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jeudi 21 juillet 2016

Le sang de l'Amérique.

American Vampire, la série écrite par Scott Snyder, revient pour un 8éme tome ( 10éme si l’on compte les deux hors-séries dont la lecture reste essentielle pour tout comprendre ).

Dans les tomes précédents, la série avait pris un nouveau tour. Alors que la série s’était auparavant à faire l’inventaire des différents espèces de vampires en les mêlant à l’histoire du XXème siècle, le nouveau cycle présente un mal ancien, millénaire, qui pourrait bien se répandre sur Terre comme une plaie gigantesque.

Pearl Jones, Calvin Poole et Skinner Sweet, les "vampires américains" , se sont associés pour découvrir qui est le Marchant Gris, cet homme énigmatique qui semble servir " la Bête", une créature capable d'infecter même la race la plus résistante de vampires. Leur quête les mêmes à rencontrer les restes rachitiques de l'organisation des Vassaux de Venus dirigée par Félicia Book (dont les aventures annexes à la série principales peuvent être lues dans cet ouvrage et son petit frère ).
Les deux groupes vont devoir s'associer s'ils veulent espérer réaliser la plus importante mission de leur vie en détruisant le mal à l'origine de tous les maux.

Snyder augmente la menace mais ne diminue pas son talent, au contraire. Le récit est mené tambours battant sur fond de révision de l’Histoire (les vraies raisons qui dictent les actions des puissants et menant les nations dans le maelstrom chaotique de l’Histoire sont intimement liées au surnaturel , un truc tout simple mais très efficace pour ancrer la série dans une sorte de réalisme altéré par les forces immatérielles du bien et du mal).
Scott Snyder reste un auteur dont les obsessions se retrouvent de séries en séries (et ce même dans des œuvres plus grand public comme ses «  Batman » ) : trouver des liens entre différents mythes ( religieux, littéraires), cultures & civilisations , tordre les concepts sur les créatures folkloriques ou encore son envie de décortiquer les noms des choses pour en dévoiler la vraie nature. Ses tics d’écritures s’imbriquent dans une envie de convier les symboles connus et de surprendre le lecteur érudit.
Une connaisse pointue que ses détracteurs qualifient volontiers d’attitude pédante et hautaine mais Snyder ne donne pas cours où se regarde écrire, il joue avec la culture dans un but qui sert son histoire (et qui permet même d’apprendre des choses au lecteur au passage : lire sert à apprendre, le savoir est livresque après tout, internet n’est qu’une extension).




Alors que le récit file à toute allure sans jamais sacrifier les liens entre les personnages et leur psychologie, Snyder se permet des retournements de situation parfois drastiques qui risquent d’avoir des répercussions importantes et intrigantes lors des tomes suivants.

Aux dessins, on retrouve bien sûr Albuquerque Rafael , dessinateur de la série depuis les débuts il y a plusieurs années. Son trait a évolué depuis, ses petites scories ont disparu et son sens du story telling s’est affiné. Un vrai plaisir des yeux de la part d’un artiste possédant un style unique.

American Vampire reste donc le haut du panier des séries fantastiques éditées par DC Comics/ Vertigo et dont Urban Comics propose les traductions en français. Une lecture toujours conseillée depuis que j’écris sur ce blog et ce dernier tome ne va pas me faire changer mon fusil d’épaule.



mercredi 8 juillet 2015

La chair de poule.

Penny dreadful.
À l'origine, l'expression désigne des récits d'horreur pas chers ( un penny ) à l'écriture facile.
Mais ces récits pleins de monstres et de meurtres vont peu à peu façonner l'imaginaire victorien. Sans cette forme de littérature, nous n'aurions sans doute jamais eu Dracula par exemple ( tout comme sans les pulp fictions, les comics n'auraient sans doute pas eu le même essor : pour le rapport entre les pulp fictions et les comics, je vous conseille «  Super-Héros » de Jean-Marc Lainé, aux éditions Les Moutons électriques).

En 2012, Skyfall de Sam Mendes explose le box-office et l'image de James Bond. Le co-scénariste, John Logan ( également auteur ou co-auteur de : Gladiator, The Last Samurai, The Aviator) arrive avec une idée auprès de Mendes : une série télévisée articulée en saison très courte ( entre 8 et 10 épisode), reprenant le concept du «  World Newton » ( popularisé par la création de Alan Moore La ligue des gentlemen extraordinaires) : faire se télescoper différents personnages de fictions au sein d'une même histoire ( attention , ce n'est pas la même chose que faire se croiser les héros Marvel ou DC dans le même comic book ou le même film car Thor et Iron-Man vivent dans le même monde à l'inverse de Dracula ou Frankenstein).
Mendes est conquis et deviens producteur exécutif du show qui sera co-produit par Sky et Showtime (la grande concurrente de HBO : True Blood, Game of Thrones, True Detective) qui avait déjà proposé Dexter, Les Tudors.

Vanessa Ives, jeune femme de la bourgeoisie britannique engage le tireur d'élite américain Ethan Chandler pour l'aider elle et Sir Malcolm Murray à retrouver la fille de ce dernier,Mina (Mina Murray étant la fiancée de Jonathan Harker dans Dracula de Bram Stoker). Confrontant et terrassant une créature aux longues dents après 8 minutes d'épisode, notre petit groupe confie l'autopsie à un docteur désargenté mais brillant : Viktor Frankenstein. Les découvertes qu'ils vont faire sur le cadavre les mèneront vers la découverte d'un monde bien plus complexe inconnu de la plupart du commun des mortels, un demi-monde contenu entre ce que nous connaissons et ce que nous craignons.





Parallèlement à l'intrigue de «  groupe », chaque personnage est confronté à une « malédiction » qui lui est propre, la série fouillant ses personnages, leurs secrets et leurs âmes.

La première saison souffre de quelques défauts mineurs mais dérangeants : le grotesque côtoie souvent le trop plein. Et il est bien difficile de savoir s'il s'agit là de faiblesses d'écriture ou d'une réelle envie de coller au style outrancier des penny dreadful de l'époque victorienne. Cependant, cet aspect disparaîtra dans la saison 2 : à vous de tirer les conclusions que vous voudrez.







