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vendredi 11 novembre 2016

Violent voyage en autistan.

Christian Wolff est un génie des mathématiques. Il est également atteint d’autisme. Expert-comptable hors-pair, Christian travaille autant pour les petites gens que pour diverses organisations criminelles.
Raymond King, directeur du service du Trésor Américain est proche de la retraite. Il recrute l’agent Medina pour la mettre sur les traces d’un homme qu’il surnomme «  Le Comptable ».

Sentant que les forces de l’ordre se rapprochent de lui, Christian décide de faire profil bas et accepte de vérifier les comptes d’une société informatique. Mais au fur et à mesure qu’il épluche les comptes avec l’aide de Dana Cummings, jeune femme qui pense avoir découvert une anomalie, les cadavres pleuvent.  Mais on ne survit pas aux cartels simplement parce que l’on est doué avec les chiffres. Et Christian va mettre ses talents physiques en action pour se protéger lui et Dana.

Le film de l’année avec Ben Affleck, en termes d’attente, c’était bien entendu Batman v Superman. Alors, avec une promo presque inexistante et un titre qui évoque le petit thriller financier ( en VO, le film se nomme The Accountant, le comptable donc pour ceux qui ont séché les cours de la langue internationale) , on peut vite passer à côté. Erreur fatale. Car derrière ce film d’action tenant de la série B de luxe se cache autre chose.

Le cinéma est un langage et les langages sont affaires de codes et conventions grammaticales. C’est en les comprenant que l’on arrive à communiquer à divers niveaux ( le premier degré, le sarcasme, etc…).
Le cinéma est donc de facto affaire de codes et l’usage ou non de certains codes feront entrer les films dans certains genres ou jouer avec la perception du spectateur sur ce qu’il est en train de regarder.

C’est ainsi qu’un thriller d’action peut se lire au second degré comme un film de super-héros…sans costume particulier, sans identité secrète de plus en plus alambiquée dans leur prononciation. La narration présent /passé, qui, si elle n’est pas neuve, a marqué le genre il y a 10 ans par le Batman Begins de Christopher Nolan.
On y voit Christian apprendre à se battre, à se défendre dans un monde qui le trouvera toujours étrange et différent : ça vous rappelle un peu le pitch de X-men ? Rajoutez l’institut pour jeunes autiste qui fait furieusement penser à l’institut Xavier pour jeunes surdoués. Les codes sont là, moins clinquants. L’autisme est ici traité comme dans les comics ou les films sur les mutants : il inquiète, met mal à l’aise mais peut se révéler être un don. Là où Tom Cruise profitait des talents de Dustin Hoffman dans Rain Man, Christian Wolff profite de ses dons pour lui ou bien monnaie ses talents.
Ici, la différence est montrée comme une richesse et gare à celui qui voudrait l’exploiter contre le gré du personnage principal. C’est Josef Schovanec dans le corps du Punisher.




L’emploi de certains acteurs en devient presque un aveu de la mise en scène : oui, c’est un film de super-héros violents qui ne dit pas son nom. Ben Affleck est le Batman préféré du monde, même de ceux qui n’ont pas aimé le dernier film où le chevalier noir gothamite apparaît. Et il est opposé à un mercenaire joué par Jon Bernthal, alias Frank "Le Punisher" Castle, allié/antagoniste/client de Daredevil dans la dernière saison de la série sur le diable de Hell’s Kitchen sur Netflix…hé mais attendez…qui a été le premier Daredevil du cinéma ? Un certain Ben Affleck…Tout se recoupe. Plus fort, le flic tenace Ray King est incarné par J.K Simmons, le boss acariâtre de Peter Parker dans les films de Sam Raimi…et futur commissaire Gordon de l’univers cinématographique où évoluera le Batman de Affleck. Je dois encore vous faire un dessin ?
Allez, pour les fans du chiroptère de Gotham, rajoutons que Christian, parmi ses nombreux tocs, répète en boucle la comptine "Solomon Grundy" pour se calmer.





Pas de capes, pas d’effets spéciaux à 150 millions de $...et pourtant, les images sont là, elles offrent un constant sans appel.

Cet aparté un peu long étant fait, que vaut le film en lui-même en dehors des digressions stylistiques et cinéphiliques ?
Comme dit plus haut, nous avons affaire à une série B de luxe qui n’échappe pas à certaines facilités ou coïncidences qui se goupillent pile au bon moment…mais. MAIS !
L’intrigue est prenante du début à la fin et demande au spectateur de suivre les détails (l’enquête de Médina est pointue et être peu attentif peut faire perdre le fil du raisonnement ) , le personnage principal est fascinant et interprété par un Ben Affleck qui prouve encore que l’industrie aurait peut-être du le considérer avec les mêmes égards que son pote Matt Damon au lieu de lui proposer des rôles dans des productions souvent peu flatteuses pour l’industrie hollywoodienne ( et le petit Benny aurait aussi peut-être dû refuser certains contrats, faut être plusieurs pour danser).





Cadenassé dans des costumes à peine à sa taille (les effets de prendre du muscle pour jouer Batman), Wolff a souvent l’air mal à l’aise dans ses habits « civils », ses costumes trois pièces qui renvoient son image de comptable bien sous tous rapports. Il semble bien plus épanouit une fois qu’il peut laisser libre court à son système de fonctionnement mathématiques, qu’il s’agisse de démêler des années des comptes ou dans le calcul visuel avant d’appuyer sur la détente de fusil à lunette. Le personnage est bon, l’acteur aussi et l’on se prend vite au jeu de savoir comment et pourquoi il en arrive à être ce qu’il est aujourd’hui.

Alors oui, à défaut d’être géniale, la réalisation de Gavin O’Connor se contente d’être efficace et lisible ( au contraire d’un certain Paul Greengrass avec ses Jason Bourne), la musique est juste accompagnatrice et ne reste pas en tête de scène en scène et la photo peu contrastée reflète elle-aussi un manque d’enjeux artistiques intéressants. Efficacité, point. Mais une efficacité sans vrais temps morts qui aura fait défaut à presque tous les films de l’été. Il rappelle en cela 10 Cloverfield Lane qui arrivait à créer de gros effets avec des moyens limités ( là encore, un film que l’on attendait pas et dont on attendait rien).

Jamais condescendant avec les troubles qu’il aborde, le film se paye le luxe de nous intéresser et de nous mettre dans les pompes d’un héros peu ordinaire et de tenter de nous faire comprendre comment il fonctionne. Et en cela il est humainement salutaire de le rappeler : ce que l’on comprend nous fait moins peur, nous met moins mal à laise vis-à-vis de personnes qui n’ont pas besoin de ressentir nos appréhensions sur leurs dos.
Pas révolutionnaire pour un sou mais bourré de qualités qui compensent aisément les défauts qui auraient pu être gênants. Vivement conseillé.

dimanche 11 septembre 2016

Une saison en enfer.

Premier sang, roman de David Morell écrit en 1972, est ressorti il y a quelques petites années dans nos vertes contrées. L’occasion de revenir sur un roman qui aura marqué les esprits de tous, même ceux qui ne l’ont pas lu.

Années 70. Un jeune homme, cheveux longs, l’air étrange, erre dans l’Amérique profonde et rurale. Le shérif du coin, Teasle , ne voulant pas d’un « hippie » dans son patelin,  lui offre un burger et un aller simple en voiture vers la sortie de la ville. Mais le gamin décide de revenir et le shérif l’embarque, le fait coffrer pour vagabondage et l’enferme dans la petite prison de la ville, espérant que le traitement le fera partir une fois remis dehors. Mais le gamin n’est pas n’importe qui. Il est revenu du Vietnam avec ce que l’on appellerait de nos jours un stress post-traumatique…Et lorsque Teasle décide de lui couper les cheveux pour éviter des soucis sanitaires, la vue des ciseaux rend le môme complètement fou. Il s’échappe en tuant un des adjoints et se lance dans une fuite vers les montagnes et la forêt. Une traque sanglante se met en place.
Mais qui est le chasseur, qui est le gibier ?

