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dimanche 22 mars 2015

Critique 590 : COMANCHE, TOMES 1 & 2 - RED DUST & LES GUERRIERS DU DESESPOIR, de Greg et Hermann


COMANCHE : RED DUST est le 1er tome de la série, écrit par Greg et dessiné par Hermann, publié en 1972 par les éditions Le Lombard.
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Red Dust arrête la diligence de Sid Bullock non loin de Greenstone Falls car il n'a plus de cheval. Mais ce contretemps irrite le seul passager, Willy Hondo, un tueur à gages que défie le cowboy en voulant le calmer. Contre toute attente, c'est Dust qui réussit à abattre ce professionnel sur lequel Bullock trouve un contrat concernant sa cible : Comanche, propriétaire du ranch du "Triple-6".
Une fois en ville, Dust se fait passer pour Hondo auprès de Lawrence Cathrell, l'homme de loi qui a fait appel à ses services, avant d'être démasqué par son autre homme de main, une connaissance du cowboy, Jack "Kentucky Kid" Jeffords.
Dust prend la direction du ranch de Comanche et s'y fait engager après avoir dompté un cheval, Palomino. La propriété de la jeune femme ne paie pas de mine : elle est seulement aidée par le vieux Ten-Gallons et doit son infortune à Cathrell qui a interdit quiconque de commercer avec elle pour la déloger.
Mais Red Dust convainc la jeune femme de tenir bon : ensemble, ils vont obtenir 50 têtes de bétail, l'assistance de deux employés - Toby-face-sombre et Clem-cheveux-fous - , écarter le vétérinaire véreux Doc Wetchin, et finir par connaître qui en veut au ranch et pourquoi.
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COMANCHE : LES GUERRIERS DU DESESPOIR est le 2ème tome de la série, écrit par Greg et dessiné par Hermann, publié en 1973 par les éditions Le Lombard.
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Le personnel du "6-6-6" reçoit la visite des Cheyennes et de Cheval-Debout, fils aîné de leur chef Trois-Bâtons, qui vient réclamer la restitution des terres et du bétail car leur tribu est affamée.
Comanche et Red Dust négocient une trêve avec le Sachem : la jeune femme reste avec les Cheyennes durant les trois jours obtenus par le cowboy pour aller régler ce litige avec le bureau des affaires indiennes à Arrow Creek.
Mais les ouvriers de la West Coast Railroad attendent eux aussi la viande promise par le ranch du "Triple-6" et décident d'attaquer la tribu.

Tout cela ne nous rajeunit pas mais ces deux premiers épisodes nous renvoient à il y a 43 et 42 ans ! Pourtant ils demeurent toujours efficaces et ont démarré cette superbe série, digne des classiques de la bande dessinée western comme Jerry Spring ou Blueberry.

Greg met en place dans le premier tome l'essentiel de son casting pour les tomes à venir : il ne s'agit pas simplement de présenter des personnages, un décor, mais de les inscrire dans un récit qui possède une intrigue solide et aura assez de potentiel pour être développé.

La figure du cowboy solitaire, tireur exceptionnel, sorti de nulle part, et qui sauve une petite communauté, n'est ps très originale en soi, et il est vrai que Red Dust apparaît d'abord comme un homme providentiel extraordinaire, capable d'abattre deux pistoleros redoutables, de remotiver Comanche (sans pour autant vouloir la séduire) et le vieux Ten-Gallons, de convaincre deux étrangers comme Toby et Clem de grossir les rangs de leur équipe, et de démasquer le méchant qui voulait précipiter le départ de la propriétaire du "6-6-6", tout ça en 46 pages !

On mesure à quel point Greg, à partir de ce héros incroyable, part de loin et parviendra à le transformer en un personnage extrêmement plus nuancé, que son séjour dans le Wyoming changera définitivement. Néanmoins, au-delà de Red Dust, le scénariste installe déjà des protagonistes inhabituels dans une bande dessinée, avec une femme aux commandes d'un ranch, ou un employé noir affranchi (qui n'apparaît, en outre, jamais comme le quota de la série, et ça, même aujourd'hui, cela reste rare). En fin de compte, la bande de "Triple-6" est une famille recomposée avec la chef (Comanche), le bras droit (Red Dust), le vétéran (Ten-Gallons), et les deux "cousins" (Toby et Clem) : un ensemble attachant, contrasté, aux relations très vives, bref une base très riche.

Des seconds rôles récurrents sont aussi rapidement mis en place comme le conducteur de diligence Sid Bullock, le véto véreux Doc Wetchin. Et d'autres rôles évolueront (comme le shériff de Greenstone Falls) de manière significative.