Hasard ou pas, Sam Mendes a bossé sur James Bond et on retrouve pas moins de 4 acteurs de la saga au générique ( dont deux seconds rôles sortis de Skyfall !! ).
Eva Green ( à prononcer non pas à l'anglaise mais bien à la suédoise, ce qui donne quelque chose comme «  graine » ) , qui incarna Vesper Lynd dans Casino Royale, incarne la forte mais fragile Vanessa Ives : sa prestance, sa voix particulière confèrent déjà une aura impressionnante à son personnage mais son interprétation tout en classe et en finesse ( contre-balancée par des moments de sauvageries animales et sexuelles assez impressionnants) finit de convaincre que son interprétation est impeccable.
Timothy Dalton ( 007 himself dans Tuer n'est pas jouer et Permis de tuer ) est Sir Malcolm Murray : un aventurier déterminé à retrouver sa fille. Direct, brutal et parfois élégant : l'homme joue un Bond mature en somme et cela lui va bien.
Rory Kinnear ( l'assistant de M dans Quantum of Solace et Skyfall ) incarne la créature de Frankenstein, un être tourmenteur envers son créateur et timide et effacé dans le monde des hommes : un contraste intéressant qui en fait un des personnages les plus attachants de la série.
Mais le personnage le plus difficile à appréhender et donc à jouer est sans doute la version du docteur Frankenstein que le show se propose de nous présenter. Incarner par Harry Treadaway, le docteur est tour à tour exalté par la science, terrifié par le monde occulte (et courageux face à celui-ci).
Quand à Josh Hartnett, son rôle de porte-flingue américain à l'accent improbable évolue tout au long de la série pour révéler sa vraie nature en toute fin de la première saison.






Si un étrange vampire et ses mignons formaient le danger principal de cette saison, la seconde verra l'arrivée des Nightcomers ,des sorcières particulièrement revêches.
Quant à Dorian Gray, son importance dans l'histoire semble très secondaire...à moins que…



L'overdose aurait pu guetter ( multiples intrigues parallèles et parfois imbriquées , nombreux concepts fantastiques : vampires, sorcières, médium, Dieu&Lucifer, immortalité,,etc…) mais tout est dosé. De plus, le style narratif donnant à chaque personnage une aptitude spécifique est un schéma auquel le spectateur est habitué depuis des siècles ! Et Penny dreadful se glisse très bien dans ce genre.


La réalisation est correcte et très télévisuelle de luxe ( c'est classique mais travaillé ) donc rien de révolutionnaire mais le travail sur la lumière, les décors et les costumes est de toute beauté : on est très loin de l'image des reconstituions à la française ( alors que, si le cinéma français avait recours à des techniques simples comme l'étalonnage ou un vrai travail sur la photo, le côté artificiel des costumes pourraient disparaître : c'est incroyable ce qu'on peut obtenir en travaillant la lumière!). L'ambiance est toujours palpable, souvent étrange, parfois malsaine et choquante.
Bref, malgré des défauts dans sa jeunesse, la série mérite que l'on se penche sur son cas.

mercredi 24 décembre 2014

Avoir les crocs.

Ici s'achève la trilogie du Dernier Loup-garou.

Jake Marlowe n'est plus, Tallulla a donné naissance.
Vie, mort. Un cycle éternel. Comme celui de l'amour et de la guerre.


La guerre : l'Église Catholique ( la plus grande génocidaire de l'histoire religieuse ) a trouvé un moyen de se réapproprier le pouvoir spirituel en devenant le premier culte à divulguer publiquement l'existence des vampires et des garous mais aussi en devenant le premier culte à leur faire la chasse dans le monde moderne. Se présenter en sauveur a toujours été leur crédo, et quand les gens n'en ont rien à foutre d'être sauvés de leurs péchés, sauvons-les de monstres plus frappants.
L'amour ensuite : Remshi, le plus vieux des vampires, se remémorent sa dernière maîtresse, morte il y a des milliers d'années. Hors, Tallulla pourrait en être la réincarnation ( la phrase vous fait rire ? lui aussi).  Tallulla, elle, se détache de son amant, Walker et rêve de Remshi dans des songes interdits aux moins de 18 ans.

Glen Duncan change sa façon de raconter ses histoires avec ce dernier tome : fini la narration à un narrateur : place à plusieurs. L'auteur avait déjà prouvé qu'il savait passer avec aisance d'un personnage à un autre ( en changeant la façon de s'exprimer, de penser, les références littéraires ou culturelles, etc…une sacrée plume ! ) et Rites de sang le prouve souvent : au moins 4 narrateurs nous livrent cette histoire qui semble décousue et qui, pourtant, ne peut que mener au dénouement…que l'on attendait pas forcément d'ailleurs.

Hélais, la sauce ne prend plus aussi bien que la dernière fois. La faute à qui ? Pas celle de l'auteur en tous cas…C'est ce que j'appelle l'effet Retour Du Jedi.
La magie et l'émerveillement sont toujours là, ils sont toujours palpables : mais si les premiers tours nous voyaient spectateurs, le dernier – de par notre curiosité, notre esprit – nous voit être devenu disciple : nous avons assimilé la magie, comprit instinctivement comment elle fonctionne; et si nous ne savons pas l'utiliser, nous discernons sa divine mécanique. Cela impacte notre vision de l'œuvre, la rendant moins percutante subjectivement alors que le boulot est objectivement toujours aussi dantesque, si pas plus.

Car la plume habille, la culture générale imposante ( lisez avec un dictionnaire encyclopédique à vos côtés : on apprend des choses , c'est génial ! ), la patte de Duncan est là et toujours là. (et les lecteurs de la Tour Sombre de Stephen King devraient être contents de retrouver un certain poème classique et épique dans ces pages).

Ici s'achève la trilogie du Dernier Loup-garou.
Mais Jake était le dernier, les autres sont là. Et la vie étant un cycle, rien ne dit que Tallula ne nous reviendra pas.

lundi 6 octobre 2014

Dracula que l'on encu...

Au commencent, il y eu un roman, publié en langue anglaise en 1897 : Dracula, écrit par Bram Stoker.
L'histoire est connue de tous, du moins dans les grandes largeurs : l'arrivée en Angleterre DU vampire et de comment un petit groupe aidé par les conseils du Prof.Van Helsing va réussir à le repousser et finalement le détruire dans son château transylvanien.

Le cinéma s'emparera de l'histoire et ce média de masse imprimera à jamais la légende dans l'inconscient collectif dès les années 20.

Mais Dracula, ce n'est pas que le nom d'un comte transylvanien, c'est aussi l'un des surnoms de Vlad III "L'empaleur", Voïvode de Valachie ayant régné sur une partie de l'actuelle Roumanie au XVeme siècle. Son père, Vlad II était dit Dracul en raison de son appartenance à l'ordre du Dragon. La particule "a" en fin du mot signifie "petit" ou "fils de".
Dracula est donc le petit dragon (ou fils du dragon) encore que Dracul puisse également signifier "Diable" (mais l'ordre défendant la Croix face aux Croissants des Ottomans, difficile de penser que l'aspect diabolique soit vraiment associé à l'histoire qui nous préoccupe en ce moment).