David Morell est canadien. Il fait des études de lettres américaines et décide d’écrire son premier roman en se basant sur un traumatisme qui aujourd’hui encore est peut-être la raison de la folie totale des USA : la perte de la guerre du Vietnam. Un sujet toujours sensible au pays de l’Oncle Sam, alors imaginez lors des années ayant directement suivi la débâcle.

Morell livre un récit tenant autant du duel psychologique que physique. Le gamin est un ancien béret vert, Teasle un vétéran de la Guerre de Corée. Tous les deux sont décorés de prestigieuses décorations mais chacun représente un type de soldats revenus à la vie civile de manière différente. Si les troupes qui ont servi en Corée ont vite retrouvé un emploi (économie plus douce à cette époque ), il en va du contraire pour les soldats revenus du Nam , dont beaucoup étaient mal vus en raison du caractère impopulaire qu’a pris le conflit en cours de route. Ils sont revenus non pas en héros mais souvent comme des « collabos » du gouvernement va-t-en-guerre.

Pour éviter tout manichéisme, Morell alterne les chapitres selon le point de vue du gamin et celui du Shérif. Plus le temps passe et plus le lecteur est immergé dans leurs psychologies respectives, floutant la barrière entre le tort et la raison. Difficile de ne pas comprendre les raisons de l’un et de l’autre, de sympathiser avec leurs vies cassées. En filigranes, on pourra y voir un affrontement entre les partisans de la guerre et les autres, mais plus profondément, c’est presque une dispute familiale terrible que se joue : Teasle pouvant être une figure paternelle pour le petit, lui dont la femme l’a quitté car elle ne voulait pas d’enfants.

Dans cette traque sauvage et furieuse, le lecteur devient prisonnier d’une écriture sèche, sans fioriture et terriblement prenante.Plus le duel avance, et plus la certitude que rien ne se terminera bien s’impose. Mais impossible de ne pas aller jusqu’au bout de la nuit , jusqu’au bout de l’horreur de voir ce qui se passe quand le produit d’exportation number one des USA, la guerre, revient au pays sans être capable de changer sa nature. Un roman prenant, peut-être pas aussi dur qu’il aurait pû/dû être ( c’est un premier roman après tout, mais des premiers comme ça, je veux bien en lire des dizaines) mais qui hante l’esprit après la dernière page.

Je me rends compte que je n’ai pas nommé le gamin le long de cette critique. Son nom, vous le connaissez mais vous l’associez à une image d’Epinal : Rambo.

mardi 10 mai 2016

Guerre de sécession !

Depuis 2010 , et Iron-Man 2 , il n’y a plus une année où un film Marvel Studios ne sort sur les grands écrans du monde entier (et peut-être même de la galaxie ! Allez savoir ce qu'on capte là-haut ! ).
Souvent deux films par an, plus rarement un seul.
Le Studio s’est lancé dans le pari fou (tenté depuis peu par Warner Bros. avec le catalogue DC Comics) de construire au cinéma ce que l’éditeur fait depuis ses débuts : créer un univers partagé où les différents héros se croisent, s’allient…ou se déchirent.
C’est le dernier cas qui va nous intéresser ici avec le troisième film Captain America : Civil War !

Univers partagé oblige , ce troisième film Captain America est tout autant la suite directe des aventures du super-soldat après « The Winter Soldier » que la conséquence d’Avengers : Age of Ultron.
La nouvelle équipe d’Avengers, allez soyons fan-boys et appelons la New Avengers, remplace donc le SHIELD sur le terrain.
Cap et son équipe traque un ancien membre de HYDRA. Mais au cours de l’intervention, un incident fait une dizaine de morts : des officiels du Wakanda, un petit pays d’Afrique qui vivait relativement replié sur lui-même depuis des siècles.

Cet incident, additionné aux catastrophes gérées par les super-héros ces dernières années, pousse les autorités à rédiger et à faire signer les accords de Sokovie , pour réglementer les activités héroïques.
Là où Tony Stark (rongé par le remords) y voit un cadre approprié où chaque personne doit rendre des comptes pour ses actes, Steve Rogers perçoit cette main mise du gouvernement sur lui et son équipe comme , au mieux handicapante et au pire complètement tyrannique avec cet objectif à plus ou moins long terme de faire des Avengers une arme étatique. Essoufflés par les combats et les blessures personnelles, les héros entament un conflit qui pouvait se résoudre par le dialogue et qui devient une véritable guerre de famille quand une étincelle met le feu aux poudres : Bucky Barnes, le soldat de l’hiver, semble responsable d’un attentat, à Vienne. Pour Stark et ceux qui ont signé les accords, Barnes doit être arrêté immédiatement. Pour Cap , il faut enquêter : ses sentiments envers son ami brouillent-ils sont jugement ?


Un point sur lequel on ne pourra rien reprocher à Civil War : la densité de son intrigue et les questionnements légitimes qui devraient se poser dans un monde où les super-héros existent et se comportent comme une milice ne répondant à aucune autorité légale.
Cette intrigue, justement, se base de loin sur la mini-série Civil War , dont elle partage bien entendu beaucoup de points communs : l’incident malheureux, le contrôle des super-héros, etc… Mais là où les comics étaient fort manichéens avec un Stark limite fasciste et un Rogers droit dans ses bottes mais peu enclin au compromis (mais peut-on en faire face au totalitarisme ?), le film ne pose jamais l’un ou l’autre comme ayant forcément tort ou raison. Les deux visions se comprennent et il est difficile de faire un choix. Mais le faut-il vraiment , en tant que spectateur, choisir un camp ? Contrairement aux comics de base, jamais le film ne simplifie le propos pour faire adhérer le spectateur à une vision des choses : son cœur est là, c’est à un drame familiale qui se règle à coups de pouvoirs et de technologies de SF auquel nous assistons. C’est Kramer contre Kramer chez les héros.









L’intrigue, comme énoncé plus haut, est riche et dense. Peut-être trop. Le film est long  ( 2h27 quand même ) et son rythme est mal géré. Telle scène aurait dû être creusée, telle aurait du être raccourcie…les deux premiers tiers du film souffrent de cette balance déséquilibrée qui n’est pas aidée par une réalisation certes nerveuses mais jamais inventive et peu immersive lors de la scène pivot du film, le fameux combat sur la piste de l’aéroport que TOUTES les bandes-annonces ont sur-vendue au possible lors de la phase marketing.
Ce n’est pourtant pas faute d’avoir des atouts et des arguments plaisants : des combats peu monotones, des protagonistes dont on sent l’attachement entre eux mais dont les opinions divergent trop, en des temps de troubles, pour ne pas en arriver à devenir vindicatifs.
La valse entre équipiers aussi : c’est un combat , pas une danse , tout le monde ne reste pas sur le même partenaire.
Et parmi ces partenaires, Ant-Man et le nouveau Spider-Man ( le troisième en 14 ans, un record) se taille une belle part. Les deux personnages sont nouveaux dans cet univers mais partagent des points communs : un sens de l’humour et de la répartie, et une envie profonde de briller aux yeux de certains : Scott Lang veut impressionner Captain America et Peter Parker veut se montrer à la hauteur des attentes de Tony Stark quand bien même le discours de Parker sur les pouvoirs et les responsabilités est bien plus proche de la philosophie de Steve Rogers.
Sur le papier, cette séquence avait tout nous faire décrocher la mâchoire dans un grand WOW jouissif.