Avec le tome 2, une autre composante est établie : même si l'époque précise à laquelle se déroule la série n'est jamais mentionnée, on devine que c'est après la guerre de sécession (après 1865) et les guerres indiennes (1868), car dans le Wyoming se trouvent déjà parqués dans des réserves les Cheyennes présents dans Les guerriers du désespoir.

Greg aborde ce sujet avec tact et vigueur à la fois, en évitant de représenter les indiens comme des sauvages sanguinaires. Au contraire, ils sont dépeints comme des gens dépossédés de leurs terres, négligés par l'administration, réduits à la famine : il est impossible de ne pas comprendre le mobile de leur révolte au début de l'histoire ni la raison des tensions entre eux et les blancs. La situation est rendue encore plus complexe par la présence voisine des ouvriers du chemin de fer, qui réclament eux aussi au ranch de Comanche la nourriture promise, quitte à se débarrasser des Cheyennes s'ils leur prennent leur part.

L'histoire est intense, et même si la construction trahit un chapitrage évident, taillé pour la pré-publication hebdomadaire dans le Journal de Tintin, Greg alimente un suspense très efficace, reposant majoritairement sur Red Dust. On y découvrira aussi dans quelles circonstances Cheval-Debout deviendra le nouveau chef de sa tribu, comment son frère Feu-Solitaire ourdira sa vengeance (dans le tome 6, Furie rebelle) et surtout comment Tâche-de-Lune, à la suite d'un drame familial dans le feu de l'action, rejoint la troupe du ranch.

Visuellement, Hermann est encore dans sa période "moite" : son trait, plus rond, et son encrage, plus fluide, n'ont pas encore la tenue qui feront sa renommée et donneront cette identité graphique si particulière à ses propres séries (Jérémiah, Les Tours de Bois-Maury) ou à la fin de ses runs sur Comanche et Bernard Prince.

Ce rendu que je qualifie de "moite" est remarquable par cette impression que tous les personnages semblent évoluer dans un climat chaud (renforcé par des couleurs souvent vives), avec leurs vêtements qui leur collent à la peau. On ne voit pas encore l'usage de croisillons, de hachures, de points, comme Hermann le fera plus tard, à l'instar de Giraud/Moebius et Franz.

Mais le résultat est tout de même fabuleux car lorsqu'il s'agit de situer l'action dans les grands espaces, l'artiste ne connaît pas beaucoup de concurrents. Il sait aussi camper des ambiances, notamment nocturnes, tout à fait intenses. Les décors sont traités avec un soin incroyable (mentions au village indien et au ranch), et les personnages ont déjà une vraie caractérisation (dans leurs expressions, leurs attitudes, leur diversité).

Cela aura été un régal de relire ces épisodes (même si hélas ! le tome 8 n'était plus disponible à la bibliothèque municipale) : western atypique aux héros attachants, abordant des sujets et développant des intrigues avec talent, et supporté par des dessins de première classe, Comanche reste une série incontournable, produite par un tandem d'auteurs à la complémentarité exceptionnelle.  

samedi 21 mars 2015

Critique 588 : COMANCHE, TOMES 9 & 10 - ET LE DIABLE HURLA DE JOIE... & LE CORPS D'ALGERNON BROWN, de Greg et Hermann


COMANCHE : ET LE DIABLE HURLA DE JOIE... est le 9ème tome de la série, écrit par Greg et dessiné par Hermann, publié en 1981 par les éditions Le Lombard.
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Red Dust est de retour à Greenstone Falls et y rencontre Addison De Vega, un assureur venu de Boston avec son partenaire, Pickford. Depuis quelque temps, des incendies, apparemment accidentels, détruisent des ranchs, comme dernièrement celui des McClure, et De Vega fait signer des contrats aux fermiers pour les couvrir.
Le ranch du "Triple-6" est à son tour victime des flammes et De Vega trouve à proximité une flèche d'indien Pawnee. Mais Red et Tâche-de-Lune sont persuadés qu'il s'agit d'un coup monté par l'assureur. La dispute ne va cependant pas plus loin car un nouveau feu se déclare chez des voisins.
Clem-cheveux-fous resté au "6-6-6" surprend alors une discussion compromettante entre De Vega et Pickford qui le neutralisent et prennent la fuite.
Red et Tâche-de-Lune se lancent à la poursuite des deux hommes et découvrent rapidement qu'un troisième larron est de la partie : il s'agit d'une vieille connaissance du cowboy, Doc Wetchin, ancien complice de Russ Dobbs (le criminel que tua Dust jadis)...
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COMANCHE : LE CORPS D'ALGERNON BROWN est le 10ème tome de la série, écrit par Greg et dessiné par Hermann, publié en 1983 par les éditions Le Lombard.
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Après 21 jours de pluie continus, les terres de Greenstone Falls sont dévastées et les troupeaux décimés. En constatant les dégâts lors d'une patrouille à cheval, Comanche, Ten-Gallons et Red Dust découvrent le cadavre d'un nommé Algernon Brown, noyé après avoir été abattu de deux balles.
Le hasard veut que le nouveau médecin de la ville, Averell Colby, venu saluer Comanche à son ranch, reconnaît le nom de la victime, qu'il décrit comme un tueur. Le successeur du shériff Wallace, Ken Willard, nomme Red à son poste le temps qu'il aille à Laramie, d'où venait Brown. Mais un mercenaire abat le policier avant qu'il soit arrivé sur place et que Red ait eu le temps d'éviter ce nouveau drame.
Bon gré mal gré, le cowboy retourne à Laramie, où il n'a pas que de bons souvenirs (c'est là qu'il tua Russ Dobbs), mais il y retrouve "Bombardier" Cavendish, le boxeur, qui lui prête main forte pour son enquête. Il va ainsi apprendre une vieille histoire concernant une famille de notables locaux, révélant une usurpation d'identité, une vengeance tardive, et impliquant le Dr Colby...

