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samedi 2 avril 2016

La classe britannique.

La BBC , chaine nationale de télévision de la perfide Albion, réputée pour ses émissions animalières aux images à faire pâlir le National Geographic et ses séries télés de qualité , nous revient avec l’adaptation du roman d’espionnage de John Lecarré : The Night Manager.
Publié en 1993, le roman a bien entendu été adapté à notre époque pour une aventure sous tension de plus ou moins 6 heures.

2011, Le Caire. Le printemps arabe est sur le point d’éclater. Jonathan Pine, ancien militaire , est le directeur de nuit d’un hôtel de luxe dont les clients veulent avant tout se sentir en sécurité en ces temps troublés. Discret et distingué, Jonathan est approché par Sophie, charmante jeune dame proche de Freddie Hamid, membre de la plus puissante famille de la ville.
Freddie entretient des liens avec un marchand d’arme, Richard Roper, et Sophie a dérobé des documents incriminants.
Désireuses de partir, elle remet une copie à Jonathan pour qu’il les rende publiques s’il devait lui arriver quelque chose. Poussé par la curiosité, Pine consulte les documents et les remets à un ami à l’ambassade. Cela déclenche une série événements qui mèneront à la mort de Sophie avec qui Pine a entamé une liaison.
4 ans plus tard, Jonathan travaille désormais en Suisse, toujours à son aise dans le monde hôtelier. Une nuit, sa route recroise celle de Roper. L’occasion de se venger  et de le faire tomber ne se représenteront peut-être plus et Jonathan prend contact avec Angela Burr, directrice d’une petite agence de renseignement avec moins de moyens que le MI-6 mais résolument moins pourrie. L’infiltration du monde de Roper est lancée, sans retour possible…


Il y a diverses façons d’aborder l’espionnage au cinéma, dans la littérature, à la télévision…Vous pouvez opter pour l’option «  agent de terrain rompu à l’action » et cela donnera James Bond, Mission : Impossible, Alias. Ou l’option plus posée, reposant non pas sur les balles de revolver bien placées mais plus sur les relations humaines et la fatale erreur qui pourrait en découler, comme l’excellent Spy Game de Tony Scott.
Erreur pouvant provenir autant du gibier que du prédateur en position de faiblesse avant d’abattre ses cartes. Tout le sel est là : le côté humain de la chose.
C’est cette option qui est prédominante ici : point de gadgets fantastiques, peu de femmes fatales destinées à être dégustées par le héros et les fusillades ne sont pas l’articulation principale du rythme du récit.



Tom Hiddleston, révélé au grand public par le rôle de Loki dans les films Marvel, incarne Jonathan Pine et lui prête une foule d’émotions et de détails faciaux. Ses mimiques, ses regards, ses gestes portent le personnage qu’il est et qu’il est supposé être. Un caméléon dont le camouflage risque à chaque instant de sauter. Aidé par une réalisation très télévisuelle mais très efficace, ses tensions deviennent nos tensions. Si monsieur prenait un peu de muscles autour des bras, il pourrait devenir sans problèmes le nouvel agent 007 au cinéma (oui, même devant Michael Fassbender pourtant parfait pour reprendre le célèbre permis de tuer et le Walter PKK qui va avec).

Richard Roper, salopard charmeur mais au cynisme exécrable est joué par Hugh Laurie. Le célèbre Docteur House trouve ici un rôle où le bon fond et l’humour de House sont complètement absents. Son regard froid et ses manières de gentleman ( souvent mais pas toujours, le personnage est un salopard après tout ) contraste avec l’image que les spectateurs ont l’habitude de recevoir de la part de l’acteur. Excellent choix de casting qui fait que chaque effet dramatique se voit multiplier grâce à la rupture entre le personnage et celui de House tapi dans l’inconscient collectif des sérievores !

On pourrait passer des heures à détailler le casting, impeccable au demeurant, de la série : du petit Tom Hollander à la géante ( 1m88 de charme) Elizabeth Debicki (ici plus à son aise que dans le rôle fade qu’ « Agents très spéciaux » lui avait réservé) ou encore Olivia Colman, tout droit sortie de Broadchurch, autre série à avoir misé sur l’atmosphère et les personnages s’y mouvant.



L’intrigue est bien menée et , malgré quelques petites ficelles inhérente au genre, captive et ne nous lâche plus avant la toute fin.Intelligente, elle oblige le spectateur à être attentif sans jamais le perdre par excès de zèle ou pour passer pour plus maligne que lui.
Qui dit espionnage dira toujours visites exotiques autour du monde et The Night Manager ne fait pas exception : des rues agitées du Caire à la campagne anglaise plus ou moins paisible en passant par le désert Syrien ou la nuit Stambouliote, ça bouge.



Prenant le temps de poser ses protagonistes et son intrigue sans jamais envisager de ronfler, The Night Manager est une série de qualité au charme certain qu’une réalisation un peu trop plan-plan et factuelle vient l’empêcher d’atteindre des sommets. Mais peu importe si l’emballage est juste correct tant que l’intérieur est en or.

mercredi 8 juillet 2015

La chair de poule.

Penny dreadful.
À l'origine, l'expression désigne des récits d'horreur pas chers ( un penny ) à l'écriture facile.
Mais ces récits pleins de monstres et de meurtres vont peu à peu façonner l'imaginaire victorien. Sans cette forme de littérature, nous n'aurions sans doute jamais eu Dracula par exemple ( tout comme sans les pulp fictions, les comics n'auraient sans doute pas eu le même essor : pour le rapport entre les pulp fictions et les comics, je vous conseille «  Super-Héros » de Jean-Marc Lainé, aux éditions Les Moutons électriques).