Vlad III est connu pour ses actions violentes et sanglantes ( mais la plupart des sources de bases proviennent des Ottomans, une certaine prudence, qui n'a semble-t-il jamais été de mise dans les récits historiques vulgarisés, est donc à appliquer sur tout ceci) et son goût prononcé pour empaler ses adversaires. Surtout les turcs ottomans dont il a été l'otage royal durant une bonne partie de sa vie avant de monter sur le trône.
Stoker n'a jamais admis s'être vraiment inspiré de Vlad III pour créer son vampire mais les théories sur la chose n'ont cessé d'être répandues et, en 1993, un film va définitivement mélanger les deux et ils seront désormais indissociables.

Le Dracula de Francis Ford Coppola commence donc par une séquence absente du roman : la venue au monde du Vampire après une vie humaine. Vlad "Dracula" l'empaleur devient le vampire Dracula sous les yeux du public après qu'une ruse ottomane ait poussé sa femme au suicide. Rongé par la haine envers un Dieu qu'il avait défendu et la peine d'avoir perdu l'amour de sa vie, Dracula erre sur Terre pendant 400 ans avant de retrouver Mina Murray qui pourrait être la réincarnation de sa défunte épouse.



Monstre dramatique et romantique, Dracula va tenter de la conquérir tout en assouvissant ses viles habitudes nutritives…
Les bonnes intentions de Coppola se sont transformées en pavés infernaux pour le mythe du vampire en général et pour le comte sanguinaire en particulier. En littérature comme en fiction visuelle, tout le monde y ira de sa petite version des origines du vampire ( de la plus proche de celle de 1993 à la plus éloignée) pour le meilleur mais plus souvent pour le pire…

Le meilleur.

Le pire. Dracula serait en fait Judas. 

La genèse du film est une aventure en soi.
En 2005, Batman Begins relançait la chauve-souris gothamite depuis le début sous la férule de Warner Bros.
En 2006, Casino Royale faisait de même avec James Bond désormais sous la protection de Columbia Pictures/Sony.
Les deux films ont eu un succès tel que les autres studios commencent à envisager de lancer des films basés sur leurs franchises phares et revenant sur les débuts de ces héros connus du public depuis des années. Le tout contenant quelques réussites ( X-men First Class, Man of Steel) et beaucoup de déchets ( Jack Ryan : Shadow Recruit, The Amazing Spider-Man,… )
Le projet est d'abord initié en 2007 par Universal sous le titre Dracula year one avant de bifurquer vers Dracula year zero.



Deux excellents films...qui donneront de très mauvaises idées (germées pour les mauvaises raisons) aux concurrents.

C'est le réalisateur Alex Proyas ( The Crow, I,Robot) qui est choisi pour mettre en scène les premiers émois sanguinaires de Dracula. Son mot d'ordre pour le film sera : " Des crocs, des filles, du sang et pas de chauve-souris ! ". Une approche qui mêle Eros et Thanatos, point.
Australien, le réalisateur souhaite tourner sur ses terres natales et jette son dévolu sur deux acteurs du crû pour incarner Vlad Dracula et son épouse : Sam Worthington ( Avatar) et Abbie Cornish (Sucker Punch).
Mais le budget du film est si colossal qu'Universal jette l'éponge. Proyas s'en va se focaliser sur son adaptation de Paradise Lost, qui elle aussi capotera.

Initié par le succès d'un héros ( Batman) c'est le succès d'une équipe qui va relancer la machine.
Avengers sort en avril 2012 et explose le box-office. Marvel Studios a mis sur pied un univers partagé au cinéma et cela donne des idées aux banquiers qui tiennent aujourd'hui les studios. Si la recette fonctionne ailleurs, pourquoi ne pas l'appliquer chez nous ? (oui, leurs réflexions primaires me laissent également sans voix).
En  mai 2012, Universal annonce son envie de relancer le concept Van Helsing en le reprenant du début. En Juillet de la même année, le projet Dracula ressort des cartons suivi du reboot de La Momie.Le but semi-avoué est de lancer une nouvelle vague de films de monstres, revenant à leurs origines et de les faire évoluer dans le même univers pour culminer avec un film Van Helsing.

Dans le même temps, le studio Legendary Pictures ( qui chapeautait pour Warner Bros. toutes les productions en rapport avec la pop-culture et les adaptations des comics DC en particulier ) se voit remercier par Warner qui souhaite signer ses succès seul sans partager louanges et royalties. Universal signe donc un contrat avec Legendary. Le pacte peut sembler aller de soi, Universal possédant dans son giron un beau bestiaire nourrissant la culture populaire comme Dracula, Le Loup-Garou, La Momie…

Gary Shore, inconnu au bataillon, est engagé pour réaliser le film. Luke Evans prend la place de Sam Worthington et l'Australie est troquée contre l'Irlande. Les premières fuites apparaissent sur le net : l'histoire contera l'histoire de Vlad III qui, face aux armées ottomanes, fera un pacte avec la sorcière Baba Yaga pour acquérir un pouvoir capable de repousser l'envahisseur. Samantha Barks est engagée pour jouer la sorcière. Pourtant, elle n'apparaitra pas dans le film. Pour les raisons ci-dessous.
Le film est prévu pour le mois d'Août 2014 avant d'être repoussé au mois d'Octobre. Car de multiples reshoots vont être exigés par Universal, ce qui retardera la sortie du film.
Film dont je vais vous entretenir maintenant…

1462, neuf ans après la Chute de Constatinople. Le Prince Vlad règne sur la Transylvanie. Ancien janissaire au service des Ottomans, Vlad a été libéré de son service et tente de maintenir la paix en son royaume. Il a renié son passé de guerrier et rangé son armure ornée d'un dragon au placard.
 Un jour, deux évènements vont sceller son destin : 1° la découverte des preuves que des éclaireurs turcs sont passés sur ses terres et sont morts en traversant la montagne de la Dent Cassée. 2° La découverte d'une grotte dans la-dite montagne renfermant une créature sanguinaire prisonnière depuis des siècles…



(Bon déjà, pour la véracité historique c'est déjà mal engagé -  Vlad janissaire, la bonne blague… - et Baba Yaga déjà expulsée du film pour cause de reshoot.)

Les éclaireurs turcs n'étaient qu'un prélude : un émissaire de Mehmed II le Conquérant ( qui prit Constantinople ) arrive à la cour de Vlad ,flanqué d'une bande de janissaire psychopathes. Celui-ci réclame un tribut en argent à Vlad ainsi que 1000 garçons pour servir dans l'armée du Sultan pour combattre en Hongrie et au siège de Vienne (oui, oui, celui de 1529…quel visionnaire ce Mehmed. Au fait, quand on veut prendre la chrétienté par surprise, on n'annonce pas ses cibles un siècle à l'avance non plus ! Je dis ça je dis rien, en stratégie militaire je ne suis qu'un amateur.)  ainsi que le fils de Vlad comme otage royal.

