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dimanche 2 avril 2017

L' homme qui n'aimait pas les armes a feu T03. Wilfrid Lupano et Paul Salomone



3. Le mystère de la femme araignée

Une BD de Wilfrid Lupano et Paul Salomone  chez Delcourt (Conquistador)
   05/2014 (21 mai 2014)  46 pages Grand format 


  Vous souvenez-vous de Tim Bishop, le petit jeune qui en pinçait pour Margot de Garine ? Le gaillard est toujours sur la piste de la belle, même si ses sentiments ont changé. Ne l'a-t-elle pas abandonné, ficelé à un rocher au milieu de nulle part ? De leur côté, Byron Peck et Knut Hoggaard sont aussi remis sur selle et filent vers le Canyon de Chelly. D'ailleurs, tout le monde semble se diriger vers ce lieu emblématique de la culture navajo. Qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour la fortune/l'honneur/la vengeance (rayer les mentions inutiles) ? 


Wilfrid Lupano continue sa relecture personnelle de l'Histoire des USA dans Le secret de la femme araignée. Comme à son habitude, le scénariste du Singe de Hartlepool mêle habilement, avec pas mal de poudre, farce et critique acerbe. Ainsi, le potier navajo déjà aperçu dans les tomes précédents se révèle être un vrai-faux indigène pour photographies « authentiques », tandis que la troupe tombe sur William, un vrai Noir ancien esclave devenu indien par la force des choses. Comme le dit Tim : « Il y a un problème d'identité dans ce pays » ! Lupano écorche avec jubilation les stéréotypes de la conquête de l'Ouest en retournant les faits, pour le plus grand plaisir du lecteur. Techniquement, la construction narrative est sans faute. Retours en arrière, scènes d'action, moments absurdes (les dialogues font toujours mouche) et plus graves s’imbriquent les uns dans les autres d'une manière fluide, quasiment naturelle. Résultat, un album dense, mais parfaitement maîtrisé. 


Graphiquement, Paul Salomone rend une copie à l'unisson. Style précis, cadrages audacieux made in Hollywood et galerie de tronches pas piquées des vers (les bonnes sœurs façon Marie-Thérèse des Batignolles chère à Maëster, par exemple) remplissent les planches. Toujours à la limite de la caricature sans tomber dans l'excès, le dessinateur garde juste ce qu'il faut de distanciation : oui, une farce, mais profitez de rire maintenant, ça ne va pas durer. Dernier point remarquable, les couleurs de Simon Champelovier s'insèrent harmonieusement aux dessins. En effet, celles-ci sont denses, bien en place, mais n'étouffent jamais le trait minutieux de Salomone. Comme pour le scénario, l'exercice est extrêmement équilibré du début à la fin.

Western parodique et sombre constat à la fois, L'homme qui n'aimait pas les armes à feu continue à étonner et à détonner. Suite et fin de cette brillante série dans le prochain tome.

Texte: A. Perroud [http://www.bdgest.com]

Scan de MID et retouches de Lara60
 

























mardi 7 mars 2017

Alim le tanneur - 04 - Là où brûlent les regards [Lupano-Augustin] (Série finie)


 4. Là où brûlent les regards

Une BD de Wilfrid Lupano et Virginie Augustin chez Delcourt (Terres de Légendes) - 2009
12/2009 (02 décembre 2009) 64 pages  Grand format 


En route pour la gloire de Jésameth, l'expédition vers l'île Sainte montée par l'empereur Khélob tourne au fiasco. Et, ironie du sort, tout repose sur les épaules d'Alim. Situation impossible pour le hors-caste blasphémateur qui doit braver la puanteur des marais Mojah à laquelle s'ajoute la fièvre fanatique ambiante. Pourtant, Alim avance, car il n'a pas d'autre piste pour retrouver sa fille Bul...


Le premier chef d’œuvre de W. Lupano où l’on ressent déjà tout son talent scénaristique qui accouchera des séries cultes que l’on connait.
Car « Alim le tanneur » est avant tout une leçon de narration. Chaque album correspond à une unité de lieu et de temps différentes, coordonnées par une seule unité d’action. Ce fil conducteur qui traverse toute l’histoire surprend par sa justesse, sa profondeur et ses résonances avec le monde contemporain. Lupano y autopsie le fanatisme religieux et l’expansionnisme ; la fin justifiant les moyens.
Autre particularité, le vrai héros n’est pas le falot Alim du titre, ni même Bul par qui tout arrive…Non, c’est le sinistre Torq Jihid qui endosse ce rôle, impénétrable samouraï radicalisé trucidant aveuglément au nom d’un « prophète »…

L’histoire est 100% maîtrisée et va crescendo jusqu’aux révélations finales. Contrairement à d’autres j’ai adoré la chute que je trouve cohérente, simple et logique.
Même après une dizaine de lectures, le plaisir est toujours au RV et ça n’a pas pris une ride.
Indispensable ; mais je ne suis pas objectif ! 