En 2012, Skyfall de Sam Mendes explose le box-office et l'image de James Bond. Le co-scénariste, John Logan ( également auteur ou co-auteur de : Gladiator, The Last Samurai, The Aviator) arrive avec une idée auprès de Mendes : une série télévisée articulée en saison très courte ( entre 8 et 10 épisode), reprenant le concept du «  World Newton » ( popularisé par la création de Alan Moore La ligue des gentlemen extraordinaires) : faire se télescoper différents personnages de fictions au sein d'une même histoire ( attention , ce n'est pas la même chose que faire se croiser les héros Marvel ou DC dans le même comic book ou le même film car Thor et Iron-Man vivent dans le même monde à l'inverse de Dracula ou Frankenstein).
Mendes est conquis et deviens producteur exécutif du show qui sera co-produit par Sky et Showtime (la grande concurrente de HBO : True Blood, Game of Thrones, True Detective) qui avait déjà proposé Dexter, Les Tudors.

Vanessa Ives, jeune femme de la bourgeoisie britannique engage le tireur d'élite américain Ethan Chandler pour l'aider elle et Sir Malcolm Murray à retrouver la fille de ce dernier,Mina (Mina Murray étant la fiancée de Jonathan Harker dans Dracula de Bram Stoker). Confrontant et terrassant une créature aux longues dents après 8 minutes d'épisode, notre petit groupe confie l'autopsie à un docteur désargenté mais brillant : Viktor Frankenstein. Les découvertes qu'ils vont faire sur le cadavre les mèneront vers la découverte d'un monde bien plus complexe inconnu de la plupart du commun des mortels, un demi-monde contenu entre ce que nous connaissons et ce que nous craignons.





Parallèlement à l'intrigue de «  groupe », chaque personnage est confronté à une « malédiction » qui lui est propre, la série fouillant ses personnages, leurs secrets et leurs âmes.

La première saison souffre de quelques défauts mineurs mais dérangeants : le grotesque côtoie souvent le trop plein. Et il est bien difficile de savoir s'il s'agit là de faiblesses d'écriture ou d'une réelle envie de coller au style outrancier des penny dreadful de l'époque victorienne. Cependant, cet aspect disparaîtra dans la saison 2 : à vous de tirer les conclusions que vous voudrez.







Hasard ou pas, Sam Mendes a bossé sur James Bond et on retrouve pas moins de 4 acteurs de la saga au générique ( dont deux seconds rôles sortis de Skyfall !! ).
Eva Green ( à prononcer non pas à l'anglaise mais bien à la suédoise, ce qui donne quelque chose comme «  graine » ) , qui incarna Vesper Lynd dans Casino Royale, incarne la forte mais fragile Vanessa Ives : sa prestance, sa voix particulière confèrent déjà une aura impressionnante à son personnage mais son interprétation tout en classe et en finesse ( contre-balancée par des moments de sauvageries animales et sexuelles assez impressionnants) finit de convaincre que son interprétation est impeccable.
Timothy Dalton ( 007 himself dans Tuer n'est pas jouer et Permis de tuer ) est Sir Malcolm Murray : un aventurier déterminé à retrouver sa fille. Direct, brutal et parfois élégant : l'homme joue un Bond mature en somme et cela lui va bien.
Rory Kinnear ( l'assistant de M dans Quantum of Solace et Skyfall ) incarne la créature de Frankenstein, un être tourmenteur envers son créateur et timide et effacé dans le monde des hommes : un contraste intéressant qui en fait un des personnages les plus attachants de la série.
Mais le personnage le plus difficile à appréhender et donc à jouer est sans doute la version du docteur Frankenstein que le show se propose de nous présenter. Incarner par Harry Treadaway, le docteur est tour à tour exalté par la science, terrifié par le monde occulte (et courageux face à celui-ci).
Quand à Josh Hartnett, son rôle de porte-flingue américain à l'accent improbable évolue tout au long de la série pour révéler sa vraie nature en toute fin de la première saison.






Si un étrange vampire et ses mignons formaient le danger principal de cette saison, la seconde verra l'arrivée des Nightcomers ,des sorcières particulièrement revêches.
Quant à Dorian Gray, son importance dans l'histoire semble très secondaire...à moins que…



L'overdose aurait pu guetter ( multiples intrigues parallèles et parfois imbriquées , nombreux concepts fantastiques : vampires, sorcières, médium, Dieu&Lucifer, immortalité,,etc…) mais tout est dosé. De plus, le style narratif donnant à chaque personnage une aptitude spécifique est un schéma auquel le spectateur est habitué depuis des siècles ! Et Penny dreadful se glisse très bien dans ce genre.


La réalisation est correcte et très télévisuelle de luxe ( c'est classique mais travaillé ) donc rien de révolutionnaire mais le travail sur la lumière, les décors et les costumes est de toute beauté : on est très loin de l'image des reconstituions à la française ( alors que, si le cinéma français avait recours à des techniques simples comme l'étalonnage ou un vrai travail sur la photo, le côté artificiel des costumes pourraient disparaître : c'est incroyable ce qu'on peut obtenir en travaillant la lumière!). L'ambiance est toujours palpable, souvent étrange, parfois malsaine et choquante.
Bref, malgré des défauts dans sa jeunesse, la série mérite que l'on se penche sur son cas.

mercredi 15 avril 2015

Daredevil, dare des champs.

Marvel Studios, leader des rentrées au box office concernant les films de super-héros, continue son offensive en s'attaquant à la télévision ( les séries Agents of SHIELD et Agent Carter mises à part, étant donné que leur marque de fabrique n'est pas l'adaptation pure).
En association avec Netflix, Marvel Studios s'attaque donc à un héros emblématique de la firme de Spider-Man : Daredevil, l'homme sans peur.

