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mercredi 24 octobre 2018

L'envol (thématique) : Vladimir Boudnik, Normand Lalonde et Tom Petty

La Cellule a l'humeur mate et la thématique hardie ce soir. Elle commence aussi par dégainer les jeux de mots plus vite que l'ombre de son surmoi, même si c'est juste pour se lancer.

On s'envole donc d'abord du côté de Prague en se plaçant sous le signe de Vladimir Boudnik. Vladimir Boudnik, c'est le praticien et le théoricien de l'explosionnalisme, le grand copain d'Egon Bondy et de Bohumil Hrabal avec qui il forme "un trio déglingué, assoiffé et légendaire", comme le dit Bertrand Schmitt dans Recoins n° 4 (qui contient, soit dit en passant, l'essentiel de ce que des lecteurs français peuvent avoir lu sur lui, traductions de Hrabal mises à part).
On ne traine pas et poursuit au Québec, où les aphorismes de Normand Lalonde ont été publiés il y a à peine deux ans par la magnifique Oie de Cravan. On nous conseille :

"Envole-toi. Le ciel t’aidera."

Et bien sûr, on essaie de s'y tenir en musique. Au moins un moment. C'est Tom Petty qui donne le la, avec Jeff Lyne à la production. Rien à voir avec l'art de la dentelle et pourtant pendant un moment plus personne ne se soucie de retomber.



dimanche 15 avril 2018

Être une taupe avec Bascom Lamar Lunsford (1928) et les autres...



Le meilleur de Greil Marcus, je crois que c'est quand il s'attache à une chanson et déplie ses multiples versions, comme dans l'excellent petit livre qu'il avait fait sur "le mythe de Stagger Lee". Dans son dernier bouquin, tout juste traduit chez Allia, il s'occupe de trois morceaux et c'est le dernier qui nous intéresse aujourd'hui : "I Wish I Was A Mole In The Ground" de Bascom Lamar Lunsford. Nous sommes en 1928, quand Lunsford décroche son banjo et reprend une chanson sans âge où il est question d'une taupe qui creuse la montagne, mais aussi de Kimbie qui veut un châle à neuf dollars, mais aussi de cheminots assoiffés de sang.

Voici les premiers vers :

I wish I was a mole in the ground.
Yes, I wish I was a mole in the ground.
Like a mole in the ground,
I’d root that mountain down,
And I wish I was a mole in the ground.

J'aimerais être une taupe sous la terre,
Oui, une taupe sous la terre
Et comme une taupe sous la terre
Je finirais par miner la montagne
Et j'aimerais être une taupe sous la terre


Vous trouverez l'intégralité des paroles ici (sur un site qui explore l'inépuisable anthologie de Harry Smith), avec une sélection d'autres versions de la chanson.

Ce qui fait que ce morceau m'atteint en plein cœur aujourd'hui, c'est qu'il semble s'y mêler mes deux tentations du moment. Celle de disparaître, de rejoindre sous la terre un état d’irresponsabilité pré-natal, d'atteindre le rêve d'une vie inentamée, encore exempte des plaies et bosses, de donner corps à la nostalgie d'un refuge. Les Scrugg (un groupe de Sud-africains exilés en Angleterre) ont dit à peu près ça, de façon mémorable en 1968. Avec une sincérité dans le pathos assez rare à l'époque du psychédélisme triomphant :


"I Wish I Was Five / Sometimes It's not So Good To Be Alive"

L'autre tentation taupine, ce serait bien sûr d'excaver le sol sous l'édifice social, avec force, détermination et suffisamment d'à propos pour pouvoir se rappeler sans honte le célèbre vers d'Hamlet et répéter à la suite du noir gaillard de Trèves : "Bien creusé, vieille taupe!".


Et pour revenir à notre chanson après ces considérations cryptées sur la môme dialectique, voilà encore une autre version, celle de Jackson C. Frank, plus centrée sur Kimbie. Nous sommes en 1965.


 Rappel : la biographie de Jackson C. Franck se trouve dans Recoins n°2.