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lundi 22 avril 2024

Sisters in Arms.

 




Factus. Le trou du cul de l’univers connu. Une lune désertique, un far-west étouffant tant par sa chaleur que son manque d’oxygène. On y retrouve principalement d’anciens détenus dont il est peu clair qu’ils soient là par choix et divers colons malchanceux ou naïfs qui n’auront sans doute jamais les moyens de partir de ce trou à rats géants. C’est sur cette lune que vit Dix Low, médecin voyageant dans les terres isolées, soignant qui s’y trouve pour régler un mystérieux compte avec son passé.

C’est que Miss Low a participé à une guerre. Et qu’elle n’a pas choisi le bon camp. Ou du moins, pas le camp qui allait gagner. 


Gabi est une jeune ado.
C’est aussi une Générale de l’Accord, la faction qui a gagné la guerre et envoyé des enfants aux combats car les adultes pensent généralement à deux fois avant de buter un gosse. Erreur fatale, tu te prends une balle (nb : soyez sociopathe, tirez sur tout ce que l’ennemi envoie ! ).
Elle et Dix n’auraient jamais du se croiser. Mais le mystérieux crash du vaisseau de Gabi va les mener à traverser la poussière et en mordre pas mal pour sauver la jeune fille de ceux qui veulent son trépas. Sauf si Gabi décide de buter Dix en apprenant son passé durant le voyage.


Que cela soit sur le 4è de couverture ou un peu ailleurs sur le net, Ten Low ( le titre V.O ) est comparé à Firefly/Serenity ( la série de Joss Whedon et le film concluant icelle ) et Mad Max Fury Road. Disons que ce roman a sans aucun doute des brins d’ADN en comun avec les œuvres suscitées mais il a son identité propre, comme un cousin éloigné. 


Et il coche les cases attendues : le mystérieux passé de l’héroïne qui la ronge, les villages ou villes remplis de brigands, arnaqueurs, j’en passe et des meilleurs ainsi que des lieux étranges, presque mythiques grâce à leurs noms  que personne ne veut visiter mais où nos deux larronnes iront bien entendu foutre le bordel. Du réchauffé.

Mais est-ce un tort ?
Les ingrédients sont connus mais efficaces et le tout est fait maison dans une casserole et pas un plateau repas en carton remplis de colorants et de conservateurs jetés à la va-comme-j’te-pousse comme la première série Disney+ micro-ondée venue. 


C’est que Stark Holborn, la femme derrière tout ça , sait comment poser son récit, faire monter la sauce, envoyer les tripes et les boyaux au bon moment avant de relancer le repas et les couverts à travers les gueules de celles et ceux qui peuplent son univers. 

En plus de jouer habilement avec le suspens et l’action bourrine bien jouissive et défoulante d’un western de série B saupoudré d’amphétamines, de bruit et de fureur sans raisin mais avec colère , Holborn crée des éléments qui lui sont propres comme la secte des Chercheurs, des charognards délestant toute épave (mécanique ou humaine ) , les Freux , un gang aussi armés qu’acharné et les « Si » , les habitants de Factus.
Des créatures élémentaires que seuls quelques rares «  élus »  peuvent percevoir. Et pas forcément pour leur porter bonheur. Influant sur le hasard et les probabilités pour en tirer le pire, les Si suivent Low à la trace, ayant bien senti son potentiel chaotique. 


Ce monde désertique comporte aussi donc ses lieux emblématiques dont les noms ne sont que rarement annonciateurs d’une ambiance de Parc d’attractions. Comme la Fosse ou la Bordure ( aka l’endroit dont on ne revient pas ) dont je vous laisse découvrir l'horreur.


Bref, le roman étant relativement court et prenant, les lecteurs reprendront peu leur souffle entre deux chevauchées, embuscades, coups fourrés, infiltration burnée et autre plans de sauvetage tenant surtout grâce à du papier collant MacGyver et la détermination acharnée des personnages prêt à en faire chier tous ceux qui ont tenté de les enculer. 