Daredevil fête ses 50 ans cette année, l'occasion de ramener sur le devant de la scène un héros sombre et torturé ( qui a dit « Batman » ? ) qui avai déjà eu les honneurs du grand écran il y a 12 ans, pour un résultat...discutable (restons polis et courtois).

Enfant, Matt Murdock a sauvé un vieil homme qui allait se faire écraser par un camion. Une bonne action ne restant jamais impunie, Matt se retrouve victime du sort : le poids lourd transportait des produits toxiques qui se sont renversés sur ses yeux. Matt perd la vue...mais gagne quelque chose en retour : ses sens restant sont amplifiés et sa vue est remplacée par un sens « radar ». Son père, boxeur conscient que l'avenir de son fils passe par les études,le pousse à étudier et à travailler dur. Refusant de se coucher lors d'un match truqué, Jack Murdock meurt assassiné. Matt deviendra avocat, avocat spécialisé dans la défense des innocents, des démunis, des plus faibles...
La nuit, il enfilera un costume et un masque.

Dans une ville pourrie par la corruption, l'homme sans peur s'engage sur le chemin de l'espoir…


Le format des comics se rapproche du format feuilleton : un épisode par mois, constituant petit à petit une continuité. La transposition vers la télévision fait donc peut-être plus sens que vers le grand écran (et ce malgré tout l'amour que vous savez que je porte au cinéma).
Héros moins vendeur et souffrant d'une réputation abominable dans le 7ème art, Marvel choisit de réhabiliter son héros sur le petit écran via le réseau de streaming Netflix ( un peu comme si Warner, échaudé par « Batman & Robin » n'avait pas conçu « Batman Begins » comme un film, mais soit).


La série s'écrit sous la supervision de Drew Goddard et Steven S.Deknight, des baroudeurs de la télé puisqu'ils ont longtemps officié pour un certain Joss Whedon. Leur approche est très simple : se baser sur les périodes de Daredevil les plus marquantes , à savoir celles basées sur les scénarios de Frank Miller , Brian Bendis et Ed Brubaker. Si l'ambiance noire et polar des deux derniers est bien présente, c'est bien du côté de Miller qu'il faut trouver la source principale de l'inspiration de cette première fournée. La noirceur explose en pleine face et la série n'a pas peur d'exploiter ce filon, quitte à sacrifier des personnages encore bien vivants dans les comics actuels.








La série a de nombreuses qualités , à commencer par des acteurs convaincants et charismatiques. Si Charlie Cox, l'interprète du rôle titre s'en sort admirablement en catholique tourmenté par sa vie de justicier, c'est Vincent D'Onofrio ( Men in black ) qui tire la couverture à lui dans le rôle de Wilson Fisk, le parrain de la pègre. Détail amusant, c'est Ayelet Zurer,la nouvelle maman biologique de Superman ( DC comics) qui joue le rôle de l'amour de la vie de Fisk. Un transfuge à « l'ennemi » très agréable.








La réalisation ensuite. Si elle est très télévisuelle et manque donc de moyens techniques et de temps pour les mettre en œuvre, il n'en reste pas moins que les réalisateurs ont des idées : on parlera encore longtemps de cette scène de baston dans un couloir où le hors champ et le travelling sont pensés et mis en œuvre avec une rare efficacité.

Bien entendu, la série n'est pas sans défauts : certains points de l'intrigue sont faciles ou convenus et sentent le déjà-vu ( surtout dans le déroulement de l'enquête principale ou des rares affaires traîtées par le cabinet « Nelson & Murdock » ) et l'aspect « film de 12 heures » peut parfois lasser si vous n'êtes pas un fan acharné du héros (évitez les marathons de visionnage dans ce cas précis).

Daredevil enterre profondément tout ce qui s'est fait à la télé depuis de trop longues années. Heroes,Smallville,Arrow,Flash, Agents of SHIELD et cet étron fumant de Gotham ont pour eux la puissance du nombre. Daredevil a la puissance de la qualité, raison pour laquelle cette série marchera bien, mais pas aussi bien que les produits formatés et sans saveurs (quoique si, ils ont un goût de pourriture).
"The man without fear" est là et puisse-t-il rester un moment en notre compagnie ! 







mercredi 23 juillet 2014

Vivre un jour de plus.

Il y a 4 ans, une icône du petit écran nous quittait, laissant orphelins des millions de spectateurs avides de qualité
.
Après avoir été au feu 8 saisons (et un téléfilm) durant, Jack Bauer disparaissait dans la nature, fugitif poursuivi par son propre gouvernement et la Russie. Le dernier chronomètre de la série, repère visuel emblématique, ne se terminait pas sur une heure de la journée mais par un décompte jusque zéro, laissant penser que tout finissait.

Avant de parler de la genèse de cette nouvelle saison, j'aimerai un instant revenir sur la série en elle-même.
Lorsque "24" débarque à la télévision, en Novembre 2001, elle n'était pas destinée à obtenir une telle longévité. Mais les évènements tragiques de Septembre vont changer la donne. Si le pilote de la série devait bien être diffusé en Septembre (comme la plupart des nouveautés ), la destruction du World Trade Center repousse la diffusion et force les scénaristes à repenser plusieurs détails.

Ensuite, le fait que le héros pourchasse des terroristes alors que l'Amérique vient de le subir sur son sol va faire de Jack Bauer, une icône.

