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Articles

Affichage des articles associés au libellé Roman Noir

Mauvaise donne [Jean-Philippe Jaworski]

Que dire que vous ne puissiez découvrir vous-même en lisant « Mauvaise donne », la novella extraite du recueil de J ean- P hilippe J aworski, intitulé Juana Vera ? Ici, sous la très belle couverture de H ervé L eblan. Rien de plus rabat-joie en effet, que les longs résumés de texte, où la seule chose qui nous reste après nous y être frottés, est de ne plus pouvoir lire ce dont ils parlaient car ils en avaient trop dit. Évitons, autant que faire se peut d'être un nouvel Agent orange™ de la blogosphère critique. Soyons périphérique.             « Mauvaise donne », nous le savons aujourd'hui, est, entre autres choses, la carte de visite du roman Gagner la guerre , autant que la cartographie du monde secondaire où se déroulent ces deux récits. Fantasy d'inspiration Renaissance, la narration de la novella emprunte cependant la structure focalisée, à la première personne, sur le modèle des Marlowe de R aymond C handler. Où, ...

Mélanges de sangs [Roger Smith / Mireille Vignol]

« Il faut choper le lecteur par les couilles dès le premier chapitre », estime J ames E llroy ; R oger S mith n'agit pas autrement dans ses propres romans noirs .               Mélanges de sangs , son premier, est à la littérature ce que la guerre était pour C arl von C lausewitz ; la continuation de la politique par d'autres moyens.   R oger S mith ne dit d'ailleurs pas autre chose lorsque dans un entretien il estime que « le roman policier ne peut se contenter d'être un divertissement » dans un pays - l' Afrique du Sud - où la criminalité faisait en 2011 de Le Cap , la ville la plus dangereuse du monde. En tout cas ce dernier dresse un terrifiant portrait des Cap flats , l'immense ghetto à l'est de la Mother City , un endroit que l'auteur connait bien puisque en plus d'y être allé, son épouse en est originaire.  Mélange subtil et terrifiant de faits divers, d'individus réels, de politique et d'imagin...

Un homme à terre [Roger Smith / Estelle Roudet]

« J'ai un doigt sur le pouls de cette salope de ville et un autre bien profond dans son cul pourri. » Âmes sensibles s'abstenir ! Un homme à terre , le roman du sudafricain R oger S mith,  bien que disposant de tous les ingrédients d'un polar ressortit définitivement à celui du roman noir. En tant que ce dernier nous présente le monde comme un « TRAQUENARD », une prise de conscience certes désagréable, mais bien moins que celle que vont endurer certains personnages de Un homme à terre . Ce roman, particulièrement brutal, est aussi surtout un beau tour de force littéraire. En effet, sans jamais mettre à distance la violence, ni rendre sympathique ses personnages, R oger S mith captive de bout en bout. Un homme à terre , s'il démarre, et se déroule en grande partie près de Tucson en Arizona , est surtout une vue en coupe de l' Afrique du Sud . Une « boîte de Petri » auquel l'auteur apporte un style volontairement cinématographique, l'enchaînement de...

Balles Perdues / Stray Bullets [David Lapham]

Dans son essai à charge, de 1947, T homas N arcejac donnait, à son corps défendant sûrement, la plus belle définition du roman « noir » américain qu'il m'a été donné de lire, lequel faisait alors son entrée dans le paysage culturel hexagonal. Ce qui est « noir » disait-il, «[..] ce n'est pas, [...] sa violence, sa crudité ; ce n'est même pas le désespoir qu'il peut éveiller chez le lecteur facile à suggestionner, c'est quelque chose de plus foncier et de plus mystérieux que l'on pourrait définir en disant qu'il nous présente le monde comme un TRAQUENARD. [..] ». D avid L apham, continue ce travail que des prédécesseur, souvent illustres, ont accompli avant lui, via sa série au long court  « Stray Bullets ». Une entreprise ambitieuse, qui le place sur un pied d'égalité avec les meilleurs.   Sous la forme d'histoires courtes, il dépeint de brefs moments de l'existence d'individus, amenés à se croiser, sans qu'ils sachent qu...