C’est entre les lignes, ces zones blanches sur lesquels le lecteur peut projeter ce qu’il veut, que l’on pourra plus ou moins appréhender les factions ayant fait la guerre ayant précédé l’histoire et leurs motivations «  toujours belles et nobles » dans la propagande bien rodée. 


Au final, le roman est un agréable divertissement que les amateurs de musiques de films liront en mixant dans leur cerveau aussi bien Ennio Morricone qu’Hans Zimmer en passant parfois par Jerry Goldsmith. Souvent pour le meilleur dans l’action violente mais chaque fois dans une dynamique de lieux et de temps différents et plus rarement pour le pire (ou disons le moyen) tant trop de personnages ressemblent à des archétypes connus à qui l’ont aurait greffé un peu plus de background que l’on s’y attendrait. Mais hey, des graines psychologiques disséminées ainsi peuvent très bien pousser plus tard si on les arrose d'assez de sang, de sueur et d'alcool frelaté.


Rien de bien neuf sous le soleil du western mâtiné de SF donc mais encore une fois, le réchauffé peut avoir du goût, remplir son homme et le faire se sentir assez rassasié tout en le poussant à vouloir en reprendre. Et ça tombe bien, l’auteur a déjà une suite à son actif et un 3è tome devrait sortir en VO d’ici peu. 

Espérons que les Si ne nous fauchent pas l’opportunité de pouvoir les lire un jour en VF. 


mardi 7 mars 2017

True Griffe.

Après 17 ans de bons et loyaux services envers des films bons, très bons ou franchement mauvais, Hugh Jackman a annoncé son départ de la franchise X-Men et son désir d’abandonner le personnage de Logan, Wolverine, James Howlett ( vous avez l’embarras du choix pour le nommer…ça arrive quand on a presque deux cents ans, une carrière de super-héros et qu’on a une belle amnésie en prime ). Entamée en 2000 au cinéma (et oui, déjà….payez votre coup de vieux ! ) , la saga X-Men c’est 9 films (10 si l’on compte Deadpool ) dont 3 centrés sur le personnage de Wolverine, personnage déjà trèèèès mis en avant dans les autres longs-métrages de la série d’ailleurs.

Il faut dire que l’aura du mutant griffu est grande depuis sa première apparition dans les comics et son interprétation par Jackman a rajouté une couche à sa popularité : le public aime les personnages tragiques qui souffrent, c’est comme ça ( Sadisme ? Empathie ? Qui sait ? ). Et de la souffrance, il y en a dans Logan. Beaucoup, sous diverses formes.


Alors que les films X-men restaient flous sur l’époque de leur action ( à peine savions-nous dans le premier épisode que tout ça se déroulait dans un futur proche. Futur Proche très vite rattrapé par la réalité morbide : les Twin Towers apparaissent dans le premier film et sont tombées un peu plus d’un an plus tard), les films se situant dans le passé n’ont jamais vraiment caché les dates.
Logan se place dans cette nouvelle approche et annonce la couleur après quelques minutes, brutales et sauvages donnant le ton du métrage.

Nous sommes en 2029. Les mutants semblent une espèce presque disparue. Un Logan vieillissant officie sous son nom de baptême, James Howlett et son facteur de régénération rapide a de sacrés ratés. Ses griffes sont de plus en plus rouillées (façon de parler), et il gagne sa vie en étant chauffeur de limousine.
Son emploi sert à entretenir Charles Xavier, mentor des X-men et père de substitution pour Logan. Charles Xavier perd la boule ( de billard ) et le nord. Pourquoi les mutants ont-ils presque disparu ? Où sont les X-men et pourquoi diable Logan et Charles vient-ils au Mexique, près de la frontière des USA avec Caliban, un mutant allergique au soleil (et déjà aperçu dans Apocalypse, incarné par un autre acteur). Le mystère plane mais les réponses viendront plus tard. Car alors que Logan pense que sa vie est un train-train parfois pesant ( Charles se comporte comme un vieil homme atteint de démence et se montre tour à tour paternel ou odieux), une femme vient lui demander de la conduire elle et sa fille,Laura, jusqu’au Dakota du Nord où elles pourront ensuite passer au Canada pour échapper à d’étranges poursuivants.
La fillette possède des dons particuliers. Des dons qui rappellent ceux d’un héros que Logan tente d’oublier et d’enfuir sous l’alcool : Wolverine !