La seconde saison le verra d'ailleurs pourchassé un pseudo Ben Laden.
Car l'Amérique a besoin d'exorciser ses démons et cela se ressentira (et se ressent encore) dans ses fictions.
La série, co-créée par un militant républicain, sera souvent attaquée sur ce côté-là. (analyse débile et clivage intellectuel crasse : il y a tout autant des républicains ouverts que des démocrates toxiques).
La série offre le premier Président Noir de l'histoire (dans cette réalité fictive ) et il est clairement démocrate d'ailleurs. Au fil du temps, un second président noir siégera à la Maison Blanche. Les deux dernières saisons, avant la nouvelle, verront aussi la Première Présidente.



De multiples sujets seront abordés et souvent en rapport avec l'actualité les cyber-attaques, les armes bactériologiques, les drones de combat, wikileaks, peut-on torturer pour sauver des vies, la torture est-elle vraiment utile ( Bauer utilise plus souvent la peur de souffrir que faire souffrir pour obtenir des infos même si, en effet, il a franchi la ligne plusieurs fois), la vengeance peut-elle tout justifier, etc. , le background politique est très intéressant et questionnant si l'on fait attention à tous ces aspects qui ne sont pas dans le registre de l'action ou du suspens pur .

Peu de temps après la mort de la série, la rumeur persistante d'un long-métrage centré sur un Bauer en fuite quelque part en Europe arrive sur le net. La FOX, confirmera très vite qu'en effet, l'idée est en développement.  Dès lors les mises à jour sur le projet arrivent régulièrement sur les sites spécialises jusqu'au jour où le couperet tombe : le film, jugé trop cher, ne se fera pas.
Déception et désappointement des fans.

Et puis, par un beau matin, la nouvelle tombe : 24 revient à la télévision, dans un format plus court. L'idée d'un Jack Bauer planqué en Europe est conservée et c'est à Londres qu'il refera surface. Au même moment, le nouveau Président des USA, James Heller (ancien ministre de la défense) est en visite officielle dans la capitale britannique et est accompagné par sa fille, Audrey…l'ex de Jack.
Le chrono est lancé, Bauer est de retour.

4 ans sans voir une série , c'est long. Et durant ce laps de temps, d'autres séries conceptuelles (ou non) ont occupé le terrain.
Si l'horrible Homeland (héritier autoproclamé de 24 ) avait tenté de faire oublier Jack Bauer ( j'en rigole encore, et en tremble aussi d'effroi), d'autres œuvres télévisuelles ont élevés les standards et , de facto, nos attentes ( Game of thrones, par exemple).

Et c'est un peu là que le bas blesse dans ce retour. Les scénaristes, les créateurs et le réalisateur principal de la série sont tout bonnement restés bloqués 4 ans en arrière.
Les tics d'écritures sont toujours les mêmes et ne sont pas forcément adaptés à un format amputé de 12 épisodes.

Surtout que cette saison s'appuie en grande partie sur la mythologie des saisons 4 à 6 qui ont été les plus soap-opéra du show (même si la saison  5 avait tellement bien ciselé cet aspect qu'elle gagna un Emmy Award, mérité, dans la catégorie meilleure série dramatique) et que cette approche phagocyte le temps de l'intrigue terroriste principale et que le coup de "la famille terroriste" nous avait déjà été servi par avant. Les clichés inhérents à la série, qui forment par ailleurs son ADN, seront respectés.
C'est un peu la force et la faiblesse de la série : son ADN est tellement reconnaissable et immuable que la recette ne change pas , on est en terrain connu. Mais bon, le terrain connu de cette qualité, on va pas trop se plaindre.








Kiefer Sutherland assure toujours dans LE rôle de sa vie, le personnage  a pris des rides mais n'a rien perdu de sa pugnacité ni de son charisme. Le personnage reste l'un des plus fascinants du petit écran tant grâce à l'écriture qui respecte Bauer et enrichit son background de saison en saison que grâce à son interprète.



Une fois n'est pas coutume, Chloé O'Brian fait partie de l'aventure. Personnage introduit dans la saison 3, elle est devenue l'alliée par excellence  de Jack et sans doute la seule amie qui lui reste. Et encore une fois, c'est un nouvel aspect de Chloé que l'on découvre. Si la facilité qui découle d'un tel personnage est souvent apparente ( elle peut vous hacker la NSA avec un smartphone déchargé), il n'en reste pas moins que son rôle n'est pas là que pour la tapisserie.



Rayon nouveauté, on notera le personnage de Kate Morgan, sorte de Bauer au féminin, qui démarre sa dernière journée de boulot  avant de rentrer aux States. L'agent Morgan était mariée à un traître qui a vendu des secrets à la Chine et le retour de Bauer et la proximité d'une attaque vont lui donner l'occasion de tenter de se racheter.

Si Kate ne sert pas à rien, elle peine cependant à faire oublier feu Renée Walker, ancienne partenaire de Jack et amie proche qui sera assassinée dans la saison 8 peu après qu'elle et Jack se soit mis en couple.  (C'est à la suite de son décès que Jack avait entamé une vendetta redoutable envers ceux qui avaient commandité sa mort. Et cette saison a le bon goût de ne jamais cracher à la mémoire de Renée ou de sa mort en ne remettant pas Audrey dans les bras de Bauer : ces deux là sont encore fort émus par leur passé mais ont fait le deuil de leur relation et c'est très bien ainsi. ).

Yvonne Strahovski, échappée de Dexter, donne corps à un personnage torturé mais pas assez profond pour vraiment marquer la mythologie de la saga ( elle n'est ni Renée Walker ni Michelle Desler). Cependant, le job est fait correctement et elle n'est pas là pour mettre en valeur le héros.




