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lundi 6 novembre 2023

ALL-NEW X-MEN, TOME 8 : LES UTOPISTES, de Brian Michael Bendis, Mahmud Asrar, Mike Del Mundo et Andrea Sorrentino


Alors, comment dire ? Il était temps que ça s'arrête parce que ce huitième et dernier tome de All-New X-Men est vraiment mauvais, c'est le tome en trop, les épisodes de trop. Brian Michael Bendis n'est vraiment pas inspiré et ni les dessins de Mahmud Asrar (sur les épisodes 40-41), ni ceux de Mike del Mundo (sur l'épisode 37), ni ceux d'Andrea Sorrentino (sur les Annuals de All-New X-Men et Uncanny X-Men) ne sauvent les meubles. Dernier tour de piste avant la vraie conclusion dans Uncanny X-Men tome 6.


Emma Frost n'en a pas fini avec l'entraînement de Jean Grey. Elle l'emmène à Madripoor et bloque ses pouvoirs télépathiques en la lâchant dans un quartier mal fâmé. Jean ne tarde pas à y croiser le Blob occupé à écouler les derniers stocks de l'hormone de croissance prélevée à Dazzler quand elle était la captive de Mystique. Le combat s'engage et oblige la jeune mutante à utiliser intelligemment sa télékinésie.


Magik devient la nouvelle professeur des jeunes X-Men maintenant que Kitty pryde a rejoint Star-Lord et les Gardiens de la Galaxie dans l'espace. Jean Grey révèle à Bobby Drake qu'il est gay, ce qu'il ne comprend pas puisque sa version adulte ne l'est pas. Angel avoue ses sentiments à X-23. Cependant, sur l'île abandonnée d'Utopia au large de San Francisco, des agents du SHIELD sont attaqués...


Pour résoudre cette affaire, Maria Hill demande l'aide des X-Men. Jean Grey et ses camarades se déplacent sur l'île avec Magik et y découvrent les Utopistes, un groupe composé de Boom-Boom, Elixir, Madison Jeffries, Karma, Masque et Random, désirant qu'on les laisse tranquilles. Après d'âpres négociations, ils acceptent d'intégrer l'école Jean Grey et Maria Hill renonce à les arrêter.


- ANNUAL ALL-NEW X-MEN / UNCANNY X-MEN : LA VIE SECRETE DE EVA BELL. Après avoir été lâchée avec les recrues des Uncanny X-Men dans le Montana pour un stage de survie, Eva Bell, choquée, fait un bond dans le temps. Elle découvre la Terre attaquée par des martiens dans le futur et que Killraven affronte. Puis elle remonte le temps jusqu'en 1875 où elle croise Rawhide Kid. Elle avance ensuite jusqu'en 2099 et va frapper à la porte du Sanctum Sanctorum où elle découvre que Magik,est devenu la sorcière suprême. Elle passe plusieurs années à se former auprès d'elle, se marie, a un enfant. Mais quand un démon tue Magik, Eva lui promet que le Fauve sera jugé pour ses actes...


Tempus remonte le temps à nouveau, jusqu'à la préhistoire où elle échappe de peu à la mort quand un dinosaure l'attaque. Morgana le Fay la capture pour se servir de ses pouvoirs et échapper à sa geôle. mais Eva réussit à se débarrasser de la sorcière pour atteindre à nouveau le futur. Elle retourne au Sanctum Sanctorum mais cette fois c'est Tony Stark qui est le sorcier suprême et lui apprend qu'elle est dans une ligne temporelle différente. Elle réussit à revenir dans le Montana où ses camarades en la voyant resurgir, les vêtements en lambeaux lui demande si tout va bien.

Quel gloubi-boulga que cet album ! Qu'a voulu faire Brian Michael Bendis avec ces épisodes totalement superflus et mal foutus ? C'est un mystère. Même le plus indulgent de ses fans serait bien en peine de trouver la moindre des qualités à ces ultimes chapitres d'All-New X-Men.