James Mangold a une filmographie atypique. Un peu touche-à-tout ( polar, thriller,drame, espionnage, comédie, western), il semble affectionner les personnages torturés et psychologiquement atteints. Même son très fun et décomplexé Knight and Day, comédie d’espionnage portée par un Tom Cruise en forme et rigolo, est emprunt de douleur ( Knight and Day, c’est Mission :Impossible si Ethan Hunt fait une dépression nerveuse et décide de s’enfoncer dans le déni en prenant les choses à la rigolade…cocktail dangereux ! ). Le voir débarquer sur The Wolverine était une bonne chose pour ce personnage. Si le film a de gros défauts, il a aussi d’immenses qualités.




Pour ce second volet sous sa direction, Mangold change totalement de registre. L’épisode précédent voyait la renaissance de Wolverine dans un pays étranger et contrasté, le Japon, où villes géantes côtoient petits villages paisibles et intimes. Il voyait aussi le postulat de départ – Logan chien dans un jeu de quilles – partir un peu en vrille avec son délire de SF ( qui passe bien mieux au second visionnage, comme quoi).
Mais le succès aura été au rendez-vous. Et puisque que Jackman voulait quitter le rôle, autant le faire partir en beauté.
Bien plus libre que sur le précédent opus, James Mangold ( qui co-signe le scénario) décide de piquer les codes du western et de les appliquer à son Logan. Logique. Logan s’inspire très librement de Old Man Logan, un comic-book qui imagine la vie de Logan dans un futur où les héros ont disparu et où Wolverine est devenu fermier, avec femme et enfants. Un événement tragique le lancera sur les routes en quête de vengeance. Mangold a gardé l’ambiance western, la disparition des héros (ici les mutants, tous les supers dans le comic) et le côté road movie.




Vous le sentez l'ADN Western là ? (L'affiche, le comic d'origine et un concept art)

Crépusculaire et aride, Logan est un peu le Skyfall de Wolverine mais il est carrément le True Grit du personnage. Un personnage sur le retour, qui accepte une dernière chevauchée pour aider une jeune fille en difficulté. Les paysages désertiques sont là, les couchers de soleil aussi. Les petites villes et les fermiers oppressés par de plus gros propriétaires également.
La figure des cow-boys sans scrupules trouve un écho dans la bande des Reavers, des soldats légèrement améliorés par implants bioniques. Le futur ressemble à notre présent, les téléphones, les fringues, les bagnoles, tout est « classique » ( trop peut-être ? Days of Future Past ne lésinait pas sur le futurisme). Même les implants des reavers sont peu mis en avant, l’aspect pratique l’emportant sur le clinquant.
Le côté SF est assez mis en retrait même s’il joue un rôle prépondérant dans l’aventure.
Une aventure qui ne lésine ni sur l’action, ni sur la violence graphique poussée ( ce n’est pas un film pour enfants, du tout !) ni sur les moments plus introspectifs ou plus lents. Les amateurs d’action non-stop seront déçus. Elle n’est pas le cœur du film, loin de là et ce même si elle abonde.  Pas de grands spectacle ici, pas de stylisation : la violence est montrée pour ce qu’elle est. Barbare, sanglante, dure.





Deux concept arts plus SF et qui seront mis de côté. 

