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mardi 20 juin 2023

Collection Marvel Gold - Carrefour : SECRET WARRIORS, de Matthew Rosenberg et Javier Garron


Et voici donc la dernier album que j'ai acheté dans la collection Marvel Gold disponible dans les hypermarchés Carrefour pour 3,99 E. Le programme est curieux dans la mesure où il débute par un épisode de Secret Warriors issu du run de Jonathan Hickman (ici dessiné par Alessandro Vitti), qui plus est rattaché à l'event Siege (2010). Qui n'a absolument aucun rapport avec la suite, écrite par Matthew Rosenberg et majoritairement dessinée par Javier Garron à l'occasion de l'event Secret Empire (2017-2018) et sur laquelle je vais concentrer mes commentaires.



Les cinq premiers épisodes de l'album sont des tie-in à Secret Empire, un event écrit par Nick Spencer. Pour vous resituer : un cube cosmique a transformé Steve Rogers/Captain America en agent de l'Hydra. Pendant des mois, le héros va manipuler tout le monde jusqu'à ce que les Etats-Unis passent sous la coupe de l'organisation terroriste avec la complicité des agents du SHIELD. Un dôme isole New York du reste du pays avec ses super-héros tandis que d'autres justiciers sont coincés dans l'espace. Les mutants ont trouvé refuge à new Tian. 

Lorsque la série Secret Warriors redémarre sous la direction de Matthew Rosenberg, Captain America a fait exécuter Phil Coulson qui a découvert sa trahison.


Cet événement va entraîner l'agent Daisy Johnson alias Quake à vouloir venger son mentor et à former une équipe constituée d'inhumains dans laquelle on trouve Ms Marvel, Moon Girl et Devil Dinosaur, Enfer et Karnak. Celui-ci la convainc de retrouver un jeune inhumain, Leer, qui leur permettra de renverser l'Hydra. Ceci fait, l'équipe apprend que Leer est le fils de Karnak et que son pouvoir lui permet d'augmenter la puissance d'autres inhumains depuis qu'il a subi des expériences du Fauve Noir... A qui l'a livré son propre père !


Matthew Rosenberg est un auteur très inégal, davantage apprécié pour ses comics indés (4 Kids walk into a bank ; What's the furthest place from here ?) que pour ses productions chez les Big Two (Hawkeye : Freefall, Astonishing X-Men). D'où cette agréable surprise de le voir si bien écrire Secret Warriors. Le titre n'a alors plus rien à voir avec celui initié par Jonathan Hickman presque dix ans auparavant, même si on retrouve Daisy Johnson/Quake au générique.

L'excellence du script tient moins dans son intrigue, qui nécessite de connaître les tenants de Secret Empire (au demeurant un event médiocre), qua par la caractérisation de ses héros et la dynamique de leur équipe. On dit souvent qu'il faut de la tension entre les membres d'un groupe pour qu'un team-book fonctionne mais ici ils détestent tous franchement. Daisy s'engueule régulièrement avec Kamala Kahn, Enfer agace tout le monde, Moon Girl est plus intelligente que les autres, Karnak agit comme un sociopathe, et pour couronner le tout ils sont accompagnés par un T-Rex rouge !

Pour illustrer ça, Javier Garron est magistral. Depuis, le dessinateur a pris du galon (en collaborant sur Avengers de Jason Aaron), mais à l'époque c'est un autodidacte déjà impressionnant, produisant des planches regorgeant de détails, ne se ménageant jamais pour des scènes de groupes très peuplées, animant l'action avec tonus, et se payant même le luxe de découper ça avec efficacité et inventivité.

Surtout, même si cette version de Secret Warriors aura une durée de vie très courte (12 n° parus), elle témoigne encore (comme souvent dans cette collection Marvel Gold) des efforts de l'éditeur pour imposer les inhumains même si ça n'aura pas pris auprès des lecteurs. Pourtant, encore une fois, il y avait un réel potentiel, à défaut ici d'avoir un ou deux personnages suffisamment populaires pour avoir une fanbase solide.


Le deuxième arc publié dans cet album comprend les épisodes 8 à 12. A la fin du premier récit, on découvrait donc que Karnak, tracassé par la disparition des brumes tératogènes qui procurent leurs pouvoirs aux inhumains, n'avait pas hésité à livrer Leer, son propre fils, à des savants fous comme le Fauve Noir pour trouver une parade.

Il a également confié son rejeton à Mr. Sinistre, alias Nathaniel Essex, le généticien mutant. Après la séparation des Secret Warriors au terme de Secret Empire, Karnak s'est rapproché de Ahura, le fils de Flèche Noire et Medusa, qui préside la société Ennelux, afin de financer de nouvelles recherches de Sinistre en lui fournissant de nouveaux cobayes... Comme la soeur de Enfer !


A l'équipe qui se reforme pour aider Enfer s'ajoute alors la mutante Magik, qui, elle, traque Sinistre. Cette addition permet d'élever d'un cran supplémentaire les sources de conflits internes dans le groupe puisque mutants et inhumains ne s'entendent pas et que Ilyana Rasputin n'est pas du genre commode. L'intrigue, hélas ! s'effiloche en voulant créer une mini-guerre civile entre les deux races, en exposant la trahison de Enfer (prêt à tout pour sauver sa soeur), celle de Karnak. Dommage.

Qui plus est Javier Garron commence à fatiguer et Marvel doit solliciter deux artistes pour l'assister. Will Robson livre des pages au style trop naïf pour soutenir la comparaison, puis Ramon Bachs intervient pour le dernier épisode.

Cet ultime chapitre montre comment Moon Girl attire chez elle les Secret Warriors (Magik comprise) pour les forcer à se réconcilier autour d'un jeu de société et à l'occasion de son anniversaire. Cela ne fonctionne qu'à moitié mais Karnak en conclut que Lunella Lafayette devrait un jour gouverner tous les inhumains. Marvel n'a pas donné suite à cette piste.

Voilà, c'était le dernier tome de cette collection qu'il me restait à commenter. Je ne me suis pas procuré les cinq autres, qui m'intéressaient moins ou pas du tout (spécialement X-Force période Rob Lefield...). Mais il faut saluer ces opérations mises en place par Panini pour tenter d'attirer de nouveaux lecteurs ou permettre à des habitués de s'approvisionner à bas prix (on a quand même là des albums de plus de 280 pages, certes en softcovers, avec souvent des arcs complets, et parfois de séries méconnues). Ce serait d'ailleurs bien que Panini, comme Urban Comics avec sa gamme Urban Nomad, s'engage dans des rééditions à bas prix au sein d'une collection aux sorties régulières plutôt que sur des opérations ponctuelles.

mercredi 25 mai 2022

ELEKTRA : BLACK, WHITE & BLOOD #4, de Matthew Rosenberg et Alberto Albuquerque, Peach Momoko, Kevin Eastman et Freddie E. Williams


C'est le dernier numéro de cette mini anthologie consacrée à Elektra. Comme d'habitude, nous avons droit à trois courtes histoires suivant la charte graphqiue annoncée dans le titre : Black, White & Blood. Le résultat est honnête, avec des exercices très divers, même si l'ensemble reste souvent anecdotique.