Pour pallier au manque de 12 épisodes et toujours se dérouler sur 24 heures, les producteurs avaient annoncé que l'intrigue subirait des ellipses narratives. Certes, le coupe de l'ellipse est bien présent mais en toute fin et sent un peu le coup facile pour justifier de garder 24 comme titre…  On regrettera aussi que le teaser de la série, tourné en un magnifique plan séquence ne fasse absolument pas partie du show !!!!



Mais  même si le plat est servi sans surprise , il n'est pas sans saveur.
Un peu comme une sortie dans son resto chinois préféré, celui où on commande toujours le même plat parce qu'on a beau le connaître par cœur, c'est le meilleur.
Et puis merde quoi, "24", même moyen, reste au dessus de tout, même après quelques années d'absence et vient cruellement rappeler qu'Homeland a été la plus grosse arnaque de ces années sans Jack.
La saison se terminant de manière ouverte et sur un cliffhanger insoutenable, il est à parier que Jack reviendra. Tant mieux, il m'avait trop manqué pour lui adieu si vite une seconde fois.






samedi 18 janvier 2014

Parlementaire mon cher Watson !

Et voila, c'est fini.
Il aura fallu deux petites semaines à la BBC pour diffuser la troisième saison de Sherlock.
Critique, en forme de bilan, de ce dernier épisode de la fournée.

Un magnat de la presse, Charles Magnussen ( sorte de Ruppert Murdock plus honnête sur ses sombres desseins), fait chanter qui il veut quand il veut. Il détient en effet une base de données phénoménale sur les puissants du monde et de l'Angleterre en particulier ( qu'il appelle " sa petite boîte de Pétri ") .
Mais sa dernière victime décide de ne pas se laisser faire et engage Sherlock Holmes pour retrouver des lettres compromettantes.

Pendant ce temps, John Watson aide une amie de sa femme à retrouver la trace de son fils accro au crack et s'aventure dans un squat miteux et lugubre. Il s'attendait à tout sauf à ce qu'il allait y trouver…

Mmmm, l'oscillation entre fantastique et foutage de gueule de premier plan tourne à plein régime dans cet épisode. Le rythme, l'écriture de Sherlock et de John, l'approfondissement de la psyché de Holmes et de ses relations familiales,les clins d'œil à Doyle ( faites très attention au titre du livre que Mary lit en buvant son thé) ou aux œuvres ne faisant pas partie du canon holmésien (vous ne trouverez pas la référence à Enola Holmes, j'en suis presque sûr ),  etc… sont au top.

Le grand méchant est méchant à souhait ( et meilleur est le méchant, meilleur est l'histoire si vous me permettez de paraphraser Alfred Hitchcock).

Holmes se retrouve confronté à un être qui pourrait bien être son supérieur intellectuel, doté en plus de pouvoirs financiers qu'il ne possède pas.
Sur ce point de l'histoire, c'est du tout bon.
Les méthodes de Holmes pour arriver à ses fins sont mêmes assez jouissives et parfois inattendues. L'adversaire est de taille et ne singe pas un Moriarty finalement très (trop) exubérant ( la version de de Jared Harris dans la saga de Guy Ritchie me convient bien plus personnellement).
Malheureusement, j'ai un gros soucis moral avec la façon dont Sherlock se sortira de cette situation.




Le potentiel "what-the-fuckesque" est atteint lorsque l'enquête devient personnelle.
Les motifs des personnages sont énaurmes (oui, c'est écrit comme ça à dessein), et vraiment plus capilotractés qu'à l'accoutumée. Enfin, les scénaristes ont semble-t-il un soucis à comprendre les gens supérieurement intelligents : ils sont tous des psychopathes ou des sociopathes en puissance et leurs actions et réactions sont calculées à la milliseconde comme des robots (voire le coup du palais mental de Sherlock après 40 minutes d'épisode ou encore le "regard de requin" en fin d'épisode…ouf, vous n'imaginez pas à quel point  j'en chie pour ne pas spoiler tout en parlant à ceux qui l'ont vu !!! ) .



Bon point sur cette fin de saison, alors qu'elle aurait pu se terminer comme la saison précédente sur une évaporation de notre héros dans la nature, les auteurs ont décidé de court-circuiter  cet état de fait ! En terminant sur un cliffhanger assez jouissif mais qui a intérêt à être traité correctement lors de la saison 4.
Saison 4 qui pourrait débarquer dès la fin de cette année, ne laissant pas les fans languir encore deux ans.

La réalisation des épisodes aura vraiment été en dents-de-scie. Les effets sont souvent trop appuyés (heureusement, le cliché du ralenti de la mort qui tue n'a pas été utilisé) et les cadrages sont parfois un peu hasardeux, sans compter que certaines focales auraient tout bonnement du n'être jamais envisagées,surtout sur ce dernier épisode !!!!

En définitive, la saison aura été agréable mais reste la plus faible du lot jusqu'à présent. Rien de grave, ça reste au-dessus de pas mal de fictions télévisuelles mais il faudrait vraiment que les créateurs de la série éliminent quelques scories avant que Sherlock ne devienne la caricature de ce qu'elle aura été durant les premières saisons.

vendredi 10 janvier 2014

The best Sherlock ever.

John Watson va se marier.
Et Sherlock Holmes est son témoin.
Un mariage, un témoin un peu asocial.
Les ingrédients d'une comédie acide.

Mais c'est Sherlock et ne croyez pas que nous n'aurons pas notre dose d'enquête.

L'épisode s'ouvrer sur Lestrade qui poursuit un gang de voleurs depuis des années. Chaque fois, ceux-ci lui échappent. Mais ce soir, il les tient !