Les effets spéciaux , nombreux, ne sont pas là pour en mettre plein la vue ( ce qui n’est pas un reproche en soi, c’est beau aussi quand c’est bien géré cette approche bigger than life) mais pour aider à l’immersion, presque pour semble invisible.
Les doublures numériques du films sont en fait nombreuses mais il faut le savoir.Cela permet de filmer les cascadeurs au plus près sans les grimer grossièrement. Un travail remarquable et bien plus abouti que les nombreuses tentatives de rajeunissement numérique aperçues ces dernières années ( sauf celui de Michael Douglas dans Ant-Man, bluffant de chez bluffant)  Le mate-painting aussi. Mais en ne focalisant pas sa réalisation sur ces détails, Mangold utilise des outils sans les montrer : tout semble naturel, brut. Immersif.
Jamais soucieux de ré-inventer le cinéma ou d’utiliser des mouvements de caméras compliqués, Mangold réalise avec classicisme mais énergie. Mêmes les simples moments de discussion sont pensés pour ne pas ronronner sur de simples champ/contre-champ.






Si la plupart des seconds rôles sont bien interprétés ( faut voir les acteurs aussi, c’est pas de la petite pointure), Jackman et Patrick Stewart démontrent l’étendue de leurs talents. En mec paumé et alcoolique, Hugh Jackman est aussi touchant que choquant. Il joue ici en permanence sur la corde entre salopard et grand héros au grand cœur ( allez, on sait tous qu’il est comme ça notre Wolvie). Un équilibre qui penche jusque ce qu’il faut d’un côté ou de l’autre selon la scène.
Patrick Stewart est impayable en Charles Xavier ! Émouvant face au mal si commun qui le ronge, drôle quand il pète une durite, sarcastique par moment. Méchant aussi parfois. Bienveillant et humain souvent. On ne l’avait jamais vu comme ça (même en comptant le côté sympa et décontracté que lui donnait James McAvoy) .
Dommage que Ian McKellen, en Magneto, ne fasse pas partie du voyage tant ces trois-là ont marqué l’histoire des X-Men au cinéma.
Dafne Keen interprète Laura, que les lecteurs de comics auront vite fait de reconnaître. Plus jeune que son homologue de papier, Laura est une mutante possédant un lien avec Wolverine. Véritable machine à tuer, Laura possède une sauvagerie brute que les ans n’ont pas émoussée et une sensibilité à fleur de peau.. Keen est saisissante de justesse dans ce rôle qui rappelle celui de Arya Stark incarnée par Maisie Williams. Elle évite les écueils dans lesquels les enfants acteurs tombent trop souvent et fait vite oublier qu’elle n’a que 12 ans.  Et en voulant passer la frontière pour échapper à ses poursuivants, Laura incarne le potentiel de lecture politique du film. Une minorité traquée et conspuée, qui cherche à traverser vers un avenir meilleur, poursuivie par des sbires en uniformes, ça ne vous fait penser à rien ? Dans l’Amérique de Trump, Logan, produit par la FOX (oui, celle-là même qui possède Fox News), s’offre le luxe d’avoir un propos sur la société. Subtil , mais bien là !







Il y aurait tant à dire sur Logan, dernière apparition de Hugh Jackman en Wolverine (et de Patrick Stewart en Charles Xavier, l’acteur ayant annoncé ne plus reprendre son rôle non plus). Mais ça serait déflorer la matière du film. Tout ce que vous devez peut-être savoir c’est que Logan est brutal. Viscéral. Total ! Une réussite artistique qui risque de laisser pas mal de spectateurs sur le carreau tant il est éloigné du carcan des films X-Men. Un film inattendu et beau. Un chant du cygne, la dernière chasse d'un serval , la traque finale d'un carcajou !



Des concept arts plus orientés Post-Apocalyptique comme Mad Max (notez le chien, réminiscence du même animal qui suit Max dans le second opus de Georges Miller). Qui était aussi plein de symboles western.Tout se recoupe.

mardi 23 août 2016

L'étoile stellaire de la loi et l'ordre.