- Powers You Can't Comprehend. (Ecrit par Matthew Rosenberg, dessiné par Alberto Albuquerque.) - Le Caïd envoie Elektra tuer un homme dont elle refuse de savoir pourquoi il est sa cible mais apprenant qu'il est très dangereux et spécial. C'est ainsi qu'elle va affronter Ghost Rider !


- Assassin. (Ecrit et dessiné par Peach Momoko.) - La route d'Elektra, dans le japon féodal, croise celles de samouraïs errants attaqués apr d'étranges créatures. Elle s'en débarrasse et vend leurs dépouilles mais se fait rouler.


- Rendez-vous. (Ecrit par Kevin Eastman et dessiné par Freddie E. Williams.) - Elektra affronte son double dans un combat à mort. Mais cette mort donnera naissance à la véritable tueuse que l'on connaît...

Au bout du compte, cette anthologie sur Elektra déclinée sur trois couleurs (noir, blanc, rouge) aura cruellement manqué de substance. A chaque numéro, seul un segment sur trois aura vraiment retenu l'attention par le soin apporté au créateur qui se sera emparé de la figure iconique de la célèbre assassin ninja. C'est dommage car le personnage a un tel potentiel : c'est même sûrement, avec le Punisher, l'anti-héroïne la plus emblématique chez Marvel depuis une quarantaine d'années.

Ce dernier numéro de Elektra : Black, White & Blood est cependant le plus régulier. Pas forcément le meilleur cela dit. Plutôt celui propose trois histoires de qualité semblable. Pas de grand gagnant, de récit qui sort du lot. Il était certainement temps que ça s'arrête.

Débutons par le segment écrit par Matthew Rosenberg, qui est, de loin, le plus abouti et le plus divertissant. La formule n'est pas originale (le Caïd envoie Elektra exécuter un contrat) mais la cible est, elle, particulièrement inattendue et percutante puisqu'il s'agit du Ghost Rider. Je n'ai pas souvenir que, dans la continuité, les deux personnages se soient croisés, encore moins affrontés, mais c'est ntéressant car Ghost Rider incarne l'Esprit de la Vengeance et le confronter à Elektra donne à celle-ci un adversaire puissant, redoutable en même temps qu'une sorte de test pour qu'elle mesure le danger de son job et le poids des morts qu'elle inflige sur sa conscience.

Malheureusement, cela aurait mérité un story-arc, une mini-série, et on sent que Rosenberg aurait pu aller encore plus loin. Mais Alberto Albuquerque dessine tout ça avec une vraie énergie, un vrai punch. Presque cartoonesque. Ce n'est peut-être pas ce qui est le plus approprié, mais cela donne une autre dimension imprévue à ce duel.

Ensuite, Peach Momoko propose une nouvelle quasiment entièrement muette (seule une phrase en première page situe l'action). Le résultat est pour le moins déroutant et on peut l'interpréter de bien des manières. Ce qui est plus certain en revanche, c'est que la prodige japonaise, chouchoutée par Marvel, établit son chapitre dans l'univers de sa série Demon Days, c'est-à-dire du temps de la féodalité au Japon, ce qui distingue son travail de tous les autres.

Visuellement, c'est splendide et effrayant à la fois. Momoko joue sur les textures (visqueuses, comme le sang, les fluides) pour créer un malaise subtil et en même temps, elle conclut son histoire sur une arnaque subie par Elektra. Là encore, on aurait aimé que ce soit plus long pour découvrir ce qui se passe ensuite. Mais, les fans seront comblés puisque l'artiste signe aussi la couverture (à tomber) de ce numéro.

Enfin, Kevin Eastman, connu pour être un des créateurs des Tortues Ninjas, nous gratifie de l'exercice narratif le plus abouti du lot. Brodant autour d'un poème de Alan Seeger, datant de 1917 (J'ai rendez-vous avec la Mort), il met en scène un duel à mort entre deux Elektra, symboliquement vêtues pour l'une entièrement de blanc, l'autre de noir. A la fin, s'étant entretuées, elle permettent l'émergence de l'Elektra vêtue de sa célèbre tenue rouge.

Ce dispositif est mis en valeur par un découpage extraordinaire de Freddie E. Williams. Si son trait ne me séduit guère, j'ai été épaté par les efforts qu'il déploie pour animer cette bagarre acrobatique et fatale sous la neige, de toit en toit, en passant par un escalier de secours, pour s'achever dans une ruelle. C'est impressionnant de fluidité et de force. Sa complicité avec Eastman (ils sont d'ailleurs crédités comme storytellers et non comme scénariste/artiste) est évidente et logique (Williams ayant lui aussi oeuvré sur les Tortues Ninja, notamment pour un crossover avec... Batman).

Voilà, Elektra : Black, White & Blood, c'est terminé. Aprés Wolverine et Deadpool, et alors que Moon Knight a droit désormais au même traitement, le bilan est moyen, comme si les auteurs ne savaient la plupart du temps pas trop quoi faire avec ce "concept" et ce personnage. Frustrant donc, malgré quelques fulgurances.

mercredi 10 février 2021

FUTURE STATE : DARK DETECTIVE #3, de Mariko Tamaki et Dan Mora, Matthew Rosenberg et Carmine di Giandomenico


L'avant-dernier numéro de Future State : Dark Detective est aussi la pénultième étape avant la conclusion de la mini-série. Mariko Tamaki impressionne toujours dans la conduite de ce récit dessiné magistralement par Dan Mora. En complément de programme, on assiste à la conclusion tout aussi remarquable de Grifters par Matthew Rosenberg et Carmine di Giandomenico.


Gotham, 2027. Bruce Wayne apprend l'assassinat de Carl Bennington, le patron de Plexitech, dans les locaux duquel il avait trouvé les nano-drones surveillant toute la ville. Il examine un des engins pour tenter de le pirater et y parvient difficilement.


Seulement cette manoeuvre le fait repérer par d'autres drones de surveillance du Magistrat et l'oblige à fuir de nouveau. Il tombe sur le nouveau Batman qui lui conseille de faire profil bas, suggérant qu'il désire frapper un grand coup, seul.


De retour chez son logeur, Noah, Bruce achève son piratage d'un nano-drone et comprend que le Magistrat surveille absolument tout le monde en permanence. Venue visiter son père, la fille de Noah reproche à Bruce de le conforter dans son délire paranoïaque et il la prend en filature.


Ainsi découvre-t-il qu'elle se rend dans l'immeuble qui abrite le siège du Magistrat. Bruce ne peut croire à un hasard et retourne chez Noah dont il scanne à distance l'immeuble pour découvrir qu'une nuée de nano-drones l'espionne. Le Magistrat sait donc où est Bruce et que Batman n'est pas mort.

Saud retournement de situation extrêmement défavorable dans le dernier épisode, Future State : Dark Detective sera la meilleure production de cet événement. En trois épisodes, le niveau n'a non seulement pas baissé mais, au contraire, il s'est maintenu et a progressé.

