" – Peu importe d’où l’on vient. Il n’y a pas de tonique. Le thème et son développement ne sont qu’un mirage…
Il y a une musique toujours inattendue.
– Et les dissonances ?
– Dieu les a créées, elles aussi…"
Jaume Cabré - "Voyage d'hiver" - 2014

”La terre, il se pourrait bien après tout que ce soit une espèce
de merveilleux petit appareil enregistreur, plaçé là par on ne sait qui,
pour capter tous les bruits qui circulent mystérieusement dans l’Univers.”
Pierre Reverdy - ”En vrac” - 1929

”J’entends tous les bruits de la terre grâce à mes oreilles et mes nerfs de cristal
dans lesquels circulent le feu du ciel et celui des volcans.”
Michel Leiris - ”Le point cardinal” - 1927

"L'écoute, c'est l'ombre de la composition"
Pascal Dusapin - 2008

 

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25/03/2021

Vexations Variation



Ensemble Phoenix Basel plays the new Arturas Bumsteinas' composition Vexationettes”
these 40 fleeting variations on the theme of Erik Satie’s “Vexations” are from the ongoing project of 840 short pieces.


 

"Pour se jouer 840 fois de suite ce motif, il sera bon de se préparer au préalable, et dans le plus grand silence, par des immobilités sérieuses."   

Erik Satie (part of the score)

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16/10/2020

Jankélévitch et Satie


 
 

Vladimir Jankélévitch (1903-1985), est un philosophe et musicologue français qui a marqué de nombreuses générations d’étudiants par ses cours de morale et de métaphysique.

Autour d’Erik Satie , son ironie et son humour qui apparaît souvent dans les annotations écrites de ses partitions, une rencontre est organisée (date indeterminée) entre Vladimir Jankélévitch, Jean-Joël Barbier, pianiste, Violette Morin, philosophe et Eric Binet.

”Pourquoi est-il plus facile d'ennuyer les gens que de les amuser?”  Erik Satie

 

Jean-Joël Barbier (1920-1994), est un interprète des œuvres pour piano de Satie dont il enregistre une intégrale au début des années 70.

 


Signalons à cette occasion qu’Ornella Volta qui se passionnait pour le compositeur français est décédée en août dernier. Elle devint présidente de  la Fondation Erik Satie qu'elle créa en 1981. Au cours de sa carrière, elle consacra de nombreux ouvrages à Satie, comme entre autres ”L’Ymagier d’Erik Satie” (Francis van de Velde - 1979), ”La Banlieue d’Erik Satie” (Macadam & Cie - 1999) et ”Satie et la danse” (Plume - 1992).


"Rencontre : Jankélévitch à propos de l'humour d'Erik Satie"

signalons  que Jean-Joël Barbier et Vladimir Jankélévitch interprètent le ”Prélude des morceaux en forme de poire”  (vers 25’)


”Tout le monde vous dira que je ne suis pas un musicien… La première fois que je me servi d’un phonoscope, j’examinai un si bémol de moyenne grosseur. Je n’ai, je vous assure, jamais vu chose aussi répugnante… … l’avenir est donc à la philosophie”  Erik Satie




05/06/2020

Gnossienne aux Cristals Baschet



La "Gnossienne N°1" d'Erik Satie interprétée aux Cristals Baschet 
en duo par deux musiciens de l'Ensemble Hope.
Marc Antoine Millon : Cristal basse  et Frédéric Bousquet : Cristal

Erik Satie's "Gnossienne N°1" played with Cristals Baschet 
by two musicians of  Ensemble Hope. 
Marc Antoine Millon : Cristal bass  et Frédéric Bousquet : Cristal



à voir également un singulier quatuor de Cristals Baschet
composé par le compositeur anglais Roger Steptoe
ICI

as well the atypical quatuor of Cristals Baschet
composed by Roger Steptoe
HERE


https://www.youtube.com/watch?v=0oubOqseNbE&feature=watch-vrec
 

sans oublier de rendre visite à la guitare pneumatique de Bernard Baschet

and don't forget to visit the Bernard Baschet's guitare pneumatique

***

08/09/2019

Rien et le silence


 

Le RIEN est une réalité physique, le RIEN est immense, peut-être même infini, ce qui n’est pas RIEN.
Et le SILENCE apparait comme un indice du RIEN, car RIEN ne se passe.

