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dimanche 25 février 2024

Que trouve-t-on UNDER THE SILVER LAKE ?


Los Angeles. Eté 2011. Sam, la trentaine, est sans emploi et son propriétaire le menace d'expulsion. Il ne cherche pas  d'emploi et passe ses journées à épier ses voisines, comme celle qui habite en face de chez lui avec un perroquet et s'exhibe seins nus sur son balcon. Puis il remarque une nouvelle locataire, plus jeune, Sarah, dont la beauté le subjugue. A la télé, les infos évoquent la disparition intrigante du riche Jefferson Evence. Sam aborde Sarah qui l'invite chez elle pour regarder "Comment épouser un millionnaire ?". Ils flirtent mais leur soirée est interrompue par l'arrivée des co-locataires de la jeune femme.


Le lendemain matin, Sam découvre que l'appartement de le jeune femme est désert et il se renseigne auprès du propriétaire qui sait seulement qu'elle a déménagé avec ses amies dans la nuit.. Sam remarque ensuite une jeune femme qui entre dans l'appartement de Sarah pour y prendre quelques affaires restantes et il la suit, d'abord à pied puis en voiture à travers la ville, jusque dans la soirée à une fête où est présente Millicent, la fille de Jefferson Evence.


Sam assiste au concert du groupe Jesus et les fiancées de Dracula et rencontre une danseuse qui lui donne un gâteau qui lui servira à entrer dans une autre fête donnée le lendemain dans un cimetière de Hollywood. Obsédé par la disparition inexplicable de Sarah et déjà adepte des théories du complot, Sam cherche des indices partout autour de lui pour la retrouver. Il fait de multiples rencontres dans ses investigations comme avec Comic-Man, qui édite un fanzine et lui remet un exemplaire du guide des vagabonds, revoit la danseuse, décrypte les paroles de la chansons du groupe Jésus et les fiancées de Dracula...


Celles-ci le conduisent à un observatoire où il est abordé par le roi des vagabonds qui l'entraîne, les yeux bandés, dans un abri atomique. Plus tard, dans ses recherches, il découvrira que d'autres refuges du même type sont achetés par de riches excentriques voulant de protéger de la fin du monde et qui aurait entraîné Sarah dans son délire. Mais Sam écoutera les histoires d'un compositeur affirmant comment depuis des décennies, à travers des tubes musicaux, il a influencé la pop culture et manipulé les foules...


Il y a quelque temps j'ai écrit une critique du film Eileen avec Thomasin McKenzie et Anne Hathaway en relevant ses références au film noir classique. En 2001, David Lynch sortait son avant-dernier film, le mythique Mulholland Drive, considéré par beaucoup comme le dernier grand film noir, une sorte d'équivalent au Impitoyable de Clint Eastwood pour le western. 


David Robert Mitchell s'est fait remarqué en 2014 avec It Follows, qui était déjà une sorte de revisite du film d'épouvante avec une métaphore sur le passage à l'âge adulte : un exercice de style brillant, flippant et mémorable. Quatre ans après, il est revenu avec Under the Silver Lake, long métrage ambitieux, qui s'inscrit franchement dans le sillage de Mulholland Drive, dont il se veut à la fois le prolongement et la terminaison. Un pari fou. Et réussi ?


Si Lynch explorait les fantômes de Hollywood à travers la romance entre une jeune aspirante actrice et une amnésique dans un cauchemar tortueux, Mitchell choisit un trentaine comme pseudo-détective privé de son post-polar. C'est moins flamboyant mais plus raccord avec le phénomène des hipsters qui apparut au début des années 2010, avant la gentrification du quartier de Los Angeles où se déroule son histoire et qui est remarquable pour son réservoir d'eau, le fameux Silver Lake (le lac argenté).