C'est de très bon augure pour la reprise de Detective Comics par Mariko Tamaki le mois prochain car elle écrit Batman d'une main experte. Elle a en outre parfaitement su exploiter le contexte futuriste et cauchemardesque pour pousser le héros dans ses retranchements et ainsi founrir au lecteur une histoire palpitante.

Ce qui épate, c'est la constante lisibilité du scénario : on n'est jamais perdu, on suit tout l'intrigue à travers le regard de Bruce Wayne, on a peur pour lui, on jubile à chacun de ses progrès, c'est parfait. La réflexion qui accompagne l'histoire sur la vidéo-surveillance comme arme décisive de l'organisation para-militaire de Gotham offre un écho à notre société et bien que tout cela se passe en 2027, donc dans pas si longtemps, c'est tout à fait crédible déjà aujourd'hui.

Surtout ce qui me ravit, c'est que Bruce Wayne se débat avec un ennemi invisible. Et donc son combat a une dimension pathétique, dérisoire : il lui faut remonter le fil et, ce faisant, il se se rend compte qu'il a participé à la création de ce régime de terreur. Batman devient son pire ennemi : peut-il venir à bout de la menace quand il l'a lui-même conçue en quelque sorte ? Fascinant.

Alors que Future State exploite parfois paresseusement son ambiance dystopique, comme un décor de circonstances, une sorte de test pour ses personnages, le récit de Tamaki ne se perd pas en route et montre comment le meilleur détective cu monde (des comics) doit revenir à l'essentiel, en étant démuni (technologiquement, physiquement), pour non seulement se sauver mais aussi, peut-être sauver la ville, le monde.

Bien entendu, cette réussite ne serait pas aussi éclatante sans le dessin de Dan Mora. Il produit des planches spectaculaires et généreuses, avec un soin remarquable apporté au décor justement. Sa Gotham City est ouvertement inspirée par l'esthétique de Blade Runner, avec ses façades illuminées de néons, ses couleurs aveuglantes. A priori tout le contraire de ce qu'on attend d'une histoire de Batman, héros nocturne, louvoyant dans l'ombre.

Mais Dan Mora réussit lui aussi un tour de force en parvenant à ménager des ténébres dans cet environnement. Et par ce constrate, il installe une ambiance intense, où Batman doit plus que jamais se cacher, agir discrètement. Un exemple saisissant réside dans la scène où il essaie d'attraper des nano-drones pour ensuite les pirater : les appareils explosent, mais Batman réussit à les hacker, sans toutefois empêcher d'être ciblé.

Dark Detective permet aussi à Dan Mora de mettre en scène une des rares rencontres entre deux personnages de séries estampillées Future State. Bruce Wayne croise brièvement la route du Next Batman et le dessinateur croque habilement la méfiance entre les deux hommes, qui ne se connaissent pas même s'ils agissent dans le même camp.

Le trait puissant et expressif de Mora capte les émotions violentes qui animent les personnages et illustrent les tensions permanentes dues au contexte, comme lorsque la fille de Noah passe un savon à Bruce ou que Bruce s'aperçoit de la surveillance effective de l'immeuble de Noah (démontrant ainsi que sa parano est fondée). Des moments forts qui ponctuent le récit et sont idéalement représentés.

C'est un sans-faute.

*


Gotham, 2025. Grifter reçoit une raclée de Huntress pour avoir emmené jusque chez elle Luke Fox. Ce dernier réussit à la calmer en lui tendant sa carte bancaire, au moyen de laquelle il paiera pour qu'elle l'exfiltre de Gotham.


Mais Huntress doit abandonner sa planque quand des policiers du GCPD surgissent. Grifter et Luke Fox la suivent jusque dans le territoire de Veil, qu'ils doivent traverser pour quitter la ville. Mais Veil a afrronté avec son gang Grifter il y a moins d'une heure.
 

Encore une fois, c'est l'argent qui offre une solution au problème. Cole Cash sacrifie sa paie pour que Veil les guide, lui, Fox et Huntress, jusqu'aux docks de Gotham. Sur place, une énième mauvaise surprise les attend quand un traître parmi eux est identifié alors que le GCPD resurgit...

Suite et fin de Grifters aussi dans ce numéro et c'est une autre réussite. J'avoue que je n'attendais rien de cette back-up, dont l'équipe artistique m'inquiétait. Ma surprise est d'autant plus agréable que, en deux épisodes, le scénario et les dessins ont été parfaits.

Matthew Rosenberg écrit Cole Cash de telle sorte qu'on espère vraiment revoir fréquemment le personnage dans un avenir proche. Il mériterait assurément sa série, car c'est un anti-héros comme les fans les adorent, archétype du cool & tough guy, qui prend des coups mais ne lâche jamais l'affaire, filou évident mais au bon fond, avec un vrai sens de l'honneur. Doit-on souhaiter le retour des WildC.A.T.S. du même coup (comme c'était prévu, sous la houlette de Warren Ellis, avant que celui-ci ne tombe en disgrâce) ? Je ne sais pas, mais Grifter a le potentiel pour exister sans son ancienne équipe.

Dans cette conclusion, qui va à cent à l'heure, prime est donnée encore une fois à l'action et Rosenberg ne lésine pas sur les courses-poursuites, explosions, fusillades, bastons. Il y a un côté popcorn comic-book évident, mais assumé et très bien exécuté. Inutile de bouder son plaisir. Et le twist final, avec la trahison d'un des protagonistes, est efficace. Quant à la fin de l'épisode, elle a une petit goût amer pas désagréable, qui montre qu'une défaite a des allures de victoire personnelle pour Cole Cash.

Carmine di Giandomenico livre lui aussi une copie impeccable. Son trait est beaucoup plus lisible et simplement séduisant que d'habitude. Il a fait un effort très notable. Il tient bien ses personnages et les fait évoluer dans ses décors fouillés. Son découpage est très nerveux mais constamment clair, avec notamment une grande variété dans les angles de vue et des compositions très élaborées.

Il y a quelque chose de grisant dans un récit d'action quand il est aussi bien produit et les efforts de Rosenberg et di Giandomenico sont à saluer. Si un editor chez DC les laissait continuer à jouer avec ces jouets-là, on pourrait très bien avoir un succès surprise. Avis aux intéressés !

jeudi 14 janvier 2021

FUTURE STATE : DARK DETECTIVE, de Mariko Tamaki et Dan Mora, Matthew Rosenber et Carmine Di Giandomenico

 

Future State : Dark Detective est, lui aussi, un diptyque avec deux séries au programme. D'une part, Dark Detective est écrit par Mariko Tamaki et dessiné par Dan Mora. De l'autre, Grifters est signé Matthew Rosenberg et Carmine di Giandomenico. Prime à l'action et aux premières années de la Magistrature à Gotham par deux équipes créatives inspirées.



2027. Gotham. Batman a été désigné comme l'ennemi public numéro 1 par la Magistrature. Ruiné, traqué, Bruce Wayne est aussi blessé par balles lors d'une arrestation raté. Il frappe à la porte d'un médecin qui accepte, contre de l'argent, de le soigner clandestinement.


La mort de Batman est annoncée par les médias et Bruce Wayne assiste discrétement à ses funérailles. Mais il n'a pas renoncé à protéger la population et intervient, quand, dans une ruelle, un civil se fait agresser. Bien entendu, cela n'échappe pas aux Gardiens de la Paix.


