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mercredi 18 septembre 2019

Tout frais, et à lire!

 La rentrée littéraire, c'est un raz de marée, qui touche aussi la BD
Que lire?
Je fais cette entrée pour 5 livres très récents, qui sortent en moins d'un mois, de mi août à mi septembre, et que je conseille très chaudement
(nul doute qu'il y en aura d'autres, les arrivées ne faisant que commencer)

Will Eisner disait que tout le monde peut dessiner, mais que ce qui compte, c'est ce que l'on raconte.
Comment contrarier un tel génie? Et pourtant, je pense que si le récit est important, il y a ce que l'on raconte, comment on le raconte, et avec quels moyens graphiques
 Mon mini florilège présente en peu de bouquins une bonne diversité d'approches il me semble.
On commence
 Je suis très client de Denis Robert, quel que soit son support d'expression.
La BD n'est pas "son medium naturel", ce n'est pas le rabaisser que dire cela mais il a un dessinateur, je dois bien l'avouer, qui théorise depuis si longtemps, avec un talent certain, et une mise en application continue, du coup l'ensemble est assez irréprochable, formellement. On sent bien que Franck Biancarelli connait son complice, et qu'il fait sienne la matière première qui lui a été donnée.
Ce polar est très bon. Il ne réinvente pas le genre contrairement à ce que suggère la 4 de couv, mais il est terriblement bien mené, avec des tiroirs où il faut comme il faut. Il fait réfléchir sur la justice, la morale, les zones grises, l'amour et pas mal d'autres choses, enveloppées dans un récit qui ne donne pas de leçons.
Franck Biancarelli n'a pas un dessin vers lequel j'irais spontanément. En vieillissant je vais vers plus de stylisation, de "radicalité", voire de cartoony...Il faudrait que je lui consacre une entrée pour étayer, mais pas celle ci, déjà bien (trop?) longue.
Il a une exigence qui force le respect et, surtout, un sens de la narration, et du non dit/non vu (rappelons que narration et sens de l’ellipse sont frères jumeaux et à la base de toute la bd selon moi)
 Il cherche, il essaie, il bricole, il rend hommage, il s'amuse (je pense) il prend des risques, il se plante, il réussit...avec au final un vernis (serait ce du professionnalisme/expérience?) qui lisse et harmonise l'ensemble.
Je reconnais avoir préféré l'approche graphique de Grand Est, le précédent livre du duo, car il y avait une urgence visible, un aspect brut qui me parlait plus, mais là il y a aussi de grands moments et des scènes plus "banales" qui, pour moi, fonctionnent à merveille
Morceaux choisis

 
 
 La case que deviendra ce rough est formidable, mais il vous faut acheter l'album pour le vérifier
 Le GROS best seller attendu de la rentrée
J'y allais à reculons, pour pas mal de raisons : surmédiatisation, un scénariste reconnu dont je sais ne pas être fana des bd (mea culpa) un dessin virtuose mais qui parfois me laisse dehors...
Des avis m'ayant poussé, j'ai plongé et je ne le regrette pas
On ne peut rien déflorer des astuces de cette histoire, et tout ce qui peut être dit fut dit par les auteurs en de multiples supports/entretiens
 C'est brillant, malin et super agréable
On comprend à quel genre de dessin nous aurons droit dès la première planche

 Le noir et blanc parait intéressant, mais Guarnido excelle lors de la mise en couleurs
 
 C'est le tirage de luxe qui révèle les recherches et le noir et blanc
J'aime beaucoup ce lavis/recherche d'ambiance

Depuis les Brigades du Temps et "je suis pas petite", je suis tout ce que fait Bruno Duhamel dont j'apprécie la rigueur, l'approche, la morale apparente et bien sur le dessin
 Attaquer les réseaux sociaux et parler d'un monstre type Loch Ness, c'est casse gueule et un peu repoussoir pour moi tant je ne suis pas fan du sujet 2 et que le 1 me semble un cliché.
En réalité il nous parle de ça, mais pas que. Il y a bien plus dans cette histoire de vieux bougon ermite qui se retrouve sous les feux des médias
On peut penser que l'auteur annonce/dénonce des évidences, sur la superficialité actuelle, la bêtise humaine, l'effet de groupe...mais ces portes ouvertes ne sont pas enfoncées elles sont contournées, approchées avec finesse et sourire en coin
Ca,et le fait qu'il dessine bien et qu'il raconte bien

 
 
 Lui, il est presque hors jeu car sorti le 15 août, mais je le mets car je suis hyper client de Libon, de tout ce qu'il fait, et que ces cavaliers sont un régal de gentille bêtise, de sens de l'absurde, avec un dessin qui semble si simple qu'il ne l'est pas
L'impression que donne Libon est de ne pas s'intéresser à son lectorat, au sens où il ne parait pas écrire telle ou telle série pour tel ou tel lectorat. Il semble juste s'amuser puis il laisse le bouquin chercher son lecteur
Ca marche, ce livre est pour tout le monde
 