N'ayant pu emprunter le tome 8 (Les Shériffs), j'enchaîne donc avec les épisodes 9 et 10 de la série, qui sont aussi les derniers réalisés en commun par Greg au scénario et Hermann aux dessins. L'artiste abandonna le titre à cause d'un emploi du temps surchargé à l'époque : en effet, il illustra en parallèle jusqu'en 1978 Bernard Prince et depuis 1977, écrivait et mettait en images sa propre production, Jérémiah (dont il signa huit albums d'affilée jusqu'en 83, année où il quitta donc Comanche, soit 11 albums toutes séries confondues en 6 ans !).

En relisant ces deux dernières histoires, un détail m'a frappé, que je n'avais pas remarqué auparavant (mais ça faisait aussi longtemps que je n'avais pas rouvert ces livres) : Greg utilise deux éléments naturels contraires au coeur de ses intrigues, le feu dans Et le diable hurla de joie..., l'eau dans Le corps d'Algernon Brown.

Dans le tome 9, le scénariste renoue avec un exercice qu'il apprécie et maîtrise parfaitement en mélangeant les motifs du western et ceux de l'enquête policière : de prime abord, on a affaire à une escroquerie à l'assurance montée par Addison De Vega (qui, autre fait amusant, vient de Boston comme le photographe Dan Morgan dans Furie Rebelle : à croire que cette ville ne produit que des individus peu recommandables...). Mais c'est plus compliqué et Greg en profite pour relier son histoire à un personnage déjà employé auparavant, le fameux Doc Wetchin, inoubliable complice de l'infâme Russ Dobbs (dans le tome 4). Il sera encore question de la terrible tuerie de Laramie dans le tome suivant d'ailleurs.

Le suspense est très efficace et bien malin qui devinera qui est le véritable coupable avant la fin. Certes, le scénario aurait pu se dispenser de quelques rebondissements (comme lorsque Red Dust perd temporairement la vue), un peu capillotractés, mais la traque du héros et de son ami Tâche-de-Lune dans un périmètre finalement réduit et un laps de temps très court (comme souvent dans la série) est riche d'un suspense intense.

Dans le tome 10, après les incendies criminels ravageant les ranchs de Greenstone Falls, c'est une sorte de déluge qui s'est abattu sur la région et l'a dévasté. Cela ne procure pas seulement au début du récit un air post-apocalyptique aussi réaliste que dans le Jérémiah d'Hermann mais aussi le contexte pour une histoire de meurtre tordue à souhait.

Greg a d'ailleurs un peu chargé la mule car il est vite difficile de suivre les fausses pistes, les coups de théâtre et les retournements de situations d'un récit là encore mené comme un polar au far-west. Il semble surtout que tout cela serve parfois de prétexte pour autre chose : ramener Red Dust en un endroit aussi traumatisant pour lui que pour le lecteur, Laramie, où se dénoua la traque de Russ Dobbs (dans le tome 4, Le ciel est rouge sur Laramie). Hélas ! la comparaison ne joue pas en faveur de ce 10ème épisode, beaucoup moins intense, directe et violent. Ce qui faisait la force de la série, c'était la simplicité de ses récits, et Le corps d'Algernon Brown se perd au contraire dans une histoire de famille, de folie, de vendetta, dont la conclusion est expédiée.

Pour la dernière fois donc, Hermann dessine la série et livre des planches magnifiques, avec la mise en couleurs somptueuse de Fraymond (alias Raymond Fernandez).