Refusant de livrer son enfant, Vlad tue les hommes venus le chercher et s'attire les foudres de la guerre. Son seul espoir réside dans la créature vivant dans la grotte, un vampire d'après les registres du monastère où il a fait quelques recherches, et qui pourrait lui fournir la force nécessaire pour défaire les troupes turques.


( et là, double fête du slip : le mot vampire n’apparaît pas avant le XVIIIeme siècle déjà puisque dans cette région on les appelle strigoï, terme qui donnera naissance à stryge, ensuite l'étymologie du mot donnée par le moine est complètement conne et à côté de la plaque, une honte totale et absolue que de prétendre que vampire provient du mot grec pi qui signifierait boire…et cette bêtise va s'imprimer dans tout un tas de cerveaux. Les scénaristes n'ont fait aucune recherche sur les sujets du film! pi vaut toujours 3,14 et pino veut dire boire, merci Amsterdam bonsoir !).



Commençons par les points positifs : Luke Evans est un bon acteur, il croit en son personnage et lui donne de l'épaisseur. Et deux trois bonnes idées parsèment le film. Voila…

Pour le reste : les incohérences sont légions ( comment un vampire coincé dans une grotte ,dont il faut être un alpiniste aussi fortiche que le Lénonidas de 300 pour l'atteindre, peut-il être LA peur des habitants et vivre sur un sol composé des os de centaines de personnes ? ), les incongruités sont effarantes. D'ailleurs, l'entrée de la grotte change selon  qu'elle a été tournée pour la version "Baba Yaga " et la version "vampire centenaire": on passe d'une grotte toute simple à une entrée de style pseudo-romain pour appuyer le fait (jamais clairement dit dans le film) que le dit-vampire, incarné par le toujours classe et flippant Charles Dance, soit en réalité…Caligula. Vous avez dit " n'importe quoi " ?

Le rythme et l’enchaînement des scènes sont trop rapides pour qu'une empathie quelconque puisse nous lier au sort des personnages, certaines semblant même sortir de nulle part ou avoir été placée au mauvais endroit du film.
Certains personnages, également sortis de nulle part, acquièrent une importance capitale pour certaines séquences (celle de l'incendie provoquée par les villageois est flagrante: celui qui lance le mouvement est clairement mis en évidence par la réalisation et le montage, signe , sans doute, que son personnage avait une importance dans des scènes probablement coupées : c'est ça ,soit le réalisateur ne connaît rien à la grammaire cinématographique. Pareil pour le bohémien qui souhaite servir Vlad.).
Tout cela vient renforcer le sentiment qu'il manque une pelletée de scènes et que certaines ont été rajoutées à la va-comme-je-te-pousse pour donner un peu de liant à l'ensemble.



Les scènes de combats sont hachées et difficiles à lire, c'est fouillis et peu emballant visuellement, que ça soit lors de corps à corps plus ou moins classiques ou lorsque que Vlad fait appel à des hordes de chauve-souris qui ressemblent plus à un essaim géant de mouches qu'à des chiroptères une fois en mouvement à l'écran. Pour un homme capable de plier à sa volonté les créatures de la nuit, il ne fait appel qu'à une seule espèce d'entre elles.Et pas la plus dangereuse hein. Non, une horde de petites bestioles qui font, au mieux en Europe, 10 cm de long et pèsent moins de 30 grammes. Je n'ose imaginer ce qu'un réalisateur couillu aurait pu nous faire avec l'arsenal complet du vampire : chiroptères géants, loups, etc…

Dracula est ici une sorte de super-héros dramatique et maudit ( mort d'un être cher, entrainement pour devenir un guerrier imparable , acquisition de super-pouvoirs et un costume à emblème dont l'apparition rappelle celle du bat-costume dans Batman Begins mais en moins bien : quand on sait pas pomper, on ne pompe pas !).



Le thème du héros contraint de se damner volontairement pour préserver les siens n'est pas nouveau ( Ghost Rider, Anakin Skywalker, Spawn) mais fonctionne toujours correctement pour peu qu'il soit bien traité.
Ce n'est clairement pas le cas ici et ce ne sont pas les clins d'œil appuyés ( le name dropping de certains noms connus des adorateurs du livre de Stoker comme le col de Borgo ou les trois femmes vampires) ni l'idée d'une armée vengeresse en fin de film qui viendront sauver celui-ci ni sauver le spectateur d'un ennui gêné ( le film dure une heure et demi et semble en durer le double) renforcé par la sensation d'assister à un immense gâchis tant les bases auraient pu être solides.



Les sous-entendus thématiques sont clairement naïfs , manichéens et limites racistes tant seuls les transylvaniens chrétiens sont représentés comme pouvant faire preuve de noblesse, les musulmans et leur alliés étant des malades sadiques et malveillants ( on vous rappelle que les territoires conquis tombaient sous la liberté de culte et ce plus d'un siècle avant l'édit de Nantes ? ).

Des intentions initiales d'Alex Proyas, il ne reste presque rien car Gary Shore a tout envoyé valser : quelques crocs, du sang qu'on essaye un maximum de cacher et des nuées de chauve-souris réputées buveuses de sang des centaines d'années avant que la race des chiroptères vampires ne soit découverte.
La fin est là pour bien nous montrer qu'il s'agit ici du premier acte d'une franchise et on n'en demandait pas tant.

Dracula Untold aurait du le resté, untold.

lundi 25 août 2014

Les enfants de la nuit.

Kate Neuman est hématologue.
Au début des années 90, dans une Roumanie qui vient de se libérer du joug de Ceausescu et où le sida fait rage , Kate s'occupe du cas d'un étrange bébé dont le corps réagit de manière phénoménale après chaque transfusion de sang.
Kate adopte le bébé avant de rentrer aux USA.
Une fois chez elle, dans le Colorado, d'étranges hommes en noir commencent à la terroriser et tentent de kidnapper son enfant. Face à une horreur implacable, Kate devra retourner sur les traces de son fils dans un pays rongé par la corruption et la violence.
Elle aura besoin de toute l'aide possible face à ce qui pourrait être une secte vampirique qui semble remonter à Vlad Dracula, le voïvode qui inspira Bram Stoker en 1897.
Et de l'aide, Mike O'Rourke, prêtre qui, enfant, a survécu à l'horreur d'un été à Elm Haven, est prêt à lui en fournir.