Remettant son masque de Batman, Wayne est poursuivi par des drones et touché à un mollet. Il parvient malgré tout à les semer. Mais le Gardien de la Paix 1 est à ses trousses. Pour le justicier, qui a vu sa fortune et sa technologie détournées au profit de ce nouvel ordre, il est temps de corriger cela...

Dark Detective peut se lire d'abord comme le tour de chauffe de la future équipe créative de la série Detective Comics puisqu'en Mars ce seront Mariko Tamaki et Dan Mora qui succèderont à Peter Tomasi et Brad Walker sur ce titre historique de DC.

Dans le contexte de Future State, il s'agit d'une histoire quasiment essentielle pour comprendre ce futur cauchemardesque puisqu'on retrouve Bruce Wayne et qu'on comprend à la fin de l'épisode que ce sont sa fortune, sa technologie et sa méthodologie qui ont permis le règne de la Magistrature à Gotham. Bien entendu, il faudra attendre le prochain numéro pour savoir comment le héros a été dépossédé de la sorte.

Mariko Tamaki est un peu la Kelly Thompson de DC : l'éditeur semble beaucoup miser sur elle bien qu'elle connaisse ses fortunes diverses. Quand elle signe des graphic novels visant un public plus jeune, comme Harley Quinn : Breaking Glass ou Supergirl : Being Super, elle touche juste, bien aidée par des artistes de première classe (Steve Pugh, Joelle Jones). En revanche, elle vient de conclure un piteux et éphémère run de quelques mois sur Wonder Woman sur laquelle elle sera remplacée en Mars.

Mais en s'emparant de Batman  même dans un futur comme celui de Future State, Tamaki hérite d'un sacré challenge puisqu'elle devient la première femme à écrire le Dark Knight. Et elle s'en sort bien : certes, voir Bruce Wayne traqué, comme l'ennemi public n°1, ce n'est pas nouveau, mais le résultat est efficace. Et surtout, le fait qu'il soit devenu la proie du nouvel ordre à cause de méthodes qu'il aurait lui-même imaginées ne manque pas de saveur, étant donné que Batman est connu pour avoir toujours un coup d'avance sur l'adversaire. On peut aussi se demander qui se cache vraiment derrière le Gardien de la Paix 1 qui le poursuit : est-ce un chasseur connu de la galerie de méchants du héros ? Ou un fonctionnaire zélé ? Le design des Gardiens de la Paix fait immanquablement penser à celui de Red Hood/Jason Todd, un ancien Robin, mais ce n'est qu'une hypothèse que je formule.

Dark Detective confirme en outre que les séries estampillées Future State bénéficient, pour celles que j'ai lues du moins, d'excellents dessinateurs. Voir Dan Mora dessiner Batman est un régal et augure de belles choses pour Mars (même si je me pose la question de l'engagement de l'artiste qui dessine aussi Once & Future, une série écrite par Kieron Gillen : je doute qu'il puisse réaliser deux titres réguliers simultanément, alors restera-t-il longtemps sur Detective Comics ?).

Visuellement, Mora ne s'économise pas en tout cas. Il soigne ses décors et la mise en couleurs de Jordie Bellaire est exceptionnelle : les rues de Gotham avec leurs façades d'immeubles où sont disposés de gigantesques écrans la font ressembler à une mégalopole asiatique saturée de lumières criardes et oppressantes, tandis que ses ruelles sont des artères étroites, sombres et inquiétantes.

Mora est ostensiblement inspiré par le Batman de Jim Lee, athlétique, costaud, le visage carré, les traits tirés. Mais il a pour lui un meilleur sens du découpage, une plus grande variété dans les expressions et une manière plus souple de faire bouger ses personnages, sans compter qu'il n'abuse pas des effets de textures (notamment des hachures chères à Lee).

Bref, c'est très encourageant.

*


2025. Gotham. Cole Cash, depuis l'avènement de la Magistrature, fait profil bas. Mais lorsqu'une partie de poker à laquelle il participe dans un bar dégénère, il se défend et attire l'attention du GCPD. Il tente alors de fuir mais se fait arrêter. Dans le fourgon de la police, il retrouve Luke Fox/Batwing.


Contre 50 000$, Fox obtient de Cash qu'il le fasse sortir de Gotham. Le mercenaire provoque un accident  et neutralise les policiers du fourgon. Puis il entraîne Fox dans son repaire où il récupère son arsenal. Direction : la planque d'un contact qui pourra les aider à quitter la ville.


Mais avant d'arriver là, les deux hommes traversent des bas-quartiers où Grifter est reconnu. Une fusillade éclate dont le mercenaire se sort avec son client. Ils atteignent le mystérieux cntact de Cash : Huntress...

Grifters (au pluriel...) est présenté en back-up story. Le mercenaire vedette des WildC.A.T.S, équipe de super-héros emblématique des débuts d'Image Comics, co-créée par Jim Lee, a récemment été intégré à la série Batman par James Tynion IV. Avant un retour ses ses co-équipiers (on sait que d'autres personnages Wildstorm, comme Midnighter et Apollo de The Authority, ont fait le même trajet, et durant les New 52, dans la série Grayson, des membres des WildCATS apparaissaient dans l'ombre) ? C'est une arlésienne sur laquelle bien des auteurs se sont cassés les dents (Grant Morrison le premier)...

Située en 2025 (deux ans avant Dark Detective), l'histoire écrite par Matthew Rosenberg ne trahit pas l'esprit du personnage en tout cas. La Magistrature est déjà l'oeuvre, mais le GCPD (la police de Gotham) semble encore en première ligne pour appréhender les justiciers masqués. Cole Cash, contre toute attente, a choisi la discrétion mais son mauvais caractère lui joue vite des tours. Le voilà dans le même fourgon que Luke Fox alias Batwing. Qui lui fait une offre impossible à refuser...

C'est parti pour une course-poursuite haletante, simple mais imparable. Les talents de combattant de Grifter sont mis en valeur et le sens de la répartie du mercenaire en fait un protagoniste irrésistible. Je ne lisais pas WildCATS dans les années 90 mais j'ai toujours eu un faible pour ces héros, souvent copiés sur ceux de Marvel et DC (avec ses simili-Hulk, Wonder Woman, Wolverine, etc). Leurs designs étaient bariolés mais séduisants. J'ai toujours pensé qu'entre de bonnes mains ils seraient capables de charmer encore maintenant des lecteurs. Grifter, qui était une sorte de décalque de Hawkeye (tireur d'élite, grande gueule, blond, beau gosse), a tout pour plaire : c'est l'archétype du cool.

Rosenberg n'est pas un grand scénariste mais quand il reste modeste sur son propos, il convainc sans mal - c'est plutôt qu'il s'en contente rarement et il gâche alors ses projets (comme l'an dernier avec Hawkeye : Freefall, dont la fin ruinait tout).