Ils braquent une banque (avec un clin d'œil très appuyé à la scène d'ouverture de The Dark Knight de Christopher Nolan : les scénaristes se sont-ils aperçus des nombreux points communs entre les deux héros ? Mystère) et Lestrade va les coincer…soudain, un SMS urgent : Sherlock demande de l'aide.
Lestrade préfère confier à quelqu'un d'autre le soin d'attraper ces malfrats à qui il voulait tant mettre les menottes pour partir secourir son ami !

On va évacuer la plus faible partie de l'épisode : l'enquête, justement. Parce qu'elle est assez tirée par les cheveux. Mais, elle apparaît en flash-back dans un montage alterné au déroulement du mariage.

Et là, c'est la fête du slip, la foire à la banane (celle qui apparaître sur votre visage). Parce que cet épisode est brillant au final.

Sherlock y apparait comme extrêmement protecteur envers le couple formé par John et Mary (contrairement à celui de Robert Downey Jr par exemple), perturbé par son rôle de témoin : il a envie d'être là pour le couple mais connaît tout à fait ses défauts de sociopathe. Plutôt que de faire pleurer sur son sort, les scénaristes ont décidés d'en faire rire. Et  ça marche très bien. Le côté plus intimiste est lui aussi mis en avant, de manières souvent subtiles, c'est diffus, l'heure est à la fête et quand le drame survient, Sherlock se montre humain.



Le côté investigation se déroule en plusieurs temps, Sherlock, pour parler de Watson lors de son speech de témoin,se réfère à leurs aventures. Et l'une, récente et irrésolue pourrait bien être importante. Mais pourquoi ? Telle est la question mes petiots !

L'épisode est réalisé avec soin même si certains effets de montages auraient gagnés à être atténués (je pense aux enchaînements dans le dialogue téléphonique entre Sherlock et son frère ), l'usage du "bullet time", 15 ans après The Matrix ne fait plus penser à du pompage mais bien au fait que ça y est , enfin, il est reconnu comme ajout à la grammaire visuelle, et certaines idées de mises en scènes sont très classes : un discussion par ordinateurs retranscrites dans le palais mentale de Sherlock (où viendra se glisser une allusion intéressante sur ce qui hante l'esprit de Sherlock…et qui coule de source d'ailleurs).

La fin, douce amère, nous fait voir que la série évolue ainsi que ses personnages, surtout Sherlock, dont l'humanité sincère qui l'habite avait été esquissée dans la saison 2 lors de sa rencontre avec Irène Adler.

Franchement, cet épisode est peut-être mon préféré de la série. Le dosage parfait du cocktail me fait dire que c'est ce dosage qu'il aurait fallu pour ouvrir la saison !
Vivement le prochain, même si c'est le dernier de cette fournée…

samedi 4 janvier 2014

The Detective Rises...ou presque.

Deux ans après avoir simulé sa mort (oh tiens, comme Batounet. Ils ont tellement en commun tous les deux), Sherlock Holmes est de retour sur les ondes de la BBC dans…
The Empty Hearse ! ( Le corbillard vide. Très subtil)



Après avoir mis ses années d'anonymat à profit pour détruire les restes de l'organisation de Moriarty, Sherlock est réintroduit à Londres dans le monde des vivants par son frère aîné Mycroft.
Ce dernier a besoin de lui pour plancher sur un cas épineux : un agent de terrain est mort en affirmant qu'un réseau terroriste sous-terrain va frapper la capitale de sa très gracieuse majesté.
Dans le même temps, Sherlock s'apprête à retrouver ses amis. Amis qui ont fait leur deuil…

Mouais.
Voila quoi.


Y-avait-il trop d'attente de ma part ? L'effet de surprise est-il passé ? Je ne sais pas. Ce que je sais en revanche, c'est que l'épisode ne m'a pas laissé un souvenir impérissable.

Désireux de ne froisser personne sans doute, le scénariste ne donne aucune réponse claire sur la fausse mort de Sherlock. La seule explication logique étant balayée par un argument tout aussi logique trente secondes plus tard.  Le retour dans le monde des vivants est un peu…abrupte. La seule réaction qui m'a semblée " normale " ( si tant es qu'un retour de ce type puisse l'être ) est celle de John Watson (la scène des retrouvailles, divisées en trois segments, est parfaitement jouissive et très drôle).

Après, le retour à la normale est abrupte, incongru. Sherlock revient, tout le monde est content (ou presque), il reprend ses activités de détective ( perso, je ferais pas trop confiance à un type capable de lâcher une enquête parce qu'il doit se faire passer pour mort à cause de son frère bossant pour le gouvernement et qui implique son cadet détective dans des histoires de terrorismes. Ouf, essayez de lire cette phrase tout haut et très vite maintenant !!! ).

Bref, on nous refait le coup de la présentation des protagonistes, de leur (nouvelle) vie avant de commencer à vraiment s'intéresser à l'enquête du jour. Une enquête bien maigre au final qui n'aura rien de palpitant : déjouer une attaque, Jack Bauer le fait plus vite et avec plus de panache.

Probablement l'épisode du "mal nécessaire" pour relancer la machine maintenant que Sherlock est de nouveau dans la place. 





lundi 2 septembre 2013

George Lemaître tourne et tourne encore, vite, une dynamo !

Et voila, nous y sommes. Le point de non-retour. Le moment où je signe mon suicide éditorial ! 
Comment ? En attaquant le « parfait », en critiquant l’incritiquable ! 
Mais décrété par qui, pour quoi ?

Aujourd’hui, perdu dans une foule à genoux et béate d’admiration, je me lève, je me tiens bien droit. 
Je me dépoussière un peu en frottant mes mains contre mes manches et ma paire de jeans. 
Je deviens un point noir dans un horizon qui semblait dégagé. 
La série The Big Bang Theory ne me fait plus rire ou sourire. 
La série The Big Bang Theory n’éveille en moi qu’envie de vomir, de hurler, de me révolter. 
Car la série The Big Bang Theory cultive et diffuse une mentalité pourrie, une branche putride de l’humour facile, celle de la moquerie. 
La championne du « rire avec les geeks » a révélé son vrai visage il y a déjà quelques temps, le visage de « rire des geeks ».