Par Yovo  [http://www.bedetheque.com]


Alim le tanneur - 03 - La terre du prophète pâle (Lupano-Augustin)

3. La terre du prophète pâle

  Une BD de Wilfrid Lupano et Virginie Augustin chez Delcourt (Terres de Légendes) 12/2007,  54 pages. Grand format 

Dix ans ont passé depuis la mort de Pépé et autant d’années pour Alim, fait prisonnier, 
sans nouvelles de sa fille Bul ni du monde extérieur.


Récupéré par un sorcier, il est alors rattrapé par l’Empire jézaméthien. 
Son ancien peuple, les adorateurs de Jézameth, a traversé l’océan interdit afin de propager la bonne parole aux contrées profanes. La conquête d’un nouveau monde est en marche.






dimanche 5 mars 2017

L' homme qui n'aimait pas les armes a feu T02. Wilfrid Lupano et Paul Salomone


2. Sur la piste de Madison

Une BD de Wilfrid Lupano et Paul Salomone  chez Delcourt (Conquistador) 
Scénariste : Wilfrid Lupano
Dessinateur : Paul Salomone
Couleurs : Simon Champelovier
Editeur : Delcourt
Collection : Conquistador
Dépot légal : 01/2013
Nombre de planches : 46
 Grand format.
 Chili con carnage, le premier volume de la série, plongeait le lecteur directement dans le cœur de l'action. La course poursuite sur la piste d'un document ultra-secret se finissant par un massacre presque général, les protagonistes se retrouvent les mains vides et en sang. Vu les gaillards, la partie est juste remise. Par contre, une chose est bien certaine, Byron Peck, Knut Hoogaard et Margot de Garine se connaissent depuis pas mal de temps et leur passé commun est certainement des plus chargés.

Le style débridé de l'album précédent a peut-être estompé le titre de la série. En effet, si, étrangement, l'homme n'aime pas les armes à feu, c'est bien la poudre qui fait force de loi. Wilfrid Lupano précise sa pensée et passe, en quelque sorte, aux explications dans Sur la piste de Madison. Habilement construite, la narration tourne autour de différents retours en arrière parallèles. Peck et Margot racontent, tour à tour, leur version de leur idylle à Los Angeles. Dans la Cité des Anges, arrivisme et affairisme font la vie dure aux idéaux. Quoiqu'un peu bavard par moment, l'exposé du scénariste à propos de la possession des armes sonne juste et apporte une réelle profondeur psychologique aux personnages. De spaghetti, le western devient pratiquement cérébral ! Heureusement, l'humour est toujours présent, même si le registre est plus sombre. 


Aux pinceaux, Paul Salomone démontre qu'il est aussi habile dans la Sierra que sur les pavés des villes. La mise en page est remplie de cadrages audacieux qui donnent aux planches un dynamisme incroyable. Le changement de coloriste – Pieri Lorenzo laissant la place à Simon Champelovier – se fait à peine remarquer grâce à l'excellent travail du nouveau venu. La gestion de la lumière est particulièrement remarquable. Plus que bande dessinée, le résultat pourrait s'intituler cinémascope dessiné !

Tome deux tout en nuance, Sur la piste de Madison est passionnant à lire. Une question reste néanmoins en suspend : où est passé Manolo Cruz ?

Texte: A. Perroud [http://www.bdgest.com]

Scan et retouches de Tgal & Even




lundi 27 février 2017

L' homme qui n'aimait pas les armes a feu T01. Wilfrid Lupano et Paul Salomone

Genre: Humour, Western
Parution: Série en cours
Tomes: 3
Début du XXe siècle, Arizona... Maître Byron Peck, citoyen britannique et avocat d'affaires,
escorté de son acolyte, l'effrayant Monsieur Hoggaard, parcourt le désert en quête d'un mystérieux papier qui pourrait changer à jamais le cours de l'histoire des États-Unis d'Amérique.
 Dans le même but, la dangereuse Margot de Garine s'associe à une bande de Mexicains sans foi ni loi... Et ils seront sans pitié ! 

 

 1. Chili con Carnage
Une BD de Wilfrid Lupano et Paul Salomone chez Delcourt (Conquistador)

 Grand format
Scénariste : Wilfrid Lupano
Dessinateur : Paul Salomone
Couleurs : Lorenzo Pieri
Editeur : Delcourt
Collection : Conquistador
Dépot légal : 04/2011
Nombre de planches : 46

À première vue cette histoire commence comme n’importe quel western. Un jeune premier naïf et amoureux, une femme fatale, un avocat très distingué et une poignée de bandits mexicains aux belles bacchantes sont sur la piste d'un document secret "dont-dépend-le futur-de-la-nation".
Si l’action se déroule au-delà du Pecos, le lecteur est en terrain connu. Par contre, dès la première réplique, un ton bien singulier change la donne.
Sans jamais tomber dans la parodie pure, Wilfrid Lupano (L’honneur des Tzarom, Alim le tanneur) installe une atmosphère, un cachet, unique à la frontière de l’absurde et d’un réalisme à peu près plausible.