Mais ce morceau de presque bravoure est alourdi par une donnée capitale : le sens visuel des frères Russo est inexistant. Leur premier film Marvel, The Winter Soldier, était surtout un thriller d’action musclé dans un monde pseudo-réaliste. Seuls le SHIELD et ses héliporteurs étaient vraiment bigger than life et , noyés dans l’intrigue implacable, les petits gars de ILM s’inséraient très bien dans le jeu. Aucun personnage n’avait de capacités vraiment hors norme.
Mais tout change ici avec des héros capables de grimper sur les murs, voler, lancer des rafales, etc…Jamais, au grand jamais, l’image ne se met au service d’une représentation digne de l’iconodulisme. Il n’y a pas de recherches du beau plan, juste du plan efficace.


Et cette critique peut s’appliquer à tout le film tant, comme son aîné, le film mise sur l’efficacité au détriment de la recherche graphique. En résulte souvent un montage haché mis en place pour donner l’illusion du rythme  (et ça marche assez souvent , rassurez-vous) mais tellement impersonnel. Chez Marvel Studios, on veut des faiseurs habiles mais remplaçables au service de la tête pensante qu’est le producteur Kevin Feige, chez Warner on veut des réalisateurs avec une vision propre, quitte à devoir se prendre la tête sur la gestion des prochains films. Les deux méthodes ont des défauts et des qualités ( et il faudra encore quelques années avant de voir celles de Warner et surtout sa viabilité commerciale – et non pas artistique – face à la concurrence ).



Là où le scénario et l’équipe technique assurent sur tous les points, c’est la gestion des personnages et l’intrusion de nouveaux venus : Spider-Man n’arrive pas comme un cheveu sur la soupe contrairement aux effets spéciaux qui le font se mouvoir : eux sont trop voyants. Et la Panthère Noire débarque enfin.
Là aussi, ses mouvements générés par ordinateurs sont un peu voyants mais il a la chance d’être un personnage moins voltigeur que Spidey, ce qui le fait apparaître bien plus souvent en vrai ( que ça soit l’acteur Chadwick Boseman ou un cascadeur qui s’y colle). Ces deux héros sont présentés ou réintroduits dans le cas de Spider-Man pour être ensuite exploités dans des films à leurs noms.





Au final, Civil War est un film pétris de défauts de réalisations et au rythme qui a du mal à envelopper le spectateur pour ne le lâcher qu’à la fin : trop dense, trop ambitieux en termes de personnages à gérer sans en sacrifier ( LE coup casse-gueule par excellence quand on dépassé la dizaine) . Cela n’en fait pas pour autant un mauvais film tant l’écriture, les enjeux et les retournements de situation où l’on se fait avoir comme des bleus sont là et bien là.

Me reste à aborder un point sur l’univers Marvel au cinéma : depuis le début , il s’agit de mettre en place des éléments en vue du grand final : Avengers Infinity War part.II ( les deux films seront intégralement filmés en IMAX d’ailleurs ) . Petit à petit, on a posé un échiquier, on a placé les pièces, joué avec…maintenant, la partie se rapproche de son dénouement et la disposition des Rois, des fous et autres pions ne laissent plus vraiment de place pour les surprises ou les prises de risques ( si jamais il y en avait eues auparavant ). La partie se termine et n’importe qui ayant un cerveau plus ou moins capable de prendre du recul et de faire une vue d’ensemble peut aisément deviner des éléments vers lesquels les futurs films nous mènent. Car ces éléments découlent d’une logique pure et les ignorer seraient idiots. Alors oui, Marvel Studios aiment bien prendre son public pour plus bête qu’il n’est parfois ( Thor, Avengers, Iron-Man 2, Guardians of Galaxy) mais ils cherchent un semblant de cohérence entre les films depuis belle lurette. Je les imagine mal changer de cap


mercredi 6 avril 2016

Night Cries.

Urban Comics est sans doute l’éditeur qui aura le plus mis en avant Batman dans son catalogue, et ce depuis leurs débuts en 2012. En 4 ans, le chevalier noir gothamite (et non pas gothamien comme on le lit trop souvent, et ce même au sein des publications Urban – à l’exception de « Des ombres dans la nuit » titre fort proche du livre dont nous parlerons aujourd'hui...originalité, bonsoir ! ) , aura été le héros le mieux loti, il suffit de voir les étagères des librairies : la chauve-souris se taille la part du lion face aux autres héros DC.

Batounet revient donc dans un récit one-shot de 96 pages, Des cris dans la nuit , un roman graphique loin des habituelles super-vilenies auxquelles le protecteur de Gotham City a souvent affaire.
James Gordon est le nouveau commissaire depuis peu. Son nouveau poste l’oblige à devoir quitter les rues et à frayer avec le gotha gothamite tout en ménageant la politique du maire. Mais Gordon est un flic dans l’âme, et son boulot se trouve sur le terrain.
Son obsession à continuer d’être utile dans les allées et les ruelles de sa ville met son mariage et sa carrière en péril. Depuis quelques temps, une nouvelle drogue a fait son apparition sur le marché et Batman enquête, remonte les pistes, cuisine les suspects. Ses recherches le mèneront sur les lieux d’un crime odieux, une famille décimée de manière sadique. Mais ce massacre n’est pas le premier du genre : un serial-killer sévit dans la rue. Et l’un des rescapés accuse formellement Batman d’être le responsable…


Archie Goddwin, le scénariste, ramène Batman vers les fondamentaux de la croisade contre le crime de Bruce Wayne : pas de Joker, d’Homme-Mystère ou de tout autre membre de la galerie de tordus bons à enfermer à Arkham ici. Non , Batman arpente des rues sombres, des ambiances glauques et des toits de taudis.
Notre chauve-souris préférée frappe les criminels qui pourrissent la ville toute l’année. Goodwin articule son récit autour des maltraitances infantiles et des répercussions psychologiques sur un individu en ayant subies (parfois de manière trop clichée : un maltraité maltraitera !  Cette vision des choses en forme de chaîne à briser ne tient pas compte d’une chose : le tout premier a avoir maltraité ne peut avoir été une victime. CQFD ).
Bruce Wayne est ici très en retrait, Batman assure le show avec des seconds rôles connus ou nouveaux. Et leurs histoires personnelles vont s’articuler autour de cette thématique, de différentes façons.




C’est réellement ce sujet fort qui porte le scénario car nous sommes dans un polar pur jus : savoureux mais pas très original. Et ne poussant pas sa logique jusqu’au bout, sans doute par manque de place.
En effet, il n’aurait pas été inintéressant de pointer du doigt que chaque fois que Batman est face à un enfant en danger, cela le touche énormément, ayant été lui-même une victime dans son enfance (le meurtre de ses parents, tout ça…) or, il est indéniable qu’en embrigadant des jeunes gens dans sa quête ( les différents Robins, les Batgirls, etc…), il exerce sur eux une forme de violence psychologique. Frank Miller, dans All-Star Batman & Robin et The Dark Knight Strikes Again dépeindra même un Batman sadique et ayant abusé de Dick Grayson (le premier Robin).




Voila, donc ça c'est le Batman de Frank Miller (avec Jim Lee aux dessins).


Ces histoires particulières ne sont pas considérées comme faisant partie de la continuité du personnage ( donc non, Batman n’est pas pédophile, n’allez pas claironner ce que je n’ai pas dit) mais force est de constater que Miller n’est pas aller sucer de son pouce de tels concepts, des bases exploitables existaient. Cela étant , le scénario de Goodwin est prenant et il est difficile de lâcher le livre avant la fin de l’histoire.