À toute allure [Duane Swierczynski / Sophie Aslanides]

Jamais un livre n'aura autant mérité son titre. Second roman de l'auteur, auquel il ne croyait guère, À toute allure est à l'image de ce qu'on attend du moteur d'une voiture qui servirait à s'enfuir après le vol à main armée d'une banque : gonflé à bloc. Fidèle à Philadelphie , D uane S wierczynski y plante de nouveau l'action de son roman, laquelle se déroule en l'espace de 4 jours, bien remplis.        Dans un des entretiens qu'il a accordés, et disponible sur la Toile™, l'auteur y déclare être fasciné par les personnages qui doivent affronter les pires journées de leur existence. Rien à dire, À toute allure est exactement ce type de récit. Manière de vaudeville noir, ce roman au style « behavioriste », est principalement écrit sous la forme de courts paragraphes. Lesquels seraient, selon D uane S wierczynski, comme des chips que l'on dévore l'une après l'autre, pour s'apercevoir finalement qu'il est deux heures ...

Un Escalier de sable [Benjamin Legrand]

••• Les remerciements, à la toute fin de l'ouvrage, donnent au roman de B enjamin L egrand, une dimension supplémentaire, lequel s'en sortait déjà très bien sans, en ce qu'il permet de mesurer la distance qui sépare une idée d'un résultat. « Roman noir » nous prévient la couverture, et en effet, Un Escalier de sable en est un selon la définition qu'en donnait dès 1947  T homas N arcejac : «[..] Ce qui est noir, [..] , ce n'est pas, [...] sa violence, sa crudité ; ce n'est même pas le désespoir qu'il peut éveiller chez le lecteur facile à suggestionner, c'est quelque chose de plus foncier et de plus mystérieux que l'on pourrait définir en disant qu'il nous présente le monde comme un TRAQUENARD. [..] ». Et pour dessiner ce « traquenard » B enjamin L egrand choisit la voie de l’introspection. Chaque chapitre ou presque, est l'occasion de pénétrer dans l'intimité psychologique de ces militaires français, au fur et à mesure que...

Suburra (Stefano Sollima)

... A u Ier siècle Subure était un quartier de Rome où vivaient les gens de peu et où les lupanars avaient proliféré avec vigueur. Pour G iancarlo D e C ataldo (juge & écrivain italien) Subure "reste la métaphore parfaite de cet endroit où la pègre et les gens "normaux" se croisent et passent des pactes." Des pactes de type mafieux. En près de 500 pages G iancarlo D e C ataldo et C arlo B onini (journaliste de La Republica ) ont écrit un roman dont les connaisseurs de la vie romaine ou les Romains eux-mêmes ont eu du mal à distinguer ce qui relevait de la fiction et la part de la réalité (Voir à ce sujet, l'excellent hors-série de Marianne 2016 sur le polar). L'ouverture en novembre 2015 du procès "Mafia Capitale" aurait même tendance à faire oublier que Suburra est un roman. Suburra le film, est un long-métrage glaçant qui relègue les films dit d'horreur ou réputés tels au rang d'aimables comptines (j'exagère, un ...

Batman : Cité brisée (Azzarello/Risso/Mulvihill)

... C ité brisée est un court passage de B rian A zzarello associé au dessinateur E douardo R isso et de la coloriste P atricia M ulvihill sur le personnage créé par B ob K ane & B ill F inger en 1939.  En six épisodes (traduits en français dans les magazines Batman n° 9 à 12 par l'éditeur SEMIC ) A zzarello et son équipe plongent  Batman dans un genre en tant qu'il est une pratique institutionnelle visant à produire une oeuvre dont les références narratives communes peuvent être reconnues par le public (Cf. R . A ltman) ; ici le genre dont il est question est le polar. Noir & hard-boiled .   Dans Cité brisée Batman y est un détective à la manière de ceux qui ont vu le jour dans le pulp magazine Black Mask , c'est-à-dire que contrairement au whodunit  (principalement britannique) le détective n'est plus une machine qui utilise ses "petites cellules grise" mais un protagoniste dont les états d'âme se traduisent par des gestes. Si on p...