RIEN / SILENCE : Le RIEN n'est jamais rien.
Se souvenir d'avoir entendu dans le désert du Sahara une lointaine plainte qui ressemblait au son que la mer fait sur un rivage. Aucun vent, aucun souffle d'air, du sable, des pierres, des dunes, à des kilomètres de l’oasis aux portes du désert… S’attendre à approcher de près le réel SILENCE. Et comprendre bien plus tard qu'il s'agissait probablement du phénomène acoustique connu qu'on appelle "le chant des dunes", décrit par Marco Polo au XII ème siècle, et analysé depuis par nos scientifiques contemporains.
En roulant les uns sur les autres, les grains de sable se cognent. Lors de cette collision, de l’énergie est transmise sous forme de vibrations. Il est souvent créé à des kilomètres de là par des sortes d'avalanches de sable .
Se croire au milieu de RIEN, plongé dans le SILENCE qui n’en est pas un.

Un autre SILENCE remarquable à approcher serait une visite dans la chambre anéchoïque de l'IRCAM (communément appelée "chambre sourde") qui est une des deux plus "sourdes" du monde : y entendre seulement tous les sons de son corps, les flux sanguins, la respiration, les battements de son coeur... etc...
A noter qu’il est d'ailleurs interdit de pénétrer dans cet endroit seul: dans des moments de fragilité personnelle, on peut y perdre la raison!



Dans sa ”Conférence sur rien”, John Cage nous dit qu'il n'a RIEN à dire, et qu'il va le dire. Pourtant il ouvre de nouvelles perspectives, discourt tant de la forme que du fond, avançant parfois de façon espiègle et masquée. Les mots sont donnés à entendre et à rebondir dans les décalages que sa parole provoque.
Le RIEN ne serait il pas simplement une forme de résistance à ce "trop plein" que nous offre nos sociétés contemporaines? Trop plein qui englobe les idées de vitesse, de consumérisme, de confusion de sens, de rentabilité.

 
André Breton disait qu’au fond, dans l’absolu, le SILENCE n'existe pas, sauf dans la mort.



"Il pourra arriver qu'un son inexplicable par des événements mécaniques, éclate au coeur de la nuit… 
peut-être continuerez-vous à penser qu'il s'agit d'un cri, d'une voix animale; 
vous écoutez, et des sons préparatoires s'organisent, 
il se peut que vous n'entendiez pas le filament du néon qui scintille, 
en vérité, vous n'avez rien entendu, vous devez l'admettre. 
...
Ces bruits, comme de menus glissements de failles, 
provoquent ce tremblement de choses qui peu à peu s'effritent… 

Plongé dans le silence, il se peut qu'un bruit soit alarmant. 
Plongé dans le noir, il se peut qu'un flash soit inquiétant. 
Plongé dans le noir, il se peut qu'un son strident soit irritant. 
Immergé dans la lumière, il se peut qu'un silence soit éloquent…" 

Oscar Teppaz  in  "La loi du silence" - octobre 1932




”Le silence est une tranquillité mais jamais un vide ; 
il est clarté mais jamais absence de couleur ; il est rythme ; il est le fondement de toute pensée.”   
Yehudi Menuhin



"Silence is at the beginning and end of everything in life."  
Charlie Haden




Aussi un extrait du livre "Au piano avec Eric Satie" du pianiste Jean-Joël Barbier:

"Comme les Gymnopédies, surtout la troisième, les Gnossiennes sont, avant tout, musique de silence. Celle de Debussy l’est, très souvent aussi – mais d’une autre manière. Il y a chez Debussy, des silences joués. Chez Satie, le silence va jusqu’au vide. Le vide est tout autour de cette musique, dont on aimerait pouvoir parler en se taisant. […]
Ce qui rend cette musique si difficile à appréhender, si impressionnante – presque effrayante dans sa nudité – si fragile, si humaine, c’est peut-être, justement le silence qui est autour. Elle sort du silence, et elle rentre dans le silence – comme celle de Debussy, certes, mais de façon toute différente –, sans que le silence en ait été terni." 
merci à Joséphine Ducat, auteure de "L'oxymoron d'Arcueil", pour cette info



& more silence with vinyl records and CDs : here


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19/04/2019

L'oxymoron d'Arcueil


Un excellent dossier autour de la figure d'Erik Satie
réalisé par Joséphine Ducat dans le cadre de ses études aux Beaux-Arts de Paris.


