Affichage des articles dont le libellé est Alisa Kwitney. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Alisa Kwitney. Afficher tous les articles

samedi 31 mars 2018

MYSTIK U : BOOK THREE, d'Alisa Kwitney et Mike Norton (FINALE)


Je ne m'étais jamais soucié du nombre exact d'épisodes de ce titre et me suis donc aperçu avec la parution de celui-ci que c'était (déjà) le dernier. Mais l'un dans l'autre, avec des numéros de cinquante pages chaque mois, Mystik U donne autant à lire qu'un arc narratif traditionnel de six chapitres. C'est donc l'heure du dénouement pour l'histoire concoctée par Alisa Kwitney et Mike Norton et le moment de savoir qui représente la Malveillance menaçant la fameuse université de magie (et si cette entité triomphera comme c'est prévu)...


Après avoir échangé un baiser avec Sebastian Faust, Zatanna a perdu connaissance et son prétendant a averti, paniqué, leurs amis. Sargon et June Moon/l'Enchanteresse se rendent à la Maison des Secrets dans le campus pour avertir Rose Psychic, la directrice, mais tombent sur Mr. E et le Dr. Occult en train de s'exercer sur un sortilège.


Dr. Occult gagne la chambre de Zatanna et confirme son décès puis prend Sebastian Faust à part pour lui signifier sa punition. Cependant, Pia Morales ne croit pas à la mort de son amie et utilise ses pouvoirs de guérisseuse pour la ressusciter. Zatanna revient à elle, désorientée, sans aucun souvenir de ce qui s'est passé.
  

Le corps professoral de l'université se réunit et débat une nouvelle fois de la Malveillance incarnée par un des nouveaux élèves. Mme Xanadu s'oppose au Dr. Occult sur l'identité du coupable tandis que Rose Psychic est étonnamment absente de cette réunion.


Plus tard, dans la journée, Sebastian Faust retrouve Pia Morales dans le parc du campus et lui révèle avoir percé son secret : elle n'est pas une simple guérisseuse mais une nécromancienne, ce qui fait qu'en ramenant Zatanna à la vie elle l'a sous son emprise - et il faut y remédier pour qu'elle retrouve son autonomie.


Consciente de l'obstacle que constitue le Dr. Occult et doutant de sa loyauté, Mme Xanadu l'attire dans son grenier et le piège et l'embrassant et en le mordant à la lèvre. Avec son sang, elle ouvre un passage dans le miroir magique derrière le reflet duquel Rose Psychic est retenue prisonnière - et avec laquelle il échange sa place. Mais il les met en garde : elles ne parviendront pas, à elles deux, à stopper la Malveillance.


Zatanna se réveille dans une grotte glaciale en compagnie de Pia, Sebastian, Sargon et June sans se souvenir comment ils sont arrivés là. Plop les y rejoint mais la galerie par laquelle il s'est faufilé est trop étroite pour permettre aux élèves de s'y glisser. Sebastian découvre alors que le démon Neburos, qui a acheté son âme, se cache là, dans l'ombre, et passe un marché avec lui. Ils signent tous un pacte pour recouvrer leur liberté en échange d'un sixième de leur âme (ce qui équivaut pour le démon à une âme entière).
  

Neburos honore sa promesse et les six étudiants sont libres... Mais à l'extérieur de l'université ! Pia neutralise les bestioles menaçantes qui les encerclent et rentre avec ses camarades dans l'école pour s'attabler au réfectoire où tous les élèves dînent. Plop découvre, trop tard, que la nourriture servie est empoisonnée et, à nouveau, ils sont expulsés de l'enceinte protectrice de l'établissement, transformés qui plus est en fragiles animaux et prêts à être exécutés par Mr. E !


Leur sacrifice doit honorer la version adulte de Pia, incarnation de la Malveillance. Plop se sacrifie pour sauver ses amies avant que la menace n'aille défier Rose Psychic et Mme Xanadu dans le parc du campus. Reprenant forme humaine, Zatanna, Sebastian, Sargon, June et Pia adolescente aident leurs enseignantes à vaincre leur adversaire et sauver l'école. 
Chacun retrouve ses parents pour les vacances mais Zatanna repart à la recherche de son père, Giovanni, en compagnie de Sebastian Faust.