Aux dessins, c’est Scott Hampton qui s’y colle. L’artiste dessine mais surtout peint les planches du graphic novel. C’était dans les années où Arkham Asylum de Grant Morrison et Dave McKean faisait autorité en matière de comics pour « adultes » et ce dernier ayant été réalisé grâce à des peintures et des collages…
Hampton soigne ses cases, ses compositions et joue souvent avec le lecteur : est-ce une peinture, du collage de peinture ou un effet ressemblant à du collage ? Difficile à déterminer mais chaque fois qu’un tel effet est utilisé, ce n’est jamais par envie d’esbroufe mais bien pour servir le récit. Les ombres, les rues sales, les visages marqués, les corps exposés…
Scott Hampton déverse devant nos yeux des textures pouvant mettre mal à l’aise et indéniablement marquantes. Il compense à lui seul les petites (toutes petites) faiblesses du scénario d’Archie Goodwin.
Petit bémol, l’usage de la peinture rend les cases un peu statiques, l’impression de mouvement ne vient jamais et il faudra au lecteur , pour garder le rythme, fermer les yeux sur ce petit problème ET ne pas s’attarder à détailler les planches comme on détaille des œuvres dans un musée (lisez le d’abord, contemplez ensuite !).




Des Cris dans la Nuit est un album inhabituel, une belle expérience de lecture et accessible aux novices comme aux initiés de la Batcave. Recommandé.


lundi 14 décembre 2015

L'homme Debout !

Steven Spielberg est de retour après un hiatus de 3 ans entamé juste après la sortie de Lincoln avec un autre drame historique, Le Pont des Espions. Le grand barbu entame une nouvelle course puisque nous le retrouverons dès Juillet 2016 avec Le Bon Gros Géant d’après le roman de Roald Dahl et en 2017 avec l’adaptation de Ready Player One.
Nous sommes par contre toujours sans nouvelles de l’adaptation de Robopocalypse qu’il devait réaliser avec Chris Hemsworth et Anne Hathaway dans les rôles principaux (et qui aurait dû être le miroir négatif de son A.I , comme La Guerre des Mondes aura été celui de son E.T ; et dans une moindre mesure de Rencontres du 3éme type).

Spielberg est un habitué des périodes intenses où il tourne beaucoup avant de prendre des vacances ( avant Lincoln, il avait enchaîné Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal, Les aventures de Tintin et Cheval de Guerre).

1957, la guerre froide est un jeu d’espions : l’information est la seule arme sur le terrain. Rudolf Abel, un espion soviétique, est arrêté par le FBI dans sa chambre d’hôtel. Pour le gouvernement américain, il s’agit de prouver que les USA sont une nation qui offre des procès équitable, c’est pourquoi elle confie sa défense à Jim Donovan, avocat spécialiste dans les assurances mais partenaires dans un prestigieux cabinet. Convaincu que la justice ne doit pas en avoir que l’apparence, Donovan va défendre son client équitablement dans un procès dont les dés sont pipés par le sentiment de patriotisme et de paranoïa nucléaire.
En parallèle, l’Oncle Sam lance son programme d’avion espion U2. Un jeune pilote, Francis Gary Powers est abattu en vol et capturé.
Commence alors une partie d’échecs pour arranger l’échange des deux hommes. Une partie jouée par Donovan pour le compte de la CIA sans que celle-ci ne le couvre. Tout se décidera à Berlin Est, où le mur vient d’être érigé.




Ce film, en dehors d’être le premier de la nouvelle fournée spielbergienne, a plus d’une particularité.
Premièrement, il est scénarisé par les frères Coen (et ce n’est pas la première fois que les frères croisent Steven Spielberg : leur envoûtant western, True Grit ,voyait notre barbu préféré en être le producteur exécutif).
Deuxièmement, contrairement à la majorité des cas, John Williams ne signe pas la musique du film : malade et n’ayant que la Force de s’occuper de Star Wars 7, Williams a du passé la main à Thomas Newman. Nous retrouverons John Williams sur Le Bon Gros Géant.
Troisièmement, alors que l’histoire contemporaine dans la filmo de Spielby est souvent centrée sur la seconde guerre mondiale ( et un peu avant, comme les premiers Indiana Jones), il s’attaque ici pour la seconde fois à la guerre froide ( la première fois c’était pour le dernier Indiana Jones justement, qui prenait place en … 1957. Tiens tiens, comme le début du Pont des Espions donc).
Enfin, pour ce 29éme film, il s’agit de la quatrième collaboration entre Tom Hanks et Steven Spielberg, plus de 10 ans après Le Terminal.

Dans une interview pour le magazine Première, Spielberg avouait avoir tenté de s’éloigner au maximum d’un style spielbergien (adjectif qu’il apprécie par ailleurs) : loupé Stevy,ton style et ta maîtrise technique vont de paire. Déjà, tu situes dans ton introduction écrite la période : 1957, comme la dernière aventure en date du docteur Jones. L’un des premiers plans ? Un reflet ! Allons Steven, on ne lutte pas contre sa nature profonde.
Si, comme pour Lincoln, Spielberg fait preuve d’un classicisme de rigueur, le niveau de jeu de la mise en scène et des mouvements de caméra est plus élevé. On retrouve même très souvent cette envie de se glisser dans la technique qui veut qu’un plan vaille une idée, comme le disait John Ford ( hors, John Ford est une des idoles de Spielberg, un grand moment de sa fin d’adolescence aura été de pouvoir s’entretenir avec lui ).  Il y a cette impression lancinante que lorsque Spielberg s’attaque à l’histoire, il est plus impliqué s’il peut narrer les aventures de personnages importants mais n’ayant pas marqué l’histoire avec un grand H ! Vous connaissiez Schindler avant le film vous ? Et Mr Donovan ? Plus libre, moins esclave d’une image d’Epinal peut-être, Spielberg semble plus s’attacher à ces personnages méconnus mais au destin de sauveur ( Jim Donnovan et Oscar Schnindler , même combat ! Ils ne viennent pas du même milieu, n’ont pas la même morale ou le même mode de vie, mais ultimement, ils vont tous les deux faire en sorte de sauver le plus de personnes possibles , parce qu’en temps de guerre, c’est cela qui compte : sauver les gens ! ) : Bridge of Spies finit de classer Lincoln dans la catégorie de Spielberg mineur.

Comme je le disais plus haut, la mie en scène est pensée comme c’est pas possible et est fluide à mort! Hors, au cinéma , pour qu’une scène soit fluide, il faut avoir pensé bien en amont son découpage, son futur montage et les plans dont on aura besoin. Plus c’est fluide, plus ça a été compliqué logistiquement à mettre en place. Et ce film est d’une fluidité exemplaire.

Tellement même que Spielberg se permet de ne pas utiliser une seule note de musique pendant les 35 premières minutes du film. Et ça passe tout seul.  La musique ne vient s’inviter à la fête que lorsque la partie vraiment « espionnage «  du film commence doucement à pointer le bout de son nez.  Thomas Newman ne cherche pas à singer John Williams ( ils sont trop différents dans leurs approches musicales pour ça de toute façon ) mais fournit in fine un travail plus soigné et plus impliqué que sur sa B.O de Spectre.  Le montage abuse un peu trop des fondus dans le dernier tiers du film, comme s’il avait fallu un peu raccourcir ce dernier ( et ça, ça sent la 20th century fox a plein nez, ils apprécient modérément de perdre une séance par jour à cause de la durée : même les poules aux œufs d’or comme la saga X-men sont tenus de ne pas trop dépasser) mais il s’agit ici d’une pure considération technique qui ne vient en rien gâcher le spectacle.

Si tout le tournant procès et espionnage est filmé de façon sobre (rappelant Amistad et Munich ), il y a une séquence ou Spielberg s’amuse : le crash du U2. Anxiogène et d’une efficacité rare. Spielberg est un passionné d’aviation (son papa a été pilote durant la seconde guerre mondiale ) et ça se sent dès qu’il s’agit de filmer les coucous volants. Enfin, deux scènes dans le métro viennent rappeler Minority Report ( pour la poursuite ) et The Lost World pour la façon dont le héros est regardé par les passagers.