Qu'il s'agisse de mettre en scène les incendies dans Et le diable hurla de joie..., avec de larges plans dans des camaïeux de rouge, orange et jaune, qui font quasiment sentir la fournaise dévorant les ranchs, ou les terres submergées du Corps d'Algernon Brown, l'ambiance de ces récits est visuellement traduite de manière impressionnante : comme toujours, la maîtrise dont fait preuve Hermann pour représenter les grands espaces, les décors naturels, subjugue.

Mais quand l'action se déplace en ville, notamment lors du retour à Laramie, qui a bien changé depuis le duel entre Dust et Dobbs, la beauté des décors, avec notamment la propriété luxueuse des Brown, est intacte. Le génie réaliste de l'artiste, son goût pour les détails, et le parfait dosage entre ce qui constitue sa marque de fabrique (hachures fines, jusqu'à un pointillisme extrême) produisent un effet mémorable, qui inscrit Hermann dans la tradition des Giraud/Moebius et Franz.

Les personnages sont également savamment campés, et on notera avec quel soin le dessinateur leur donne des attitudes et expressions étudiées, des physionomies correspondant si justement à leurs rôles. Du grand art.

Greg (puis plus tard Rodolphe) écriront quelques tomes supplémentaires à la série, sans jamais renouer avec la magie de ce run initial. Le départ d'Hermann ne sera jamais compensé (Rouge le remplacera, sans éclat, dans ce style impersonnel, copié sur Giraud).
Mais cela ne doit pas faire oublier la qualité de ces épisodes et de ce western de haute volée, narrativement et graphiquement.     

vendredi 20 mars 2015

Critique 587 : COMANCHE, TOMES 6 & 7 - FURIE REBELLE & LE DOIGT DU DIABLE, de Greg et Hermann


COMANCHE : FURIE REBELLE est le 6ème tome de la série, écrit par Greg et dessiné par Hermann, publié en 1976 par les éditions Le Lombard.
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Red Dust est devenu l'adjoint du shériff Wallace à Greenstone Falls, après avoir prouvé sa valeur et sa loyauté contre la bande de Shotgun Marlowe. Les deux hommes doivent assurer la protection d'un photographe du "Boston Examiner", Dan Morgan, qui veut immortaliser l'Ouest sauvage avant que le progrès l'ait définitivement transformé.
Mais la période est bien mal choisie car les tensions sont à leur comble entre différentes tribus Cheyennes : il y a le clan de Feu-Solitaire, un rebelle dont les hommes enivrés veulent chasser les blancs pour récupérer leurs terres en commettant des pillages ; et le clan de Cheval-Debout, qui a conclu les accords de paix avec l'armée.
Tâche-de-Lune, l'ami de Red Dust et employé de Comanche au "Triple 6", l'autre fils de feu Trois-Bâtons, se retrouve au centre de ce conflit dont Dan Morgan espère tirer un reportage à sensations sans mesurer le danger qu'il court et fait courir aux autres... 
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COMANCHE : LE DOIGT DU DIABLE est le 7ème tome de la série, écrit par Greg et dessiné par Hermann, publié en 1977 par les éditions Le Lombard.
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Alors que le juge Dillon est en campagne pour devenir le nouveau gouverneur de la région, Red Dust, qui ne goûte guère à la modernité, décide de démissionner de son poste de shériff adjoint à Greenstone Falls pour faire sa vie ailleurs.
Il se dirige vers le Montana où l'exploitation du cuivre menace les cultivateurs les plus pauvres au profit de propriétaires que la loi Apex favorise en leur permettant de prendre possession de terrains voisins des siens où affleure une veine minière. 
Red fait la connaissance de Joseph Duncan et sa fille Patricia, qui vivent à l'écart de tout ça. Mais pas pour longtemps car ils reçoivent la visite de Dan Wallach, un redoutable pistolero au service du richissime Augustus Heinze. Ce funeste émissaire va se souvenir qu'avant d'être un paisible fermier, Duncan fut Jed Dexter alias "le doigt du diable", le tireur le plus efficace de l'Ouest.
Dès lors, pour le déloger, l'affrontement est inévitable et Red prend le parti du plus faible...

Après le triptyque formé par Les loups du Wyoming, Le Ciel est rouge sur Laramie et Le Désert sans lumière, on peut sans peine imaginer la pression qui pesait sur les épaules de Greg et  Hermann pour poursuivre leur série en maintenant un degré de qualité équivalente.

Ces deux tomes ne déçoivent pas, même s'ils ne composent pas un récit à suivre. Les scénarios ont toutefois en commun la transformation du far-west, déjà entrevue dans le tome 5 quand Red Dust, à sa sortie de prison, découvrait, après vingt mois d'absence, à quel point Greenstone Falls avait changé. On pressentait déjà qu'il n'appréciait que modérément cette modernité et qu'elle impacterait d'autres personnages dans l'entourage de Comanche, plus réceptive au progrès.