J'avais peur du graphisme de Grifters parce que je n'ai jamais aimé le style de Carmine di Giandomenico. Pourtant, cette fois, l'artiste se montre sous son meilleur jour. Il semble s'être calmé et son trait est plus maîtrisé, ses personnages moins moches. Il soigne ses décors, son découpage est très nerveux. Il est étonnamment parfait. La mise en couleurs, souvent dégueulasse chez lui, est ici beaucoup plus sobre, ce qui joue beaucoup.

Vraiment une belle surprise. Et pour ce titre double, un excellent investissement. Future State souffre indéniablement d'un concept répétitif et de peu d'espace pour ses auteurs, mais il constitue aussi une sorte de laboratoire pour les personnages et constitue une parenthèse honorable pour DC avant un quasi-relaunch en Mars.

vendredi 3 juillet 2020

HAWKEYE : FREEFALL #6, de Matthew Rosenberg et Otto Schmidt


Cette fois, c'est la bonne : ce sixième épisode est la conclusion de la mini-série Hawkeye : Freefall. Un dénouement curieux puisque l'histoire de Matthew Rosenberg achève sa carrière directement en publication numérique et sur une note très plombante. Même Otto Schmidt ne peut rien faire pour atténuer ce sentiment de gâchis.


Clint Barton trouve Bryce, le hacker de the Hood, criblé de flèches par Bullseye. Lequel a usurpé son identité de Ronin et, surpris par Captain America, l'a gravement blessé; Clint conduit Bryce chez Linda Carter, mais elle échoue à la sauver.


La situation est catastrophique pour Hawkeye : ses amis super-héros le cherchent car il le croit coupable d'avoir blessé Captain America, the Hood triomphe, sa petite amie l'a largué. Il décide de règler ses comptes en abandonnant les bonnes manières...


Lorsque Hawkeye : Freefall a débuté, c'était une bouffée d'air frais : Matthew Rosenberg choisissait de traiter son histoire de manière ouvertement humoristique en opposant Clint Barton à Parker Robbins. Les quiproquos s'enchaînaient, on rigolait volontiers, et les dessins d'Otto Schmidt participaient à cette bonne humeur.


Puis, insensiblement, alors que la série voyait sa parution perturbée par la crise sanitaire, le ton devint plus grave, amère, et c'est comme si Rosenberg sabordait tout ce qu'il avait brillamment mis en place. Toute chose qui se confirme dans cet ultime chapitre.

Depuis le run de Matt Fraction et David Aja, qui a révolutionné le personnage de Hawkeye en en faisant un sympathique loser mais doté d'une détemination implacable, deux tendances s'affrontent : des fans regrettent la version antérieure de l'archer, son costume initial, la différence entre son incarnation au cinéma et dans les comics ; et les autres (comme moi) se réjouissent de cette évolution qui situent Clint Barton comme un street-level hero, une sorte d'outsider au sein des Avengers (même s'il ne fait plus partie de l'équipe principal et que son destin a été davantage associé à celui de son émule, Kate Bishop).

Mais ce qu'inflige Rosenberg au héros est autrement plus rude et on peut s'interroger sur ce que les prochains scénaristes qui utiliseront Hawkeye en conserveront. La chute de cette mini-série semble dire que Barton à renoncé à ses principes (il défenestre carrément Parker Robbins après l'avoir privé de ses pouvoirs, les autres héros le croient responsable d'avoir blessé Captain America, Bryce - le hacker qu'il avait débauché de la bande de the Hood - est mort, et son couple avec l'Infirmière de Nuit est brisé). L'addition est salée. Trop sans doute. D'autant que, comme le rappelle l'épisode, ces dernières années, après le run de Fraction, Hawkeye s'est aussi "distingué" en tuant Bruce Banner (dans Civil War II - mais Banner et donc Hulk sont revenus). Le personnage est tout de même sacrément abîmé.

Je n'ai guère goûté à cette fin, qui me paraît trop accablante, et dont le ton tranche trop avec celui du début. Je ne comprends pas la démarche de Rosenberg - et plus généralement de ces scénaristes (spécialement chez Marvel) qui, aujourd'hui, ne semblent rien avoir à faire de mieux qu'à s'emparer d'un héros pour le démolir moralement et physiquement sans lui offrir de salut. Est-ce que les auteurs aiment vraiment les super-héros ?

Quant à Otto Schmidt, il me semble qu'il est exploité ici à contre-emploi. Certes, s'il a accepté de dessiner cette histoire, on ne peut accabler personne. Mais son style est plus efficace dans une tonalité plus légère. La dernière partie de l'épisode avec un Hawkeye qui en prend plein la tronche, au point d'être quasiment défiguré, maculé de sang, est même pénible, le trait brouillon, la colorisation dérangeante. On doit avoir mal pour e personnage, de ce point de vue c'est réussi. Mais c'est tout de même douloureux de voir Clint dans cet état.

Ce qui semble certain, c'est qu'avec Hawkeye : Freefall, Marvel a atteint une sorte de limite avec le personnage. Soit l'éditeur va continuer sur cette lancée et complètement massacrer Clint Barton (en le renvoyant à sa situation de vilain - comme à ses tout débuts). Soit on oublie cette aventure et Clint hérite d'un auteur plus aimable avec lui. 

jeudi 21 mai 2020

HAWKEYE : FREEFALL #5, de Matthew Rosenberg et Otto Schmidt


Le précédent numéro de Hawkeye : Freefall était sorti le 11 Mars. Marvel a décidé d'achever sa publication uniquement sur les plateformes numériques (tout comme DC va terminer certains titres comme Supergirl ou The Terrifics). Un enterrement de première classe en somme (car les lecteurs sur ce support restent minoritaires). Dommage car l'histoire de Matthew Rosenberg et Otto Schmidt méritaient mieux... Même si la mini-série prévue en cinq épisodes ne s'achève pas avec ce chapitre...


Clint (sous le masque de Ronin) rencontre le Caïd pour neutraliser the Hood. Mais Wilson Fisk préfére déléguer cette tâche et assure à Clint le soutien du Comte Nefaria, l'ex-beau-père de Parker Robbins. Malgré ses réticences, Clint accepte cette collaboration.


Clint/Ronin s'emploie alors à ruiner le business de the Hood et à obliger ses divers complices (y compris dans la police) à l'abandonner. Parker Robbins enrage, impuissant. Mais il trouve encore le moyen de contrarier Ronin lorsque celui-ci s'en prend à un de ses "fight clubs" clandestins en misant sur lui (et donc en diminuant ce qui lui rapportent ses victoires).


Clint ne se décourage pas. Grâce à Bryce, il apprend que the Hood fête bientôt son anniversaire dans un restaurant qu'il privatise. Il loue l'établissement à sa place. Parker Robbins menace Clint mais doit renoncer à l'exécuter quand il découvre que Wesley Welch, l'assistant du Caïd, est présent aussi.


Ce succès a son revers car Clint a oublié le dîner auquel l'avait invité Linda Carter. Il doit aussi s'expliquer à Captain America, averti par Spider-Man. Mais l'infirmière de nuit lui sauve la mise en reprochant aux deux héros de ne pas faire confiance à Clint.