Tout ça c’est bien beau pour la technique et les références mais qu’en est-il du fond ?
Comme souvent avec Spielberg, le réalisateur se sert du passé (ou parfois du futur ) pour nous parler de notre présent : parce que la connaissance de l’histoire permet d’éclairer notre regard du présent. Alors, quand des expressions comme «  Chocs des civilisations » sont employées ou que les avions espions décollent d’une base aérienne qui sert encore de nos jours à combattre les talibans, ce n’est pas innocent du tout. Mais c’est subtil et fin. Tout comme les deux séquences où Donovan, dans un train aérien, observe un groupe passer une barrière : une fois c’est le mur de Berlin, l’autre fois une grille de jardin américain. Sa réaction a la seconde est conditionnée parce qu’il a vu dans la première.



La plongée dans l’Amérique paranoïaque des années 50 et 60 n’est pas sans rappeler cette peur qui se distille dans notre époque et jusque en Europe. Cette peur mène à des exactions (ici, un procès limite truqué ) que personne ou presque ne dénonce. Le mal qui se justifie au nom du bien !
Et face à cela, il faut rester debout, refuser  laisser la peur tout dicter. Tout justifier.
Vous n’avez pas l’air inquiet, demande Tom Hans à Mark Rylance (impeccable cet acteur dans le rôle de l’espion russe). Et celui-ci de répondre : Ça aiderait ?
Non, ça n’aiderait pas de perdre la tête. Il faut la garder froide et s’en tenir à ses valeurs.
L’une des marottes du cinéma de Spielberg, c’est la lutte contre la machine : machine de mort, machine mécanique, machine administrative, etc…Et voila qu’un membre de la machine judiciaire, Donovan, va s’extirper de son simple statut de bon père de famille et d’avocat. Le voila qui devient Humain dans le plus beau sens du mot. Parce qu’il va rester debout, il ne va pas plier l’échine, il va faire ce qui lui semble juste quitte à se mettre son cabinet, la CIA et son pays à dos !



Lorsque le Mur est édifié, c’est un monde, le monde communiste, qui se replie sur lui pour éviter la contamination capitaliste et la fuite de son peuple. La RDA et l’URSS étaient des tyrannies. Que pensez alors d’Israël et de son mur anti-palestiniens ? Que pensez de l’Europe qui veut fermer ses frontières ? Que pensez d’un Donald Trump qui veut interdire l’accès des USA aux musulmans ? Tout ça au nom de la préservation d’un mode de vie mais pas de la préservation de l’humain ? Pendant que des dirigeants et des complices muets ont construit et veulent de nouveau construire des murs, Steven Spielberg vient nous crier une chose : il faut tendre la main et pour cela, il faut que nous construisions des ponts.
Et restons debout dessus !

vendredi 13 novembre 2015

Spectrum of solace

James Bond est de retour pour la 24ème fois de sa carrière. Et cette année, il aura été accompagné deSpy,Kingsman, l'excellent et formidable Mission :Impossible Rogue Nation,Survivor, Agents très spéciaux et Bridge of Spies (bon je triche, il sort le 2 décembre le dernier Spielberg).  Avec Spectre, nous sommes donc à au moins 7 films d’espionnage sur l’année (et il me semble qu’il doit y en avoir eu d’autres).

Moins que les super-héros qui eux sont pourtant taxés de nous faire frôler l’overdose.
Le deux poids deux mesures m’a toujours énormément fait chi….a toujours énormément su faciliter mon transit intestinal. Voila, le coup de gueule est sorti, maintenant passons à l’agent secret le plus connu  de sa gracieuse majesté la reine d’Angleterre.

Avant d’aller voir Spectre, il est chaudement conseillée de revoir Casino Royale, Quantum of Solace et Skyfall. Si possible dans la semaine précédant l’achat de votre ticket de cinéma.




You know my name !!! (But you don’t know me)

James Bond 007 : le premier zéro du matricule indique qu’il a tué, le second qu’il a obtenu le permis de tuer en éliminant une seconde victime (l’histoire ne dit pas si son permis lui offre un effet rétroactif pour ses deux premières proies). Bond, vous le connaissez tous, vous connaissez son image lisse de séducteur, d’alcoolique, de joueur et de tueur implacable. L’image d’Épinal de James Bond  n’est qu’une surface plane. Pourtant, il y a beaucoup plus (tant dans les films que dans les histoires de Ian Fleming).  Bond, c’est une image renvoyée par un adulte qui est resté meurtri par la vie ; Bond, c’est ce que James a créé comme armure autour de lui.  C’est particulièrement visible sous l’ère Craig : le costume 3 pièces, le smoking, la voiture. Autant de choses qui sont au final ses habits et ses atours de travail, tel un Bruce Wayne se parant de la cape et du masque de Batman pour agir.

Bond, sous ses airs de macho sexiste, est une âme en détresse attendant qu’une femme ne le sauve de lui-même de l’autodestruction programmée ( j’avance ici que Bond n’a pas qu’une « attitude cavalière envers la vie », dixit M dans GoldenEye, mais bien qu’une pulsion suicidaire latente l’anime) et lui donne envie de quitter les services secrets pour de bon.
Pour survivre à la mort (et la trahison) de Vesper Lynd dans Casino Royale, il se forge cette image de mâle alpha invincible. Le grand amour de sa vie est mort, Bond doit se sauver tout seul tout en entretenant un goût de plus en plus prononcé pour le danger.

Vesper Lynd : avant elle, il n'était que James. Après elle, il sera Bond !


We have all the time in the world.





Pour les personnes ayant pris le train en marche sous Craig, Brosnan ou même Dalton, le mot Spectre n’évoque que les fantômes. Mais le Spectre, c’est l’organisation criminelle qui va donner du fil à retordre à Sean Connery et George Lazenby ( qui a été Bond une seule et unique fois). Et une fois, en passant, à Roger Moore.

Spectre , selon Fleming c’est le mal absolu. Et au cinéma, c’est presque le Diable incarné. Et ce diable est dirigé par le non moins diabolique Ernst Stavro Blofeld. Il est l’ennemi ultime. C’est le Joker pour Batman, c’est Lex Luthor pour Superman. C’est aussi le seul à avoir tenu James Bond échec et mat et à avoir officiellement survécu.
Á une époque, les années 60, où Batman est une série débile mettant en scène un héros bedonnant face à des ennemis de pacotille, voila que James Bond propose des adversaires dangereux, retords et dérangés mais intelligents.



Le point d’orgue de la confrontation entre Blofeld et Bond intervient dans «  Au service secret de sa majesté ». Un Bond un peu mal aimé à sa sortie, il faut dire que Connery n’a pas repris le rôle et que c’est l’inconnu George Lazenby qui le remplace.Même le générique sera différent puisque, pour la seule et unique fois dans l'histoire de la saga, il ne sera pas chanté.
Et dans ce film atypique pour la série, James Bond rencontre la belle Tracy, diminutif anglicisé de Teresa, interprétée par la très belle Diana Rigg ( Emma Peel dans la série Chapeau Melon et bottes de cuir). Cette femme va tant le toucher, que Bond finira par l’épouser et quitter le service actif : son rêve non-exprimé est enfin réalisable. Le film se termine sur le départ en voiture des mariés.

Teresa "Tracy" Bond. 

Et soudain, dans un virage, une voiture déboule à toute allure; au volant : Blofeld ! La passagère tire une rafale vers Bond, qui s’en sort.
Sa femme, quant à elle, a pris une balle en pleine tête : Bond est soudain veuf.