Le western et la SF, ça se marie bien. On ne compte plus les exemples : Star Wars, Firefly, Outland (pour la section « cinémaaaa »).

Copperhead, chez Urban Comics, est , vous l’aurez compris en lisant l’incipit, un western de science-fiction. Sur une planète désertique, le Shérif Clara Bronson débarque avec son fils pour reprendre le poste de son prédécesseur, décédé. Très vite, elle doit faire face aux clichés du genre : magnat industriel qui pense que le monde est à sa botte, adjoint acariâtre dont l’espèce a perdu la guerre contre les humains (une sorte de Chewbacca cynique et habillé) et…sa première enquête sera un bel homicide.
La ficelle est connue : commencer une série par un meurtre est une bonne manière de passer en revue l’univers de la-dite série ( ses personnages réguliers, les coutumes, etc…) et utiliser un tel procédé n’est pas honteux, la très bonne série « Fables » avait elle aussi débuté comme cela et on a bien vu/lu ce que ça donnait.

Mais Copperhead n’est pas Fables, œuvre littéraire érudite et jamais prétentieuse (cela dit en passsant).
Copperhead est un western classique dans un environnement de space opera. Comme le dit le scénariste Jae Farber dans son introduction, il écrit chaque épisode en gardant en tête qu’il s’agit d’un western, genre codifié à l’extrême dont le renouveau ne passe pas par une refonte de ses formules mais pas le talent des personnes attachées à l’histoire ( revoir le formidable True Grit des frères Coen pour s’en rendre compte : non seulement le film ne renie pas les codes, mais il s’agit qui plus est d’un remake ! ).

Farber livre une copie agréable mais jamais surprenante. Les clichés sont là jusque dans les vêtements de villes des habitants. Seules les tenues de travail et l’équipement viennent nous rappeler que nous sommes dans une galaxie lointaine, très lointaine…(ou juste un système solaire, le background est encore assez sommaire à ce niveau, sans doute pour laisser de la marge au scénariste). On se doute bien que l’enquête et les rebondissements sont là pour nous mener en bateau jusque la résolution finale qui n’a rien du génie d’un Se7en. Mais on se laisse prendre au jeu de la lecture car : c’est cliché mais pas con, le rythme et le suspens sont bien dosés et donnent envie de continuer à tourner les pages après chaque cliffhanger et enfin : il fait bon, c’est l’été, pas la peine de prendre un coup de chaleur sous le soleil parce le cerveau chauffe trop sous l’astre de nos jours. Inutile donc de se demander pourquoi un shérif est engagé alors qu'ils sont des élus locaux, à la base...





Le dynamisme est également assuré par les dessins (et le découpage des cases, détail toujours très important ) de Scott Godlewski. Son trait est fin et léger. Si il ne finira sans doute jamais dans une galerie d’art ou dans un art-book à sa gloire, force est de constater qu’il mène sa barque correctement et assure le boulot qu’on lui demande : être efficace dans l’exercice de la série B fun et plaisante. Dommage, car son style, proche d'un Sean Murphy du pauvre, aurait peut-être un potentiel plus élevé.





Enfin, puisqu’il s’agit du premier tome d’une série qui doit faire son trou, Urban propose ce livre au prix de 10€. Ne vous privez pas d’une petite lecture d’été pour ce prix-là.
Reste un détail : une fois la belle saison et les vacances « sans prise de tête » terminées, le second tome se lira-t-il aussi aisément ? Nous verrons en temps voulu !

jeudi 7 avril 2016

Imprimer la légende.