Je n’aime pas le terme « geek », je ne me revendique d’ailleurs pas de ce mot, insultant au demeurant.
Je ne le revendique pas, car je ne m’y reconnais pas. Tout comme je ne me reconnais en aucune des caricatures grossières véhiculées par ce show.

Pourtant, au début, tout allait bien. Une Lune de Miel ! Les blagues nécessitant un sacré bagages culturels me faisaient rire. Et quels bagages : comics, films, littérature, etc…si vous n’êtes pas sacrément calés, tout ça vous passe au dessus de la tête. Pourtant, le ver était dans le fruit depuis le tout début.

La série débute alors que Penny emménage devant l’appartement de Léonard et Sheldon, deux geeks de niveau mondial. Penny servira en fait au spectateur de point de repère « normal » ( je hais ce mot) dans un monde anormal. Si Léonard est le geeks le moins loufoque de la bande c’est à dessein : il faut que la ménagère palpite de voir une relation amoureuse s’esquisser dans la série et c’est impensable que cela arrive avec les monstres de foire.

Penny donc, la fille américaine normale ( et là franchement, avec le recul, j’aurai dû avoir peur tout de suite ) : maligne mais pas intelligente, superficielle, tout en maquillage et soutifs rembourrés, blonde évidemment ! Le ressort comique de la série est Sheldon Cooper, une personne tellement intelligente que les règles sociales et les interactions humaines lui sont inconnues car elles ne répondent à aucune logique ! Totalement déconnecté, son comportement est donc incongru et ses confrontations avec Penny, qui le remet toujours à sa place comme une bonne disciple de Brice de Nice , amusent. Amusaient.








L’aptitude de Penny à savoir casser les gens lui vient naturellement ( sous-entendu : l’américain normal se doit de remettre dans le rang les gens qui en sortent ? ) et elle se fait la main sur les deux autres amis de Léonard et Sheldon : Howard et Raj, le scientifique venu d’Inde. Si Léo et Sheldon ont un style vestimentaire un peu désuet pour leur âge ( ils sont fringués comme des ados…ils sont chercheurs universitaires et leurs collègues sont habillés de manières plus classiques ), Howard et Raj sortent tout droit des années 80 dans ce qu’il y a de plus effrayant dans ces mots ! ( à tel point que lorsque j’ai vu les premières images avant de regarder la série, je croyais sincèrement que celle-ci se déroulait dans les 80’s, une sorte de suite non-officielle à That’ 70’s Show ).

Howard et Raj ont du mal avec la gent féminine. Leur inaptitude à « conclure » est là encore un ressort comique de la série. Et joue peu ou prou sur le même registre d’inadaptation sociale, comme avec Sheldon. De là à dire que ces personnages sont redondants, il n’y a qu’un pas. Mais, petit à petit, tout ce petit monde va trouver chaussure à son pied.

Je théorise ici l’effet Penny : pour vivre en couple, tu dois renier ton moi profond ! Car je vous l’ai dit plus haut, le ver était dans le fruit dès le début. Ce ver, c’ était la belle Penny. Les personnages vont donc passer d’inadaptés à handicapés mentaux remis sur les rails par les gens « normaux » à la moindre sortie de route, que celle-ci soit énorme ou qu’elle consiste en un simple étalage culturel. C’est systématique ! C’est de la moquerie ! C’est de l’insulte ! Les ignorants font la morale , l’ordre social établi n’est pas sujet à des remises en cause et celui qui se permet une pensée originale est marginalisé, conspué, rabaissé ! 
C’est tout cela The Big Bang Theory !
C'est la négation de la différence de pensée, c'est la négation du droit d'être en harmonie avec soi-même, c'est la négation que la normalité n'existe pas ! 


lundi 3 juin 2013

Star Trek : Catch me if you Khan !

En 2009, la franchise vivotante qu’était Star Trek était ramenée sur le devant de la scène par J.J Abrams (Mission :Impossible 3, Super 8, Alias, Fringe,…je continue ou il faut que je développe ? ). 

Grâce à un tour de passe-passe spatio-temporel, Abrams revenait vers le Capitaine Kirk, Mr Spock et tout l’équipage de l’U.S.S Enterprise originel sans faire un remake ou une adaptation de la série des années 60.

À la fin du premier ( mais aussi 11me film ) , James T.Kirk devenait officiellement Capitaine du vaisseau et se lançait donc dans une mission d’exploration.

Le film démarre alors que notre équipage préféré termine une tâche ardue : sauver une civilisation ayant à peine découvert la roue de finir en poussière au pied d’un volcan. Le tout doit se faire sans que la peuplade ne soit au courant que des visiteurs de l’espace sont présent et ce pour respecter la directive première de Starfleet : ne pas interférer dans le développement d’une civilisation pré-spatiale (mais bon, tout ceci ne prend pas en compte le principe d’incertitude d’Heisenberg si vous voulez mon avis sur la question). 

Cette séquence d’ouverture aura des répercussions au cours de l’intrigue principale : un terroriste, John Harrison, réussit à faire exploser les archives londoniennes de Starfleet. Kirk réussit à se faire mandater pour le capturer alors qu’Harrison a fui en territoire Klingon, loin de la juridiction de la Fédération des Planètes Unies qui vit une guerre froide avec l’Empire Klingon depuis des décennies.




Je suis meilleur !
En quoi ?
En tout !