Sykes (Dubois, Armand & Gérard)

... Si le western n’est pas seulement le fruit de la rencontre d’un calendrier et d’un atlas on peut néanmoins dire qu’il s’agit d’œuvres « dont les mobiles, les actes, les personnages furent conditionnés par un milieu historiquement et géographiquement déterminé, aux événements qui n’auraient pu se produire en d’autres lieux, ni d’autres temps, y être ce qu’ils furent, c’est-à-dire tous ceux de l’Ouest américain lors de la conquête progressive des territoires entre 1840 et 1895 » ( Cf. J ean M itry). Sykes de P ierre D ubois & D imitri A rmand, ainsi que S ébastien G érard qui collabore à la couleur, s’inscrit parfaitement dans cette définition.  Il semblerait d’ailleurs que quelques éléments (le roman Moby Dick et les dime novels ) nous informent que cette histoire se déroule dans les années 1860.  Une arme, présente dans les premières pages de l’histoire, laisse même imaginer au moins 1866 puisque que l’on voit une Winchester avec son levier de sous-garde ...

La Pâle figure \ Philip Kerr

J'ai profité de l'occasion qui se présentait pour "lire" le deuxième tome de la trilogie berlinoise de P hilip K err, La Pâle figure, au travers d'un audio-livre. Ce qui au passage demande une attention très soutenue, l'esprit accroît sa propension à vagabonder beaucoup plus facilement que lorsqu'on lit.  Septembre 1938. Tandis que la ville croule sous la chaleur, les Berlinois attendent avec anxiété l'issue de la conférence de Munich. Engagé par une riche veuve pour retrouver l'individu qui la fait chanter, le détective privé Bernhard Gunther se trouve plongé, lui, dans les méandres de la médecine psychiatrique moderne... avant de se voir contraint par Heydrich de prendre les rênes d'une enquête bien particulière : retrouver le tueur en série qui hante les rues de Berlin depuis quelques semaines, s'attaquant à des adolescentes. Mais s'il obtient le privilège d'être nommé « Komissar », Bernie est encore loin d'imaginer ...

L'Été de cristal \ Philip Kerr

L'Été de cristal , premier roman de ce qui deviendra La trilogie berlinoise met en scène le détective privé Bernard Gunther durant l’année 36, c’est-à-dire alors que le IIIe Reich est au pouvoir, et plus précisément lors des Jeux Olympiques de Berlin .  Personnage désabusé à la répartie mordante et à l’humour pince-sans-rire, Bernie , ex-flic de la police criminelle (la Kripo ), Croix de fer de 2ème classe, mène ses enquêtes à la manière hard-boiled de ses cousins germains ( sic ) d’outre-Atlantique.  Avec en arrière-plan le régime politique du chancelier Hitler et des seconds rôles au destin historique avéré, P hilip K err raconte avant tout une histoire de détective dur-à-cuir avec tous les stéréotypes du genre : gangsters, femme fatale, hommes d’affaire corrompus, boîtes de nuit où se croisent le monde interlope de la pègre et celle des classes privilégiées, assassinats, violence, et érotisme ; ce qui ne l'empêche pas d'en tirer un roman original.  L’a...

Galveston par Nic Pizzolatto

Galveston              N ic P izzolatto a grandi à Lake Charles , en Louisiane , une région très rurale et très pauvre des Etats-Unis , dont il a dit qu’elle est « d’une incroyable ignorance et où la violence ordinaire sert de langage commun. » : le meilleur endroit de la côte pour recevoir des coups de pieds au cul. Un endroit où il y a beaucoup de pauvres, de gens stupides, beaucoup d’alcool, de bagarre. Un endroit très dur, où l’on grandit en se battant. Une maison isolée, pas de livre, le jeune N ic passe alors beaucoup de son temps libre dans les bois.  Après avoir quitté Lake Charles et ses parents, avec qui il n’entretient plus aucun rapport, à l’âge de 17 ans, il apprend à se débrouiller seul.               Avant d’écrire Galveston N ic P izzolatto a mis deux ans pour écrire un roman qu’il jugera effroyable et qui ne sera jamais publié...