Changement de style. Après l'horreur feutrée, Simmons refait vivre un de ses personnages de Elm Haven. Ayant grandi et fait le Vietnam, c'est un Mike toujours aussi courageux mais plus réfléchi qui entre ici en scène. Mais ce n'est qu'un second rôle, presque tout le roman étant écrit du point de vue de Kate. Une femme de science, plongée dans un monde qu'elle ne contrôle absolument pas et déterminée coûte que coûte à retrouver son enfant.

Dan Simmons livre ici un roman très axé sur le suspense et l'action. Presque sans temps morts, l'auteur arrive pourtant à décrire les traumas et les pensées de ses personnages. Kate est un personnage auquel on s'attache presque tout de suite. Et si sa relation avec O'Rourke est cousue de fil blanc, il n'en reste pas moins que leur amitié et leur rapprochement sont décrits avec justesse.
L'état de la Roumanie de l'époque participe aussi grandement à l'ambiance : Simmons se documente beaucoup et cela se ressent. Certes, cela ne change pas beaucoup des idées reçues sur le fonctionnement administratif et judiciaire que le lecteur occidental a des pays de l'Est mais la recette fonctionne quand le cuistot sait assaisonner comme il faut.

Un roman de vampire atypique qui arrive à concilier science moderne de fiction et aspect mythique du buveur de sang en offrant une autre approche que celle, trop facile, de la porphyrie.  Une série B littéraire de haute tenue qui vous tiendra éveillé quelques nuits.

jeudi 5 septembre 2013

Le Rouge est une Couleur Chaude.

Presque 20 ans après son film le plus connu (et son seul vrai succès commercial, Entretien avec un Vampire), Neil Jordan revient vers les suceurs de sang humain.
En changeant radicalement son angle d’attaque et en apportant un peu d’originalité à un genre qui dépérit au cinéma (soit en n’apportant plus de sang neuf, soit en faisant abstraction de tout ce qui fait un vampire, oui Twilight, je pense à toi, engeance putride !).

Elaenor "Ella" Webb et sa grande sœur Clara sont des marginales. Alors qu'Ella noircit des pages de textes qu'elle jette aux vents une fois écrit le mot "fin", Clara gagne leur croûte en faisant du strip-tease. Mais un danger les guette car Ella et Clara sont en réalité mère et fille, vampires depuis deux siècles, Clara a transformé sa progéniture vers la fin de l'adolescence de celle-ci.

Leur vie ne se fait jamais longtemps au même endroit et lors d'une énième fuite, Clara fait la rencontre de Noel, un homme un peu paumé propriétaire d'un vieil hôtel, le Byzantium.
Clara y voit l'occasion de se poser un bon moment et décide de mettre son expérience d'ancienne prostituée pour en faire un lupanar lucratif. Pendant ce temps, Ella intègre une école de haut niveau et fait la rencontre de Frank, jeune homme un peu marginal…
Mais les cadavres exsangues que les deux femmes laissent derrière elles ne vont pas les aider à passer inaperçues.

Si on replace tout ça dans la filmographie de Neil Jordan, beaucoup verront Ella comme une version adolescente de Claudia, la jeune vampire protégée de Lestat de Lioncourt : même air juvénile, même capacités au piano et même mal-être dû à un manque de contact humain. C'est bien entendu pertinent.
Mais ça serait omettre le film "La compagnie des loups", relecture du petit chaperon rouge que Jordan avait réalisé en 1988.
Hors, Elle se balade durant les ¾ du film avec un gilet à capuche rouge, allure trompeuse car cet aspect de victime cache bien entendu le loup qu'elle peut être.



Si Byzantium est l'un des films les plus originaux sur le thème du vampire de ces dernières années, il n'est pas exempt de défauts assez grands : le rythme est lent, l’enchaînement de certaines séquences est laborieux et les personnages ne sont pas écrits pour qu'on se prenne vraiment d'empathie pour eux.

Mais ces qualités l'emportent sur ces défauts.
Tout d'abord, comme je le disais, l'angle d'attaque est assez différent de ce qui se fait souvent : si laisser les enfants de la nuit marcher sous le soleil n'est pas nouveau en soit ( sachez que c'est le Nosferatu de Murnau qui ajouta la révulsion du soleil au mythe de vampire), les placer dans un cadre social proche des bas-fonds est rare car la plupart des vampires sont souvent des châtelains, des aristos ou juste des personnes ayant réussi professionnellement et menant une vie assez simple. Ici, Clara, pour vivre et protéger son enfant, a recours à la prostitution et au proxénétisme : l'immortalité n'a pas rendu leurs vies plus aisées. Elles sont également soumises à la fameuse règle de l'invitation pour pénétrer chez les gens, il y a des choses qui ne changeront jamais !


Ensuite, les canines pointues sont ici remplacées par les ongles, étirables et effilés. L'entaille profonde a de toutes façons toujours le même but, récolter le sang de la victime. Et si les deux femmes ont le même appétit, leurs méthodes divergent fortement : Clara est une tueuse sans pitié, si sa préférence va au rebus de la société que le monde ne pleurera pas, elle n'hésitera pas à tuer quiconque pourrait être une menace pour elle. Ella, quant à elle, écume les hospices et les hôpitaux pour apporter l'ultime réconfort à des mourants. Chacune cherche une justification à la mort qu'elle donne pour rester en vie un peu plus longtemps. Mais au final, leur route sera toujours jalonnée de morts violentes.





Gemma Arterton, ancienne James Bond Girl, incarne Clara, et son personnage est tour à tour emprunt d'une nature tragique (son histoire n'est pas un conte de fée ) tout autant que vulgaire car, sans porter de jugement de valeur, en dehors de son rôle de mère poule, elle reste bien souvent une pute de bas-étage. Le contraire de Ella incarnée par Saoirse Ronan (son pronom se prononce comme ceci, suivez le lien : http://www.youtube.com/watch?v=znCXvlhYV-Y, et oui, les prénoms irlandais c'est pas simple), jeune fille à suivre car derrière son regard bleu clair envoûtant se cache un talent rare : j'en connais peu qui , en une fraction de seconde, font passer leur  regard adolescent à la profondeur d'une être deux fois centenaire ! Elles forment donc un duo atypique mais complémentaire. Incapables de couper le cordon ombilical !