Ce huitième tome s'ouvre avec le n°37 où Emma entraîne à nouveau Jean Grey en l'emmenant à Madripoor mais en bloquant ses pouvoirs télépathiques. Pourquoi pas ? Mais surtout pourquoi cette énième séance de training dont le seul intérêt réside dans le fait qu'Emma a recouvert ses propres capacités télépathiques - et encore on en sait trop comment. Sans doute que les stigmates du Phénix ont fini par s'effacer, mais Bendis ne juge pas utile de préciser.

Les dessins sont signés par Mike del Mundo, un graphiste au style très audacieux, qui aurait eu davantage sa place sur Uncanny X-Men (comme Frazer Irving ou Marco Rudy) à la place du médiocre Kris Anka.

Où sont passés ensuite les épisodes 38 et 39, me demanderez-vous ? Hé bien, ils ont été intégrés au crossover Black Vortex, une nouvelle aventure dans l'espace avec les X-Men et les Gardiens de la Galaxie plus Nova (version Sam Alexander, la création de Jeph Loeb et Ed McGuinness). Je vous dispense de lire ce machin ennuyeux à mourir et totalement grotesque même s'il permet de comprendre la transformation physique d'Angel par la suite (avec des ailes de feu et une armature métallique). A l'époque, j'avais lu ça en baillant beaucoup dans la revue "Les Gardiens de la Galaxie" chez Panini Comics et franchement, je n'ai pas eu le courage d'y revenir pour vous en faire une critique entière.

On passe donc de l'épisode 37 au 40 et 41 pour un arc éclair en deux parties dont l'intérêt est encore un sujet de recherches pour les fans les plus hardcore. Bendis imagine qu'une bande de mutants est revenue sur l'île d'Utopia (désertée depuis Avengers vs. X-Men) et le SHIELD qui avait envoyé des hommes fouiller l'endroit n'a plus de nouvelles. Maria Hill, contre toute attente, demande aux jeunes mutants de mener l'enquête.

Absolument rien ne va dans cette histoire : que ce soit l'identité des Utopistes (sans aucune utopie sinon qu'on leur fiche la paix sur ce morceau de caillou, ayant été l'astéroïde M, au large de San Francisco, et qui y subsistent on ne sait comment), la raison de leur résidence (pourquoi ne se sont-ils pas joints à l'école Jean Grey ?), le fait que Hill demande aux jeunes X-Men d'aller y faire un tour (alors qu'ils n'ont aucune expérience en lien avec une mission pareille), la bagarre qui s'ensuit, l'inévitable négociation menée par... Par qui ?... Je vous le donne en mille : par Jean Grey. Et le dénouement qui vous fait les yeux au ciel tant il montre Bendis en roue libre.

Au passage, Bendis commet un des pires scènes de son oeuvre quand Jean (toujours elle) révèle à Bobby Drake son homosexualité. Il n'en revient pas puis finit par l'admettre tout en ne comprenant pas que sa version adulte ne le soit pas. Et ça, c'est vraiment de la merde ! Mais alors une grosse bouse, qui va complètement venir transformer un personnage qui ne demandait rien, d'une manière totalement gratuite et contradictoire (puisque Bobby Drake a eu des copines, même Mystique lui a roulé une pelle, et dans Wolverine and the X-Men, il avait même entamé une relation avec Kitty Pryde). Entre ça et l'homosexualité de Rachel Summers assénée par Tini Howard dans Excalbur/Knights of X, on voit à quel point le wokisme est un délire terrible, qui, sous prétexte de diversité, de représentativité, fait écrire n'importe quoi !

C'est du grand n'importe quoi, mais c'est dessiné par Mahmud Asrar, très sérieusement. Est-ce suffisant pour sauver les meubles ? Bien sûr que non, mais bon, au moins c'est joli.

Le niveau remonte un peu avec les deux Annuals qui concluent l'album. Panini avait choisi de les publier dans ce tome, sans doute pour qu'il ne soit pas trop maigre (pour une fois). L'histoire fait suite à l'épisode 17 de Uncanny X-Men quand Magik avait laissé les recrues de l'équipe se débrouiller seules dans un environnement hostile, en fait situé dans le Montana. Pour rappel, suite à cet épisode, Hijack se faisait renvoyer par Cyclope car il avait utilisé un téléphone portable pour se repérer et avait ainsi permis au SHIELD de le localiser.

