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lundi 5 septembre 2022

Torride RDA : une nuit de noces avec Uschi Brüning (1975)

Le groove de la RDA n'a pas une réputation torride exagérée, mais on oublie sans doute un peu vite Uschi Brüning, qui célèbre en 1975 le thème de la nuit de noces avec un accompagnement - celui de l'orchestre de Günther Fischer - qui n'aurait pas déparé même à Philadelphie.

Uschi Brüning - "Hochzeitsnacht" (1975)

samedi 28 août 2021

Et voilà que j'ai recommencé!

 

Petit intermède littéraire sur la Cellule, au moment où je tombe sur d'anciennes notes de lecture qui semblent appeler une immédiate illustration sonore. Le livre en question est L'Amant de Lady Chatterley, grand livre dont l'importance est dissimulée derrière l'ampleur sociologique du "phénomène de société". Comme on sait, pour être un "phénomène de société", un livre (érotique ou non) n'a nul besoin d'être vraiment un bon livre. La preuve avec Emmanuelle pour ne rien dire des je ne sais plus combien de nuances de l'autre... Voilà des livres qui ont pris beaucoup de lumière en dépits de leur qualité toute relative mais qui touchaient une fibre sensible au moment de leur sortie, coïncidence qui tient surtout de la veine! On peut aussi observer l'inverse : d'excellents livres qui n'excitent plus guère l'intérêt parce que leur surexposition même a fini par en cacher la valeur aux lecteurs exigeants. Que pourrait-il y avoir à chercher dans ces bouquins dont on retrouve immanquablement nombre d'exemplaires défraichis sur le moindre étal d'occasion ? Le snob en nous se révolte contre cette mise à niveau qui vous place au même rang que de tant de millions de lecteurs lambda qui ont cru bon eux aussi d'en orner leur bibliothèque...

Pourtant, donc, L'Amant de Lady Chatterley est un excellent livre. Son seul grave défaut, malheureusement tout à fait incurable, est de laisser en plan le lecteur parce qu'il est resté inachevé à la mort de l'auteur. Tout le monde a bien sûr en tête son aspect transgressif en ce qui concerne la sexualité et sa façon de heurter de front les "conventions sociales" sur le sujet. Remarquez que j'ai mis conventions sociales entre guillemets. En écrivant l'expression, j'ai eu la nette impression de manier quelque chose d'extrêmement figé, une coagulation de sens lourde comme un cliché fourré au plomb. Il faudrait creuser pourquoi l'association de mots me gêne comme ça ce matin. Ce sera peut-être pour un autre fois... mais revenons au livre de D.H. Lawrence et sautons cavalièrement par-dessus la question sexuelle, certes parfaitement centrale dans le roman, mais qui n'a échappé à personne. Soulignons d'autres aspects et notamment celui de protestation contre la civilisation industrielle. La question politique qui anime le livre reste le plus souvent sous-jacente mais elle est quelquefois exprimée avec une grande force. Dans le détail, on trouve aussi des analyses très justes comme celle du caractère de lord Chatterley devenu un farouche partisan de l'industrialisation à outrance et qui se définit comme "anarchiste conservateur" (conservative anarchist, dans le texte) en  annonçant ainsi de très près le cynisme social de nos actuels libéraux-libertaires (rien à voir en revanche avec "l'anarchiste tory" que Chesterton représente aux yeux d'Orwell ; Orwell qui ne s'est jamais défini de la sorte contrairement à ce qu'une légende a fait croire).

Pour boucler cette notule passablement bavarde, je voudrais placer une longue citation qui n'a rien à voir avec l'industrie ou la politique mais que je trouve bouleversante. Il s'agit d'un dialogue entre Constance "lady" Chatterley, et Mellors, qui vient de devenir son inoubliable "amant" et dont on apprendra progressivement que le passé l'a cruellement éprouvé. Peu après l'amour donc, on lit cet échange : 

“ – Vous ne regrettez rien, n’est-ce pas ? lui demanda-t-il, en marchant à côté d’elle.

– Oh ! non ! non ! Et vous ? dit-elle.

– Pas ça ! Non ! dit-il.

Puis, il ajouta, un peu plus tard :

– Mais il y a tout le reste.

– Quel reste ? dit-elle.

– Sir Clifford. Les autres. Toutes les complications.

– Pourquoi des complications ? dit-elle, déçue.

– C’est toujours comme ça. Pour moi, comme pour vous. Il y a toujours des complications.