Le format "prestige" de cette parution rend évidemment la lecture plus dense qu'un comic-book traditionnel de vingt pages et la somme des péripéties narrée ici aboutit à un examen critique différent, plus proche de l'expérience d'une bande dessinée franco-belge bien fournie en vérité. Mais c'est ce qui fait le sel de l'entreprise.

Alisa Kwitney a réalisé un excellent travail depuis le début et la qualité première de son écriture est de savoir parfaitement doser les ingrédients de chacun de ses trois Livres. Depuis le début, l'intrigue principale mettait en scène l'apprentissage d'un groupe de jeunes adultes dans une université où ils apprenaient à maîtriser leurs pouvoirs magiques. Tout cela avait un délicieux air de déjà-vu, on pensait bien sûr à Harry Potter, sans pourtant plagier l'oeuvre de J.K. Rowling.

Puis, un subplot, assez puissant pour être mémorable, dressait la menace : il s'agissait d'une prophétie dévastatrice annonçant la destruction de l'institution par une entité appelée la Malveillance. Ce danger était incarné par un des nouveaux élèves, et Zatanna, l'héroïne principale, conduite là par la directrice Rose Psychic, après la mort apparente sur scène de Giovanni, le père de la jeune fille, était une des suspectes possibles pour une partie des professeurs (dont les influents Mr. E et Dr. Occult).

Tout l'intérêt de l'intrigue reposait à la fois sur la possibilité que la prophétie se réalise en même temps que la formation des jeunes magiciens permettrait de déterminer lequel était le plus puissant et donc potentiellement le plus dangereux, le plus susceptible d'être la Malveillance incarnée. Pour ponctuer ce whodunnit, le script de Kwitney développait les relations entre six élèves, bien caractérisés, sur lesquels, chacun à leur tour, le lecteur pouvait projeter ses soupçons (tout en maintenant un doute concernant Zatanna elle-même).

La scénariste brouillait les pistes aussi en décrivant, de manière décalée, les us et coutumes des universités américaines traditionnelles, avec notamment les sororités, le corps enseignants, la sélection à l'entrée des établissements prestigieux, etc. On obtenait, à partir de tout cela, un cadre très fourni, à la fois divertissant, malin et captivant.

Dans le précédent Livre, on assistait à une chute dramatique : après avoir embrassé le ténébreux Sebastian Faust, cédant enfin à son attirance pour elle, Zatanna perdait connaissance, visiblement morte. Le troisième et dernier Livre démarre où le lecteur en était resté et tout de suite, les événements s'enchaînent. Le rythme ne baissera plus durant cette aventure au terme de laquelle de nombreux rebondissements vont se succéder crescendo.

D'un côté, Kwitney souligne les dissensions entre les professeurs : deux camps se sont formés, avec Mme Xanadu contre le Dr. Occult et Mr. E. Un "détail" s'y ajoute : l'absence inexpliquée de Rose Psychic. Au centre des débats : Zatanna, soupçonnée d'être l'incarnation de la Malveillance. Mais au-delà de ce problème, c'est la prise de contrôle de l'université qui est en jeu : celui qui la sauvera héritera de sa direction.

De l'autre côté, la vie du groupe d'étudiants continue d'alimenter la série. Zatanna ressuscite vite, mais dans des circonstances qui éveillent la méfiance de Sebastian Faust et conduisent à la révélation du secret de Pia Morales. Cette dernière devient alors l'objet d'une curiosité accrue et le lecteur voit son intérêt déplacé de Zatanna à Pia à mesure que le dénouement approche. La scénariste suggère subtilement au public que l'incarnation de la Malveillance n'est pas celle qu'on croit - et que les professeurs suspectent. Quand cela se vérifie, le coup de théâtre demeure efficace car il prend une forme inattendue et démasque un traître parmi les professeurs. La progression dramatique est très accrocheuse et l'affrontement final, dont le lecteur connaît l'importance de l'issue, est palpitant car vraiment incertain.

Le plus fort dans tout cela est sans doute que Alisa Kwitney et Mike Norton ménagent jusqu'au bout leurs effets, ne cédant pas au grand spectacle, l'action restant circonscrite au périmètre de l'université. Mais c'est néanmoins intense.