Eva Bell, elle, disparaissait et resurgissait mystérieusement dans cet épisode, jurant aller bien (alors que ses vêtements étaient en lambeaux et que les Stepford Cuckoos avaient lu ses pensées et y avaient découvert ce qu'elle venait de traverser). Par la suite, Bendis, à plusieurs reprises, jouait sur ce mystère car les cadres des Uncanny X-Men, en particulier Cyclope, se doutait de quelque chose. Mais Eva refusait de raconter quoi que ce soit.

Ces deux Annuals lèvent le voile sur l'aventure de Tempus et... Ben, en fait, c'est très décevant. Elle remonte le temps, va dans le passé, le futur, rencontre divers personnages avec lesquels elle interagit fugacement (Rawhide Kid, Killraven, Morgana le Fay) et s'en remet à deux sorciers suprêmes différents (Magik et Tony Stark) pour comprendre que non seulement elle peut voyager dans le temps mais également dans le Multivers. Ah, et aussi on lui répéte que le Fauve (moderne) doit être jugé pour ses actes.

Visiblement, la jeune fille n'a guère retenu la leçon puisque, dans le tome 5 de Uncanny X-Men, elle se fichera pas de créer un bazar avec le temps en allant chercher le jeune Charles Xavier pour effacer l'existence de Matthew Malloy. Et ça ne l'empêchera pas non plus de faire la leçon à Cyclope au prétexte que sa révolution divise la mutanité.

Là encore, on s'interroge sur le propos tenu par Bendis, la démonstration qu'il entend faire dans cette aventure. Eva Bell est une mutante puissante et influente, mais complètement irresponsable et qui mériterait autant d'être jugée que Hank McCoy. Ses rencontres avec des personnages divers apparaissent comme des gadgets (un moyen pour Bendis, souvent accusé de se moquer de la continuité de prouver qu'il connait quand même ses classiques ?). Quand le Multivers, cette invention diabolique, s'en mêle, ça vire au grand fourre-tout au lieu de creuser des pistes intéressantes au milieu de ce zapping infernal (comme Magik qui devient la sorcière suprême).

Les dessins sont l'oeuvre d'Andrea Sorrentino (avec lequel Bendis collaborera ensuite sur une série Old Man Logan, post-Secret Wars). Ceux qui aiment avoir les yeux qui piquent avec les couleurs saturées de Marcelo Maiolo et des découpages alambiqués jusqu'à la caricature (n'est pas J.H. Williams III qui veut) seront comblés par ces planches souvent grotesques au lieu d'être sophistiquées. Les autres tourneront vite les pages en priant pour que ce calvaire cesse.

Le pire dans tout ça, c'est qu'une fois ce tome achevé, on se rendra compte en enchaînant avec le dernier de Uncanny X-Men que c'était une lecture inutile, superflu. Et un des pires machins qu'ait pondu Bendis.

samedi 14 août 2021

DES NOUVELLES NOUVELLES TOUTES FRAÎCHES : SPECIALE SUBSTACK

J'avais initialement prévu de parler de Substack Lundi prochain, mais l'ampleur qu'ont prise les annonces de ce nouvel acteur de l'industrie des comics m'a incité à lui consacrer une entrée à part. Car c'est bel et bien une petite révolution à laquelle on est en train d'assister depuis quelques jours. Et comme chaque révolution, elle pose des questions : bouleversement visionnaire ? Ou miroir aux alouettes ?


Substack, c'est quoi d'abord ? Il s'agit d'une plateforme qui permet à des auteurs de publier leurs newsletters. C'est gratuit, mais on peut payer pour accèder à des contenus spéciaux. Cette semaine, Substack a fait beaucoup parler de lui en attirant plusieurs grands noms des comics dans un projet d'envergure.


Tout a en fait débuté lors du premier confinement consécutif à la pandémie du COVID-19 en 2020. A l'époque, les éditeurs paniquent : la crise sanitaire provoque un arrêt de la distribution des comics, le principal distributeur, Diamond Comics, cesse même son activité, tout comme certains imprimeurs. Chez certains éditeurs, on commande même aux artistes de poser leurs crayons le temps que la situation revienne à la normale. Durant cette période, le seul moyen de lire encore des comics consiste à utiliser les plateformes numériques, comme Comixology.
Mais les auteurs gambergent pour ne pas complètement perdre le contact avec leurs lecteurs, notamment quand ils produisent des titres en creator-owned. Nick Spencer (ci-dessus), le scénariste de The Amazing Spider-Man, pense déjà à l'après-COVID et discute avec Substack qui publie sa newsletter. 


