À la fin de la Seconde Guerre Mondiale l'Europe reste empreinte de religion et en Belgique
plus encore qu'en France. Dès le premier numéro de Noël de Tintin on voit
les personnages d'Hergé agenouillés devant la crèche.
Dans la mesure où la version française du journal est encore à créer
il n'y a pas de comparaison possible.
L'année suivante la couverture est un peu plus neutre. Cette fois ci les personnages
se rendent au village de Moulinsart pour, ce que tout le monde
comprend, la messe de Minuit.
1948 voit la naissance de la version française de Tintin, un grand nombre
de couvertures seront identiques entre les deux revues. On revoit pour le
Noel 1948 Tintin et ses amis de nouveau agenouillés devant une crèche, à
ceci près qu'il s'agit cette fois d'un élément de décor qui accompagne le
traditionnel sapin.
On remarquera toutefois qu'à compter de l'année 1949, l'élément religieux a disparu au profit de la
simple fête. Demande de l'éditeur français ? La chose parait possible, sinon probable.
On peut le constater avec les numéros de Noël 1951. Pas besoin d'explication pour distinguer
la version belge de la française.
Si la France est, au moins à l'époque, un pays chrétien, elle revendique haut et fort sa laïcité.
Le marché français étant important pour Le Lombard, maison mère de Tintin Belgique,
nous n'aurons plus désormais de couvertures de Noël à caractère ouvertement religieux.
Celles-ci seront désormais profanes. Il y aura bien
quelques rappels comme en 1954 et 1956 mais dans
premier cas il s'agit d'un élément décoratif de l'arbre de Noël et dans l'autre d'un vitrail.
On peut arguer
que le caractère profane des autres numéros est sujet à débat car remplis d'allusions
à la fête religieuse,
mais elles sont moins marquées et à replacer dans le
contexte de l'époque. Jusqu'au milieu des années 60
45% des Français allaient à la messe tous les dimanches contre 16% en 1998.
Les couvertures de Tintin vont aller vers le profane
tout en gardant de manière plus ou moins discrête des symboles de la foi chrétienne, comme
l'étoile de Noël ou l'église par exemple. Ces éléments sont complètement absents dans
les numéros de Pilote qui paraissent au même moment.
Il est possible de faire des réflexions identiques sur les numéros de Pâques. Bref, la France marque de
façon nette sa laïcité. Noël n'est plus une fête religieuse mais familiale et de consommation. La Belgique
suit le mouvement progressivement et les couvertures de Tintin perdent leur caractère sacramentel pour
se focaliser sur la fête et les cadeaux.
Le caractère religieux n'a jamais été présent dans Pilote. Les numéros de Noël, fêté parfois vers le 8
décembre !, sont l'occasion de mettre en avant les héros du journal.
À partir de 1969, les numéros ne mentionneront même pas cette fête, sinon par
un entrefilet et encore pas toujours.
Spirou qui n'a qu'une seule édition francophone pour la France et la Belgique s'est mis au
diapason profane depuis longtemps. En fait, il est à mi-chemin entre Pilote et Tintin. On ne parle ici que des couvertures car si on ouvre les journaux les choses sont différentes.
Il y a peu, voire pas certaines années, de contes de Noël dans Pilote. Quand'il y en a, ils sont
de tout autre nature. Nous en avons glissé en fin de cet album pour vous
faire percevoir la différence.
Le caractère traditionnel est, lui, toujours présent dans les deux journaux belges.
Ces contes comportent les mêmes invariants, d'aucuns parleront de poncifs :
bons sentiments, sens du partage, fin heureuse, etc...
Sur les 19 histoires de cet album, la moitié est dessinée par Mittéï (1932-2001).
Mittéï de son vrai nom Jean Mariette n'a pas connu la carrière que son talent méritait
avec Un copain de régiment, un certain Greg, ont peu de succès.
Rouly-la-Brise (1959-1960) s'arrête au bout de deux épisodes,
Les Chevaliers de Muzardon (1961) n'en connaissent qu'un
seul. Bref, Mittéï est alors surtout un illustrateur, notamment pour la rubrique Tintin Auto,
et décoriste sur les 3 A.
Depuis 1960 il anime sous forme de gag d'une planche Indésirable Désiré
qui progressivement passera en récit complet puis en |
histoire à suivre. On peut donc dire qu'hormis ce dernier personnage l'essentiel de
la carrière de Mittéï dans cette revue se fera sur des récits complets et souvent ceux de Noël.
Disons le tout net, c'est un exercice sur lequel il est particulièrement à l'aise.
Son style de dessin est celui de la comédie qu'il allie avec une qualité des décors,
souvent négligée dans ce type de récit. Ces
qualités font qu'il illustrera un bon nombre de couvertures du
journal, couvertures sans aucun lien avec un personnage comme
en témoignent le deux que nous avons retenues et qui datent de 1959.
Mais il est temps de vous laisser découvrir ces multiples contes, écrits dans
cette ambiance de « Paix sur Terre aux
Hommes de Bonne Volonté ».
À tout prendre « Paix sur Terre » eût été
largement suffisant encore eût-il fallu
que les hommes soient de bonne volonté,
Joyeux Noël!
✨✨⛄✨✨