Dans Furie Rebelle, Greg exploite cette situation en inscrivant la visite d'un photographe venu de la ville de Boston avec un conflit entre tribus d'indiens. Le décalage qui s'installe entre l'ambition du citadin venu observer des "sauvages" dans le but d'en tirer un reportage sensationnel et les tensions claniques sur place, non seulement entre les factions de Cheyennes mais aussi avec les "visages pâles", produit une multitude de scènes hautes en couleurs, avec des personnages aux philosophies diverses.

Le contexte offre à Tâche-de-Lune, ami de Red Dust, employé de Comanche, et frère des deux chefs rivaux, Feu-Solitaire et Cheval-Debout, un rôle complexe dont le lecteur comme ses amis ne découvrent la vérité que vers la fin. Le récit ménage aussi son lot de moments spectaculaires dont le sommet est le vol en montgolfière au-dessus des deux tribus en plein affrontement et de l'assaut contre le ranch du "666". On ne s'ennuie pas et Greg évite tout manichéisme sans sacrifier au divertissement.

Dans Le Doigt du Diable, on trouve la confirmation de ce dont on se doutait dans Furie Rebelle : Red Dust prend le large au moment où le progrès et le changement qu'il concrétise s'incarne dans un homme, le juge Dillon, briguant le siège de gouverneur de l'état. Il s'agit pour le cowboy d'aller trouver ailleurs les grands espaces où quelqu'un comme lui, épris de liberté, peut échapper à ces bouleversements.

Greg expédie un peu vite les "adieux" entre Red Dust et son existence à Greenstone Falls - juste une petite scène (en une page) où il salue le vieux Ten-Gallons : c'est un peu rapide quand on sait à quel point il était attaché à Comanche, Toby-face-sombre, Clem-cheveux-fous et Tâche-de-Lune. Mais, en même temps, le lecteur se doute que le héros ne part définitivement, qu'il reviendra sûrement.

L'action se déplace donc dans le Montana où Red Dust n'est plus le centre de l'histoire en rencontrant un homme et sa fille, apparemment sans histoires, mais dans un coin lui aussi en proie à une situation peu ordinaire. L'exploitation minière du cuivre, la mainmise sur les filons par de gros propriétaires au détriment de résidents plus modestes, et surtout la rivalité qui va se déclencher entre deux légendes du colt deviennent les arguments d'un récit à la fois dense et simple, d'une efficacité imparable.

La figure du "doigt du diable", un flingueur retiré, est campé avec intelligence : comme lors de la conclusion du tome 4, on comprend que ce genre de personnage n'a plus sa place dans un pays qui encadre ses habitants grâce à de nouvelles lois censées le normaliser. Red Dust a payé cher pour le comprendre en étant envoyé dans un pénitencier pour avoir fait justice lui-même. Joseph Duncan alias Jed Dexter a devancé cela en s'occupant de sa fille et en lui promettant de ne plus se servir de ses armes. La sommation de Dan Wallach, qui cherche plus à se mesurer à lui qu'à exécuter les ordres de son employeur, sert de déclencheur à un ultime duel.

Et ce duel est formidablement mis en scène par Greg : c'est un exercice révélateur pour réussir un western et il répond à toutes les attentes, avec un suspense à couper au couteau, osant même se produire avant le véritable dénouement de l'histoire.

Ces deux tomes confirment aussi la grande forme affichée par Hermann aux dessins, qui livre des planches magnifiques, à la mesure d'excellents scripts. 

Les deux histoires lui permettent en particulier de mettre en images de nombreuses scènes en extérieur, avec des paysages somptueux qu'il met en valeur grâce à des angles de vue très dynamiques : de vastes plongées, des perspectives profondes, des valeurs de plans très variées. On en prend plein les yeux !

Des moments clés comme l'envol de la montgolfière de Morgan, l'assaut contre le "Triple 6", puis le périple jusqu'au Montana (grâce à un enchaînement d'images alternativement en couleurs et en noir et blanc, en plans rapprochés et larges), l'arrivée de Wallach et ses deux acolytes chez Duncan, le petit matin qui se lève sur la ferme du "doigt du diable", les séquences nocturnes et en pleine nature, composent des planches extraordinaires, avec des découpages à la fois astucieux et simples, toujours au service de l'histoire.

Et, comme toujours, Hermann se fait plaisir en soignant les personnages, qu'ils s'agissent de seconds rôles familiers (les indiens, la Comtesse) ou d'acteurs occasionnels (Morgan et sa fine moustache blonde, Wallach avec ses lunettes rondes, Duncan et sa silhouette fatiguée). Tous ces protagonistes dégagent une vérité qui ajoutent à l'intensité et la vraisemblance du récit, faisant de la série un western quasi-documentaire, dont le réalisme surpasse le romanesque.