Il marchait d’un pas ferme dans l’obscurité.

– Et vous, est-ce que vous regrettez ? dit-elle.

– Dans un sens ! répondit-il, en regardant le ciel. Je croyais en avoir terminé avec tout cela. Et voilà que j’ai recommencé.

– Recommencé quoi ?

– La vie.

– La vie ! ”  (D.H. Lawrence, L’Amant de Lady Chatterley (1928), Plon, 1980, trad. Pierrette Fleutiaux et Laure Vernière, p. 140-141).

*

Pour l'illustration sonore, deux morceaux s'imposent. L'un est l'inusable "Oops I did it again" de Britney Spears dont Richard Thompson a fait une reprise que je vous recommande chaudement malgré toute les préventions que vous pourriez nourrir (cette note est vraiment d'un snobisme achevé, car quoi de plus snob que de prendre systématiquement à contrepoil celui des autres)  : 

Richard Thompson "Oops" (2003)


L'autre est inévitablement le morceau des Monks.

The Monks "Complication" (1966)



 




mardi 9 juillet 2019

Sexe où l'on ne croyait pas : Line Renaud et l'egyptologie

On s'occupe de votre mémoire aujourd'hui car peut-être aviez-vous oublié... que Line Renaud a dirigé une revue tout à fait olé olé à partir de 1959 où l'on trouvait par exemple un morceau dont la Cellule, ce soir, vous susurre le curieux refrain : 


Mais nous nous en voudrions de ne pas vous aviser de l'autre trouvaille (plus franchement archéologique) de ce soir, grappillée sur les internets : celle du papyrus érotique de Turin, longtemps caché, et dont on trouve une présentation ici et sur lequel on peut aussi écouter cette conférence.




jeudi 4 janvier 2018

Chaud en 1937 : les Harlem Hamfats

1937 l'année était un peu chaude peut-être... les Harlem Hamfats vous suggèrent de laisser tomber tout ce que vous portez de superflu et de vous laisser aller pour un moment. Le lit qu'ils vous ont préparé est si moelleux que vous auriez tort d'hésiter. Rosetta Howard et Joe McCoy dialoguent pour régler les transactions nécessaires mais c'est tout vu!


Et pour les amateurs d'érudition musicale une sucrerie irrésistible avec ce post extraordinairement bien informé qui évoque les sources d'Alberta la chanson de Dylan au premier rang desquelles notre morceau de 1937. Il se trouve sur un blog que je découvre : ...Humming A Diff'rent Tune qui a l'air tout à fait fascinant.

samedi 25 novembre 2017

Les frères de la solitude : shakey puddin' (2001)





Dans le prolongement de sa toute nouvelle campagne anti-neurasténique, la Cellule vous propose aujourd'hui un cocktail hautement énergique avec les Soledad Brothers. Ces frères-là viennent de l'Ohio et ont gravité un temps dans l'orbite des White Stripes. Jack White est d'ailleurs présent sur ce morceau qu'on retrouve aussi sur une compil du label Sympathy For The Record Industry. La formule est basique : rockabilly cintré à la Suicide + puissance blues-rock + grain garage + apologie explicite du sexe féminin. La nuance et l'élégance, ce sera pour un autre jour, les amis : aujourd'hui juste de l'excitation pure!

mercredi 28 mai 2014

Plus que tous : Mingus


Oui, Moins qu’un chien, l’autobiographie fantasmatique de Charles Mingus, c’est gros. C’est gros comme une maison, comme une montagne peut-être. La mythomanie menée à ce point-là, c’est presque incroyable. En pleine période consciousness exacerbée – on est en 1971 – Mingus se réinvente une invraisemblable vie de maquereau, ce qui est pour le moins tordu. Retournant tous les stéréotypes de la domination raciale, se cognant aussi contre eux à tout bout de champ, Mingus passe sans arrêt de l’autodépréciation maladive au complexe de supériorité le plus extravagant. Le drapeau de la fierté révoltée est planté sur terreau instable des relations sexuellement asymétriques de l’Amérique clivée entre Blancs et Noirs, entre hommes et femmes aussi. Et ça tangue fort, croyez-moi. Mingus s’y affiche à la fois touchant de fragilité et comme une sorte de super-héros omnipotent, maitrisant aussi bien les arts martiaux que la contrebasse, d’une force athlétique sans égale et bien sûr d’une puissance sexuelle sans faille, sans oublier ses pouvoirs mystiques qui le rendent capables de communiquer à distance. Mais lui et ses doubles sont aussi hors de pair quand il s’agit de se faire du mal ou de cabosser ceux qu’ils aiment.