Norton a prouvé depuis le début de la série son implication et son application à animer cette histoire. Le soin avec lequel il a représenté l'université, campé les étudiants, souligné les temps forts en laissant le lecteur respirer par un découpage tour à tour spectaculaire et sage, se retrouve encore ici, et il faut saluer la qualité de la prestation.

Mystik U, grâce au style classique, jamais tape-à-l'oeil, de Norton a gagné en consistance, en cohérence, en régularité, là où beaucoup d'artistes se seraient vite épuisés en donnant tout dès le début pour finir sur les rotules, expédiant les affaires courantes, cédant à la facilité. Ici, c'est tout le contraire : chaque Livre a su conserver un haut degré d'exigence sous des apparences de simplicité, voire de modestie, mais en vérité, en préférant servir le récit Norton a su lui injecter une classe folle.

Son trait n'est peut-être pas flamboyant, ses cadrages pas délirants, mais ses personnages sont expressifs, ses designs étudiés. C'est un dessin qui a le mérite de donner à lire, autant que le scénario, pas plus mais pas moins. Beaucoup de dessinateurs de comics, partant bille en tête pour terminer en sacrifiant les arrières-fonds ou en étant aidés par des brigades d'encreurs, feraient bien d'en prendre de la graine car Norton prouve qu'en disposant bien ses efforts, on obtient un rendu bien plus complet.

La dernière page voit la bande se séparer, retrouvant leurs parents, à l'exception de Sebastian Faust et Zatanna, partant ensemble pour retrouver le père de cette dernière. Comme une invitation, Alisa Kwitney rappelle ensuite que "chaque fin est aussi le début d'autre chose". On interprétera cela à sa convenance mais il n'est pas interdit d'y deviner une suite, d'autant que Zatanna (adulte) sera l'une des vedettes de la relance de Justice League Dark (par James Tynion IV et Alvaro Martinez), donc un personnage sur lequel DC Comics semble vouloir miser...  

samedi 3 février 2018

MYSTIK U : BOOK TWO, de Alisa Kwitney et Mike Norton


Après un premier épisode très réussi, Mystik U revient pour un nouveau tour (de magie) et plus de 40 pages enthousiasmantes, toujours écrites par Alisa Kwitney et dessinées par Mike Norton. Va-t-on en savoir plus sur l'élève de cette école qui pourrait en causer la perte ? Zatanna est-elle la coupable ? Et où est passé son père, Giovanni Zatara ? 


Rose Psychic continue d'être hantée par des cauchemars sur la destruction de l'université mais persiste à vouloir l'éviter sans user de la force ni incriminer Zatanna qu'elle pense innocente. Pourtant, depuis son admission dans l'établissement, la jeune magicienne éprouve les pires difficultés à progresser et entretient des relations difficiles avec certains de ses enseignants les plus intransigeants comme Mr. E ou le Dr. Occult.


Lors du cours de dernier, elle doit avec ses camarades - Sargon, June Moon, Pia et Sebastian Faust - invoquer un esprit élémentaire et ne réussit qu'à faire apparaître une entité malveillante et puissante que doit refouler le Dr. Occult sans parvenir à l'identifier.


La situation est donc tendue mais atteint un nouveau pic lorsque Zatanna reçoit une invitation pour participer à une soirée organisée par la sororité de la Maison de Thriae. Elle persuade néanmoins ses amis à l'accompagner alors qu'ils avaient prévu d'assister à un concert de rock dans les sous-sols de l'école.


Melissa, l'aînée de la sororité, manifeste un intérêt aussi vif que suspect envers Zatanna et redouble d'efforts pour la convaincre d'intégrer son club, ce qui déplaît à Pia. Celle-ci enjoint la jeune magicienne à se méfier car de telles manoeuvres suggèrent qu'on attend quelque chose de précis et d'important en retour de sa part.


Mais Zatanna interprète les préventions de Pia comme de la jalousie et considère la perspective d'intégrer une sororité comme un moyen de mieux s'intégrer. Grisée après bu de la liqueur de Rakmelion, elle avoue à Sebastian Faust son attirance pour lui, sachant qu'elle ne le laisse pas indifférent. Mais il préfère la repousser, craignant de la blesser à cause des pouvoirs maléfiques qu'il a hérités de son père, le sorcier Felix Faust.