Et cela va définir le personnage au cinéma jusque la fin de la période Brosnan ( car il faut intégrer ceci : chaque film , du premier Connery au dernier Brosnan, est une aventure du même agent. Le Bond de Brosnan a vécu les aventures des acteurs précédents ,ce qui n’est pas le cas de Craig).
Que ça soit Roger Moore se recueillant sur la tombe de sa femme, Timothy Dalton perdant le sourire lorsqu’il reçoit le bouquet de la mariée lors du mariage de son ami Felix Leiter ou sa trouille bleue de tomber amoureux d’Elektra King après que la détresse apparente de la délicieuse Sophie Marceau n’ait réveillé une fissure en lui, son veuvage le tiraille plus que le public ne le pense.
Blofeld a donné le La à la figure du méchant en sonnant le glas de Tracy Bond.
Le public mettra énormément de temps avant de redécouvrir toutes les bonnes choses contenues dans ce Bond. Les producteurs eux, pour une fois dans cette profession, ont conscience d’avoir soudain quelque chose de très grand à disposition.


Action démente, fun et aspect sérieux, méchant hors du commun, James Bond a un temps mené la danse dans la production cinéma de son époque de lancement. Et puis, tout a changé.

L’émerveillement des années 60 a laissé sa place à la lutte des années 70 contre les inégalités et les gouvernements. La mort de JFK et le scandale du Watergate sont passés par là : l’époque n’est plus à la rêverie selon les producteurs ( Star Wars viendra prouver pourtant que rêver et être éveillé sont deux choses pourtant compatibles voire même indissociables) . En n’amorçant pas vraiment un changement de ton, James Bond ne conduit plus la cavalière. D’homme à imiter, il devient celui qui imite les succès ( Star Wars fait un carton ? Envoyons Bond dans l’espace avec Moonraker ! ).

Bond est devenu un suiveur avec un cahier des charges à remplir à chaque film tout en tentant de faire en sorte qu’il marche au cinéma. Bref, on refait toujours la même chose de plus en fort et parfois de moins en moins bien tout en essayant de s’attirer le public extérieur à la saga. Cela donne toute la période Roger Moore, sommet du Kitsch et du ridicule ( on y ridiculise d’ailleurs souvent Bond, pour tenter vainement de démontrer que oui,ce héros peut changer : pas certain que dévoiler 007 en clown soit une bonne idée mais passons).




La saga est en perte de vitesse. Elle est moquée. Elle n’attire plus.
Et puis un jour, l’illumination dans les bureaux de la production : Bordel de Dieu, James Bond est un espion. Et si on en faisait un héros d’espionnage sérieux ? L’idée est lancée !
Wow wow wow, mais attends un peu Geoffrey, me direz-vous. On n'est pas encore arrivé aux années Casino Royale quand même ? Tu passes de Moore à Craig toi ?
Mécréants ! Vous répondrais-je ! L’envie d’un héros plus espion et moins gadgets de plus en plus improbables n’est pas neuve. Et avec l’arrivée de Timothy Dalton, c’est presque un prototype de l’ère Craig qui aurait pu se mettre en place !
Tuer n’est pas jouer va profiter à mort de la guerre froide : passage à l’ouest, faux semblants, peu de gadgets et plus de forces vives. Dalton incarne un Bond dur et violent pourtant capable de charme et d’élégance ( ça ne vous rappelle pas un certain blond tout ça ? ). La formule est payante mais…patatras : quelques mois plus tard, le mur de Berlin s’écroule. Inconcevable de repartir vers ce qui a fait fuir le public, les producteurs décident de garder Bond comme il est …et de copier ce qui fonctionne ailleurs (encore) : Permis de tuer est une sorte d’Arme fatale où Bond officie surtout en Amérique en s’en prenant à un baron de la drogue responsable de l’amputation de son ami Félix et de la mort de l’épouse de ce dernier (l’ombre de son veuvage se fait sentir deux fois dans ce film donc).
Le film ne convainc pas des masses et il faudra 6 ans avant que James Bond ne revienne à l’écran sous les traits de Pierce Brosnan.


Tagada tagada , voila les Dalton (air connu....putain, j'ai même pas honte en fait ).

Moi je vous trouve sexiste, misogyne et dinosaure. Une relique de la guerre froide.

Brosnan, c’est l’ère qui a le mieux compris qu’il n’était plus l’arme adaptée pour ce monde. Les ennemis ne sont plus les mêmes, ils sont moins facilement identifiables et l’occident vient de perdre son grand méchant loup : l’URSS. Alors, pour faire en sorte que la transition soit douce, on fait intervenir son passé, du temps où il était en guerre contre le KGB, etc…
006, son ami, est laissé pour mort lors d’une mission. Il est pourtant bien vivant et décide de se venger de l’Angleterre. C’est un sous-Blofeld. L’ère Brosnan va aller crescendo dans les références à la saga, jusque l’excès débile avec le dernier épisode (Die Another Day) qui aurait presque pû être un Roger Moore. Il aura même droit à son Au service secret de sa majesté avec Le Monde ne suffit pas.
Rien que le titre fait tiquer les fans de Bond et leur annonce la couleur puisque Le monde ne suffit pas est la devise familiale des Bond…révélée dans… Au service secret de sa majesté !
Elektra King, en jeune fille terrorisée, touche Bond et lui rappelle Tracy. Renard, le grand méchant, est chauve, violent, implacable (un sosie de Blofeld ! ). On retrouve aussi une scène de ski, élément emblématique du film avec Lazenby. Les références coulent. Et puis boum, retournement de situation Elektra est le Blofeld du film, Renard étant juste son bras droit, amoureux d’elle jusqu’à accepter de mourir.





Après l'avoir tuée, Bond ne peut s'empêcher de la contempler une dernière fois : si elle n'avait pas été folle, elle aurait pu être celle qui aurait cicatrisé la blessure Tracy. Le seul film où Brosnan a eu la chance de donner une belle épaisseur psychologique à James.


Meurs un autre jour arrive alors : 20ème Bond, les producteurs décident d’en faire le Bond ultime en le bourrant jusque la gueule non pas de Vodka Martini mais de clins d’œil aux autres films. L’indigestion est là, le public pas vraiment. Tel George Clooney ayant failli tuer Batman, Brosnan a failli tuer Bond !

Et si je place si souvent Batman dans ce texte, c’est parce que c’est l’homme chauve-souris qui a permis de ramener l’agent secret préféré des foules au cinéma !

James Bond reviendra !

2005 voit deux événements se produire : la sortie de Batman Begins, et la récupération par Eon.Productions des droits de Casino Royale, premier roman de Fleming et première aventure de James Bond. Mais comment faire pour adapter ce roman fondateur et l’introduire dans le corpus déja lourd de 20 films ? En faisan table rase du passé et en relançant Bond comme si rien n’avait eu lieu ? Impensable, le public foutrait le feu aux studios !
Sauf que…un cinéaste britannique sort son troisième film : Christopher Nolan relance Batman en jetant aux oubliettes les anciens films des années 80-90. Carton plein, le public , c’est ce qu’il voulait en fait. Ne donner pas au public ce qu’il aime, mais ce qu’il pourrait aimer !

Si ça marche pour un personnage comme Batman, cela peut marcher avec Bond !
Casino Royale parlait de KGB, sa mouture actuelle parlera de terrorisme ! Le 11 Septembre est passé par là, l’occident à un nouvel ennemi et celui-ci ne lui fait pas une guerre froide ! L’approche voulue par les films de Dalton est ici pleinement embrassée et transfigurée ! Casino Royale est un hit, conciliant aussi bien public, cinéphile et fans de Bond !

Casino Royale, c’est une promesse au public : Bond est de retour, il est toujours Bond mais les james-bonderies ridicules font partie de l’histoire ancienne.