 
 Encore un presque hors concours car dispo en théorie depuis quelques temps, mais ils se trouve que les envois aux souscripteurs n'ont pu se faire que récemment, et du coup c'est en ce moment que la grande majorité des livres arrive chez leurs propriétaires
Du coup c'est presque une nouveauté du moment, 
et tous les prétextes sont bons pour rappeler que c'est une tuerie (dans tous les sens du terme) et que le fait qu'il n'y ait pas de texte ne le rend pas plus court à la lecture
 

 En guise de conclusion, ce livre aussi est de ce mois-ci, mais sans images.
C'est l'auto bio d'un extraterrestre passionnant
Que l'on aime, ou pas, Metal Hurlant, Les Enfants du Rock ou tout autre chose que ce passeur a pu faire, on se régale des 400 pages
Je n'ai pas lu Metal Hurlant et je ne regardais pas ses émissions télé, probablement né trop tard, mais j'aime l'écouter

lundi 6 juin 2016

Road trip en Lorraine



 Mais que voilà un livre intéressant!
Denis Robert. Ok, tout le monde le connait, ou presque. Je suis sensible à son discours, en tout cas suffisamment pour avoir acheté, et beaucoup apprécié, l'Affaire des Affaires, (sur Clearstream) avec l'excellent Laurent Astier au dessin
Je suis aussi sensible à certaines BD reportages, à la Davodeau/ Revue Dessinée, donc je suis relativement dans la cible
Maintenant je ne sais pas si j'aurais acheté ce livre, apprenant qu'il s'agissait encore (cf l'Affaire) de  Denis Robert lui même en narrateur. Je pensais avoir fait le tour avec les 4 volumes cités.
Soyons honnête je l'ai acheté en petite partie par curiosité et en grande partie parce que le dessinateur est un copain (si si Franck)
 C'est un road trip dans la région qui porte le nom de l'album (chose absolument pas prévue, ni actée pour la région, lors du choix de ce titre d'ailleurs)
Je focalise assez rarement sur les histoires, et pour le coup je trouve que de très nombreux articles font déjà l'éloge, à juste titre, de ce trip père/fils qui traverse la région, l'époque, la politique, l'actu, les travers et une forme de désespérance. Les bonnes critiques sont méritées, le travail de narration est excellent et le côté donneur de leçon que l'on peut craindre n'y est pas. 
Bref moi, c'est le dessin qui m'intéresse
Je n'aime pas toujours tout ce que dessine Franck Biancarelli d'habitude (même si j'apprécie souvent). Mais là...chapeau bas; L'aridité apparente n'est souvent qu'illusion, et ce ressenti ponctuel colle au sujet/morceau d'histoire traité
Les premières choses que montraient Franck pendant la réalisation de l'album me plaisaient beaucoup, avec un aspect rapide, croquis d'instinct d'après reference (ce qui n'est pas un oxymore) qui me faisait craindre le principe même d'une mise en couleur
 Je me trompais. La colorisation est à l'avenant du dessin, raconte autant que le trait, s'efface quand nécessaire et revient en force pour appuyer des sensations
  Franck joue pour la première fois, à mes yeux en tout cas, au caméléon.
Quelques exemples, en vous priant d'avance de m'excuser pour les photos que j'ai prises au téléphone portable
Des séquences sont proches de ce qui est pour moi presque une caricature de la BD Reportage, c'est à dire une narration très syncopée, figée, à base de photo à l'évidence. mais cela sert le propos
 Des pages viennent flirter avec le carnet de croquis, et nous immergent dans l'action
 L’académisme de construction des personnages, héritage entres autres de JLG Lopez, pointe le bout de son nez sur certaine scènes
 Le trait peut partir en cartoon pour être dans l'image iconographique, le délire visuel
 les codes couleurs se rapprochent alors même par moments de Mazzuccheli (Asterios Polyp, Rubber Blanket)
 Le découpage revient en force,classique, solide, et le trait tout aussi solidement épuré, sur des périodes qui le nécessitent
 avec le plus souvent  une admirable finition
 Les grands Maitres du noir et blanc ne sont jamais loin (avec des choix de couleurs faussement simples)
 Non vraiment, Mister Biancarelli m'a pas mal bluffé. Comme s'il mettait en évidence toutes ses influences (il y a là, dans des proportions diverses, du Garcia Lopez, du Rossi, du Toth, du Caniff/Sickles, du Goossens même...) pour au final en faire son trait à lui.
Et un gars qui parvient à mettre dans une scène, une page mémorable du Dark Knight Returns, moi je dis...je ne dis plus rien en fait, ou plutôt si : tous chez votre libraire BD!