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dimanche 20 janvier 2019

Soul (recto/verso) : The Dramatics / Freddie Waters



Voyage au pays de Douçamertume aujourd'hui. Tout se passe du côté du label Stax au milieu des seventies et se trouve aussi sur le volume 3 des mirifiques compilations Shaolin Soul. Les Dramatics ouvrent le bal avec un morceau poignant à l'intro géniale. Bruits de bateau qui craque et klaxons, le frêle esquif de l'amour ballote dangereusement ici sur la mer saumâtre du quotidien dans la grande ville. Freddie Waters a beau proclamer pour sa part que l'amour le rend insensible aux tracas inutiles, il est bien difficile de ne pas sentir l'inquiétude omniprésente sous la douceur des arrangements. Ou quand le volontarisme sentimental résonne un peu bizarrement dans votre cage thoracique...

Tune up (1974)


Groovin' on my baby's love (1975)



lundi 9 juillet 2018

Les 40e rugissants du mélodrame : Jimmy Ruffin (1966) et Jean-Christophe Réhel

Prenez votre courage à deux mains aujourd'hui et franchissez les 40e rugissants du mélodrame avec la Cellule et un classique absolu de la soul, une tempête sentimentale déchainée pour vous dans les studios de la Motown tout spécialement spectorisés. Le morceau n'est peut-être pas une découverte pour vous mais pourquoi ne servirait-il pas de bande-son à la lecture d'un poème bouleversant?


D'ailleurs ça tombe bien, pour le poème j'ai aussi une idée. Je vous propose un texte tiré d'un magnifique ouvrage édité par les non moins magnifiques éditions de L'Oie de Cravan, La fatigue des fruits de Jean-Christophe Réhe. Accrochez-vous, ça tangue aussi pas mal :

j'ai appris
à bien pleurer
je te le jure
j'ai compris l'importance
de marcher lentement pour mieux tomber
dans les plus belles craques du trottoir
j'ai appris à ne pas t'oublier
je te le jure
je ne veux pas t'oublier
mais je pleure je ne vois rien
je monte les marches en pleurant
je fais craquer l'escalier
j'élabore une longue stratégie
pour limiter le bruit des escaliers
vois-tu
le bruit des escaliers me suit depuis l'âge de quatre ans
le bruit des escaliers me suit quand je dors sur le dos
c'est une malédiction
je pleure je ne te vois plus
je pleure pour mieux te voir
tu ressembles à une pluie
à une belle averse
tu es cette pluie qui visse
les pôles à rideaux de mon appartement
une pluie qui a un coffre à outils
avec une drill et un marteau et tout ça
et moi je n'ai rien
je possède beaucoup d'avions de tintin
et c'est tout
je sais justement comment pleurer
avec une méthode précise
et je ne te vois plus
je t'entends visser
quelque chose dans le mur
j'ai peur de me perdre
dans l'un des trous que tu fais dans le mur
et je comprends que je suis déjà dans le mur
et que les trous me permettent de mieux respirer
et il n'y a pas assez de trous
et il n'y a jamais assez de trous
je te le jure
je ne veux pas t'oublier
je suis là regarde
je suis caché là quelque part dans tes cheveux
je suis un ours dans tes cheveux qui respirent fort
un ours qui respire trop fort
et qui fait semblant de savoir
comment une drill fonctionne.

samedi 13 janvier 2018

Le martinet de la vérité : de Jean-Léon Gérôme à The Undisputed Truth

Le dernier texte de Frédéric Lordon est intéressant à de nombreux titres, comme bien souvent. Mais, moi, ce qui m'a marqué, au-delà de la pertinence du propos, c'est l'illustration qui a été associée à l'article. Il s'agit d'un tableau du grand pompier en chef, Jean-Léon Gérôme, qui s'intitule : La Vérité sortant du puits armée de son martinet pour châtier l’humanité. Il date de 1896 et est conservé au Musée Anne-de-Beaujeu à Moulins. En Auvergne. Le choix est absolument excellent et, comme en outre, dans ma grande inculture, je ne le connaissais pas, j'ai été ravi de cette découverte. Par ailleurs il colle parfaitement à la situation politique actuelle où les dogmatiques de l'économicisme n'ont de cesse de nous fustiger avec leur idée indiscutable de la vérité.