Presque quarante après leur parution, ces épisodes demeurent de fabuleux témoignages de la qualité du travail commun de Greg, cet auteur prodigieux, et Hermann, cet artiste si impressionnant.     

jeudi 12 mars 2015

Critique 584 : COMANCHE, TOMES 3, 4 & 5 : LES LOUPS DU WYOMING, LE CIEL EST ROUGE SUR LARAMIE & LE DESERT SANS LUMIERE, de Greg et Hermann


COMANCHE : LES LOUPS DU WYOMING est le 3ème tome de la série, écrit par Greg et dessiné par Hermann, publié en 1972 par les Editions Le Lombard.
Cette histoire se poursuit dans le tome 4 (Le Ciel est rouge sur Laramie).
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Le gang des cinq frères Dobbs (Melvin, Carter, Judd, Roddy, et le chef, l'aîné, Russ) sème la terreur dans les environs de Greenstone Falls en s'attaquant aux diligences. Mais en s'en prenant à celle de Sid Bullock, ils trouvent fort à faire avec son passager, un mystérieux révérend du nom de Brian Braggshaw, un as de la gachette venu évangéliser ces contrées.
Blessé, le conducteur perd le contrôle de ses montures mais reçoit le renfort de Toby-face-sombre et Clem-cheveux-fous, deux cowboys employés du ranch voisin du "Triple 6", dirigé par la belle Comanche, avec l'aide du vieux Ten Gallons et du contremaître Red Dust.
Sid explique qu'il a confié l'argent de l'union des éleveurs dont il devait assurer le transport à Pharaon Colorado, un cavalier porté sur la bouteille mais honnête.
Des groupes de deux partent à sa recherche tout comme les frères Dobbs. L'un d'eux n'en reviendra pas vivant...  
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COMANCHE : LE CIEL EST ROUGE SUR LARAMIE est le 4ème tome de la série, écrit par Greg et dessiné par Hermann, publié en 1975 par les Editions Le Lombard.
Cette histoire fait suite au tome 3 (Les Loups du Wyoming) et se poursuit dans le tome 4 (Le Désert sans lumière).

Red Dust a quitté le ranch du "Triple 6" après avoir promis à Brian Braggshaw, agonisant, d'arrêter Russ Dobbs en cavale. Il tient, par courrier, Comanche et le personnel de son ranch de l'évolution de sa traque qui l'entraîne dans le Nebraska puis le Wyoming. La piste du bandit n'est pas difficile à suivre car il laisse derrière lui de nombreuses victimes.
En chemin, Red fait la connaissance d'une troupe de personnages, parmi lesquels un certain Mr Hart, agressé par Dobbs et son complice Wetchin, ancien vétérinaire de Greenstone Falls.
Après avoir dévalisé la banque de Pike's Junction, les deux malfrats vont dépenser leur argent à Laramie. Red Dust et "Bombardier" Cavendish, un boxeur rencontré en même temps que Hart, s'y rendent pour neutraliser les criminels, et le cowboy va y rencontrer son destin... 
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COMANCHE : LE DESERT SANS LUMIERE est le 5ème tome de la série, écrit par Greg et dessiné par Hermann, publié en 1976 par les Editions Le Lombard.
Cette histoire fait suite à celles des tomes 3 et 4 (Les Loups du Wyoming et Le Ciel est rouge sur Laramie).
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Condamné à cinq ans de prison pour le meurtre de sang froid de Russ Dobbs, Red Dust bénéficie d'une libération anticipée au bout de vingt mois, compte tenu du casier judiciaire de sa victime et du soutien de ses amis de Greenstone Falls. En contrepartie, il n'a plus le droit de toucher à une arme, de s'adonner au jeu ou de consommer de l'alcool, et devra se présenter deux fois par semaines pendant six mois chez le shériff.
C'est un homme brisé par le pénitencier qui revient au "Triple 6", tandis qu'une nouvelle menace terrorise la région avec la bande de Shotgun Marlowe, une vingtaine de voleurs impitoyables. Red Dust, après avoir supporté les provocations d'employés du ranch, d'ivrognes en ville, et de l'adjoint du shériff, aura-t-il le courage de reprendre les armes face à cet ennemi ?

Quelquefois, je crois que c'est le cas de la plupart des lecteurs de bande dessinée, on aime revenir à des albums qui ont marqué notre jeunesse, motivé à la fois par l'envie de voir si ces histoires ont bien vieilli, si elles ont conservé leur force, mais aussi par le besoin de renouer avec des "valeurs refuges", ces livres qui ont contribué à l'amour qu'on éprouve pour ce média.