Toutefois, c'est la dernière fois que Linda rend service à Clint car elle rompt ensuite avec lui. De retour à son domicile, l'archer écoute un message sur son répondeur laissé par Bullseye qui s'en est pris à Bryce. Il donne rendez-vous à Clint pour une discussion avec the Hood.

Tout d'abord, il faut revenir sur les circonstances de la sortie de cet épisode. Evidemment, du temps a passé depuis le quatrième chapitre, paru en Mars dernier. Mais deux choses interpèlent : d'abord Marvel a choisi de terminer la publication de Hawkeye : Freefall en la proposant uniquement sur les plateformes numériques et non plus en version physique. Cela ressemble furieusement à une façon de boucler la série en catimini et c'est assez indigne.

Ensuite, encore plus bizarrement, alors que le titre était prévu pour cinq numéros, on découvre à la dernière page de cet épisode que l'histoire n'est pas achevée. Le to be continued indique même que le sixième volet ne sera pas la conclusion. Cela rend encore plus étonnante la décision d'arrêter la version papier, même si je doute que Hawkeye : Freefall se transforme en ongoing.

Dans ces conditions, la lecture prend une dimension nouvelle. Le format change et l'issue du récit est incertaine. Après un quatrième épisode trop bancal, abusant d'absurdités, Matthew Rosenberg resserre les vis avec bonheur. Le ton est même un peu plus grave - seule une scène joue vraiment la carte de la comédie (irrésistible moment où Linda Carter sermonne Captain America et Spider-Man).

Le scénariste introduit dans son intrigue le Comte Nefaria et rappelle utilement qu'il fut le (quasi) beau-père de the Hood quand Parker Robbins sortait avec Mme Masque (la fille de Nefaria). On comprend donc facilement qu'il ait envie de calmer the Hood et donc d'aider Ronin à cette fin. De même, l'entrée en scène de Nefaria justifie la position du Caïd qui admet que les actions de the Hood sont devenues emabarrassantes pour lui mais sans qu'il veuille se mêler de sa neutralisation (Wilson Fisk est, rappelons-le, maire de New York, il ne peut risquer de voir son nom publiquement lié à celui d'un gangster comme the Hood).

Cette base permet de redéployer les agissements de Clint Barton sous le masque de Ronin. Il peut désormais, avec l'appui de Nefaria, attaquer frontalement Parker Robbins en ruinant son business et en retournant ses nombreux complices (y compris dans la police). Mais the Hood est un adversaire coriace et trouve un moyen de contrarier Clint quand il croit l'avoir affaibli.

La scène du restaurant, en présence de Wesley Welch, est une pépite : pour la première fois, Clint a enfin le dessus sur the Hood, et cela sans perdre son temps à faire le coup de poing contre lui (par contre les gardes du corps du gangster prennent cher). J'avais trouvé que Rosenberg abusait un peu sur le côté loser de Hawkeye et il corrige cela avec efficacité.

Tout le plaisir qu'on tire de cette lecture doit aussi beaucoup à ses dessins et Otto Schmidt fait des étincelles. On est un peu surpris de sa représentation du Caïd, qui, sous son crayon, a perdu son légendaire embonpoint, mais c'est un détail.

L'artiste dynamise très agréablement son découpage, notamment lors d'une superbe double page où on suit en parallèle les efforts de Ronin pour détruire le business de the Hood et la frustration croissante de ce dernier en découvrant les résultats du héros.

Pourtant, c'est quand il a l'occasion de se poser que Schmidt est encore meilleur. Lorsqu'il met en scène un dialogue entre Bryce et Clint ou orchestre le fameux sermon de Linda Carter contre Captain America et Spider-Man, son trait vif et expressif fait des étincelles. Voir Captain America repartir tout penaud après qu'on lui ait fait la leçon est un régal, d'autant plus qu'on sait que Clint a quand même trompé le chef des Avengers.

Outre son aisance dans le registre comique, Schmidt est aussi habile quand il faut suggérer une ambiance inquiétante comme en témoigne la dernière scène de l'épisode où Clint, rentrant chez lui, découvre le message audio de Bullseye tout en suivant des traces de sang menant au sous-sol de son repaire (surnommé "Fortress of the solid dudes", un clin d'oeil à la Forteresse de Solitude de Superman) et à Bryce, blessé par le tueur à gages. La disposition des cases, le jeu sur les ombres et lumières, l'enchaînement des plans sont excellents.

Si on peut donc déplorer que Marvel prive la série de sa version physique, le fait qu'elle se poursuive encore au moins un épisode garantit encore de beaux moments. Toujours ça de pris en ces temps incertains.

vendredi 20 mars 2020

HAWKEYE : FREEFALL #4, de Matthew Rosenberg et Otto Schmidt


Il ne faut vraiment pas juger un livre à sa couverture (qu'est-ce qui a pris à Marvel de donner des visuels aussi moches à cette série ?!) parce que, une fois encore, pour son pénultième épisode, Hawkeye : Freefall est un régal. On peut tout juste reprocher à Matthe Rosenberg d'en faire un chouia trop (pour souligner le côté pathétique de Clint Barton et dans l'accumulation de quiproquos). En revanche, Otto Schmidt nous gratifie de planches parfaitement irrésistibles.


Surpris par Daredevil après avoir découvert plusieurs membres de la Maggia assassinés par the Hood, Clint (déguisé en Ronin) doit le convaincre n'être pour rien dans ce massacre. DD le croit et lui explique avoir réuni plusieurs héros pour capturer Ronin, avant de s'occuper de the Hood.


Mais le lendemain soir, quand Clint (en tenue de Hawkeye) rejoint ce groupe, DD est absent. Il entre le premier dans le bâtiment où the Hood se trouve et où Ronin doit intervenir. Parker Robbins inflige une raclée à Clint avant de détaller quand les autres héros interviennent.


Grâce à Bryce, Clint met la main sur un fichier du SWORD et retrouve un Skrull qu'il oblige à se faire passer pour lui (car son gadget temporel ne fonctionne plus pour être Hawkeye et Ronin, et que son LMD n'est pas fiable).


Clint/Hawkeye retrouve le Soldat de l'Hiver et le Faucon auxquels se sont joints Mockingbird, D-Man et USAgent pour tenter une nouvelle capture de Ronin sur les docks. Ils se séparent binômes et Clint en profite pour neutraliser USAgent avec qui il patrouille.


Le skrull, en habit de Ronin, rejoint Clint à qui il reproche de faire n'importe quoi. La situation devient encore plus critique quand le LMD de Clint rapplique. Il s'en débarrasse puis enfile le costume de Ronin (et le skrull celui de Hawkeye). Seul, Clint/Ronin tombe alors sur Bullseye...

Si on n'est pas bien disposé, on peut facilement dire que cet épisode part dans tous les sens et que Matthew Rosenberg, à trop tirer sur le fil de la déconne, se vautre en multipliant les quiproquos sans faire progresser son intrigue. 

Ces reproches sont valides, de fait ce quatrième et avant-dernier chapitre de la mini-série est le plus faible du lot. Le scénariste a clairement préféré (sur)jouer la carte de l'humour au détriment de l'histoire. Il convoque beaucoup de personnages sans en faire quoi que ce soit (qu'il s'agisse de Daredevil, ou pire de Night Trasher), en invite d'autres (le skrull) qui ne font que compliquer les choses (déjà bien alambiquées), au seul profit du gag pour le gag.