Des échanges précis entre Spencer et Substack, on ne sait rien. Mais cette semaine, tout s'est brusquement accéléré. D'abord quand James Tynion IV (ci-dessus) annonce qu'il quitte DC et donc abandonne la série Batman, pour laquelle DC était prêt à lui donner carte blanche pour les trois prochaines années, afin de se consacrer exclusivement à ses propres créations. Il quittera Batman en Novembre prochain et The Joker en Avril 2022, terminera The Nice House on the Lake en 2022 (le titre fera un break de Novembre 2021 à Mars 2022). Mais Tynion ne veut plus écrire de comics de super-héros, conforté par le succès de Something is killing the Children.


Tynion annonce dans la foulée qu'il a signé un deal avec Substack, pour une collection de comics, dont le premier sera une série antholgique, Blue Book (ci-dessous), co-créée et dessinée par Mike Avon Oeming (ci(dessus). Cinq autres titres sont en prévision.


Nick Spencer, James Tynion IV, Mike Avon Oeming : c'est déjà pas mal. Mais ce n'est que le début d'une exode massive et spectaculaire. Car Substack a frappé très fort. Vraiment très fort.


Le prochain sur la liste n'est en effet nul autre que Jonathan Hickman, l'architecte du renouveau des X-Men chez Marvel depuis deux ans. Une sacrée prise, car le bonhomme n'arrive pas seul et pas pour n'importe quel projet. Il lance même ce qu'il appelle "une expérience inédite", intitulée 3W. 3M., soit 3 Worlds. 3 Moons. (ci-dessous)


Pour l'accompagner, il y a Mike Huddleston (ci-dessous), avec qui il signe Decorum (toujours pas fini au demeurant), chez Image Comics. Un artiste au style fou, qui colle donc bien à la démesure des ambitions de Hickman.


Si Hickman écrita le scénario et le script de 3W. 3M., il a confié à des complices le soin de compléter son projet :


- Tini Howard (scénariste de Excalibur et X-Corp) doit imaginer le système magique de cet univers.


- Ram V (Catwoman, Justice League Dark, Swamp Thing, Venom) se charge de l'économie.


- Al Ewing (S.W.O.R.D., Guardians of the Galaxy, Immortal Hulk, Defenders) réfléchit à la religion.


- Gerry Duggan (X-Men, Marauders) conçoit le modèle technologique et scientifique.


Que racontera exactement 3 Worlds. 3 Moons. ? On l'ignore encore, mais cela s'annonce hors normes. Un autre artiste a été réquisitionné pour la peine : Mike Del Mundo (ci-dessus) a posté les premiers characters designs de la série et c'est magnifique.




Mais la razzia n'est pas terminée ! Substack a dû lever des fonds énormes pour sa campagne de recrutement et le financement de ses futures publications. Car c'est une nouvelle manière de faire : en effet, Substack, pendant la première année de production, prend tout à sa charge. Puis la deuxième, il prélévera une commision de 10% sur les bénéfices générées par les oeuvres produites.


Saladin Ahmed (Miles Morales : Spider-Man, The Magnificent Ms. Marvel) sortira chez Substack Copper Bottle.


Molly Knox Ostertag (Strong Female Protagonist, Tales of the Night Watchman, The Girl from the Sea) livrera In The Telling.


Chip Zdarsky (Daredevil, Sex Criminals) est le dernier à avoir cédé aux sirènes de Substack, mais pas encore de tprojet précis communiqué.


Substack devient aussi le nouveau foyer de Skottie Young qui plante Image Comics pour relancer sa série déjantée I Hate Fairyland (ci-dessous).


Mais alors, au fond, qu'est-ce qui motive cet exode ?