Sam est un glandeur qui ne sort de chez lui que pour aller faire quelques courses ou voir ses rares amis. Sans emploi, il ne paie plus son loyer et est sous la menace d'une expulsion. Il passe le restant de ses journées à espionner sa voisine exhibitionniste, une femme d'âge mûr qui se balade seins nus sur son balcon, quand il ne lit pas des ouvrages consacrés à la théorie des complots. Lui-même a une sérieuse tendance à voir des signes cachés partout et tente de les décoder comme s'ils pouvaient le prévenir d'une catastrophe à venir.

Le bouleversement survient avec Sarah, une nouvelle voisine qui le subjugue : blonde, la silhouette d'une top-model, déambulant en bikini blanc, elle sympathise avec lui et l'invite même à voir un film chez elle en partageant un joint. Mais elle disparaît littéralement du jour au lendemain. Pour Sam, c'est un choc, un chagrin et aussi le prétexte à mener une enquête où sa connaissance des signes cryptés lui sera enfin utile.

L'intrigue est filandreuse à souhait. Sam rencontre des individus farfelus mais ses investigations sont particulièrement décousues. En vérité, il erre sans savoir où il va, si la piste qu'il suit est la bonne. C'est un mélange drôle et inquiétant de personnages et d'endroits qu'il croise et traverse. Son parcours ressemble davantage à celui d'une boule de flipper qui rebondirait aléatoirement et parfois, miraculeusement, irait juste dans la bonne direction.

C'est ce qui fait à la fois la qualité, le charme, mais aussi le défaut, l'artificialité, du film. Contrairement à Lynch qui semblait lui aussi improvisait son intrigue comme un musicien de free-jazz mais construisait en réalité un puzzle brillant et envoûtant, Mitchell s'appuie un peu trop sur la complicité su spectateur qui n'est plus dupe (puisqu'il a déjà vu un objet semblable). Du coup, cette déambulation est parfois longuette, ses références un peu trop prononcées. Par exemple, on y trouve une belle blonde fantomatique (Sarah) mais aussi une brune fatale (Millicent), comme des répliques des héroïnes de Lynch, non plus liées (sinon par un personnage de second plan) mais présentes aux deux extrémités de l'histoire (au début et à la fin).

On préfère presque quand le cinéaste évoque directement des motifs lynchiens comme avec le personnage du compositeur reclus dans sa villa et qui explique comment, à travers ses chansons les plus populaires depuis des décennies (des siècles ?), il manipule les masses et invente donc de toutes pièces une mythologie pour des geeks crédules comme Sam. Ce vieillard sort directement de la filmographie de Lynch, renvoyant à ces figures les plus flippantes (comme Dennis Hopper dans Blue Velvet), et la scène, très longue, s'achève dans un éclat de violence qui a quelque chose d'à la fois terrifiant et de libérateur.

Au fond, que le dénouement soit clair et absurde n'a que peu d'importance. On a compris que le voyage - le trip ! - importait plus que la destination. Sam accomplit ce périple en sachant que la fin ne sera pas heureuse mais qu'elle lui permettra d'accéder à un nouveau palier de son existence. A cet égard, quand, enfin, il rentre chez lui, il est étonnamment plus tranquille, serein, apaisé, malgré la peine qu'il vient d'éprouver et le calvaire qu'il a enduré lors de son étrange odyssée.

La réalisation est inspirée dans sa manière de créer cette ambiance cotonneuse, somnambulique et le film aurait pu durer une heure de plus ou de moins sans qu'on voit vraiment la différence. On sent plus quelques longueurs par moments, dans des scènes un peu trop insistantes (quand l'ami de Sam épie avec un drone une jeune femme, répétition du propre geste du héros) ou en voulant justifier certaines pistes grotesques (le paquet de céréales de Comic-Man).

Le casting comporte peu de visages connus, même s'il est amusant de repérer la toute jeune Sydney Sweeney (une des bombes de la série Euphoria, alors à ses débuts). Riley Keough n'a que peu de temps de présence à l'écran mais réussit à faire de Sarah cette fille inoubliable pour le héros. Et Andrew Garfield, justement, est formidable en type qui se trouve un objectif dans la vie, promenant son air constamment endormi et fiévreux à la fois, sorte de néo-Ulysse dans ce Los Angeles aux façades dissimulant des secrets idiots ou glaçants.