Alors certes, on rit franchement en plusieurs occasions : Clint se demandant si Daredevil est aveugle, Clint imposant un plan d'attaque débile au Faucon, au Soldat de l'Hiver et à Night Trasher, Clint et le skrull surpris par le LMD, autant de moments vraiment hilarants. On a parfois le sentiment de lire une parodie.

Mais cela joue contre la série en fin de compte car, comme je l'ai dit plus haut, l'histoire n'avance pas (plus). Les personnages se liguent pour piéger Ronin (en ignorant bien entendu que Clint les a abusés) tout en se désintéressant de the Hood, qui devrait quand même les préoccuper autant (sinon plus). Les héros qui assistent Hawkeye pour cela sont traités comme des B-Leaguers grotesques, ce qui revient à considérer Bucky Barnes, le Faucon ou Mockingbird comme des tocards équivalents à D-Man ou même à USAgent. Quant à l'apparition de Bullseye à la dernière page, elle sort de nulle part.

De fait, Rosenberg oblige le lecteur à choisir son camp : soit il accepte son délire et apprécie l'épisode pour ce qu'il est (une enfilade de situations comiques jusqu'au non-sens), soit il n'adhère pas à cette proposition et comptabilise tout ce que ce parti-pris entraîne contre la série elle-même et son intrigue.

Je suis donc un peu gêné car si je trouve que Rosenberg a fait trop, à mauvais escient, je dois aussi reconnaître m'être bien amusé. C'est du grand n'importe quoi et même si je doute que le scénario assume d'aller jusqu'au bout de cette direction dans le prochain et dernier épisode, c'est assez audacieux. Toutefois, je crois aussi que le prochain auteur à animer Clint Barton aurait tout intérêt à lever un peu le pied sur ce qu'a initié Matt Fraction : Hawkeye ne peut être réduit à loser pitoyable, un gentil couillon, un bouffon, cela finit par détruire le personnage et impacter son entourage (qui réagit de manière trop agressive face à sa bêtise, soit de manière trop indulgente au point de passer eux aussi pour des imbéciles heureux).

Dans ce cas de figure, évidemment, Otto Schmidt est le dessinateur parfait car son style, à la fois élégant et cartoon, convient on ne peut mieux au registre choisi par Rosenberg. Il n'a pas besoin de souligner les effets du script, il lui suffit de les accompagner et on lui saura gré de le faire avec plus de mesure que le scénariste. 

Grâce à Schmidt, le série conserve une sorte de classe, de distinction qui l'empêche de sombrer dans la farce. Schmidt s'amuse du héros sans le rabaisser, avec une sorte d'attachement complice, et découpe l'action de manière à ne jamais forcer le trait, ce qui fait qu'on compatit au sort de Hawkeye, prisonnier de ses manoeuvres, victime de ses maladresses et de son impulsivité. C'est juste dommage qu'il ne puisse pas oeuvrer plus longtemps que cinq épisodes, parce qu'il a tout bien en mains, et que, visuellement, ça change très agréablement du tout-venant.

Hawkeye : Freefall, ce mois-ci, résume en vérité le piège des mini-séries : leur format autorise une certaine radicalité, mais au risque de certains excès. Avec un seul épisode à venir pour tout conclure, ce sera difficile pour Matthew Rosenberg de renouer avec l'excellence du début, mais il pourra compter, comme le lecteur, sur Otto Schmidt pour emballer ça avec allure.

dimanche 23 février 2020

HAWKEYE : FREEFALL #3, de Matthew Rosenberg et Otto Schmidt


Alors qu'elle arrive à mi-parcours, la mini-série écrite par Matthew Rosenberg et dessinée par Otto Schmidt garde le cap et ne lève pas le pied. Mieux : elle réussit à mixer humour et action avec la même qualité depuis le départ. Surtout qu'après le cliffhanger du précédent épisode, on pouvait se demander comment les auteurs rebondiraient. Mais pas à dire : Hawkeye : Freefall a du ressort.


Clint a ramené chez lui Bryce, le hacker de the Hood, pour qu'il l'aide à coincer ce dernier. Il lui explique au passage comment, grâce à un gadget temporel volé à Kang, il a pu se faire passer pour Ronin sans qu'on le soupçonne - même si le véritable imposteur court toujours.


Linda Carter débarque sur ces entrefaites et devine, en découvrant Bryce, que Clint s'est engagé dans une nouvelle aventure foireuse. Lassée, elle claque la porte. Pendant ce temps, the Hood est à la recherche de Bryce.


Cette même nuit, Hawkeye part en patrouille pour continuer à leurrer ses proches et tombe sur Black Widow. Celle-ci regrette presque qu'il ne soit pas redevenu Ronin car la virilité qu'il affichait sous le masque l'excitait.


Justement, sous le masque de Ronin, Clint s'introduit dans une base du SHIELD et y dérobe un LMD - une réplique robotique de lui-même - qui va lui permettre de continuer à mener ses deux existences de front (puisque le gadget de Kang est cassé). Linda Carter le découvre et re-claque la porte, excédée.


Grâce aux infos de Bryce, Clint/Ronin inspecte une planque de la Maggia. The Hood y a exterminé tous les malfrats pour remonter la piste de Ronin. Clint est terrifié par cette sauvagerie, mais doit rendre des comptes à un autre héros présent sur place : Daredevil.

C'est vraiment dommage que Marvel n'ait rien prévu pour donner une suite à cette mini-série (en la transformant en ongoing par exemple) car le matériel a un excellent potentiel - peut-être le meilleur depuis le run de Fraction-Aja avec le personnage de Hawkeye. C'était déjà le cas avec la mini consacrée au Winter Soldier, il y a quelques mois (par Higgins et Reis).

On peut comprendre la prudence de l'éditeur dans un marché saturé. Mais cette situation est provoquée par Marvel lui-même qui inonde ledit marché avec des dizaines de publications mensuelles chaque mois (voir la rapidité avec laquelle, suite au succès de "Dawn of X", de nouvelles séries mutantes sont désormais programmées).

En même temps, j'aurai mauvaise grâce à dénoncer le principe de la mini-série car je l'apprécie. C'est un format qui exige des auteurs une concision plus très fréquente et permet d'extraire la substantifique moëlle d'une histoire qui perdrait en intensité si elle était excessivement prolongée. C'est un exercice de style qui ne force en outre pas la main au lecteur s'il veut investir de l'argent sans se ruiner sur des mois.

Et Hawkeye : Freefall, en dehors de ses mochissimes couvertures signées par Kim Jacinto (de vrais repoussoirs), est un vrai régal, renouvelé de numéro en numéro. Matthew Rosenberg avait conclu le précédent épisode sur un étonnant cliffhanger mais il rebondit dessus avec une belle adresse (Clint explique comment il a pu être là Ronin tout en étant ailleurs, au même moment, Hawkeye). Et surtout le faux Ronin est toujours dans la nature.

