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mardi 26 juillet 2022

THE GRAY MAN, de Anthony et Joe Russo (critique avec spoilers !)


Disponible sur Netflix depuis Vendredi dernier, The Gray Man est un gros coup pour e géant du streaming : avec son budget pharaonique (on parle de 200 M $), son casting de folie et les frères Russo aux commandes, peu de risques toutefois que ce soit un échec. Le résultat, s'il ne brille pas par sa folle originalité, est tout de même un grand spectacle réjouissant, bien au-dessus des précédentes tentatives de Netflix dans le genre.


Recruté au début des années 2000 par Donald Fitzroy alors qu'il purgeait une peine de prison pour le meurtre de son père, Court Gentry est devenu l'agent Sierra Six, tueur au service de la CIA. De nos jours, il est envoyé à Bangkok éliminer un homme susceptible de vendre des infos secret défense au plus offrant. Refusant de tuer des innocents, Six décide d'éliminer le vendeur au corps-à-corps. Il découvre qu'il s'agissait d'un de ses homologues désirant en fait dénoncer Carmichael, leur directeur impliqué dans des opérations illégales, grâce à des données enregistrées sur une clé.
 

Six disparaît et contacte Fitzroy pour qu'il l'exfiltre, laissant son assistante sur l'opération Dani Miranda, répondre aux questions de Carmichael. Ce dernier appelle Lloyd Hansen, un ancien de l'Agence désormais dans le privé pour qu'il retrouve Six, l'élimine et récupère la clé. Hansen kidnappe la nièce de Fitzroy puis embarque ce dernier pour le faire parler. Contraint, Fitzroy ordonne à l'équipe chargé d'exfilter Six de le tuer. Carmichael envoie son assistante, Brewer, superviser les manoeuvres de Hansen.


Six réussit à abattre les hommes de Fitzroy qu'il rappelle mais Hansen jure de l'avoir. Des enregistrements de vidéo-surveillance à Bangkok montrent que Six a envoyé à Prague un paquet contenant certainement la clé. Torturé, Fitzroy donne le nom de Margaret Cahill, son ancienne intermédiaire au sein de l'Agence. Six arrive à Prague pour avoir de faux papiers mais il est piégé par le faussaire qui le dénonce à Hansen. Pourtant il réussit une nouvelle fois à lui échapper, aidée in extremis par Dani Miranda, convaincue qu'elle sera la prochaine cible de Carmichael. Ils vont chez Cahill qui découvre avec eux les infos accablant Carmichael sur la clé puis se sacrifie à l'arrivée des équipes de Hansen.


Une course-poursuite et une fusillade dans Prague oppose Six, Miranda et les équipes de Hansen lancées à leurs trousses. Six et Miranda se réfugient dans un hôpital où sont trransportés les civils pris dans les tirs échangés en ville. C'est là que les suit Lone Wolf, un agent de Hansen. Blessant Six et désarmant Miranda, il récupère la clé et file. Six, sachant que Claire, la nièce de Fitzroy porte un pacemaker, la localise en Croatie où Hansen a installé son Q.G. et retient ses prisonniers.


Miranda fait diversion pendant que Six entre dans le château occupé par Hansen, ses hommes et ses prisonniers alors que Lone Wolf remet la clé à Brewer. Hansen devine que Six est dans les murs et le rattrape dans les étages alors qu'il s'enfuit avec Fitzroy et sa nièce. Fitzroy, blessé, couvre Six et Claire en retardant Hansen. Miranda entre dans le château et affronte Lone Wolf qui lui rend la clé, dégoûté par les méthides de Hansen.


Hansen capture Claire et l'entraîne dans le parc labyrinthique du château. Six le convainc de règler leurs différends sans impliquer l'adolescente. Au prix d'une bagarre disputée, Hansen est abattu par Brewer qui immobilise aussi Six. Elle s'assure qu'il confirmera ses dires lors de l'enquête sur la mission. Ainsi, elle et Carmichael échappent à toute sanction en accablant Hansen. Miranda récupère son poste et Six est hospitalisé dans une unité de soins militaire. Brewer explique à Carmichael son intention de se servir encore de lui dans l'avenir.


Mais Six s'évade et retrouve Claire sous bonne garde. Il s'enfuit avec elle...

Régulièrement, le cinéma d'action connaît un film qui redéfinit ses codes esthétiques, sinon narratifs. La série des longs métrages Jason Bourne avec Matt Damon a ainsi forcé la franchise James Bond à se réinventer en remplaçant Pierce Brosnan par Daniel Craig. Puis John Wick a imposé une nouvelle norme, qui donne encore le "la" actuellement.