Excédée, Zatanna devient de moins en moins assidue en cours, provoquant la consternation de ses professeurs mais aussi de ses camarades. Un soir, de guerre lasse, elle demande l'asile à la Maison de Thriae et Melissa l'accueille à condition d'être immédiatement soumise à un rituel d'initiation. Zatanna comprend qu'elle est piégée et lance un sort pour être secourue.


Sebastian reçoit cet appel à l'aide et prévient June, Sargon et Pia. Plop les suit jusqu'au repaire de la sororité où le groupe combat Melissa et ses complices. Avec Zatanna, pour s'assurer la victoire, ils invoquent l'esprit élémentaire qui s'était manifesté durant le cours du Dr. Occult.


De retour à leurs quartiers, Sargon, repoussé par l'Enchanteresse (qui en voulait plus après son rubis qu'après lui), se réconcilie avec June Moon. Pia réconforte Plop après s'être rabibochée avec Zatanna qui s'en va remercier Sebastian. Ils échangent alors un baiser mais la jeune femme perd connaissance et le jeune sorcier craint de l'avoir tuée !

J'avais oublié en débutant la lecture de ce deuxième Livre que la série était publiée dans un format "Prestige", donc comptant plus du double de pages qu'un comic-book habituel. Mais il n'est pas question ici de pointer des longueurs dommageables : au contraire, la densité du récit et la fluidité de sa narration sont d'une efficacité jamais prise en défaut.

Alisa Kwitney fait une nouvelle fois référence à la "Malevolence" qui menace l'université Mystik mais de manière plus rapide que dans le précédent numéro. Il s'agit juste de rappeler le danger qui guette le décor de l'histoire et les tensions que cela provoque au sein du corps professoral dont la majorité des enseignants pensent que Zatanna est l'élève qui causera la perte de l'établissement alors que la directrice, Rose Psychic, est d'un autre avis - ou du moins, entend régler le problème de manière moins radicale que ses collègues.

La scénariste a d'autres éléments à développer et prouve qu'elle a un plan bien fourni pour alimenter en péripéties le séjour de Zatanna dans cette école. On s'amuse d'abord de (re)découvrir celle qui deviendra une des magiciennes les plus puissantes en train d'apprendre laborieusement ses gammes en compagnie d'enseignants peu tolérants (et même franchement inquiétants comme le montre une vision de Rose Psychic avec Mr. E). L'héroïne en convient elle-même : elle n'est pas douée et mesure ses lacunes, toute sa jeunesse passée aux côtés de son père, Giovanni, en qualité d'assistante, ne lui a pas permis de se perfectionner. Mais ses échecs lui pèsent et ce n'est pas du côté de Sebastian Faust, dont l'attitude faussement indifférente la séduise, qu'elle trouvera du réconfort.

Zatanna entrevoit dans la possibilité d'intégrer une sororité un moyen d'être consolée : cette tradition très anglo-saxonne et présente dans les facultés se base sur des rassemblements d'étudiantes dans un bâtiment où elles vivent en communauté. La solidarité qu'elles affichent entre elles repose sur des codes stricts à respecter, souvent discriminatoires (ces jeunes femmes sont issues de milieux favorisés). Ne pas y appartenir signifie donc d'être mis au ban d'une certaine élite.

Le lecteur devine rapidement, comme Pia, que la Maison de Thriae représente davantage un danger qu'une opportunité. Alisa Kwitney a des Lettres puisque Thriae (ou Thriai) renvoie au nom de nymphes, trois soeurs vierges appartenant à une des nombreuses triades dans la mythologie grecques. Elles sont effectivement représentées par trois jeunes femmes au charme envoûtant, vêtues comme des créatures d'un autre temps, menées par Melissa, dont les manières doucereuses trahissent son comportement trouble. La fête qu'elle organise et à laquelle Zatanna se rend sur leur invitation ressemble à une orgie où les esprits s'échauffent grâce à une mystérieuse liqueur, le Rakmelion.

Le récit engage alors Zatanna sur une pente glissante mais révèle in extremis le piège effectif qu'avait pressenti Pia, qui aboutira à une bataille express mais spectaculaire. En outre, cette menace a permis d'éprouver les sentiments des protagonistes, de l'attirance (réciproque) de Zatanna et Sebastian ou de Sargon pour June, en passant par le changement de look (à peine plus avenant) de Plop. La chute de l'épisode est un cliffhanger accrocheur et dramatique (même si son issue, dans le prochaine Livre, est prévisible).