"Tout corps plongé dans un fluide éprouve une poussée verticale, dirigée de bas en haut, égale au poids du fluide qu’il déplace et appliquée au centre de gravité du fluide déplacé, ou centre de poussée. » L’exposé physique de la poussée d’Archimède appliqué à Erik Satie donnerait : le compositeur dissimule par des artifices multiples sa pensée de fond, mais par une poussée exactement inverse et de même intensité, l’esprit réapparaît de lui seul et par sa propre force à la surface...
Nous dresserons un portrait du compositeur par le minuscule et l’insignifiant, qui, en creux (comme il se doit avec Satie), permettra d’aborder la poésie et la beauté simple qui habite sa pensée. Nous avons constitué un ensemble de petits chapitres, comme autant d’articles sur un élément particulier qui noue superficialité et profondeur, dans l’idée de dresser un portrait, à sa manière cubiste, d’Erik Satie."
Joséphine Ducat - en préambule à son travail



Les différents chapitres exposés:
- Visite à Arcueil, (de l’aura d’Erik Satie en tant que vivant & défunt)
- Un cas d'école (comment cet original s’est tenu bien loin de tout académisme, en commençant par celui de son époque, le wagnérisme)
- Maître de chapelle (sur l’esprit communiste du compositeur)
- Le bon fauteuil (à propos de la candidature de Satie pour occuper un fauteuil à l'Académie des Beaux-Arts et de l’usage d’un certain mobilier musical)
- Le château de fonte  (des diverses lubies de Satie et son obsession à dessiner des châteaux)
- La phonométrie* (où il est montré que Satie fait preuve volontairement de simplicité dans son travail de composition)
- Nudités  (de la stratégie de camouflage de Satie aux antipodes de ses recherches musicales. Satie revendique comme « Maître », M. de La Palice, et ainsi œuvre-t-il à travers ses compositions et ses pensées)
- Le placard  (des costumes de Satie et de son esprit des panoplies)
- Instantanéité (où il est dit que Satie s'emploie à créer une oeuvre qui altère les conditions d'écoute et de représentation)...

* "La phonométrie est “amnésique” de la pensée musicale et de la pensée tout court." Jean Pierre Armengaud
 


extraits du chapitre "Le bon fauteuil" 
...
Satie écrit en effet une série de compositions dite « Musiques d’Ameublement » : Chez le bistrot et Un Salon (en 1920), Tapisserie de fer forgé, Teinture de cabinet préfectoral et Carrelage phonique (en 1923). Ces compositions sont toutes bâties sur le même patron : une phrase musicale répétée en boucle qui ne connaît ni prélude, ni apogée dramatique, ni même dénouement (heureux ou tragique). En 1891, Satie compose déjà un leitmotiv pianistique pour accompagner la lecture du roman Le Panthée du Sâr Péladan. Socrate s’inscrit dans cette continuité : c’est une musique au service d’un texte. « Pour Mercure, [Satie] suggéra au célèbre créateur [Massine] de mettre au point la chorégraphie sans support musical ! Il imagina qu’il pourrait écrire la musique après coup, en s’inspirant des mouvements des danseurs.»
 
La « Musique d’Ameublement » crée une atmosphère. Elle suppose une activité contiguë à celle de l’orchestre, rythmant cette boucle installée dans un effet d’éternité. Le drame se déroule donc du côté du vrai, de la vie...

La musique devient un meuble et, loin d’être une oeuvre, elle est soumise aux lois du marché avant tout. Erik Satie peut donc faire commerce de sa composition : la « Musique d’Ameublement» fait partie du genre mobilier. Cette manière de composer renvoie la concentration du public sur lui-même. Satie veut capturer et observer ses spectateurs à travers la musique. Comme un miroir en médaillon, le bouffon d’Arcueil affiche un autoportrait à la hauteur de ce que les spectateurs veulent bien être. Une version tonale du 4’33’’ de John Cage, la partition n’est qu’un « fond sonore à des bruits suggestifs »...

La présentation au public des « Musiques d’Ameublement » – le test – se déroule à la galerie Barbazangues, le 8 mars 1920, à l’occasion de la création de Ruffian toujours, truand jamais de Max Jacob. Pierre Bertin – autrement connu pour avoir interprété le Président Adolphe Amédée Delafoy dans les Tontons Flingueurs (1963) de Georges Lautner – présente ici l’événement :
« Nous vous présentons pour la première fois, par les soins de MM. Erik Satie et Darius Milhaud, et sous la direction de M. Delgrange, la musique d’ameublement, pendant les entractes de la pièce. Nous vous prions instamment de ne pas y attacher d’importance et d’agir pendant l’entracte comme si elle n’existait pas. Cette musique […] prétend contribuer à la vie, au même titre qu’une conversation particulière, qu’un tableau de la galerie, ou que le siège sur lequel on est, ou non assis. Vous en ferez l’essai. MM. Erik Satie et Darius Milhaud se tiennent à votre disposition pour tous renseignements et commandes. »
 
Le baptême de la Musique d’Ameublement est un échec. Toute l’assemblée s’est tenue assise, attentive et docile devant l’interprétation cyclique de l’orchestre. Satie avait beau gesticuler et donner de
la voix pour déconcentrer son public, la mayonnaise n’a pas pris. C’est la seule Musique d’Ameublement jouée du vivant du compositeur.
...