Les qualités graphiques de l'ensemble sont aussi à souligner. Si l'image est assez neutre et réaliste, il y a une utilisation de la couleur rouge que certains trouveront peut-être lourdingue (le rouge est la couleur du sang alors pourquoi le rappeler toutes les 10 minutes ? ), j'y vois une cohérence et une recherche bien vue.
Le rouge , contrairement au bleu par exemple, est une couleur qui charrie d'innombrables sentiments : la luxure et la timidité en tête. Rien d'étonnant à ce que Clara l'extravertie travaille sous néon rouge et qu'Ella la renfermée se promène comme un petit chaperon en mal de loup !
Si on va plus loin, l'un des mots grecs pour désigner la couleur est porphyros, qui donnera porphyrie...la maladie "du vampire".
Et ça ne s'arrête bien entendu pas, la création d'un humain en vampire nécessite ici un usage poétique de la couleur lors de séquences bien différentes des créations habituelles puisque ce n'est pas le folklore des Balkans mais plus celui Celtique qui est ici utilisé.
Même les habituels chasseurs de vampires recèlent quelques surprises.






Byzantium n'est donc pas un film parfait mais son traitement et son originalité le place clairement dans le classement des films les plus intéressants à l'instar du très bon La sagesse des crocodiles (ou Jude Law incarnait un prédateur froid , méthodique et pourtant terriblement humain) et qui aurait mérité un meilleur coup de projecteur sous nos latitudes ! Et puis on revoit enfin des chauves-souris et du sang dans un film de vampire, ça faisait longtemps !




mardi 16 juillet 2013

Suce moi ça !

En 2011, Panini éditait les deux premiers volumes de la série American Vampire. Lorsque cette «  maison d’édition » a perdu les droits du catalogue DC Comics, c’est l’éditeur Urban Comics qui a repris les commandes. Urban n’a pas souhaité continuer directement dans la lancée de Panini et a opté pour l’édition,sous le titre American Vamprie Legacy, de deux mini-séries dérivées suivant les aventures de Felicia Book.

Hors, voici qu’Urban relance enfin la série mère en sortant les trois premiers tomes ( dont les deux premiers correspondent à ceux édités par Panini ).

Il aurait été, à mon avis, plus avisé de ne pas séparer l’univers de cette série en deux titres. En effet, American Vampire Legacy 1 se déroulait en 1941 et le tome 2 dans les années 50.
Le tome 3 d’American Vampire tout court se déroule en 1943. Tout rapatrier sous le même titre et dans l'ordre chronologique était plus logique à mon sens. Reste que séparer série-mère et spin-off l'est tout autant.

Bon, passée cette petite remarque, que dire sur le retour en fanfare de Skinner Swett et de Pearl Jones son « enfant de la nuit » ? Que c’est encore du tout bon !

Cela fait maintenant 18 ans que Pearl Jones a été transformée par Skinner Sweet en vampire américain. Elle est la seconde de son espèce, une espèce plus forte et plus résistante que le vampire le plus commun, le carpatique ! Pearl ne souffre pas de voir le soleil se lever le matin mais reste dépendante du sang humain. Un sang que lui fournit son mari, Henry. Mais Henry vieillit et commence à se sentir inutile. C’est à ce moment que l’organisation anti-vampire « Les vassaux de Vénus » le contacte pour qu’ils prennent part à une mission de l’armée dans le Pacifique.




Encore une fois, Scott Snyder, le scénariste ( entre autres choses de Batman et Swamp Thing ), joue avec son concept de revivre l’histoire de l’Amérique Moderne ( de la fin du XIX jusqu’au la fin du XX si tout se passe bien ) en suivant une jeune vampire. Ici , la guerre contre le Japon va lui permettre d’introduire une nouvelle espèce de suceur de sang dans son arbre de l’évolution des espèces. Car l’idée la plus brillante de Snyder est bien celle-ci : les vampires ont évolués au fil des âges et ce foisonnement d’espèce lui permet non seulement de faire cohabiter les diverses variantes du mythe mais aussi de jongler avec leurs représentations : personnes de tous les jours, aristocrates dégénérés ou purs monstres comme dans ce tome.

Snyder n’en oublie pas de faire vivre ses personnages, de faire évoluer leur relations et d’explorer leur psyché. À ce titre, l’épisode centré purement et simplement sur Skinner Sweet nous éclaire encore un peu plus sur son passé et sur pourquoi il aurait « sauvé » la vie de Pearl en la transformant. Depuis le début, ce salopard de première offre bien plus que ce qu’il présente au monde et son côté monstrueux est finalement très…humain.




Les dessins de Rafael Albuquerque sont d’une force viscérale. Son trait anguleux est d’une grande efficacité et tranche dans le lard des personnages soumis à de rudes épreuves. Enfin, ce tome se trouvent être charnière puisqu'il  vient redistribuer certaines cartes dans l’intrigue ! Vivement octobre pour le tome 4 !

dimanche 2 juin 2013

Mauvais sang.

Plus ou moins un an après la parution d’un premier tome, Urban Comics revient au vampirisme avec le second opus de sa collection «  American Vampire :Legacy ». Cette collection reprend en fait les minis-séries annexes à la série mère «  American Vampire ». 

Scott Snyder continue donc d’explorer son petit monde à travers les aventures des chasseurs de vampires (contre le regard des vampires Skinner Sweet et Pearl Jones dans la série principale).

1954. Londres. Le siège londonien des Vassaux de Vénus, l’organisation anti-vampire, est attaqué. 
Les assaillants ont volé le contenu d’un coffre fort ultra-sécurisé. 
À l’intérieur se trouvait le cercueil d’un vampire redoutable, premier de sa race et capable d’asservir à sa volonté les vampires de son genre : les carpatiques ! 
À Paris, Felicia Book mène une vie rangée avec son fils adoptif, Gus, enfant de feu Cash McCoogan. 
Elle essaye tant bien que mal de lui cacher qu’il fut infecté du virus du vampire américain étant bébé et qu’elle a sacrifié le remède qui l’aurait délivrée de son statut de dhampire ( si si, ce terme existe ! ) pour qu’il puisse avoir enfin une vie humaine ( techniquement, Gus a 18 ans mais il n’en fait que 12-13 ans : il peut enfin vieillir ! ).
 Son ancien supérieur la retrouve pour l’aider à retrouver le cercueil. La véritable identité du suceur de sang glace celui de Felicia : il s’agirait de Dracula…

Enfin, du vampire qui inspira Dracula. Car Snyder va ici décortiquer certains points du livre de Stoker  et de l’histoire anglaise en les assaisonnant à sa sauce.

Scott Snyder est peut-être ce qui est arrivé de plus rafraichissant au mythe du vampire ces dernières années. Professeur de littérature à l’Université de New-York, l’homme connait ses classiques et va , dans sa série, trouver le moyen de faire cohabiter les diverses incarnations des vampires grâce à une idée toute simple : l’évolution ( la théorie de Darwin, pour ceux du fond près du radiateur). Guère étonnant que depuis quelques temps maintenant il se soit attaqué à une autre chauve-souris géante : Batman !