Hé bien, en fait, c'est assez simple : Les auteurs vont pouvoir développer leur propre gamme de comics chez Substack. Ils en auront la propriété intellectuelle et les droits de publications, autrement dits si dans un premier temps Substack aura l'exclusivité de leurs productions en ligne, en format numérique, les auteurs pourront ensuite faire publier en format physique leurs histoires chez l'éditeur de leur choix (Image, Dark Horse, IDW, Boom !). Ils deviennent de fait des publishers, et surtout, ça ne signifie pas la mort des comics en dur - d'ailleurs la majorité des auteurs ayant signé avec Substack restent attachés aux albums (les TPB), et même les floppies (les fascicules).

Comment lira-t-on ces comics ?

Comme c'est d'abord, dans un premeir temps, une offre numérique, c'est un système de suscription, d'abonnement. Le prix de base a été (jusqu'à nouvel ordre) fixé à 5 $, ce qui revient au prix d'un floppie chez Marvel ou DC. Mais ensuite il y a une échelle de tarifs supérieurs pour accéder à des bonus (scripts, croquis, etc). Il n'est pas exclu aussi, d'après ce que j'ai compris, que certains auteurs appliquent un procédé semblable à celui de PanelSyndicate (la plateforme créée par Brian K. Vaughan et Marcos Martin, le "pay what you want", donc virtuellement une offre gratuite.

Que penser finalement de tout cela ?

Il est indéniable que Substack a redistribué les cartes. Chez Marvel et, dans une moindre mesure chez DC, ça doit être un peu la panique. 

Le cas de Jonathan Hickman est particulièrement intéressant : cela signifie-t-il qu'il va totalement quitter Marvel et donc plaquer la franchise X qu'il revitalisée ? Ou va-t-il vouloir conserver au moins une place de showrunner ? On sait que Tomm Coker dessine actuellement le vol. 3 de Black Monday Murders, la série qu'il écrit pour Image Comics, donc ce n'est pas impossible que Hickman ait le temps et l'énergie de continuer à produire pour Marvel. On en saura certainement plus à la fin de la publication d'Inferno, car le scénariste a maintes fois expliqué qu'il s'agissait d'une histoire aussi importante que House of X - Powers of X, et à la lumière de ces derniers jours, on peut interpréter cela de deux façons : soit il entend par là que Inferno peut être la conclusion de son projet sur la franchise mutante et que les autres scénaristes se chargeront de la suite sans lui ; soit Inferno conduira au lancement d'un nouveau titre écrit par Hickman (puisqu'il a légué X-Men à Gerry Duggan).

D'autres auteurs, comme Ram V, Gerry Duggan ou Tini Howard, ont déjà prévenu qu'ils ne délaissaient pas les Big Two : Ram V continuera à écrire Catwoman et Justice League Dark (et finira Swamp Thing) pour DC, co-signera Venom avec Al Ewing pour Marvel ; Gerry Duggan ne lâche pas X-Men ; et Tini Howard - je reparlerai d'elle Lundi dans mon autre entrée consacrée aux nouvelles de la semaine.

Substack et son offre ont-ils un avenir ? 

Ou est-ce un coup d'éclat qui risque d'aboutir à une énorme désillusion ? Il est impossible de le dire. Mais on peut raisonnablement penser que si des auteurs comme Tynion, Hickman, Skottie Young se sont engagés, ils ont bien dû peser le pour et le contre, et les avantages ont dû l'emporter sur les désagréments. Substack a aussi l'assurance avec des auteurs de ce calibre que leurs fans les suivront dans cette aventure. 

Financièrement, Substack donne des conditions de travail qui feraient rêver n'importe qui (c'est même mieux que Image Comics où les auteurs ne reçoivent aucun argent avant la publication). Et puis il y a le précédent PanelSyndicate, cette initiative improbable et pourtant couronnée de succès, où Brian K. Vaughan et Marcos Martin avaient lancé The Private Eye en laissant le choix aux lecteurs de payer ce qu'ils veulent. David Lopez, Albert Monteys les ont rejoints, avec bonheur. Les fans comprennent que tout travail mérite salaire et pour ceux qui préférent lire de vrais livres, physiques, les récits de Vaughan et Martin ont été ensuite publiés en hardcover par Image puis Urban Comics, Black Hand & Iron Head de Lopez idem, Universe de Monteys pareil.