Erik Satie - portrait par Marcellin Desboutin - 1893

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A télécharger le document complet en pdf  (31 pages)


Lizica Codreanu (1901 – 1993) 
photographiée dans l’atelier de Constantin Brancusi.
La danseuse porte le costume dessiné par Brancusi 

pour les Gymnopédies, 1922.

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2 pièces méconnues pour piano:
"Caresse" et "Je te veux"





 

***

06/07/2016

Simples tics de glotte


Depuis l'époque de jeunesse où, surréaliste, il publiait son "Glossaire, j'y serre mes gloses", Michel Leiris n'a pas cessé de (se) jouer des mots, sous forme de définitions, parfois suggérant au-delà du sens admis éléments sonores, phonétiques et même visuels.

Extraits choisis relatifs au monde du sonore:

"Souple mantique & simples tics de glotte"

...
bouleversantes billevesées
campagne, que le chant de Pan accompagne
chant (de chair, comme une hanche)
choeur à cor et à cri
clarinette, ta nette alacrité
concerto aux tons clairs et hauts
Erik Satie - cric-crac: l'extase qui tisse, sans sacre, sa cithare erratique
flûte fluide et futée
fugue fougueuse
glossolalie (la glotte y sonne un hallali)
jazz - jase en zigzag
langage (engage au jeu, par élan)
luth à uts de tulle
maso - il psalmodie: Maudits-moi et massacre mon museau, mes naseaux et mon zozo!
mélodie - aime ode et lied, mais ne dit mot
Monteverdi - mon magnifique tas renfrogné, ta hargne empoigne!
Mozart - "mon nom est moins beaux-arts qu'azur" pourrait-il hasarder.
musique - qu'on la hume tous azimuts! (sic)
opéra - ses appeaux, ses oripeaux et son aura.
Pâques - Cloches de chocolat et autres empaquetages donnent alors le la.
piano - noir panier de notes planifiées.
quolibets - bête licol pour celui qui les craint. Quelquefois, l'écrabouillant, cela lui clôt le bec.
rondo (à pianoter dos rond).
scherzo - exquis, preste et aéré, presqu'oiseau...
sirène - ne cesse de hennir... Est-ce inertie innée de néréide à nerfs de cire?
symphonie - est-ce l'oüie fine des nymphes ou celle, fausse, des faunes qui la honnit?
tambour - bourru, il bat les temps.
téléphone (l'infini sonne... Et, zélé, tu l'empoignes).
tohu-bohu - tout bout: tôles, tuiles, bahuts...
trompette - de tous ses sons tendres ou tempétueux, elle pète.
tumulte - bruit brut de multitude.
underground - dans les dessous, un tonnerre gronde...
violon - lions-nous à ses sons au va-et-vient violent ou lent!
vi(tu)pérer.
vociférer - crier, féroce, votre ire aussi fort qu'un fauve irrité.

publié dans l'ouvrage "Langage, tangage, ou ce que les mots me disent" (1985)


  
Michel Leiris - picture by Picasso

25/12/2012

Enfantillages pittoresques


Erik Satie, en son ultime avatar, avait conservé une étonnante jeunesse d'esprit. Il était resté "jeune comme un collégien".
"Quelle chance d'être vieux, disait-il ! Quand j'étais jeune, on me harcelait : "Vous verrez un jour ! Attendez ! Vous verrez !" Et bien, j'y suis, je n'ai rien vu. Rien."

cf. John Cage qui reprend cette idée, en l'altérant légèrement, dans sa fameuse conférence "Lecture on nothing" (1950):
"... Satie said: When I was young, people told me : you'll see when you're fifthy years old. Now i'm fifthy, I've seen nothing..."


"Enfantillages pittoresques" (1913), un cycle de trois pièces intitulé
composé par Erik Satie   et joué par Franck Glazer
tableaux de Ferdinand Holder


 
+/+

17/10/2012

Erik Satie



Blaise Cendrars parle d'Erik Satie.
Blaise Cendrars talks (in french) about Erik Satie


***((--))***

28/09/2012

Conférence sur rien



The movie "Conférence sur rien", a french reading by Eve Couturier of the John Cage's "Lecture on nothing"
was part of the movies' program in the exhibition "Cage's Satie: composition for museum" curated by Laura Kuhn, director of the John Cage Trust in New-york, at Lyon (France) at the contemporary art museum "Mac-Lyon" december 2012.

movie by Jean-Jacques Palix
french translation & lecture par Eve Couturier 



duration : 52 minutes 

Paris - 2002