Ces trois tomes de la série Comanche, je les avais découverts il y a très longtemps. Je n'étais pas encore adolescent et j'adorai déjà les westerns en général, sous toutes leurs formes (cinéma, bd, romans). J'ai littéralement grandi en compagnie de Lucky Luke, Blueberry, Chick Bill et, donc, Comanche.

Bien qu'ils ne forment pas une trilogie officielle (même si les tomes 3 et 4 sont indissociables), ces trois albums m'ont bouleversé pour toujours. Cela faisait un bail que je ne les avais pas rouverts, et une des raisons à cela est que je suis fâché avec Hermann depuis plusieurs années : en effet, dans un épisode de sa série Jérémiah, il a traité de la peine de mort sans finesse et, pour lever toute ambiguïté à ce sujet, avait ensuite confirmé qu'il y était favorable. J'ai alors cessé de suivre son travail, et quand il m'est arrivé de feuilleter un de ses albums (antérieurs ou ultérieurs à cette déclaration), j'étais trop gêné pour continuer, je ne pouvais plus apprécier ce que je lisais en sachant que c'était la production d'un auteur avec des idées si éloignées des miennes sur un thème si épineux. 
C'est pour cela que je préfère en savoir le moins possible sur les opinions des scénaristes ou artistes, car cela risque de brouiller la perception que j'ai de leur oeuvre. Bien entendu, il y a des idées plus acceptables que d'autres, et aussi des manières plus subtiles de les communiquer dans une bd, mais justement dans le cas d'Hermann, c'était une mauvaise opinion et une médiocre communication.

Et puis, l'autre jour, j'emprunte ces trois tomes de Comanche à la bibliothèque municipale. Je fais l'effort de mettre ma gêne de côté au profit d'un plaisir nostalgique, en espérant que ma lecture ne sera pas parasité par mon avis sur son dessinateur.

Je conservais un souvenir vivace et clair de l'histoire de ces trois livres et donc je n'ai pas eu de révélation subite en les relisant. L'efficacité du récit demeure intact, et on ne peut qu'être saisi par la qualité de ces productions réalisées en trois ans par un duo d'auteurs au sommet de leur art. 

Débutée en 1972, Comanche était la seconde série écrite par Greg et Hermann, qui animaient déjà depuis 1966 Bernard Prince (un titre d'aventures au goût de madeleine de Proust là aussi). Quand ils démarrent Les Loups du Wyoming, ils ont respectivement 43 et 37 ans, ce ne sont plus des débutants, mais ils vont donner à la bd franco-belge un de ses plus beaux westerns réalistes, alors qu'à l'époque Charlier et Giraud déroulaient avec génie et succès la saga de Blueberry.
Les deux premiers tomes installent les personnages principaux : la belle Comanche, propriétaire du ranch du "666" - un personnage plein de caractère et une figure féminine charismatique dans un univers machiste - ; Red Dust, le mystérieux pistolero devenu contremaître ; Ten Gallons, Toby-face-sombre (là encore, un second rôle original car les personnages noirs n'étaient pas légion), Clem-cheveux-fous (qui a sans doute servi d'ébauche, physiquement, à Jérémiah), et Tâche-de-Lune (un indien qui n'était pas le méchant de service : encore une belle audace). 
Le décor est celui d'une propriété dans l'Ouest sauvage peu à peu rattrapé par le progrès mais encore déchiré par des bandits de grand chemin.

Ces deux derniers éléments sont au coeur de ces trois épisodes où l'on voit Comanche s'embourgeoiser en même temps que Greenstone Falls se civiliser, tandis que des criminels et des cowboys règlent encore leurs comptes à coups de revolver et que de curieux prêcheurs parcourent les grands espaces pour évangéliser les sauvages.

Le drame sur lequel se clôt Les Loups du Wyoming et qui va entraîner Red Dust dans une chasse à l'homme donne cependant une tonalité naturaliste et tragique tout à fait étonnante à un western qui était pré-publié dans le familial journal de Tintin. Greg introduit une violence âpre, une brutalité glaçante dans son récit qui restent stupéfiantes 41 ans après. Pourtant ce n'est qu'un début.

En effet, Le Ciel est rouge sur Laramie est encore plus désespéré, et sa chute d'un réalisme encore plus frappant : on y voit le héros tuer le méchant de sang froid et il est acquis que sa vengeance ne lui apportera aucun apaisement mais surtout lui vaudra d'en répondre devant la loi des hommes. Le message qu'adresse Greg au lecteur est sans équivoque : la justice personnelle n'est pas légitime, ne peut être cautionnée, et Red Dust a commis un crime comme l'homme à qui il a retiré la vie, même si celui-ci était un monstre.