The Gray Man s'inscrit donc logiquement dans la lignée de John Wick (comme Tyler Rake, autre production Netflix avant). C'est flagrant quand on examine la chorégraphie des gunfights et des bastons mais aussi la gestion des cascades en général, et plus généralement encore avec la résurgence de héros/anti-héros taiseux mais efficaces.

De fait, The Gray Man ne révolutionne donc rien sur ces plans. Adapté de la série de romans écrits par Mark Greany, par Anthony et Joe Russo avec leurs scénaristes habituels (Christopher Markus et Stephen McFeely), c'est un divertissement qui puise à plusieurs sources : espionnage, action, polar, buddy movie.

En recrutant les frères Russo au lendemain de leur triomphe chez Marvel (avec Captain America : le Soldat de l'Hiver - Civil War, et Avengers : Infinity War - Endgame), Netflix assume ses ambitions tout en s'attendant à un bashing qui est entretenu à la fois par ses détracteurs et ceux de Marvel. Pourtant, il faut reconnaître que The Gray Man est nettement plus convaincant que les précédentes super-productions de la plateforme avec des vedettes de premier rang (je pense à Red Notice avec Dwayne Johnson, Ryan Reynolds et Gal Gadot, une grosse déception sous des atours séduisants).

L'histoire suit donc un assassin de la CIA, nom de code Sierra Six, quand il décide de filer après une mission où il sent qu'on lui a caché des choses. En effet, il vient de tuer un de ses homologues qui avait découvert que leur supérieur se servait d'eux pour des blacks ops dans son intérêt. Une chasse à l'homme s'engage quand ledit directeur envoie aux trousses de Six un ancien de l'Agence, complètement fou. La situation va dégénèrer dans des proportions dantesques.

Anthony et Joe Russo connaissent leur métier aussi bien que leur héros et ils transforment ce matériau très basique, et très librement adapté des romans, pour foncer pied au plancher, sans se soucier de vraisemblance. Mais contrairement à Michael Bay avec Six Underground (également produit par Netflix), ils ne sombrent jamais dans la surenchère pour le plaisir idiot d'en faire toujours plus. 

On a le temps de s'attacher aux personnages, et le méchant est très soigné, grandiloquent à souhait, teigneux à l'extrême. Sierra Six est un fugitif qui a de la ressource mais son caractère ombrageux le rend attirant car on ignore jusqu'à quel point il va endurer ce qu'il subit avant de, lui aussi, peut-être, péter un cable. Le supporting cast est suffisamment défini pour ne pas servir que de faire-valoir aux deux antagonistes, avec une mention spéciale accordée aux personnages féminins qui ne sont jamais exploités comme des éléments romantiques mais bien comme des filles aussi badass, suivant leurs propres agendas.

Ce que j'ai apprécié aussi, c'est que The Gray Man ne dissimule pas sa volonté d'être le premier film d'une potentielle franchise. Mark Greany a écrit d'autres aventures avec Sierra Six et il y a donc de quoi faire. Même si, récemment, Netflix a accusé des pertes en nombre d'abonnés, ses finances restent considérables et ses succès abondants, de quoi se permettre des suites aussi coûteuses, en attirrant d'autres acteurs de premier plan et en conservant ceux qui souhaiteront poursuivre l'aventure.

La réalisation est parfois un peu hâché, à cause d'un montage hypercut, mais les frères Russo ont un indéniable don pour ce genre de cinéma en même temps qu'une absence totale de snobisme (leurs sorties récentes sur l' "élitisme" actuel du rituel des sorties en salles en a fait réagir plus d'un, mais leurs arguments se défendent quand ils estiment que le prix des places est trop cher, que le confort est aléatoire - car la salle obscure, c'est souvent supporter aussi des mangeurs de popcorns et des bavards).. Voilà deux cinéastes qui ne prétendent pas péter plus haut que leur cul, en affirmant que Marvel, ce n'est pas du cinéma (comme l'assure Scorsese) ou qui courent après des récompenses (autre que le plaisir exprimé par le public). Et The Gray Man respire tout ça : c'est de l'entertainment, un film d'été, un spectacle, bien faits.