Lucky Luke, la gâchette la plus rapide de l’Ouest, l’homme qui tire plus vite que son ombre.
Créé par Morris ( l’homme qui , pour la première fois, qualifia la BD de 9éme art) en 1946 pour Dupuis, il rapatriera plus tard son héros chez les éditions Dargaud. Au fil du temps, Lucky Luke changera d’éditeur avant de terminer chez Lucky Comics, un partenariat avec les éditions Dargaud…qui est entre-temps devenue une filiale de Media Participations, qui possède également Dupuis et Le Lombard.
La Bande-dessinée est une grande famille dysfonctionnelle à la limite de la partouze incestueuse (mais tant qu'elle donne des beaux rejetons...).

Mais revenons au sujet de base.
Luke a été créé par Morris mais très vite, il confiera le scénario au célèbre René Gosciny. Ensuite, une flopée de scénaristes se chargera du scénario et un nouveau dessinateur prendra la relève après le décès de Morris. Lucky Luke est une figure phare de la bande-dessinée belge et de l’école de Marcinelle.


Il lui est rendu hommage en deux endroits à Charleroi ( ville dont Marcinelle fait partie ) : une statue de lui et de son fidèle Jolly Jumper trône en effet près du parc Reine Astrid et des fresques représentant son univers ornent les murs de la station de Métro «  Parc ».
Et voilà que débarque un nouvel hommage, sous forme de bande-dessinée cette fois-ci , scénarisée et dessinée par Mathieu Bonhomme ( aucun lien avec Laudanum et Aquarium, ne mélangez pas tout, merci ! ).




L’homme qui tua Lucky Luke. Un tel titre ne peut qu’attirer l’œil, que l’on aime ou pas les aventures du cow-boy le plus célèbre de ce côté de l’Océan Atlantique. La chose semble presque impossible, comment abattre l’homme qui tire plus vite qu’un éjaculateur précoce et capable de tirer 7 coups avec un 6 coups ? La première page de l’album scotche et la seconde revient quelques jours en arrière pour nous conter comment nous en sommes arrivés là. Le procédé est classique mais diablement efficace.



Lucky Luke arrive dans une petite ville pour y  passer la nuit. Dès son arrivée, Luke perd son tabac adoré et se frotte aux autorités locales. Le shérif est un homme-enfant dont les frères tiennent la ville. Les armes étant interdites, Luke perd vite son colt dans la foulée. Mais la légende de Luke est connue et les habitants l’engangent pour qu’il retrouvent un mystérieux indien qui aurait attaqué un convoi d’or quelques temps auparavant. Luke accepte, sous le regard mauvais de la famille du shérif.

Le scénario est autant un hommage à Lucky Luke ( les références pullulent : on y parle des Dalton, on y croise Laura Legs la danseuse de cabaret, l’addiction au tabac de Luke et pourquoi il abandonna pour mâcher un brin de paille est aussi abordée.) qu’un hommage aux westerns (le titre en lui-même ne renvoie-t-il pas à L'homme qui tua Liberty Valance ? Le titre de cet article aussi !) . Le ton est en effet plus premier degré dans cette aventure que dans les albums officiels ( du moins de ce que je me souviens : mes lectures remontent à mon adolescence et je n’étais pas un grand fan) mais garde le côté parfois naïf des albums. Un travail d’équilibriste qui aurait pu se terminer par une chute navrante sans filet de sécurité.
Il n’en est rien.
L’aventure se suit avec un plaisir certain pour ne pas dire un certain plaisir. En conviant les codes du genres , l’auteur nous plonge dans un univers familier et ne perd donc pas de temps à trop exposer le décor ( tout le monde a vu un western au moins une fois dans sa vie et Lucky Luke fait partie de l’inconscient collectif), lançant l’intrigue dès les premières pages. L’humour reste présent, bien que plus en retrait que dans une production dont l’ADN remonte au journal de Spirou ( blagues, gags, potache ) en la personne de Doc Wednesday ( pastiche de Doc Holliday, l’ami de Wyatt  Earp….oui c’est ça, Kevin Costner pour les deux au fond près du radiateur) ou encore la poisse absolue de Luke quand il s’agit de s’en rouler une petite ( un détail comique qui prendre une importance capitale pour la suite). Il ne manque que la musique d'Ennio Morricone.