Cette mini-série va éclairer le lecteur sur le pourquoi de la prédominance de la race carpatique sur Terre : ça c’est pour le côté pratique. Pour le côté « plaisir de lecture », Snyder va nous balader dans un récit haletant, lorgnant sur l’horreur bien sûr mais aussi sur l’espionnage et l’action. Un cocktail détonnant et plaisant qu’un soupçon de suspens viendra relever. Impossible de lâcher le livre avant la dernière page tant Snyder nous entraîne dans son univers avec une aisance rare. Les personnages principaux continuent de s’étoffer, leur histoire ( tragique ) est révélée et leur destin , pas toujours enviable, va prendre des chemins parfois dramatique.

Aux dessins, nous retrouvons non pas Sean Murphy comme dans l’opus précédent mais Dustin Nguyen. Lui aussi a pendant un temps mis en images les aventures de Batman, tout se recoupe. Son style à la limite du cartoony et du réalisme prend ici une autre dimension par les tonalités de couleurs utilisées. De plus, certaines cases sont colorisées par le principe de l’aquarelle et cela donne un effet remarquable aux scènes, souvent historiques, de l’histoire. Son découpage est fluide et permet de suivre l’intrigue sans temps morts.





Bref, en attendant qu’Urban réédite les deux premiers tomes de la série mère (et le troisième dans la foulée , en juin ), « American Vampire Legacy » est le palliatif parfait. Les vampires sont de retour, ils ont les crocs et l’hémoglobine refait enfin son apparition dans un récit de buveurs de sang !!! Plus qu’une lecture conseillée, une lecture obligatoire !!! 

samedi 23 février 2013

La Vampire manquait de mordant !

Dracula est sans conteste le vampire le plus célèbre. Même les fans des endives de Twilight connaissent le saigneur de la nuit ! Et comme le personnage est du domaine public depuis un bail, il n’est pas rare de le croiser dans une ou l’autre fiction.

Sortie en 2001, L’invitée de Dracula est une suite non-officielle au roman de Stoker. Contrairement à la purge officielle sortie il y a quelques années, ce roman reprend la structure épistolaire du roman  d’origine.

7 ans après avoir défait le comte sanglant, le petit groupe d’amis mené par le professeur Van Helsing n’a plus que ces contacts sporadiques. Mina et Jonathan Harker ont eu un fils, Quincey, ainsi nommé en l’honneur de leur ami Quincey Morris, mort lors de la traque du vampire transylvanien. 

Alors que Van Helsing embarque Jonathan dans une quête documentaire sur la vie humaine de Dracula, Mina en profite pour se rendre à Whitby avec son fils. C’est là-bas qu’elle fera la connaissance de Karmilla, avec qui elle se liera d’amitié…et qu’elle perdra son fils dans d’étranges circonstances.
L’ombre du vampire est-elle de nouveau sur eux ?

Niveau écriture, le roman de Françoise-Sylvie Pauly n’a pas vraiment à rougir de la comparaison avec le roman originel. Le style tente de coller au maximum avec les tournures de phrases, les idées et la façon , un brin naïve vu nos standards actuels, d’agencer un récit. C’est au niveau du récit en lui-même que ça coince. Si le loup-garou réussit à la collection Lunes d’encre, on ne peut pas en dire de même pour le vampire.
En effet, l’histoire est peu stimulante et la structure chronologique est tout sauf passionnante. Le livre est vraiment conçu en trois parties  distinctes: Mina à Whitby, Van Helsing et Harker en quête d’informations et enfin tout le monde se retrouve à la fin.

La première partie se déroule bien trop vite, les relations entre les personnages et les nouveaux protagonistes sont expédiées bien trop vite tout comme le déroulement de l’histoire. Et pas l’ombre d’une canine en vue ( ce qui ne veut pas dire qu’aucun vampire ne rôde). La seconde est surtout un prétexte à tenter de retracer la vie ( romancée ) de Vlad Tepes. En effet, si depuis la parution de Dracula, les experts s’accordent à dire que Stoker pris Vlad Tepes comme inspiration pour son personnage, c’est le film de Coppola qui enfonça le clou dans l’inconscient collectif.Le personnage, avec l’histoire proposée par Pauly, perd de sa superbe ( on préféra sans aucun doute les deux tomes de L’historienne et Drakula ). Enfin, le dernier acte souffre des mêmes défauts que le premier.

Tout est expédié à la va-comme-je-te-pousse, l’intrigue est inexistante et la menace vampirique à peine présente. Dommage, le style d’écriture était bon. L’histoire ne l’est pas. Damned ! On sauvera quelques meubles cependant : les références à Sheridan Le Fanu ( auteur de Carmilla, récit antérieur à celui de Stoker et qui possédait déjà en son sein les éléments familiers aux mordus de vampires) sont bien là, les clins d’œil à Stoker aussi (le titre du roman en lui-même est fort proche du premier chapitre , expurgé par l’éditeur,du roman de Stoker mais que l’on retrouve dans la plupart des éditions modernes). Mais c’est peu pour se sentir satisfait.

samedi 29 décembre 2012

Au clair de la lune,mon ami Jaco !

Petite avant-première littéraire aujourd’hui puisque nous allons revenir sur un ouvrage qui ne sortira que le 10 Janvier 2013 en librairie sous la houlette des éditions Denoël. Une sombre histoire de loup-garou, mais pas que ! Et avouez qu’une histoire de loup-garou dans une collection qui s’appelle lunes d’encre, c’est cocasse !

Les monstres ont toujours eu la cote. Ils permettent l’effroi facile et nous font oublier que les véritables monstres qui nous hantent ne sont guères différents de vous et de moi.  La littérature et le cinéma ont depuis toujours joué avec eux sans pour autant les laisser occuper trop d'espace.

Mais , et c’est bien la seule chose dont on pourra lui tenir grâce, une auteure américaine peu inspirée a remis le monstre en avant. Merci Stephenie Meyer, ta tétralogie aussi vide que le cerveau de Kim Kardashian a eu le mérite de relancé le vampire sur le devant de la scène. Les éditeurs se sont engouffrés dans la brèche de ce succès, donnant le feu vert à divers projets vampiriques et ce même s’ils étaient bien loin de mettre en avant des créatures qui tenaient plus de la sangsue humaine que du vampire. Du coup, le vampire a déferlé et a occupé l’espace.

Pour tenter de contrebalancer l’hégémonie vampirique, c’est le Zombie qui est vite venu chatouiller les lecteurs. Lui aussi a mangé une bonne part du gâteau. Mais aujourd’hui, c’est le dernier monstre emblématique qui débarque. Le loup-garou. Un être qui, finalement, n’a jamais vraiment eu les honneurs d’une mise en avant aussi forte que celle de ses cousins avides de tuer de l’humain.