Autour de ce canevas classique digne d’une aventure du Lieutenant Blueberry, le scénariste mélange avec beaucoup d’intelligence les éléments traditionnels du genre avec une bonne dose de folie. Des personnages hauts en couleurs, comme Byron Peck, avocat pseudo pied-tendre outré par l’usage des armes à feu, mais moins regardant pour ce qui est de la dynamite, et son client Knut Hoggaard, colosse norvégien très bon cuisinier quoique légèrement diminué, côtoient des figures incontournables comme Manolo Cruz, chef au large sombrero d’une bande de pilleurs de trains et la troublante Margot de Garine, aventurière qui, à l’image d’une Chihuahua Pearl, est prête à tout pour arriver à ses fins.
 Les situations insolites et les scènes d’actions sont enrobées par de dialogues hilarants. Lupano réalise un travail d’équilibriste des plus remarquables, le dosage entre pastiche et académisme est parfait.


Aux pinceaux, Paul Salomone propose également une excellente réalisation.
Sa version de l’Ouest américain respecte les canons du genre.
Même si, par moments, le dessinateur joue la surenchère sur les détails – « l’église abandonnée transformée en repaire ? » est notamment surchargée - au détriment de la lisibilité, la lecture reste des plus agréables. La galerie de trognes est particulièrement jouissive et singulièrement en accord avec les joutes verbales échangées.

Chili con carnage est un excellent tome 1 au ton original et détonnant. Chaudement recommandé aux amateurs de western… et de franche rigolade.

Texte: A. Perroud [http://www.bdgest.com]

Scan de MID et retouches de Lara60

jeudi 2 février 2017

Alim le tanneur 02 - Le vent de l'exil [Lupano-Augustin-Penloup]


 2. Le vent de l'exil
Une BD de Wilfrid Lupano et Virginie Augustin chez Delcourt (Terres de Légendes)
03/2006.    46 pages.  Grand format.

 Depuis qu’ils ont découvert une relique ayant pu appartenir à Jesameth la divinité locale, Alim, son beau-père et la petite Bul ont été contraints de quitter la cité. Cette trouvaille pourrait ruiner la crédibilité et l’autorité du pouvoir religieux en place. L’exil n’est pourtant pas un gage de paix et de sécurité, le terrible Torq Djihid étant désormais lancé à leurs trousses.



Le premier volet d’Alim le tanneur avait été une des révélations de l’année 2004 (un trophée symbolique de Meilleur « 1er album » de l’année au BDGest’Art récolté au passage). Le style de Virginie Augustin a de quoi charmer et les bouilles de Bul et de son pépé évoluant dans des décors exotiques et idylliques avaient, par exemple, séduit. 
Au point de reléguer à l’arrière-plan une intrigue dont on ne retenait pas nécessairement 
le potentiel et surtout l’aspect le plus sombre, pourtant clairement annoncé par la scène d’ouverture.


Dans ce domaine, Le vent de l’exil ne laisse planer aucune ambiguïté. Finies les ambiances de cocotiers, atténués les sourires amusés. Le danger prédomine, la violence explose. En témoigne cette séquence d’une incroyable sauvagerie révélant la personnalité de Torq Djihid face à la Maati. Etonnant. Et il y en a d’autres de ces épisodes sanglants qui cette fois marquent plus l’esprit que les épisodes champêtres ou les facéties d’une petite chipie toujours aussi adorable. La construction du récit joue habilement sur l’alternance de ce type de scènes jusqu’à la confrontation finale entre les personnages dont les routes se rejoignent. Les caractères des protagonistes sont radicalement opposés mais la caricature est soigneusement évitée : les méchants inquiètent réellement (Djihid est LA trouvaille de l'album et le sauve d'une facilité trop bon enfant), les gentils sont définitivement sympathiques, et c’est très bien comme ça. Le parcours suivi par Alim, qui relève plus de la fuite que d’une feuille de route, lui permet en outre d’enrichir la galerie de compagnons attachants à défaut d’être totalement surprenants.


Le durcissement du ton s’est accompagné d’un changement de décor. Le terrain est plus difficile, le climat plus rude, l’environnement en général plus hostile. Il y a de la vie, du mouvement. Les personnages ont du charisme (on a oublié l'héritage disneyen malgré les "emprunts" à Mulan que la neige met en exergue - Soubyr et ses airs de Chien-Po par exemple), les cadres naturels et les architectures sont soignés. Plutôt qu’une sensation de juxtaposition disgracieuse, la cohabitation entre traits fins et crayonnés encore visibles pour certains éléments apportent un cachet certain avec lequel les couleurs, elles aussi réussies, ont su composer.


A n’en pas douter, la série a pris un virage qui lui donne une autre dimension. Le scénario joue très habilement avec des ingrédients que l’auteur maîtrise et qui donnent au lecteur la sensation d’être en terrain familier sans pour autant crier au déjà-vu. La suite est désormais attendue autant pour son histoire, dont on espère qu’elle va nous conduire vers un nouvel ailleurs très différent, que pour son style graphique qui a passé avec succès l’épreuve de la confirmation.


 Par L. Cirade [http://www.bdgest.com]



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