Le dessin de Bonhomme ne tente jamais d’être un copier/coller de celui de Morris ( qui lui-même eu un style qui évolua avec le temps ) mais les aplats de couleurs sont pensés pour s’insérer dans la mouvance de celle de la série au 70 albums. Le trait est agréable et détaillé sans être surchargé. Si la rétine ne se décrochera pas devant les planches, il est indéniable que le style de dessin est maîtrisé et rappelle les classiques de la franco-belge.




L’homme qui tua Lucky Luke est donc un album agréable , capable d’être apprécié même par les personnes ne portant pas forcément le poor lonesome cow-boy dans leur cœur …tant que l’on n’est pas allergique à l’Ouest sauvage américain. Un hommage réussi dont on regretterait presque que Calamity Jane, les Dalton et Rantanplan ne fassent pas partie. Qui sait, nous aurons peut-être droit à un nouvel hommage dans quelques temps. S'il est de la qualité de celui-ci, je signe des deux mains !


mardi 22 juillet 2014

Territoire Indien

Ce qui commence dans le sang, finira dans le sang.

Jason Aaron est l'un des scénaristes phares de Marvel. Il allie intrigue sérieuse et capacité presque surnaturelle à savoir lier entre elles les folies narratives que l'on peut croiser dans les séries de super-héros, obtenant une mixture hétérogène avec de l'eau et plusieurs types d'huile. Mais ce grand pété a démarré sa carrière avec une série qui prend pied dans une réalité moins altérée que celle des comics Marvel : Scalped.

Dashiell " Dash" Bad Horse a quitté la réserve de Prairie Rose quand il avait 13 ans.
Aujourd'hui il est de retour, armé de son mauvais caractère et de sa manie à s'attirer des ennuis.
Mais l'homme a du potentiel , son passé de boxer et de soldat ayant fait le Kosovo parle pour lui,et le chef de la réserve , Red Crow, le prend sous son aile et le fait entrer dans la police tribale. Son nouveau boulot va lui permettre (et nous permettre) d'arpenter les rues de la réserve. Pour Dash, rien n'a changé : l'endroit est sale, pauvre, rongé par la violence et la drogue. Pour le lecteur, c'est un choc, une réalité qu'il connaît mal (d'autant plus s'il est Européen).
Un tiers monde au milieu du rêve américain.

Entre drame familial, péchés passés ( la mère de Dash, Gina, et Red Crow ont été activistes dans les années 70 et ont été impliqués dans un meurtre avant de prendre des chemins séparés), polar, investigation, etc… La série dépeint une réalité dure qui ne sert pas que de toile de fond à un récit fiévreux, tendu et loin du manichéisme. Aaron livre un récit très documenté, aborde les sujets qui fâchent ( et égratigne tout autant les travers des américains et des amérindiens tant lors de l'intrigue que lors de flash-backs historiques ).

Comme je le disais plus haut, Aaron, chez Marvel, utilise tous les codes et genres des comics pour écrire ses histoires. Il fera pareil ici en mêlant le polar noir, intrigue politique et intrigue mafieuse, terrorisme : tous les genres touchant de près ou de loin au genre policier sont ici abordés sans jamais que le sauce ne prenne pas car le tout est dosé avec soin.




Les dessins sont assurés en grande partie par R.M Guéra qui assure des planches réalistes mais aux traits parfois sales : cela renforce l'ambiance de la série qui, finalement, ne dépeint que peu de moments de joie ou de bonheur.

Scalped, est une œuvre dure, palpitante et passionnante dont la structure narrative en labyrinthe demande un investissement au lecteur. Et cet investissement est payant tant le voila plongé dans un récit implacable dont le final ne peut que faire bouillir le sang.