Jake Marlowe est le dernier loup-garou. C’est officiel, son frère de race berlinois s’est fait descendre par les membres de l’OMPPO. Jake est donc la dernière cible.Et cela ne le perturbe pas trop, car avec presque 201 ans au compteur (dont 167 en tant que lycanthrope) , Jake est blasé. Il a tout vu, tout lu, tout fait. Tellement las qu’il en est à la limite du suicidaire. Cela ne plait ni aux chasseurs chargés de sa mise à mort ( quel amusement à tuer un être qui n’offre aucun challenge? ) , ni à la mystérieuse Jacqueline Delon, férue d’occultisme qui semble bien vouloir protéger le dernier spécimen vivant de lycanthrope. On ne peut plus,de nos jours, mourir de la façon dont ou voudrait ma petite dame  !

Mais la vie est pleine de surprises ! Et quand les surprises en questions sont de nature vampirique et sentimentale, tout se complique encore plus. Mais la complication réveille parfois l’envie de vivre. Car à quoi bon suivre un suicidaire durant 400 pages ?

Glen Duncan ( à ne pas confondre avec Hal Duncan ) a décidé de fournir ici une sorte d’anti-twilight : narration à la première personne du personnage principal masculin (et quelle narration : la structure des phrases, leur richesse et leur agencement tiennent vraiment du travail littéraire dans ce qu’il a de plus poussé sans être barbant) , gore, sexe crû ,des garous qui ne ressemblent pas à des gros toutous ,etc…Il a pris les ingrédients de la bit-lit pour en faire tout autre chose et y insérer des effets tout sauf lisses donc.

Jake raconte sa vie, sa morale, comment il a depuis longtemps endormi cette dernière dans certains aspects de son existence. Tour à tour plus odieux que Dr.House, charmeur,cynique,manipulateur ou romantique, Jake est un personnage fascinant car terriblement humain dans sa complexité et ses contradictions. Grand amateur de films, il n’hésite jamais à faire un parallèle avec l’une ou l’autre œuvre cinématographique ( ce qui, pour le cinéphile que je suis, représente plusieurs cerises sur le gâteau ).Le procédé qui consiste à lire les mémoires sur carnets ,que le monstre a laissé derrière lui ,rappelle le très bon Agyar de Steven Brust (Folio SF).

Le rythme, haletant, n’empêche pas quelques moments plus calmes, plus introspectifs. Après tout,tout comme Connor McLeod (Highlander), Jake se remémore ses débuts, les évènements importants du siècle, son acceptation de la malédiction. Malédiction qui le pousse à dévorer un humain par mois. L’auteur , sur le folklore connu ( pleine lune, balle en argent), greffe des éléments intéressants comme cette envie de manger mais aussi les répercussions sur la libido de ces êtres poilus ( le loup-garou est un chaud lapin) en ne nous épargnant que peu de détails salaces. Les vampires, bien que peu présents, sont également légèrement revisités  (mais je n’en dirai pas plus, lisez le livre !!!) et leur antagonisme avec les loups est lui aussi traité avec quelques nouveautés ( nous ne sommes pas dans la saga Underworld ).

Sous couvert d’un titre limite nanardesque et d’ingrédients connus et reconnus, Le dernier loup-garou est LE roman le plus intéressant sur cet être paru depuis longtemps (même celui écrit par Stephen King était peu convaincant).  Un coup de cœur absolu !


vendredi 21 décembre 2012

Sang rancune aucune !


Saison 9 de Buffy, tome 2 ! Panini continue d’éditer les aventures de LA Tueuse. Nous avions celle-ci face à une nouvelle apocalyptique : elle est enceinte ! Comment va-t-elle gérer ce fait, sachant qu’elle risque sa vie chaque nuit pour sauver le monde ?

Le premier tome de cette nouvelle saison avait été une heureuse surprise en ce sens que l’histoire semblait revenir aux sources : la tueuse, un environnement urbain et des personnages secondaires forts. Nous sommes donc loin des ambiances bigger than life de la saison précédente qui se permettait tout ce qu’un budget virtuellement illimité permettait !

On ne peut pas trop en dire sur ce tome sans dévoiler certains retournements de situation mais le rythme, le respect de la mythologie et le nouveau statu quo concernant les vampires ( rebaptisés zompires par les héros ) mènent le lecteur du début à la fin sans l’ennuyer. Les dessins sont toujours signés Georges Jeanty  dont le style n’a pas foncièrement changé depuis le début de la série. 

mardi 29 mai 2012

Sang chichis.


Urban Comics a édité fin du mois d'avril un nouveau tome de la série AmericanVampire. Estampillé "legacy" car il ne s'agit pas ici de la série mère mais d'une mini-série centrée non pas sur les (més)aventures de Skinner Sweet ou de Pearl Jones. Sélection Naturelle se focalise sur l'autre versant de la mythologie vampirique : les chasseurs !

Nous sommes en pleine seconde guerre mondiale. Les vassaux de Vénus, groupe œuvrant dans l'ombre à l'éradication des suceurs de sang, a eu vent des travaux d'un chercheur qui aurait mis au point un remède contre le fléau vampirique. Mais ce dernier est aux mains des Nazis, dans un vieux châteaux d'Europe de l'Est. Et ces Nazis ont fait un pacte avec une race violente de vampire.

En effet, l'une des originalités de la série est de présenter les vampires comme une race en évolution. Et cet album fait remonter leur apparition encore plus loin dans le temps que la série originale.

Scott Snyder, le créateur et scénariste du concept ( avec Stephen King comme co-auteur sur les 5 premiers numéros) livre ici un récit mêlant mélo, espionnage et action pure et dure. L'aspect horrifique est un peu mis de côté, bien que certains passages soient un peu sanglants, voire gores.

Divisé en 5 parties, le récit est sans temps mort mais s'offre parfois quelques raccourcis narratifs un peu faciles.  Les dessins de Sean Murphy font passer la pilule lors de ces rares passages un peu moins travaillés du scénario. Des dessins aux traits anguleux et efficaces. Murphy est en outre doté d'un grand sens de la narration et la fluidité de son travail est tout à fait exemplaire.

La traduction est assurée par un cador: Jérôme Wicky, bien connu dans le milieu des traducteurs de comics. Il fait partie du collectif non-officiel du Fulchibar (ne me demandez pas ce que ça veut dire) qui comprend en son sein : Edmon Touriol, Alex Nikolavitch, etc…du beau monde et des traducteurs respectueux du lectorat, qu'on se le dise. Et notre bon Mr Wicky ( qui officiait sur Buffy lors de la saison 8 ) glisse quelques références à Die Hard dans son travail ! Jouissif, bien que peu orthodoxe. Mais si la traduction colle…