Bien entendu, la liste des acteurs recrutés est l'autre élément de séduction massive de The Gray Man. Le moindre second rôle est campé par une pointure, comme Billy Bob Thonrton (Fitzroy), Alfre Woodard (Cahill), Danush (Lone Wolf), Regé-Jean Page (Carmichael), Jessica Henwick (Brewer). Rien qu'avec eux, déjà, il y aurait de quoi avoir une belle affiche.

Mais ajoutez-y Ana de Armas (Miranda), épatante, et surtout le duo Ryan Gosling (de retour après quatre ans loin des plateaux - depuis First Man de Damien Chazelle) - Chris Evans (chouchou des Russo) et là, on passe au niveau supérieur. Evans s'amuse beaucoup, et nous grâce à lui, en composant ce Lloyd Hansen totalement sociopathe, avec cette impayable moustache et cette jubilation à être une ordure inexcusable. Face à lui, Gosling renoue avec son personnage de mec avare de mots (même s'il a considérablement plus de dialogues que chez Winding Refn), mais pour qui, comme moi, est fan de son jeu minimaliste et intense, c'est un plaisir de le revoir.

Je sais que The Gray Man n'a pas bonne presse. Comme je le disais plus haut, il y a là-dedans une bonne dose de Netflix-bashing bête et méchant (car comme pour Marvel, le succès énerve). D'aucuns sont déçus par le manque d'audace du scénario. Pour ma part, j'ai passé un excellent moment, conforme à ce que j'attendais, et espérant une suite désormais.

lundi 21 août 2017

DEFENDERS (Saison 1) (Netflix / Marvel Studios)


Comme pour les Avengers au cinéma, les héros Marvel dont les séries sont diffusées sur Netflix sont réunis pour la première fois dans un crossover en huit épisodes : Defenders. Le projet est ambitieux après les deux saisons de Daredevil et les premières années respectives de Jessica Jones, Luke Cage et Iron Fist (toutes ces séries ont été reconduites pour une 3ème et des 2èmes saisons).

La première question qui s'impose est : faut-il avoir vu les précédentes séries des quatre héros pour comprendre l'intrigue qui les réunit dans Defenders ? Pour en apprécier les nuances, les sous-entendus, les allusions, et la culmination ici, c'est évidemment préférable. Mais pas nécessaire car les scénaristes autour des showrunners Douglas Petrie et Marco Ramirez ont su, habilement, subtilement, glisser, au gré des dialogues, suffisamment d'éléments pour savoir qui est qui, qui connaît qui et comment (et depuis combien de temps), connaître l'origine des pouvoirs et leur nature.

Présentons quand même les protagonistes : 

- Jessica Jones (en haut, à gauche) est un détective privée qui, exposée à des produits radioactifs, durant un accident de voiture (qui coûta la vie à ses parents), est depuis doté d'une force surhumaine, capable de faire des bonds de plusieurs mètres de haut et aussi d'un caractère cynique (que n'arrange pas sa consommation d'alcool.
- Matthew Murdock (en haut à droite) est un avocat aveugle depuis que, enfant, il a sauvé un passant d'une collision avec un camion chargé de produits chimiques ayant éclaboussé ses yeux. L'accident a décuplé ses autres sens et, après la mort de son père (un boxeur qui a refusé de se coucher comme le lui avait ordonné la pègre), a été entraîné au combat et à l'acrobatie par Stick (un moine soldat aveugle comme lui). Juriste le jour, il fait régner l'ordre dans son quartier natal de Hell's Kitchen sous le masque de Daredevil. Son secret découvert par son associé, Foggy Nelson, et sa secrétaire, Karen Page, il exerce désormais sans eux bénévolement.
- Luke Cage (en bas à gauche)est un ancien repris de justice qui, de son vrai nom Carl Lucas, a subi des mauvais traitements en prison pour un crime dont il était innocent. Contre une remise de peine, il accepte de subir une expérience menée par le médecin du pénitencier, mais le test dégénère et le rend invulnérable. Il s'évade, change d'identité, se cache à Harlem jusqu'à ce qu'il décide de contrer les magouilles de la mafia et d'une politicienne corrompue. Reconnu, il est renvoyé en détention pour y purger la fin de sa peine (allégée grâce à ses actions héroïques).
- Danny Rand (en bas à droite) perd ses parents dans un crash d'avion. Mais, encore enfant, il est recueilli par les moines-soldats de la cité légendaire de K'un L'un qui en font une arme vivante, l'Iron Fist. Il est capable en se concentrant de rendre son poing droit dur comme l'acier et pratique les arts martiaux comme un maître de la discipline. Mais il fuit ce refuge pour rentrer à New York afin d'éclaircir les circonstances de la mort de ses parents et reprendre la direction de la compagnie Rand. Ce retour est aussi un prétexte pour traquer la Main, une organisation millénaire, formée par des dissidents de K'un L'un - sans savoir que son amie, Colleen Wing, en a été une protégée, et que Daredevil a eu affaire à eux avec Stick, et au prix de la vie d'Elektra, son amante et l'autre élève de son mentor.   
 Luke Cage et Claire Temple (Mike Colter et Rosario Dawson)