Une série complète en 10 tomes, chez Urban Comics et une série indispensable pour quiconque aime les intrigues policières se situant loin de l'aseptisation télévisuelle du sujet

vendredi 4 juillet 2014

Les aventuriers du flingue perdu.

Urban comics n'est pas que le détenteur des droits de DC Comics en VF, c'est aussi un éditeur qui fouine chez les autres éditeurs américains ( sauf Marvel , bien entendu) et qui étoffe donc son catalogue en se diversifiant.

J'ai lu un jour que le western était le genre ultime , le genre qui vit par lui-même et est capable d'absorber les codes des autres genres tout en gardant son identité propre. Raison pour laquelle des séries comme American Vampire (en partie seulement, le western n'étant pas le fond de commerce de la série mais de celui d'un personnage en particulier ), ou encore East of West fonctionnent dans leur mécanique ( que l'on aime ou pas ces séries est hors-sujet, il s'agit ici de dire que les greffes étranges sur les codes du western ne sont pas rejetées par le corps).

L'éditeur vend la série en la qualifiant être aux antipodes du western poussiéreux. Hérésie que cela, le Western poussiéreux est une image d'Epinal et les contre-exemples sont tellement nombreux que l'affirmation en est presque ridicule.


Urban a donc sorti le 20 Juin le premier tome de The Sixth Gun, une série fantastique prenant place peu après la Guerre de Sécession.
La série raconte l'histoire de six armes "magiques" ou "infernales", des revolvers maudits objets de moult convoitises et dont la possession confèrent certaines aptitudes (différentes selon l'arme, varions les plaisirs). L'on suit les traces de Drake, gentleman flingueur et pas toujours très honnêtes qui tente de mettre la main sur le sixième pistolet avant Mrs Hume et ses hommes de mains aidés par des agents de la Pinkerton, célèbre agence de détectives qui sera l'ancêtre de la C.I.A ( je simplifie ). Mr Hume,quant à lui, piégé dans un état entre la vie et la mort attend que son épouse le libère de son destin funeste pour récupérer son arme. Mais le révolver est la possession de Becky, jeune femme qui va bientôt voir son existence bousculée et basculer dans un monde qu'elle ne soupçonnait pas.

L'Ouest américain, l'ouest sauvage. Une terre mythique et mythologique. Un terrain propice pour ce genre de chevauchée menée tambour battant, et pour cause : l'histoire américaine a été marquée par les cow-boys, les indiens et les bandits. Des êtres bien réels sont devenus l'objet de véritables mythes : Billy the Kid, Pat Garrett, les Dalton,Sitting Bull,etc… La réalité et la légende se confondent souvent lorsque l'on évoque l'Ouest Américain où se côtoient le culte des armes à feu et les croyances mystiques amérindiennes. Saupoudrer du fantastique pur dans ce décor va de soit. Et le cocktail fonctionne bien, grâce à une belle alchimie entre l'écriture de Cullen Bunn et les dessins de Brian Hurtt qui opère une sorte de fusion entre le réalisme et le cartoon du plus bel effet.




Cullen Bunn met ses pièces en place sans perdre de temps, au bout de l'épisode un, presque tout est là pour faire démarrer la machine à vapeur. Si le scénario convie esprits, morts-vivants et magie noire, le sujet n'est pas l'horreur pure même si certaines scènes sont sanglantes ou suppurantes, les dessins ne sont pas là pour créer une ambiance anxiogène. Nous sommes plus dans une sorte d'Indiana Jones de l'Ouest sauvage que dans Une nuit en enfer où la sécheresse d'Ennio Morricone viendrait se fondre dans l’orchestration à la John Williams.
Les dialogues sonnent souvent justes et certains personnages manient le sens de la répartie avec bonheur. Ce premier tome coûte 10 €, un prix de lancement qui durera jusque la fin de l'année. Notons que le tome deux est sorti ce jour, Urban comics ayant apparemment une grande confiance en son produit : ça tombe bien, moi aussi !