Apocryphe, le livre est en réalité tiré des entretiens d’un certain Nel King avec le jazzman. La démarche est tout à fait improbable et l’expérience de lecture déroutante. Quelquefois on s’enthousiasme pour la puissance de vie imaginée, la liberté de la divagation, le peu de précautions prises avec les conventions, à d’autres moments, on s’irrite du formalisme des longs dialogues casse-couilles ou de la mauvaise foi zénithale même si elle fait partie du dispositif. On se rend compte aussi que les déchirements de l’époque ne sont plus les nôtres.

Mais remettons-nous un peu dans le contexte : 1969, c’était la sortie de Pimp, le roman d’Iceberg Slim (autre histoire de mac qu’on m’a toujours recommandé de lire) et 1971, c’est aussi celle de Sweet Sweetback's Baadasssss Song le film séminal de Melvin van Peebles (entre parenthèses, il y a des choses tellement épatantes sur ce type dans le n°4 de Cheri-Bibi que vous devriez chercher à vous le procurer en urgence). « Le mythe de Stagger Lee » (selon l’expression de Greil Marcus) profondément ancré dans la culture afro-américaine avec son culte de la virilité agressive des mauvais garçons et de leurs conduites suicidaires mais pleine de frime prend une configuration bizarre et exacerbée au tournant des années 60, avec notamment le développement d’une veine sexuelle omniprésente. De fait, si Sweet Sweetback peut être décrit comme un film de cul politique, Moins qu’un chien tourne souvent au bouquin de luc mystico-libertaire.

Voilà en tous cas un épisode érotico-psychédélique (c’est en fait assez rare dans le livre ; le psychédélisme pas le sexe). Juste pour vous mettre l’eau à la bouche :

"Mon copain [id est Mingus] se prit à espérer que Cindy ne s’en apercevrait pas, mais c’était la première fois qu’il se défonçait à mort. Petit à petit, elle prit l’aspect étrange d’une déesse vierge grecque, tandis que mon copain flottait à travers la pièce, lentement, naturellement, convaincu qu’il était le plus grand amant du monde – va te cacher Casanova ! – et qu’il avait le sexe le plus long et le plus gros, un sexe dont la tête était munie d’une bouche et d’une langue, un sexe animé d’une intelligence qui lui était propre. Que le monde ordinaire était donc con ! quand la déesse le regardait de ses yeux qui semblaient changer de taille, ils étaient, elle et lui, aux deux extrémités d’un puissant rayon magnétique qui, parti de la base du cerveau, s’écoulait le long de leur colonne vertébrale et sortait de la chatte pour venir électrifier la bite et les couilles. Si l’un d’eux remuait la tête, à gauche, à droite, en haut ou en bas, l’autre sentait la vibration de ce mouvement dans le rayon et devait le suivre.
- Je suis défoncé ! s’écria Mingus.
- Oui, Charly baby… restons ainsi à faire l’amour par la pensée, à nous lécher mentalement jusqu’à ce que nous ne puissions pas le supporter… calmes, détendus… nous avons tout le temps… "

Je vous rassure : les protagonistes ne sont pas toujours aussi patients, mais comme ici ils n’ont positivement rien fait, vous reconnaitrez que l’honneur est sauf, pour nous en tous cas : La Cellule d’Ecoute ne s’est pas encore transformée en officine pornographique.



Reste à vous offrir en conclusion de ce post consacré à un bouquin pantagruélique un morceau non moins gargantuesque. Mingus s’y frotte à la cumbia si fort en faveur sur ce blog. Y’en a pour 27 mn : c’est-y pas top ? Vous ne pourrez pas dire qu’on a mégoté sur le poids aujourd’hui.

dimanche 28 juillet 2013

Ukulele anti-bigot

Une fois n'est pas coutume, aujourd'hui La Cellule vous rancarde sur un morceau chaud bouillant tellement il est récent, tout sauf difficile à trouver en outre. Avant une série sur les péchés capitaux, une petite mise en bouche, si on peut dire, avec le duo de chanteuses-actrices Garfunkel and Oates, qui évoquent tout en délicatesse les profonds dilemmes de leurs sœurs chrétiennes. Vous trouverez tout seul le clip officiel de la chanson, moi je préfère cette version live (vous l'avez même ici sous-titrée en français).