Cela conduit le récit à la démonstration d'exactions de plus en spectaculaires et violentes de the Hood, et à cet égard, l'avant-dernière page est vraiment glaçante. Mais avant cela, l'humour domine, notamment grâce à un running gag désopilant, tout droit issu d'une screwball comedy, d'un vaudeville.

Les multiples crises de nerfs de Linda Carter face aux manoeuvres maladroites de Clint déclenchent le rire de manière imparable, surtout quand elle découvre le LMD (Life Model Decoy). Un autre grand moment a lieu lors du dialogue entre Clint et Black Widow : tout en se battant avec des ninjas dans Central Park, les deux anciens amants devisent sur Ronin pour aboutir au constat que Natasha Romanoff est presque déçue que Barton n'ait pas à nouveau assumé cet alias car elle le trouvait plus sexy. Ces guests sont de vraies pépites depuis le début, donnant lieu à des échanges savoureux et des situations parfaitement absurdes.

Pour les mettre en image, on ne peut rêver mieux qu'Otto Schmidt dont le trait léger et expressif fait des merveilles encore une fois. Il tire l'histoire vers la comédie loufoque sans forcer en soignant ses compositions, toujours à bonne distance du gag ou du quiproquo.

Mais l'artiste se montre aussi très à son aise dans l'action qu'il rend très dynamique, sans sacrifier les personnages. Car Hawkeye : Freefall, malgré une intrigue solide et palpitante, est avant tout character-driven, et Schmidt l'a bien compris. Son traitement de la couleur souligne cela en privilégiant toujours des nuances claires pour les scènes d'intérieur (où tout doit toujours être immédiatement lisible et efficace). Quand le soir tombe, il veille à demeurer limpide mais soigne les ambiances (encore une fois, l'avant-dernière page est terrible).

Même si ça signifie que la fin approche, on attend avec impatience la suite.

samedi 1 février 2020

HAWKEYE : FREEFALL #2, de Matthew Rosenberg et Otto Schmidt


Si ce n'était ses couvertures hideuses (signées Kim Jacinto), cette mini-série serait un sans-faute. Car ce deuxième chapitre de Hawkeye : Freefall réussit l'exploit d'être encore meilleur que le précédent : plus drôle, plus énergique, avec une chute irrésistible. Matthew Rosenberg se lâche complètement pour notre plus grand plaisir tandis qu'Otto Schmidt met tout ça en images de manière hilarante.


Pour épater sa nouvelle copine, Linda Carter l'infirmière de nuit, Clint Barton la traîne à une soirée caritative. Mais il lui a caché qu'il en était le principal donner tandis qu'elle est draguée par Tony Stark et qu'elle fait la connaissance de Peter Parker, venu photographier l'événement.


Ce dernier doit s'absenter quand il est prévenu d'une attaque en ville. Spider-Man surprend Ronin qui vient de braquer une planque de the Hood. Contre toute attente, le tisseur se fait surprendre par son vis-à-vis qui lui échappe avec son butin.


Le lendemain, alors qu'il déjeunait dehors, Clint Barton surprend un cambriolage par un vilain de bas étage. Luke Cage l'aide à le maîtriser tout en l'interrogeant sur Ronin. Clint nie à nouveau avoir repris cet alias.


Les actions de ce mystérieux Ronin nuisent au business de the Hood qui capture un de ses rivaux pour l'interroger sur l'identité du personnage. Pendant ce temps, Clint confie une grosse somme d'argent à un directeur d'hôpital et au dirigeant d'un laboratoire pharmaceutique pour ouvrir un centre de désintoxication gratuit.


Le soir venu, Ronin surgit dans une nouvelle planque de the Hood. Il neutralise facilement les gardes et menace Bryce, un informaticien, pour accéder au coffre. Mais Bryce affirme avoir découvert son identité en comparant des vidéos de surveillance. Ronin se démasque : c'est Clint !

Croyez-moi si je vous dis que Hawkeye : Freefall est le comic-book Marvel le plus drôle que vous lirez cette année. Si cela ne vous convainc pas de donner sa chance à cette mini-série (qui pourrait très bien devenir une ongoing si les pontes de Marvel étaient inspirés), alors tant pis pour vous, vous passez vraiment à côté d'une pépite.

Le plaisir de la lecture est renforcé par le fait qu'on n'en attendait pas tant de la part de Matthew Rosenberg et que Marvel a lancé le projet sans faire d'efforts promotionnels. C'est dommage car Clint Barton est devenu, depuis le run de Fraction/Aja, un personnage auquel nombre de lecteurs se sont attachés, appréciant qu'il en était fait un sympathique loser plus qu'un Avenger courant après les succès spectaculaires de ses collègues.

D'ailleurs, l'épisode joue là-dessus dans une scène d'ouverture tordante où les bons mots fusent et appuient sur le décalage entre Barton et la situation qu'il affronte (pour impressionner sa nouvelle copine, il dame le pion à Tony Stark lors d'une soirée caritative, sans oublier de se ridiculiser en croyant qu'on va lui remettre une récompense).

Le dessin d'Otto Schmidt est délectable car, avec son trait vif, très expressif, l'artiste fuit tout réalisme pour mieux souligner les mimiques cabotines et grotesques du héros dont sont témoins des guests (comme Stark Linda Carter, May et Peter Parker, puis Luke Cage). L'aspect volontiers cartoon du dessin de Schmidt produit un effet imparable en complément du script enlevé de Rosenberg.

Quand on atteint ce niveau de complicité entre un auteur et un artiste, le récit ne peut qu'en profiter. Mais attention, derrière les vannes et les clins d'oeil, le produit est joliment emballé comme en témoigne le découpage rigoureux, composé pour valoriser les effets comiques ou l'action.

Ainsi Rosenberg et Schmidt n'hésitent-ils pas à en passer par des pages en "gaufrier" pour des dialogues avant de dynamiter ces moments par des pleines pages explosives ou une succession de bandes horizontales ne montrant que les conséquences d'un tir nourri (par le mal-nommé Human Bomb) contre Hawkeye et Luke Cage.

Hawkeye : Freefall joue sur deux tableaux : un décalage quasi-parodique quand on est en présence de Clint, puis des scènes plus directes quand the Hood et Ronin sont au premier plan. Le premier tue ainsi d'une balle en pleine tête un rival dont le témoignage ne sert à rien. Le second blesse au sabre des dealers à la manière dont le ferait un Punisher.

C'est un procédé habile car d'une part il définit bien qui sont les méchants des gentils, et ensuite parce qu'il permet aux deux aspects de l'histoire de cohabiter sans se marcher dessus - on rigole avec Clint, on est glacé par Ronin et the Hood.

Lorsque intervient la surprise finale, le lecteur est dérouté. Bien entendu, Clint n'est pas le Ronin qui commet des exactions contre des gangsters affiliés à the Hood, tout cela est un stratagème pour confondre le vrai coupable. Mais le plan de Barton est tordu à souhait, sauf pour un regard aiguisé (comme celui de l'informaticien Bryce).

C'est la promesse de nouvelles péripéties très prometteuses, tant que Rosenberg conservera cet équilibre entre humour et action. Grâce à Schmidt, il ne devrait pas déraper.