L'histoire démarre en présentant la situation des quatre héros : Luke Cage est libéré de prison pour bonne conduite, représenté par Foggy Nelson. Il rentre à Harlem où il renoue avec Claire Temple, une infirmière indépendante - dont il ignore qu'elle a, précédemment, porté secours aux autres héros de la ville (Daredevil et Iron Fist). L'inspecteur de police Misty Knight, une amie, l'interroge sur ses projets et il explique son intention d'aider la communauté de son quartier : elle évoque alors la disparition tragique de plusieurs adolescents impliqués dans le nettoyage de scènes de crime par un nouveau baron de la pègre.
Trish Walker et Jessica Jones (Rachael Taylor et Krysten Ritter)

Jessica Jones se remet d'un traumatisme récent (elle a affronté et vaincu Zebediah Kilgrave, un psychopathe manipulateur doué de pouvoirs suggestifs) en acceptant une nouvelle enquête privée : elle doit retrouver l'architecte d'un building dont sa femme n'a plus de nouvelles. Pour la détective, il ne s'agit certainement que d'un banal adultère, mais pour sa meilleure amie, l'animatrice de radio, Trish Walker, c'est l'occasion de rebondir. 
Colleen Wing et Danny Rand/Iron Fist (Jessica Henwick et Finn Jones)

Danny Rand et Colleen Wing (qui a renié ses liens avec la Main par amour pour l'Iron Fist et ar dégoût pour leurs activités criminelles) rentrent d'un périple autour du monde pour savoir ce qu'est devenue la cité de K'un L'un, mystérieusement disparue et dont les derniers gardiens meurent les uns après les autres, victime d'une tueuse coriace. A peine posés en hélicoptère sur le toit de la Rand Tower, ils assistent à un tremblement de terre au coeur de Manhattan, provoqué par une énorme explosion. 
Misty Knight, Matt Murdock et Jessica Jones (Simone Missick, Charlie Cox et Krysten Ritter)

Jessica Jones a découvert en fouinant dans les plans de l'architecte qu'il a conçu le gratte-ciel du Midland Circle. Mais il l'a contactée pour qu'elle cesse son enquête, préférant se suicider devant elle que d'être tuée par une femme à ses trousses (la même qu'ont combattue Colleen et Danny). Arrêtée par Misty Knight, Jessica Jones est relâchée grâce à l'intervention de Matt Murdock que son ami Foggy Nelson, qui travaille pour le prestigieux cabinet Hogarth (employeur occasionnel de Jessica), a demandé de défendre. 
Elektra et Alexandra (Elodie Yung et Sigourney Weaver)

La responsable de l'explosion à l'origine du tremblement de terre et des assassinats des derniers gardiens de K'un L'un mais aussi de l'architecte est une femme d'affaires puissante, Alexandra. Co-dirigeant la Main avec quatre autres partenaires (chacun étant un membre influent d'un quartier de New York mais opérant partout dans le monde), elle a investi de colossales ressources pour ressusciter Elektra afin qu'elle soit l'hôte du "Black Sky", incarnation du meilleur tueur de leur organisation. Grâce à ce renfort, elle compte capturer l'Iron Fist, seul capable d'ouvrir l'accès au sanctuaire abritant la substance qui leur assure l'immortalité.  
Luke Cage et Danny Rand/Iron Fist

Justement, Luke Cage rencontre Danny Rand en remontant la piste du mafieux qui embrigade et sacrifie les jeunes de Harlem jusqu'à une cache des "Chastes", guerriers de K'un L'un traquant ceux de la Main, dont l'Iron Fist est le champion. Après s'être affrontés, croyant chacun l'autre responsable du massacre des "Chastes", Luke et Danny se réconcilient bon gré mal gré quand Claire, qui les connaît tous les deux, les réunit chez Colleen. 
Luke Cage, Stick (Scott Glenn), Danny Rand/Iron Fist, Jessica Jones et Matt Murdock