Visuellement, Mike Norton poursuit sur la lancée de sa formidable prestation : son style est solide et complet et il a manifestement eu le temps de produire ses planches avec de l'avance car on note le soin apporté non seulement à la représentation des personnages, expressifs, vêtus de façon éloquente (leur look est naturel tout en possédant une légère excentricité propre à celles qu'on imagine chez des apprentis magiciens), mais aussi aux décors.

Les extérieurs permettent de concevoir l'université comme un site bien entretenu mais avec un passé ancien, une demeure fastueuse et spacieuse, avec ses bâtiments et ses parcs. La taille du domaine traduit parfaitement l'importance du lieu, qui n'est ni plus ni moins qu'une place forte du mysticisme mais aussi un centre de formation, un véritable campus. Les intérieurs sont encore plus impressionnants comme en témoigne la séquence de la réception donnée par la sororité : Norton dessine un grand salon avec un ameublement chic, très détaillé, et des décorations évoquant les habitats antiques avec des draperies, des boiseries, des bas reliefs. Il en profite pour composer des plans à la figuration importante mais où chaque personnage, majeur ou mineur, est admirablement situé, de façon à ce que la lecture soit agréable, jamais saturé par le foisonnement de l'image.

Tout cela est mis en valeur par la colorisation de Jordie Bellaire, qui sait donner à chaque scène une ambiance propre grâce à une palette subtile. Les manifestations magiques sont ainsi soulignées par des teintes plus vives et des couleurs marquantes (comme le vert) alors que les moments plus ordinaires sont traités sobrement de manière à ne pas distraire l'attention.

C'est vraiment une production impeccable. On peut, si on veut chipoter, lui reprocher un petit manque de folie, eut égard au contexte, mais l'histoire s'inscrit jusqu'à présent davantage dans le domaine du récit d'initiation que de l'aventure. L'ouvrage est en tout cas bien dirigé et devrait logiquement servir de tremplin à une série dédiée à Zatanna adulte dans un proche avenir vu le souci avec lequel le personnage est réintroduit ici ou là (la magicienne est aussi apparue dans un arc récent de Detective Comics).   

lundi 4 décembre 2017

MYSTIK U : BOOK ONE, d'Alisa Kwitney et Mike Norton


Depuis la dernière série qui lui a été consacrée (par Paul Dini et Cliff Chiang) et son utilisation dans Justice League Dark (par Peter Milligan puis Jeff Lemire et Mikel Janin), Zatanna, la plus jolie magicienne de DC Comics, se faisait discrète. Mais cette lacune est désormais corrigée avec Mystik U, écrit par Alisa Kwitney et dessiné par Mike Norton, qui démarre juste ce mois-ci.


Il y a sept ans de cela, lors d'une représentation à Las Vegas, Zatanna Zatara envoie accidentellement son père, le grand magicien Giovanni, dans une dimension infernale. Le public est ravi, pensant qu'il s'agit du clou du numéro mais pas la jeune femme qui fuit, affolée dans la coulisse. Elle y trouve Rose Psychic, une amie de Giovanni, qui lui offre son aide.


Direction, via un portail dimensionnel, la Mystik University. Rose est convaincue, contrairement à Giovanni, que Zatanna a tout le potentiel requis pour être une magicienne de premier ordre et dans son établissement, elle pourra s'épanouir de manière à sauver son père.


Rapidement, Zatanna fait la connaissance d'autres étudiants, dont les deux filles avec lesquelles elle partage une chambre, Pia Morales (une apprentie guérisseuse) et June Moon (qui préfère être nommée l'enchanteresse), mais aussi Davit Sargon (un indien détenteur d'une pierre magique) et Sebastian Faust (le fils de Felix Faust, un puissant et maléfique sorcier).


Le tuteur du groupe les invite à participer le soir même à la "chasse au charognard", une sorte de jeu de pistes dans l'université. Mais Zatanna tombe nez à nez avec un monstre informe, gélatineux et cyclopéen, Plop, dont Sebastian la sauve in extremis avant qu'un autre étudiant ne disparaisse. Une réunion des professeurs et de la directrice autorise Mr. E à sécuriser l'endroit contre cette menace.