Under the Silver Lake n'égale donc pas Mulholland Drive et échoue à en être le prolongement terminal. Mais le film de David Robert Mitchell est un long métrage singulier, suffisamment pour se détacher du lot et séduire, non pas malgré mais plutôt grâce à ses défauts.

dimanche 1 octobre 2023

SUR ORDRE DE DIEU, on commet des atrocités inhumaines


Mis en ligne en 2022, Sur Ordre de Dieu est une série limitée en sept épisodes produite par la chaîne FX. Inspirée de faits réels et du livre Under the Banner of Heaven de John Krakaeur, cette enquête au coeur de la religion mormone est aussi passionnante que terrifiante, portée par un casting exceptionnel.


1984. East Rockwell, Utah. Les inspecteurs Jeb Pyre et Bill Taba enquêtent sur le meurtre de Brenda Wroght Lafferty et son bébé Erica, retrouvés égorgés chez elle. Le mari de Brenda, Allen Lafferty, les vêtements maculés de sang, est arrêté et lors de son interrogatoire désigne ses deux frères aînés, Ron et Dan, comme les auteurs de cette atrocité. Les Lafferty, comme Pyre, sont des mormons réputés dans leur communauté. Lorsqu'Ammon et Doreen, les parents, sont partis en mission durant deux ans, ils ont confié la famille aux bons soins de Dan, au grand dam de Ron. Peu après, Robin Lafferty est arrêté à son tour.


Pyre et Taba interrogent Robin et Allen séparément pour comparer leurs dires. Robin explique que Ron, patron d'une entreprise de BTP, qui subvenait largement aux besoins de la famille, connaissait des difficultés financières depuis que Dan, qui se sentait persécuté par l'Etat et les impôts, décida de ne plus payer les taxes dont il devait s'acquitter. Allen ajoute que sa famille n'appréciait pas Brenda qu'elle jugeait trop indépendante. Taba apprend par Robin que les  Lafferty vivraient dans une ferme isolée et décide d'y aller.


Accueilli par des tirs de fusil, Taba appelle des renforts et Pyre avec plusieurs hommes prend d'assaut la ferme où est appréhendé Samuel Lafferty. Celui-ci est un extrémiste complètement illuminé qui évoque le fait que les pécheurs doivent expier par le sang et mentionne une liste de plusieurs mormons éminents à éliminer. La police se déploie pour s'assurer que les cibles sont encore en vie. Allen raconte à Pyre que Ammon s'était brouillé avec Dan quand il a ambitionné de se présenter au poste de shériff alors qu'il désapprouvait déjà le fait qu'il ne paie plus ses impôts. Allen accepta alors la demande de Brenda de s'éloigner de ses frères à la condition qu'elle renonce à son métier de journaliste pour fonder une famille. Lorsque Robin apprend le meurtre de Brenda, il craque et jure n'y être pour rien.
  

Pyre, Taba et l'officier Morris découvrent la maison de l'évêque Low, qui figure sur la liste, mise à sac. Sur place, Pyre met la main sur une lettre qu'avait adressée Brenda à Low pour lui signaler le comportement déviant des Lafferty. A la même époque, Ron se vit refuser un prêt bancaire à cause des positions de Dan qui, de son côté, se rapprocha d'extrémistes mormons approuvant la polygamie. Dan convainquit Ron de fonder leur propre église avec leurs frères Samuel et Robin et leurs épouses. Morris retrouve l'évêque Low sain et sauf, parti pour une partie de pêche.