Le scénariste ne se dérobe pas quand il enchaîne avec Le Désert sans lumière où on retrouve Red Dust en train de casser des cailloux dans un pénitencier, crâne rasé, amaigri. Il a beau bénéficier d'une libération conditionnelle, sa peine n'est pas annulée, sa faute n'est pas effacée. Surtout, c'est un homme désormais brisé, moralement et physiquement profondément atteint par son séjour en prison : Greg en brosse le portrait sans concession ni excès, avec une grande justesse, une parfaite sobriété, en quelques scènes inoubliables (dès son arrivée à la gare de Greenstone Falls, il est fouillé par l'adjoint du shériff, puis humilié par des employés du ranch, des gamins en ville, des poivrots dans un bar).

Cet aspect-là m'a renvoyé à ma fâcherie avec Hermann et son épisode déplorable de Jérémiah : j'ai mesuré alors le gouffre qui séparait un scénariste du calibre de Greg, qui avait su m'expliquer il y a si longtemps, et avec quel à-propos, pourquoi tuer un homme, aussi ignoble soit-il, n'était pas une bonne chose, et donc que la peine de mort, quelle que soit la façon et le cadre dans lesquels elle est administrée, n'est pas admissible ; et la justification nauséabonde qu'avançait Hermann dans Jérémiah, au nom d'une loi d'exception (en l'occurrence, il estimait que les violeurs pédophiles ne méritaient pas de vivre).
Lorsque la bande dessinée, qu'on estime souvent seulement capable de divertir en s'adressant à un lectorat jeune, vous fait comprendre dès le plus jeune âge des vérités aussi sensibles que le caractère condamnable de la justice personnelle et de la mauvaise solution que représente la peine de mort, elle devient un instrument éducatif, que ses auteurs ne doivent ensuite pas trahir. Or, Hermann, en se servant de Jérémiah, plusieurs années après Comanche, d'un outil pro-peine de mort a trahi le message de Greg, ô combien plus intelligent et mieux transmis.

Je ne voudrais cependant pas transformer cette critique en un réquisitoire contre Hermann qui, si je ne partage pas ses idées, est un artiste de grand talent. Et ces épisodes le prouvent, comme d'autres de ses oeuvres (en solo ou avec des scénaristes, même si son association avec Greg reste indépassée à mon avis).

Le dessin de Hermann est encore en pleine mutation lorsqu'il entame le tome 3 de Comanche, avec un trait aux courbes fluides, souligné par un encrage qui donne l'impression que toute l'atmosphère de l'histoire est empreinte d'une curieuse moiteur (les vêtements des personnages semblent leur coller à la peau comme s'ils transpiraient). 

Toutefois, on trouve déjà des personnages aux physionomies très variées et aux expressions fouillées, avec un goût prononcé pour les gueules, souvent cabossées : l'histoire ne ménage pas Red Dust, qui passe une bonne partie du tome 4 avec le visage abîmé puis les cheveux rasés et le corps amaigri suite à sa détention dans le tome 5. On ressent vraiment fortement à quel point les épreuves qu'il traverse le marque dans sa chair, et comment ces atteintes corporelles matérialisent sa dégradation morale, psychologique.

Les décors du western sont aussi l'occasion pour Hermann de montrer sa virtuosité pour représenter les grands espaces, le cadre favori de toute son oeuvre (Bernard Prince déjà et ses voyages en mer, mais aussi Jérémiah et son Amérique post-apocalyptique, Les Tours de Bois-Maury et son Moyen-Âge hyper-réaliste...). 
Le ranch du "666" est déjà fantastiquement visualisé, notamment avec de larges vignettes en plongée, mais quand Red Dust chevauche les pistes de l'Ouest sauvage, en montagne ou dans la plaine, jusqu'aux rues de Laramie en pleine nuit, ou revient à Greenstone Falls pour y affronter le gang de Shotgun Marlowe sous une pluie diluvienne, c'est une succession de plans, de pages d'anthologie.       
La longue séquence de l'assaut dans le tome 6 est en soi un morceau de bravoure d'une intensité graphique peu commune, traduisant à la perfection toute la dureté, la cruauté, la crasse du combat.

Et la mise en couleurs, avec des vignettes parfois monochromatiques presque criardes, même si elle a un peu vieilli, ajoute à l'impact de ces scènes.

Le trait s'affine progressivement et avec lui des détails d'une précision fabuleuse, pour texturer les éléments. Impressionnant.

Quel trio d'albums ! Quelle série ! Quel plaisir de relire cela en retrouvant, intactes, ses impressions d'antan.