La promesse n’est pas tenue : Quantum of Solace débarque en 2008, la même année qu’un certain The Dark Knight et tout le monde s’attendait à un résultat aussi probant ( Casino Royale, c’est James Bond begins ! ). Le film est moins bien réalisé, commence à citer à tour de bras la saga ( mais de manière subtile, réfléchie…à l’inverse des Brosnan et introduit un Spectre qui ne dit pas son nom : l’organisation Quantum) mais il est bourré de défauts :son rythme, son approche artistique, etc…

Retour à la case départ avec Skyfall : puisque Casino Royale nous avait déjà fait le coup de voir Bond se construire, Skyfall joue «  la re-construction ». Bond est détruit au début du film, et redevient ce qu’il est à la fin. Comme il le dira dans le long-métrage, son hobby, c’est la résurrection ! Les références se font sous forme de clins d’œil , les gadgets sont presque inexistant. On nous refait une promesse : Bond c’est reconstruit sous vos yeux et est encore plus Bond que dans Casino Royale.

Et les promesses, elle ne valent rien !


Sam Mendes cite à qui veut l’entendre que l’équipe a voulu une approche à la Christopher Nolan pour Skyfall (euh…on va pas commencer à dire pourquoi c’est pas du tout proche de Nolan à part dans l’envie de proposer un spectacle avec des personnages fouillés).
Le tournage a épuisé Mendes et il ne souhaite pas du tout rempiler. Les producteurs cherchent un nouveau réalisateur et des tractations commencent avec Nolan himself ! Mais c’est compliqué, Nolan étant contractuellement lié à Warner Bros. ( qui le soigne et le chouchoute à mort) et Bond est encore chez Sony Pictures. Et puis soudain, surgit face au vent, Mendes retourne sa veste et déclare qu’il est prêt à réaliser le prochain Bond ! Nolan,s’en va réaliser somptueusement  Interstellar (et il a bien eu raison ! ). Alors ? Mendes a-t-il eu peur que son film ne soit surpassé par celui d’un autre ? Peut-être…en tous cas, son retour aura surpris tout le monde.
Là où le trouble est grand, c’est quand Mendes débauche Lee Smith (le monteur de Nolan) et Hoyte Van Hoytema (le directeur photo de Nolan sur Interstellar).

Spectre…titre presque métaphysique puisqu’il annonce le retour de l’organisation dans le monde de James Bond et parce que les spectres de la saga vont hanter le film et ce dès la promotion de celui-ci. Le premier poster ? Daniel Craig dans un costume rappelant celui de Moore dans le James Bond préféré de Mendes : Vivre et laisser mourir.  Episode qui voyait un homme de main improbable agir contre Bond : le Baron Samedi. Bond le tuera…deux fois ! Il est tout bonnement increvable.
Alors, quand les mots «  Les morts sont vivants » apparaissent à l’écran et que peu après Bond déambule dans Mexico lors de la fête des morts déguisés en Baron Samedi, on frôle le génie de la citation interne à la saga. Frôle, car à force de citer sans arrêt , à force de se faire empiler les couches de clins d’œil et de citation, le film finit avec le cul entre deux chaises tel un déséquilibré quasi-permanent.









Les morts sont vivants…un oxymore simple, qui renvoie lui aussi au mot Spectre. Mais qui sont ces morts ? Qui sont ces spectres ? Spectres du passé de Bond et du passé de la saga.

Spectre est bourré de qualités : à commencer par son plan d’ouverture, un faux plan séquence dont la logistique lourde et monstrueuse contraste avec la fluidité de l’image et des mouvements de caméra. On pense à La soif du mal d’Orson Welles devant une telle ouverture (à la différence que Welles n’a pas triché : il a vraiment tourné un plan séquence en une seule prise, lui).

Bond est en mission non sanctionnée par M ,et en cherchant à tuer un terroriste, il fait s’effondrer un immeuble. Pire sa cible est vivante : s’en suit une scène de poursuite à pied et une bagarre dans un hélico tout à fait époustouflante mais qui, déjà, montre que quelque chose cloche : tout cela est bien fait mais terriblement long. Comme si Mendes cherchait à faire plus gros que l’ouverture de Skyfall au détriment de l’efficacité. Reste qu’un élément très intéressant de mise en scène intervient ici : la musique n’accompagne que la seconde partie de l’action. Cela se reproduira dans une autre séquence de baston, dans un train, plus tard dans le film. Quand une séquence d’action pure fonctionne sans musique, c’est la preuve d’un savoir faire certain…celui d’Alexander Witt, réalisateur de la seconde équipe.  Parce que la musique de Thomas Newman, si elle est d’un aussi bon niveau que celle qu’il avait composée pour Skyfall, est moins efficace : il reprend trop souvent tel quel des morceaux entiers écrits pour Skyfall ! Ça coince niveau ambiance, ça ne colle pas entièrement. Dommage. On commence à accumuler les fautes en 10 petites minutes.



Le générique ensuite : Sam Smith pond une chanson assez fade, très bondienne mais qui ne décolle jamais alors que lui ne se prive pas de faire décoller les aigus au point de vriller les tympans par moment. Là aussi, cette "sensation de trop" hante la séquence : Bond nu entouré de je ne sais combien de filles. Adieu silhouette éthérée, bonjour étalage de chair : l’érotisme ferait-il place à une esthétique de magazine de charme un brin arty ? Et ce poulpe en image de synthèse qui contamine les images est ridicule : trop, trop, trop. Le trop est l’ennemi du mieux alors que la simplicité est la sophistication ultime (si l’on en croit De Vinci ).

Et puis, pendant une heure : l’état de grâce ! De Londres à Rome en passant par les montagnes autrichiennes, Bond se montre très en forme. Maniant la classe, le répondant et le Walter PKK à la perfection. L’intrigue, le suspens, l’action : tout fonctionne, tout est beau. On passera sur la nanotechnologie de Q un peu capillo-tractée mais remplaçant si bien une micro-puce trop facile à arracher ( remember Casino Royale ? ) .

Alors tout n’est pas parfait, et on se demande encore à quoi pouvait bien servir le personnage de Monica Belluci à part offrir son corps à Bond ( quand James Bond, James bande…alors la blague graveleuse, c’est fait ! )  et une vision en superbe lingerie aux spectateurs esthètes de la sale, mais la course poursuite dans Rome, empreinte de rythme, de second degré (entre Bond et Moneypenny en pleine enquête par téléphone interposé, les gadgets qui n’en sont pas vraiment et la circulation romaine contraignante par moment c’est un festival de bons mots, de rebondissements et d’ironie savamment dosée : tout à fait jouissif) est un régal pour les yeux malgré un certain côté mou dans le montage : un petit côté m'as-t-vu dans le montage, comme si la beauté plastique des images, des voitures et de la ville devait l'emporter sur la frénésie d'une course poursuite qui aurait dû ressembler à une lutte à mort entre deux entités. Mais ça fonctionne !

Alors oui, si vous êtes un acharné de Bond ou que vous avez les épisodes précédents en tête, vous aurez vite fait de comprendre ce que Bond cherche durant cette première partie, un homme surnommé le Roi Pâle. Mais qu’importe, cette partie n’est pas tirée en longueur et on a beau voir venir la chose, tout cela reste recommandable en diable. On y croit, les boursouflures du début étaient des petites erreurs bien pardonnables.







Et puis ….la désillusion. Les boursouflures annonçaient la couleur pour le reste du film. Dès lors que Bond pose un pied dans un décor enneigé ( ah ça y est, vous comprenez pourquoi je vois ai bassiné avec Au service secret de sa majesté et le ski plus haut ? ) , les spectres des anciens Bond vont se bousculer au portillon, portant atteinte au métrage comme jamais.