Ce dialogue, situé vers la moitié du film, définit ce second épisode de l’ère J.J Abrams. Pour faire une analogie simple et compréhensible par tout le monde, si Star Trek avait été La Guerre des Étoiles, alors Star Trek Into Darkness serait  presque L’Empire Contre-Attaque.



Ma comparaison n’est pas anodine : souvenez vous que ces deux films de la saga de Lucas étaient proches et pourtant terriblement différents ! 
D’un grand film d’aventure nous passons ici à une quête vengeresse de la part de Kirk contre un adversaire redoutablement fort et intelligent incarné par un Benedict Cumberbatch (Sherlock ) totalement habité par son personnage. Il donne raison au grand Alfred Hitchcock qui théorisait en affirmant que plus le méchant était bon et meilleur était le film  ( les exemples abondent : Le silence des agneaux, The dark knight, etc…) !



La dynamique est donc totalement différente. Mieux, la dynamique entre les personnages aussi est nouvelle : ils ont évolués ensemble durant un laps de temps indéterminé, créant des nouveaux liens d’amitiés mais aussi des habitudes de travail en équipe.

Cela renverse toute la mécanique : d’un film qui glorifiait un certain individualisme des moutons noirs à forte tête ( Kirk, Spock) qui arrivaient à triompher on passe à une dynamique de groupe tout autre et vouéée entièrement à la réussite de la mission et la survie du groupe. La somme des parties laisse place à un tout ! Ce détail est d’autant plus flagrant lorsque l’on observe la valse des officiers à divers postes sur la durée du long-métrage. Je n’en dis pas plus pour ne pas tout déflorer mais faites-y attention !



Les séquences purement spatiales sont aussi plus nombreuses. Si le premier film , renouant en filigrane avec l’esprit d’explorations aventureuses de la série, nous faisait visiter plusieurs planètes et civilisations, il est notable que cette partie est plus réduite dans cet opus. Et les plus longues séquences « à terre » se déroulent justement sur notre planète bleue. Et quelles séquences, dramatiquement poétique et portée par le piano de Michael Giacchino au début jusque l’apocalypse mécanique du final, notre petit lopin est le théâtre inattendu d’une portion importante de l’action du film.

Tant que je parle de Michael Giacchino : le compositeur attitré de J.J Abrams semble avoir pris goût à la citation musicale réfléchie. Après s'être rapproché de John Williams pour la B.O de Super 8 , il cite de temps à autres James Horner pour Star Trek : The Wrath of Khan...et semble dire à ces deux vétérans de la musique de films qu'il y a un nouveau shérif en ville ! 






Les scènes se déroulant dans le vide de l'espace sont bien entendus très impressionnantes : que cela soit des combats spatiaux rappelant les canonnades d’autrefois ou des poursuites en vitesse de distorsion (la vitesse lumière, en gros) en passant par des sorties individuelles dans le vide en espérant éviter des débris, le spectacle est assuré et les amateurs d’action pure en auront pour leur argent. 

Mais heureusement, de l’action, il n’y a pas que ça. Entre deux bouffées d’oxygène, les personnages s’exposent. Exposent leurs doutes, leurs failles mais aussi leurs forces de caractères et leurs aptitudes. L’humain est souvent au centre des œuvres de J.J Abrams. Le soucis récurrent ( dans ses films comme dans ses séries ) c’est qu’on a souvent l’impression  que ses personnages se dévoilent trop facilement à travers le verbe, expliquant un peu trop leurs affres. Une légère broutille mais qui saute aux yeux du cynique renfermé qu’il m’arrive d’être. Mais impossible de prétendre que les protagonistes de l’histoire n’ont aucune épaisseur sans être de mauvaise foi.



Et ces épais personnages sont plongés dans une intrigue redoutable de précisions. Les faux-semblants sont légions, les coups tordus aussi. Ce qui ne peut qu’augmenter le suspens ! Et quand un réalisateur arrive à vous faire ressentir du suspens, à vous faire vous accrocher à votre siège parce que vous vous en faite pour un personnage qui ne peut pas mourir si loin du générique de fin , alors on peut dire que le boulot est assuré au niveau des développements spectaculaires de l’histoire.  On regrettera une ou deux facilités scénaristiques pour arriver à certaines situations mais là encore, elles sont minimes et absolument pas gênantes. 

Comme tout bon film de SF se doit de le faire, Star Trek Into Darkness questionne notre présent en se dissimulant derrière le filtre du divertissement futuriste. Bien que plus en filigrane que dans les autres œuvres associées de la franchise, ces questions n’en demeurent pas moins présentes. Hors, un filigrane, dès qu’il est sous un certain angle, n’est pas moins visible que les autres motifs de la toile !

Enfin, les clins d’œil, citations référencées et référentielles à un épisode ou l’autre de la saga cinématographique sont légions et sont une valeur ajoutées pour le fan de la saga. Les dialogues et les situations en miroir par rapport à un certain film des années 80 sont savoureux mais surtout, surtout, ne sont pas opaques pour le spectateur néophyte ! Ce qui porte le néophyte est tout autant une caresse dans le sens du poil pour le connaisseur ! Et ça mes amis, ça se nomme de l’orfèvrerie scénaristique ! 

Un petit mot sur la 3D convertie du film.Soit je me fais vieux et je me ramollis soit nous sommes bien en face d'une 3D convertie avec soin et presque indiscernable d'une 3D native ! Un joli travail qui ne vient jamais gâcher l'image ou le montage.

Bref, en un mot comme en cent : foncez ! Foncez prendre un ticket pour une promenade (mais pas de santé) dans les étoiles .Foncez hardiment là ou personne n’est allé auparavant !