Suivant le conseil de Luke, Danny comprend qu'il doit employer toutes ses ressources pour abattre leur ennemi commun, et il apprend, en consultant la liste des entrepreneurs partenaires de la compagnie Rand, que la Main a tenté de l'infiltrer. Il se rend au building du Midland Circle et défie Alexandra. Luke Cage surgit en renfort puis Jessica Jones et Matt Murdock, qui a suivi la détective, elle aussi avide de réponses. Elektra affronte Matt qui la reconnaît, sidéré. Puis le groupe bat en retraite pour élaborer un plan d'attaque ensemble. Stick se joint à eux pour les convaincre qu'ils ne pourront gagner qu'en restant soudés - alors qu'aucun, à part Danny, ne veut faire équipe, estimant qu'il s'agit d'une affaire personnelle.  
Elektra

Attaqués par la Main et Elektra, les quatre héros réussissent à capturer un des chefs de l'organisation, mais Stick finit par le sacrifier, exaspéré par ses vantardises menaçantes. Danny est également neutralisé par ses acolytes pour lui éviter d'être capturé par leurs ennemis. Matt et Jessica partent inspecter le domicile de l'architecte dans l'espoir d'y trouver des indices sur l'édification de Midland Circle et la raison pour laquelle il voulait détruire l'immeuble : ainsi découvrent-ils que sous le bâtiment se trouve une structure (un dôme) dont leur défunt prisonnier avait dit que seul l'Iron Fist permettait d'en ouvrir la porte.  
Daredevil (Charlie Cox)

Entre temps, Elektra retrouve la planque de Stick qui, ayant drogué Luke, veut désormais tuer Danny pour éviter que la Main ne l'emploie. Elle tue son mentor et ramène l'Iron Fist à Alexandra... Avant de la supprimer et de s'imposer auprès des trois cadres restants comme sa remplaçante.
Matt, Jessica et Luke, ayant constaté la capture de Danny, et sachant que la Main n'hésitera pas, pour les décourager, à s'en prendre à leurs proches, confie Foggy, Karen, Trish, Claire et Collen au bons soins de Misty Knight. Puis ils gagnent le Midland Circle avec un plan insensé : le faire sauter pour se débarrasser de la Main, dont c'est le QG, mais aussi empêcher l'accès au dôme souterrain. L'un des quatre Defenders n'en sortira pas vivant, mais son sacrifice inspirera aux autres la protection de New York contre de nouvelles menaces.

D'habitude développées en saisons de treize épisodes, cette série n'en compte que huit. Mais c'est un régime profitable : en effet, souvent, les productions Marvel-Netflix souffraient d'une sorte de "ventre mou", à mi-chemin de leur déroulement. En resserrant les boulons, le show gagne en densité sans perdre en fluidité. C'est le premier bon point.

L'autre, c'est que, durant les trois quarts de l'histoire, l'intrigue repose sur le principe, théorisé et popularisé par Hitchcock, du "Mac Guffin", c'est-à-dire une astuce narrative qui consiste à motiver les efforts du/des héros pour résoudre un problème qui l'incrimine personnellement ou représente une menace plus globale. Ici, le "Mac Guffin", c'est ce qui se cache dans les tréfonds du Midland Circle, quelque chose de suffisamment précieux pour être camouflé par un building mais aussi pour avoir nécessité qu'on creuse un gouffre de plusieurs kilomètres de profondeur pour y accéder et que convoite les cadres de la Main (au nombre initial de cinq, comme les doigts d'une main) pour continuer à contrôler le monde dans l'ombre - autrement dit pour rester immortels.

Si vous avez suivi les deux saisons de Daredevil, tout cela est déjà familier : dans la première, le démon de Hell's Kitchen découvrait qu'un certain Nobu avait acquis le terrain du Midland Circle ; dans la deuxième il avait trouvé, avec Elektra et Stick, le trou gigantesque et profond dans le sous-sol du futur bâtiment en construction. 

Au début de Defenders, l'épicentre du tremblement de terre est situé à Manhattan et, successivement, plusieurs personnages (secondaires, comme Trish, ou principaux) déduiront que l'explosion provenait précisément du gouffre sous le Midland Circle et comprendront qu'il s'agissait de forcer l'entrée d'un dôme, abritant la source d'une substance d'immortalité.

