, je tiens à faire remarquer, si besoin était, que la lecture d'une œuvre est dépendante du savoir et des partis pris de celui qui se penche sur le sujet : donc je suis peut-être complètement à côté de la plaque sur les intentions du réalisateur et du scénariste mais je me lance quand même.
Dans l'imaginaire et l'inconscient collectifs, la femme symbolise la vie (voire les expressions comme "mère nature" ou les représentations des vénus préhistoriques), or, tous les immortels sont cernés par la mort et la stérilité.
Plus fort, ils ne se battent que pour la mort : la mort par la main & l'épée d'un autre immortel mais l'essence même du "Prix" est liée à l'accès à la mortalité. Quelle que soit leur habilité d'épéiste duelliste, le bout du chemin sera le même : la mort. Côtoyer la gent féminine sans être capable de mourir est une souffrance pour Connor et son mentor Ramirez : incapables de décéder, ils souffrent de la présence de la vie (qui a un début et une fin, contrairement à leur vie qui n'en est donc pas vraiment une) palpitant dans les veines des femmes qu'ils ont aimées et condamnée à s'éteindre un jour.







Enfin, si tout le monde associe Queen à la musique de Highlander, il ne faudrait pas oublier le très bon travail de feu Michael Kamen (L'arme FataleDie HardX-men, c'est lui) qui accompagne et embraye sur le travail de Queen avec une rare aisance.


jeudi 7 avril 2016

Imprimer la légende.

Lucky Luke, la gâchette la plus rapide de l’Ouest, l’homme qui tire plus vite que son ombre.
Créé par Morris ( l’homme qui , pour la première fois, qualifia la BD de 9éme art) en 1946 pour Dupuis, il rapatriera plus tard son héros chez les éditions Dargaud. Au fil du temps, Lucky Luke changera d’éditeur avant de terminer chez Lucky Comics, un partenariat avec les éditions Dargaud…qui est entre-temps devenue une filiale de Media Participations, qui possède également Dupuis et Le Lombard.
La Bande-dessinée est une grande famille dysfonctionnelle à la limite de la partouze incestueuse (mais tant qu'elle donne des beaux rejetons...).

Mais revenons au sujet de base.
Luke a été créé par Morris mais très vite, il confiera le scénario au célèbre René Gosciny. Ensuite, une flopée de scénaristes se chargera du scénario et un nouveau dessinateur prendra la relève après le décès de Morris. Lucky Luke est une figure phare de la bande-dessinée belge et de l’école de Marcinelle.


Il lui est rendu hommage en deux endroits à Charleroi ( ville dont Marcinelle fait partie ) : une statue de lui et de son fidèle Jolly Jumper trône en effet près du parc Reine Astrid et des fresques représentant son univers ornent les murs de la station de Métro «  Parc ».
Et voilà que débarque un nouvel hommage, sous forme de bande-dessinée cette fois-ci , scénarisée et dessinée par Mathieu Bonhomme ( aucun lien avec Laudanum et Aquarium, ne mélangez pas tout, merci ! ).




L’homme qui tua Lucky Luke. Un tel titre ne peut qu’attirer l’œil, que l’on aime ou pas les aventures du cow-boy le plus célèbre de ce côté de l’Océan Atlantique. La chose semble presque impossible, comment abattre l’homme qui tire plus vite qu’un éjaculateur précoce et capable de tirer 7 coups avec un 6 coups ? La première page de l’album scotche et la seconde revient quelques jours en arrière pour nous conter comment nous en sommes arrivés là. Le procédé est classique mais diablement efficace.



Lucky Luke arrive dans une petite ville pour y  passer la nuit. Dès son arrivée, Luke perd son tabac adoré et se frotte aux autorités locales. Le shérif est un homme-enfant dont les frères tiennent la ville. Les armes étant interdites, Luke perd vite son colt dans la foulée. Mais la légende de Luke est connue et les habitants l’engangent pour qu’il retrouvent un mystérieux indien qui aurait attaqué un convoi d’or quelques temps auparavant. Luke accepte, sous le regard mauvais de la famille du shérif.

Le scénario est autant un hommage à Lucky Luke ( les références pullulent : on y parle des Dalton, on y croise Laura Legs la danseuse de cabaret, l’addiction au tabac de Luke et pourquoi il abandonna pour mâcher un brin de paille est aussi abordée.) qu’un hommage aux westerns (le titre en lui-même ne renvoie-t-il pas à L'homme qui tua Liberty Valance ? Le titre de cet article aussi !) . Le ton est en effet plus premier degré dans cette aventure que dans les albums officiels ( du moins de ce que je me souviens : mes lectures remontent à mon adolescence et je n’étais pas un grand fan) mais garde le côté parfois naïf des albums. Un travail d’équilibriste qui aurait pu se terminer par une chute navrante sans filet de sécurité.
Il n’en est rien.
L’aventure se suit avec un plaisir certain pour ne pas dire un certain plaisir. En conviant les codes du genres , l’auteur nous plonge dans un univers familier et ne perd donc pas de temps à trop exposer le décor ( tout le monde a vu un western au moins une fois dans sa vie et Lucky Luke fait partie de l’inconscient collectif), lançant l’intrigue dès les premières pages. L’humour reste présent, bien que plus en retrait que dans une production dont l’ADN remonte au journal de Spirou ( blagues, gags, potache ) en la personne de Doc Wednesday ( pastiche de Doc Holliday, l’ami de Wyatt  Earp….oui c’est ça, Kevin Costner pour les deux au fond près du radiateur) ou encore la poisse absolue de Luke quand il s’agit de s’en rouler une petite ( un détail comique qui prendre une importance capitale pour la suite). Il ne manque que la musique d'Ennio Morricone.





Le dessin de Bonhomme ne tente jamais d’être un copier/coller de celui de Morris ( qui lui-même eu un style qui évolua avec le temps ) mais les aplats de couleurs sont pensés pour s’insérer dans la mouvance de celle de la série au 70 albums. Le trait est agréable et détaillé sans être surchargé. Si la rétine ne se décrochera pas devant les planches, il est indéniable que le style de dessin est maîtrisé et rappelle les classiques de la franco-belge.




L’homme qui tua Lucky Luke est donc un album agréable , capable d’être apprécié même par les personnes ne portant pas forcément le poor lonesome cow-boy dans leur cœur …tant que l’on n’est pas allergique à l’Ouest sauvage américain. Un hommage réussi dont on regretterait presque que Calamity Jane, les Dalton et Rantanplan ne fassent pas partie. Qui sait, nous aurons peut-être droit à un nouvel hommage dans quelques temps. S'il est de la qualité de celui-ci, je signe des deux mains !