Le pompier en chef est ici, bien sûr, notre nigaud de président, le fayot des fayots de l'ordo-libéralisme, dont je vous extrais une citation qui n'a pas été assez commentée à mon sens :

"Notre premier devoir est tout à la fois de retrouver le sens et la force d'’un projet ambitieux de transformation de notre pays et de rester arrimés au réel. De ne rien céder au principe de plaisir, aux mots faciles, aux illusions pour regarder en face la réalité de notre pays sous toutes ses formes" (déclaration du 3 juillet 2017, à Versailles).

Or il est bien certain qu'à travers la référence à Freud et au principe de plaisir c'est tout un inconscient politique qui se révèle sous couvert de lucidité. Il y a en effet toute une pédagogie noire, une pédagogie de la douleur, qui est annoncée ici comme un programme. On le sait : l'exaltation para-religieuse d'une monnaie dysfonctionnelle, le renforcement des inégalités comme principe de dynamisme ou le libre-échange comme horizon indépassable de la coopération entre les peuples sont les pierres angulaires de l'orthodoxie du moment. Personne n'a jamais pu montrer qu'il y avait un quelconque aspect pragmatique à ces choix - et  l'expérience milite contre eux avec une évidence cruelle - mais peu importe, ce sont les canons d'une morale obligatoire. Le réel est là! Et accepter ce réel c'est aussi "ne rien céder au principe de plaisir", ce qui peut encore se traduire par : "appliquer avec résolution un principe de sadisme nécessaire". Vous voilà prévenus (si celà vous avez échappé).


Mais venons-en à la partie musicale de ce post qui concerne un groupe soul américain, lui aussi extraordinaire, The Undisputed Truth (sans doute le plus baroque des groupes du label Motown), qui nous rappelle que derrière les visages souriants peuvent se cacher les pensées les plus perverses.
 
 

Attention toutefois de ne pas sombrer dans la paranoïa : c'est l'autre lecture possible de cette chanson entêtante. Et nous en avons les preuves...

PS (après l'émission de France Culture du 19 janvier 2018): Selon Frédéric Lordon c'est à Guillaume Barou du Monde diplomatique que l'on doit le choix du tableau de Gérôme.

lundi 27 novembre 2017

Vitamines bis : Cub Koda et Bo Diddley

 

Comme on dit, ce n'est pas nécessairement ceux qui en parlent le plus, etc. Et comme vous le pensez bien, il s'agit d'énergie dont il est surtout question ici. En proie à un sacré coup de pompe, la Cellule essaie par tous les moyens de se requinquer au son du rock-blues le plus tonique possible. Pour cela rien de mieux que le gigantesque Bo Diddley. Pour ne pas passer par des sentiers trop rebattus, je vous propose cependant en premier lieu une excellente reprise de "Mumblin Guitar" par le musicien et journaliste de Detroit Cub Koda.


Et pour ne pas vous laisser en reste, voici aussi l'indépassable guitare marmonnante de Bo Diddley. 




samedi 9 mars 2013

Dédicace



Les Vandellas souhaitent la bienvenue à Marta! Hey, tout le monde danse déjà pour toi dans la rue, petite.



samedi 12 janvier 2013

Plagiat par anticipation : Buzzcocks / Death

Mort! Mort et furie! Mort et damnation! ! Sang et mort! Ventremort! Mort du tonnerre! Mort de mon âme! Mort de mort! Mort de diable! Mort de Dieu! Par la mort d’œuf! Mort de Mahom! Mordedieu! Mort de ma vie! Mort de moi! Oui, j'ai sorti le Dictionnaire des jurons pour l'occasion.

Pour vous causer de Death, un groupe black de Detroit ayant eu l'idée très  isolée de se lancer dans le rock dur au milieu des 70's et de produire le premier morceau des Buzzcocks au bord des grands lacs plutôt qu'au nord de l'Angleterre. Plagiat par anticipation d'une pureté absolue, vu que Pete Shelley et les autres n'avaient eu strictement aucune chance de pouvoir écouter "Freakin' Out" à l'époque de leurs débuts. C'est seulement récemment qu'elle a pu leur passer entre les feuilles. La demo enregistrée en 1974 n'est sortie qu'en 2009, avec l'album du groupe, congelé dans les archives de Columbia depuis 35 ans.

Mort de la sainte-mère du proto-punk! ça dépote.