Si on considère que pour produire des oeuvres originales et de qualité, il faut qu'ils soient dans de bonnes dispositions, alors réjouissons-nous de l'offre de Substack. Ensuite, le temps fera son oeuvre et nous verrons bien l'ampleur du succès (ou du bide) de cette entreprise.

vendredi 8 décembre 2017

ASTONISHING X-MEN #6, de Charles Soule et Mike del Mundo


Avec ce sixième épisode, le premier arc narratif de ce nouveau volume d'Astonishing X-Men, Life of X, s'achève. Charles Soule est cette fois épaulé par Mike del Mundo au dessin, et la série est officiellement devenue une ongoing, qui se poursuivra avec un artiste différent à chaque numéro. 


Dans le plan astral, le Roi d'Ombre savoure sa victoire et annonce la fin de la partie qu'il disputait avec Charles Xavier : il lui avoue à cette occasion avoir triché en puisant un supplément d'énergie psychique dans une source sombre. Mais le Pr. X a également rusé et il abat ses cartes en lâchant sur Amahl Farouk ses atouts : Mystique, Rogue et Fantomex.


A Londres cependant, la situation reste compromise. Archangel s'emploie à neutraliser Old Man Logan et Gambit corrompus par le Roi d'Ombre. Le commandant Keene a, lui, décidé d'opter pour une solution radicale en obtenant de stériliser la zone infecté mentalement par les mutants, quitte à tuer pour cela des centaines de civils.


Le Roi d'Ombre est submergé par l'assaut de Rogue, Mystique et Fantomex qui lui donne le coup de grâce. Xavier peut se libérer de l'étreinte psychique de son ennemi. Conséquence immédiate : à Londres, Old Man Logan et Gambit sont immédiatement désenvoûtés.


Psylocke avertit alors Archangel de l'arrivée d'avions de chasse de l'armée britannique et lui demande de les empêcher de bombarder le quartier. C'est alors que Fantomex la rassure et, devant elle, se démasque pour lui révéler sa nouvelle personnalité...

C'est sur un coup de théâtre vraiment étonnant et inattendu que se clôt ce premier acte : bien malin qui aurait pu prévoir un tel twist, quand bien même les intentions de Charles Soule étaient claires (il avait indiqué, à mi-chemin, en interview que son histoire préparait le retour d'un personnage emblématique).

Le scénariste mène cet épisode sur un rythme très soutenu, en privilégiant l'action des deux côtés : dans le plan astral, le duel entre Xavier et Farouk s'achève de manière spectaculaire, tandis que dans le plan réel, les choses restent compromises entre une foule de civils possédés mentalement et l'imminence d'un bombardement pour stopper cette infection.

Mais, ne leurrons personne : le résultat ne serait pas aussi intense sans la contribution de Mike del Mundo, qui donne à ce numéro une radicalité visuelle extraordinaire. Cet artiste travaille uniquement digitalement et assure le dessin et la colorisation. Sur ce dernier point, il utilise une palette baroque avec des dominantes chromatiques volontiers criardes sur des formes évoquant parfois Bacon. 

On peut penser à Bill Sienkiewicz en examinant les pages de del Mundo, sauf que ce dernier privilégie les formes courbes, sinueuses (là où son aîné prestigieux favorisait les angles et flirtait avec l'abstraction). On évolue ainsi dans des ambiances volontiers psychédéliques qui conviennent parfaitement au combat fantastique et vicieux entre le Roi d'Ombre et le Pr. X. Bien sûr, on peut ne pas apprécier ce style, avoir le yeux qui piquent, et estimer que le découpage ne privilégie pas toujours la lisibilité, mais on ne peut en revanche nier son originalité ni la puissance esthétique qui se dégagent de ces images.