Pendant les 3/4 donc de l'intrigue, le secret des profondeurs du Midland Circle est le "Mac Guffin" de Defenders, une idée suffisamment excitante pour à la fois orienter les investigations des quatre héros (et de leurs alliés), motiver leur union et les pousser à une solution extrême (détruire le building pour ensevelir le dôme et enterrer ainsi la Main).

Tant que les héros et le spectateur ignore exactement ce que cache ce dôme et que convoite tant la Main, la série est une réussite exemplaire. Notre imagination est mise à contribution et les allusions d'Alexandra surtout restent suffisamment nébuleuses, fantasmatiques, pour que notre ignorance soit un atout dramatique. Il est dommage que les scénaristes aient préféré, in fine, nous révéler que le dôme était la tombe d'un dragon, semblable à celui dans le coeur duquel Danny Rand plongea son poing pour acquérir le pouvoir de l'Iron Fist, et dont la moelle osseuse est cette fameuse substance d'immortalité.

Néanmoins, Defenders ne saurait être sanctionné par cette révélation , ni être résumé à un réglement de comptes en forme de baston déchaînée dans les sous-sols d'un gratte-ciel (une convention du genre puisque sans bataille finale, on sort des codes super-héroïques, même quand il s'agit de "street-level heroes").

D'abord parce que la série parvient de manière très naturelle à former son équipe de justiciers - alors même qu'aucun ne veut s'encombrer de partenaires (chacun pour des raisons propres, même si Danny accepte, pour une fois, ce compromis). Les enquêtes croisées de Jessica, Luke et Danny avec Colleen convergent habilement (agglomérant projet architectural, sacrifices d'enfants et traque de la Main), puis Murdock s'y greffe de façon maline (lorsque Foggy lui demande amicalement de représenter la défense de Jessica que la police, incarnée par Misty Knight, la tracasse). Lorsque le quatuor se bat ensemble pour la première fois, c'est d'abord parce que leurs recherches les ont tous conduits au même endroit. Quand ils consentent à une union sacrée, c'est aussi logique, au terme de négociations houleuses, et avec le concours de Stick.

Ensuite, les personnages secondaires des diverses séries ne sont pas oubliés, même si, évidemment, le format ne permet pas de leur donner beaucoup de place pour s'exprimer. Mais la prime accordée à Claire, Colleen et Misty est là encore justifiée et quand, à la fin, elles rejoignent les quatre justiciers dans leur mission-suicide, chacune a un rôle précis et un impact sur l'issue du problème (quand bien même l'une le paie au prix fort, dans sa chair - et cela va inspirer aux fans des souhaits pour un spin-off avec les Daughters of Dragon, ce qui ne serait pas immérité).

Enfin, Defenders boucle, parfois définitivement, la storyline liant Elektra à Stick (et par conséquent Stick à Daredevil)... Et donne une idée probable de la saison 3 de Daredevil. Le sort de la Main se résume désormais à celui de Mme Gao... Mais confirme que l'état de K'un L'un n'est pas résolue et donc va certainement alimenter la suite d'Iron Fist. Luke Cage est désormais complètement réhabilité à Harlem aux côtés de Claire. Et la situation de Jessica Jones pleine de promesses (non seulement psychologiquement, puisqu'elle est réconciliée avec Luke, mais professionnellement aussi).

Il faut aussi saluer la qualité de l'interprétation, soulignée par celle de la caractérisation : Finn Jones conserve ce côté chien fou dont l'apprentissage n'est pas achevé mais enrichi par la fin tragique de la lutte du Midland Circle ; Mike Colter donne une rondeur bonhomme à son rôle (et sa complicité éclatante avec Jones fait rêver à une future série Heroes for Hire ou Luke Cage & Iron Fist, comme dans les comics où ils ont été souvent réunis) ; Krysten Ritter prouve qu'elle peut jouer au-delà du registre de la détective alcoolo et cynique en ajoutant détermination et fragilité à la fois à son personnage, et Charlie Cox confirme qu'il campe un Daredevil idéal incapable de résister à sa double vie et tourmenté par sa foi. Face à eux, Elodie Yung impressionne en Elektra dont la relation fille-mère avec Sigourney Weaver, magistrale en méchante (jusqu'au coup de théâtre vraiment imprévisible de l'épisode 6), possède une intensité fascinante.

En somme donc, Defenders commence très bien, se déroule superbement, mais se clôt en demi-teinte. Les scénaristes ont, pour le coup, manqué de confiance envers les spectateurs, mais le divertissement demeure globalement tellement entraînant, vif, et nuancé pour qu'on le quitte ravi.