À force de chercher à caser à tout prix des références, les scénaristes ( ils sont 4 ! 4 à avoir travaillé dessus et pas un ne s’est dit «  Euh, et si on bossait les persos et leurs interactions un moment ? ») en oublient de faire un boulot propre.
L’intrigue sur M en guerre contre C, le patron du M :I-5 , concernant la surveillance globale est à peine esquissée. C’est bien plus marrant de montrer que la planque de M s’appelle Hildebrand ( comme dans la nouvelle The Hildebrand Rarity de Ian Fleming) que de creuser la question d’un flicage mondial ( Captain America : The Winter Soldier posait les mêmes questions et exploraient les réponses, lui ! Et reste encore un des meilleurs films d’espionnage de ces dernières années d’ailleurs!).
Madeleine Swann, interprétée par Léa Seydoux, est un peu à la ramasse (et arrive à se changer en dormant : elle s’endort en tailleur et se réveille en nuisette, flatteur pour le regard certes mais faut pas déconner non plus, après que Bond ait menacé une souris pour savoir pour quelle agence elle travaille ! Roger Moore, sors de ce corps ! ) .




L’enquête pour trouver le super-cerveau derrière le Spectre ? Très artificielle et ne servant qu’à faire avancer Bond vers une nouvelle destination. Dans le domaine de l’artifice, la romance entre Bond et Swann est encore plus artificielle que l’intelligence d’une blonde teinte en brune ! Madeleine se comporte en amour comme une gamine de 20 ans qui ne sait pas ce qu’elle veut ( je t’aime d'amour ,alors que je te connais à peine, mais je pars James)…là aussi, c’est pur prétexte pour faire avancer l’intrigue vers un point voulu !
Quant à l’explication et les motivations du méchant du film, qui utilise des machines tellement compliquées pour torturer que ça en est What the fuck à la puissance 1000….n’en parlons pas. Les spectres de la saga sont là et personne n’est venu exorciser le tournage ! Damned ! L’intention de relier tous les films de l’ère Craig entre eux est louable bien que branlante.
Si l'on s'arrête 5 secondes sur les arguments proposés par le film, il aurait fallu que le vilain soit doté du pouvoir des Moires grecques ! Y a rire et rire. Sans compter les innombrables incohérences que cela sous-entend de manière rétro-active dans les aventures précédentes de l'agent incarné par Craig ou encore la soudaine perte d'aura de Raoul Silva , le grand méchant de Skyfall.

Il est dit dans le film que Bond est devenu un cerf-volant perdu dans un ouragan, sous-entendu qu’il n’arrivera à rien contre ce qui l’attend. Et il en bavera à peine. Encore une promesse non-tenue ! Une de trop.

Mais comme je le disais en préambule, Spectre est bourré de qualités et non des moindres : tout d’abord, la photo est magnifique. Difficile de passer derrière Roger Deakins ( qui était retenu sur le tournage de Sicario ) qui avait donné un cachet si puissant à Skyfall et Van Hoytema s’en sort avec les honneurs : c’est différent tout en restant cohérent avec l’opus précédent. Il est difficile de se glisser dans les pas d’un autre tout en gardant ses particularités et à ce niveau-là, le directeur photo est à saluer ! Ensuite, les décors sont splendides, mention spéciale à la dernière séquence d’action où Bond évolue dans un labyrinthe parsemé des fantômes de son passés, de ses réussites à la Pyrrhus comme de ses échecs cuisants !

Un bon vilain de Bond a en général un bon homme de main et Mr Hinx en est un : antithèse de Bond (mastodonte de muscle, taiseux au point de n’avoir qu’une réplique dans le film – mais quelle réplique ! – il n’en est pas moins fin limier et une réelle menace qui manque de chance face à Bond).




Spectre est donc une déception et une trahison. Mais une belle déception pour l’œil à défaut de toujours l’être pour le cerveau, le script étant moins intelligent et plus faiblard qu’il ne cherche à le faire croire. Les spectres de la saga le phagocytent bien trop, rappelant encore une fois les promesses non-tenues dans Quantum of solace et pourtant répétées dans Skyfall.

La seconde loi de Newton nous explique qu’un objet suivant une trajectoire doit appliquer une force pour sortir de cette trajectoire. C’est pour cela qu’en voiture, lorsque vous tournez fort vers la droite, vous êtes attirés vers la gauche, emplacement de votre trajectoire initiale. Et bien Bond, avec Casino et Skyfall cherchait à sortir de la trajectoire bondienne et Quantun et Spectre prouvent qu’il n’a pas réussi, il est en plein virage, attiré vers la gauche encore et encore.
Hors, la gauche, c’est le passé : c’est Bond face à des consortiums de l’ombre, des mégalomanes bouffons, des gadgets désuets à l’époque du smartphone et du GPS intégré. Bond doit évoluer, et pour évoluer il faut parfois perdre quelque chose en route, tels les dauphins qui ont perdu leurs mains pour acquérir des nageoires et être adapté à leur environnement. Spectre devait être une voiture avec un moteur V12 sous le capot, hors le film semble bridé pour ressembler à un V8 (oui, comme la Formule 1 en ce moment : raison pour laquelle elle a perdu presque tout intérêt !!!! )
L’environnement de Bond a changé parce que le monde a changé, peut-être est-il temps qu’il laisse certaines choses derrière lui et rejoigne ainsi la troisième loi de Newton qui stipule, en gros, que pour avancer il faut abandonner quelque chose derrière nous.


Tant que Bond et ses producteurs en seront incapables, aucune promesse, aucune bonne intention ne sera jamais concrétisée.

Car nous vivons dans un monde qui a vu éclore Austin Powers et OSS 117 selon Jean Dujardin : les codes des vieux Bond, leur ADN a été moqué et pointées du doigt ont été les grosses ficelles.
Un exemple frappant et symptomatique : l'ennemi d'Austin Powers (et qui est également ...son frère caché : ça vous semble familier ? ) est le Dr Evil/Dr Denfer.
Une scène nous montre le bon Dr avec à sa table son ennemi. Il lui explique à quel point il est génial, pourquoi il agit et comment.
Arrive le fils du Dr, qui ne comprend pas pourquoi son paternel fait tant de cérémonies alors qu'il suffit juste de...tuer l'agent secret !
Et dans Spectre, ça se passe exactement comme ça : le méchant incarné par Christophe Waltz est ce stéréotype complètement dépassé et imbécile, qui ne prend même pas la peine de vraiment fouillé Bond ( premier réflexe de 006 dans GoldenEye ? Arracher même les objets les plus communs, comme sa montre, à son 007 de prisonnier ).



Sinon, pour l'anecdote qui tue , Spectre suit Skyfall : deux titres qui commencent par un S, qui comptent 7 lettres et qui ont presque la même équipe technique. SPECTRE est aussi le 7ème titre de la saga a tenir en un seul mot. Léa Seydoux est la 7ème Bond-Girl majeure française. C'est le 7ème film de Sam Mendes. C'est la 7ème fois que Blofeld apparaît dans un Bond officiel, et il a été joué par 7 acteurs différents. J'ai mentionné 007 fois ce chiffre dans ce paragraphe.


Petite réflexion sur le futur de Bond au cinéma.
La rumeur voudrait que Sony soit sur le point de libérer les droits de la saga. L'affaire de fuites connue sous le nom de SonyLeaks a pas mal ébranlé le studio et Warner serait prêt , dit-on, à signer un chèque astronomique pour racheter les droits.
Et Warner, c'est la maison de Christopher Nolan, grand fan de Bond qui a soigné sa frustration de ne pas le mettre en scène en injectant son amour dans sa trilogie Dark Knight (un peu comme Spielberg avec Indiana Jones, palliatif à Bond et à Tintin qu'il pensait ne jamais mettre en scène à l'époque). rien que The Dark Knight Rises est un festival bondien : outre Lucius Fox qui joue à Q depuis Batman Begins, on retrouve le même schéma que Le Monde ne suffit pas : Bane, grand méchant chauve à la Blofeld est en fait un ersatz de Renard, Miranda Tate/Talia Al Ghul est le cerveau est une copie, française aussi tiens tiens tiens, d'Elektra King ( Sophie Marceau, fausse alliée du héros). Même la scène d'ouverture du piratage de l'avion est un hommage à Permis de Tuer.