Lorsque Plop resurgit en suprenant Davit et June au lit et en les engloutissant eux puis Zatanna, Rose est sur le point d'intervenir pour l'exterminer mais Pia s'interpose car elle est capable de communiquer avec la créature et devine qu'elle n'est pas mauvaise - ce qu'elle prouve en recrachant Davit, June et Zatanna. Un nouveau conseil du corps enseignant oppose Rose à ses amis car elle a décidé d'intégrer Plop aux élèves. Mais Mme Xanadu a lu dans les cartes qu'un des nouveaux étudiants provoquera la destruction de l'université. Mr. E interroge alors Rose sur ce qu'elle compte faire...

Avec le nombre de personnages liés au monde de l'occulte que DC Comics possède dans son catalogue, il eut été bien dommage de ne pas exploiter ce pan de leur univers, comme ce fut le cas avant "Rebirth" avec la Justice League Dark (du moins durant le bref run de Milligan et celui plus consistant de Lemire).

De tous les magiciens que peut exploiter l'éditeur, deux se détachent : d'un côté, John Constantine, héros de Hellblazer, et Zatanna, à laquelle Paul Dini fut le dernier à s'intéresser dans sa forme classique (inspiré en cela par le fait que l'épouse du scénariste se produit comme illusionniste dans un costume proche du personnage). L'ambition de Mystik U est de placer Zatanna au centre d'une série chorale, avec un supporting cast solide, mêlant nouveaux personnages, héritiers de noms connus, et de figures déjà utilisées mais guère populaires (à part peut-être Mme Xanadu).

Alisa Kwitney débute ce premier épisode par une scène dramatique où l'université qui donne son nom à la série a été dévastée par la Malveillance (Malevolence en v.o.), sans qu'on sache très bien de quoi il s'agit (un sort très puissant vraisemblablement, jeté par un sorcier ennemi de l'endroit). A la fin on apprend qu'un des nouveaux élèves intégrés à l'établissement en même temps que Zatanna est responsable du funeste destin de l'école et la directrice, Rose Pyschic, est face à un dilemme : doit-elle (faire) tuer ses recrues ? Ou repérer et neutraliser le responsable au risque de mettre en péril tous les membres (enseignants et écoliers) ?

Ainsi posée, on a l'impression que l'intrigue ne joue pas la carte du divertissement léger. Or, la scénariste déjoue les attentes en décrivant la vie estudiantine presque comme dans une sitcom : Zatanna nous sert de témoin, on s'identifie à elle qui débarque dans cet endroit fantastique où l'étrange est banal. Ses camarades de classe sont des archétypes habilement typés : le beau gosse ténébreux et suffisant (fils du sorcier Felix Faust), la bonne copine (Pia Morales, qui croit à ses pouvoirs de guérisseuse), la future Enchanteresse (June Moone avec son look gothique) et le timide grassouillet (Davit Sargon élevé dans la tradition familiale). Leur rencontre avec Plop est présenté de manière menaçante avant que l'aventure ne prenne un tour inattendu en forme de leçon sur la tolérance.

Mike Norton n'est pas un dessinateur qui fait beaucoup de bruit, souvent cantonné à jouer les doublures en passant après des artistes plus côtés (il avait ainsi succédé à Cliff Chiang sur l'excellente série Green Arrow & Black Canary de Judd Winick). Mais c'est un artisan solide, au trait propre, expressif, non dénué d'élégance. Il rend ses personnages vivants en tirant partie des situations dans des décors soignés, bien mis en valeur par un découpage sage mais fluide.

L'humilité de son style contribue à souligner la fraîcheur du récit ainsi que son dynamisme en évitant les écueils de la mièvrerie : Mystik U pourrait ne ressembler qu'à une série pour ados, d'ailleurs ce ne serait pas déshonorant (car beaucoup de comics négligent le lectorat plus jeune au profit d'un public acquis d'adultes), mais en donnant aussi de la place aux intrigues en coulisses du conseil professoral de l'établissement, on apprécie mieux le potentiel dramatique de l'histoire encadrée par un prologue et une chute dramatiques.

Plaisir garanti donc et titre à suivre.