Charles Soule a en tout cas réussi un pari audacieux : en s'appropriant un titre dont les meilleures heures restent liées au run initial de Joss Whedon et John Cassaday, et en s'imposant comme un énième titre mutant dans une gamme encombrée (et guère inspirée), ses Astonishing X-Men s'impose comme une des séries les plus fortes et passionnantes depuis sa parution. J'ai hâte de découvrir la suite, qui profitera, pour commencer, de Phil Noto au dessin. 

lundi 4 février 2013

Critique 373 : A + X # 002, de Chris Bachalo, Peter David et Mike Del Mundo


A + X est une nouvelle série déclinée après la fin de la saga Avengers vs X-Men, publiée en 2012 par Marvel Comics. Chaque numéro contient deux récits complets de 10 pages chacun, réalisés par une équipe artistique différentes, et chaque histoire réunit un Vengeur et un X-Man (A pour Avengers, X pour X-Men).
Ce 2ème numéro, paru en Novembre 2012, propose donc un épisode avec la Veuve Noire et Malicia, écrit et dessiné par Chris Bachalo, et un autre avec Iron Man et Kitty Pryde, écrit par Peter David et dessiné par Mike Del Mundo.  
*
La meilleure (et la plus belle) espionne...
Une mutante pouvant absorber n'importe quel pouvoir...

Deux jolies filles, un robot-tueur géant : Natasha Romanoff aka la Veuve Noire croyait pouvoir profiter d'un jour de repos quand elle est attaquée par une sentinelle, un de ces colosses mécaniques programmés pour traquer les mutants. Elle va recevoir l'aide de Malicia, membre des X-Men de l'école Jean Grey où a été détecté l'activité du robot, volé par l'organisation terroriste A.I.M. à deux élèves d'université qui en étudiaient les mécanismes.

Chris Bachalo écrit et dessine cet épisode qui se distingue par son action spectaculaire non-stop et son humour pince-sans-rire. L'artiste s'est visiblement amusé à animer le tandem formé par la Veuve Noire, dépeinte comme une héroïne dont le jour de repos est gâché mais aussi parce que sa voiture est détruite dans l'affaire, et Malicia, dont le pouvoir est la source de bons mots et de situations savoureuses - voir ci-dessous :
"Good kisser." : la scène la plus émoustillante de l'année !
L'association de ces deux personnages peut surprendre mais Bachalo la justifie de manière très habile (Black Widow, avant d'être agressée, reçoit une alerte mais n'y répond pas, comptant sur Ms Marvel pour s'en occuper, alors que Malicia, elle, a un vieux contentieux avec la même Carol Danvers - elle lui avait volé ses pouvoirs dans le passé).

Les dessins sont explosifs : on en prend plein la vue ! Et Bachalo a le chic pour camper des héroïnes sexys sans les représenter de manière vulgaire. Son style qui flirte avec le cartoon donne un rythme échevelé au récit avec une alternance très maîtrisée de petites cases et de plans larges.

C'est absolument exquis, drôle et pêchu.
 *

Une allergie carabinée...

Deux génies, des extraterrestres : Kitty Pryde répond à l'invitation de Tony Stark aka Iron Man qui veut l'embaucher. Mais affectée par un rhume, la jeune mutante provoque une invasion de Broods dans les laboratoires de l'entreprise...

Peter David (le scénariste d'X-Factor - auquel tous les fans de comics pensent amicalement en ce moment, alors qu'il se remet d'une attaque cérébrale) a concocté une friandise à l'humour finalement très british en organisant la rencontre entre Iron Man (Tony Stark plus dragueur et suffisant que jamais) et Kitty Pryde (grippée mais toujours aussi piquante). L'action met un peu de temps à démarrer et le combat contre les Broods (référence explicite à la récente "grossesse" de Kitty dans la série Wolverine et les X-Men, de Jason Aaron) est aussi vite expédié. Mais les dialogues entre ces deux grosses têtes sont irrésistibles, avec une chute hilarante (voir ci-dessous).
Mike Del Mundo (cover-artist de grand talent, comme en témoigne la variant cover de la revue ici) signe les planches en couleurs directes. Son style n'a rien à voir avec ce qu'on a l'habitude de voir dans les comics traditionnels, mais ses personnages sveltes, très expressifs, sa palette vive, son découpage alerte, servent à merveille le script spirituel de David.

Une pure friandise.
*
Deux épisodes jubilatoires (avec mention spéciale pour Chris Bachalo quand même). Espérons que Paninicomics ait la bonne idée de réserver une place à cette anthologie (qui rappelle les Marvel Team-Up d'antan) dans ses revues, avec le relaunch annoncé post-Avengers vs X-Men.