Sam parle à Pyre et Taba de l'Ecole des Prophètes fondée par Dan et Ron sur les conseils du Prophète Onias, un fondamentaliste rencontré au Canada accusant l'église mormone de s'être trop accommodée des lois du gouvernement. Low témoigne que c'est en apprenant cette initiative qu'il a excommunié Dan puis Ron qui, lui, de son côté, aurait refusé des soins médicaux à son père, tombé gravement malade. Parmi les membres les plus zélés de l'Ecole des Prophètes se trouvait Bernard Brady que Pyre et Taba questionnent et qui leur confirme l'isolement progressif des Lafferty, s'adonnant à une pratique de plus en plus radical de leur religion, et ajoute que Doreen, leur mère, les soutenait.


Pyre et Taba rendent visite à Doreen qui évoquent deux hommes, Chip et Ricky, enrôlés par Dan er Ron, dans leur projet d'expiation par le sang de plusieurs pécheurs listés, malgré la désapprobation du prophète Onias. Celui-ci, pourtant, avait désigné Ron comme l'Elu choisi par Dieu le Père lui-même pour faire le ménage dans son église. A cette époque, Brenda convainquit Dianna, la femme de Ron, brutalisée par ce dernier, de fuir avec l'aide de l'évêque Low. Brenda avait auparavant consulté les cadres de sa congrégation qui, en retour, l'avait chargée de ramener les Lafferty dans le droit chemin - ce qui, pour Allen, rétrospectivement, revenait à lui planter une cible sur le front.
  

Taba retrouve le prophète Onias qui justifie son éloignement vis-à-vis des Lafferty quand il a compris que Ron était corrompu par son rôle d'Elu. En vérité il songeait à se venger de Brenda qui avait éloigné Dianna, qu'il voulait retrouver morte ou vive. La police arrête Chip et Rick à la frontière dl'Etat et les deux hommes avouent avoir lâché Ron et Dan après que ceux-ci aient assassinés Brenda et son bébé. D'après eux, ils devaient ensuite aller dans le Nevada pour jouer au casino et y gagner assez d'argent pour financer la suite de leur expédition punitive contre Dianna. A Miami, la police, averti par Pyre, met à l'abri Dianna et ses enfants puis avec Taba il se rend à Reno pour y appréhender Ron et Dan. Pyre peut enfin rentrer chez lui auprès de sa femme, de leurs enfants et de sa mère, Taba s'assurant de boucler le dossier.

Sur Ordre de Dieu est adapté de ce qu'on appelle une true crime story. Ce type d'écrit a été popularisé par Truman Capote avec son ouvrage De Sang-Froid dans lequel le romancier s'était intéressé à un fait divers criminel dont il tira en 1965 un "roman de non-fiction", ensuite porté à l'écran par Richard Brooks en 1967. Capote ne se remit jamais de cette expérience, hanté par ce qu'il avait rapporté.

Depuis ce genre de littérature a fait foison et John Krakaeur s'y est adonné en signant Under the Banner of Heaven sur l'affaire des frères Lafferty qui s'est déroulée au milieu des années 1980. Dustin Lance Black a adapté ce livre pour en tirer cette mini-série mise en ligne sur Disney + l'an dernier, pour un résultat impressionnant.

La critique, à l'époque, a comparé Sur Ordre de Dieu à True Detective. Pourtant qu'il me soit permis de dire que je trouve Sur Ordre... supérieur. Car le fond est beaucoup plus terrifiant et dense, complexe et mémorable. Autant vous prévenir : mieux vaut avoir le coeur bien accroché avant de se plonger dans cette série très noire.

Il s'agit en fait d'un examen minutieux et traumatisant du fanatisme religieux. On comprend que la communauté mormone n'ait pas été ravi qu'une telle série voit le jour après le livre qui lui servie d'inspiration. Car, même si le récit ponctue l'enquête menée par les détectives Pyre et Taba de flashbacks sur les origines de l'église mormone et montre que ses pionniers ont subi une persécution sanglante et acharnée, il est impossible de minimiser les dérives de cette congrégation encore aujourd'hui et sa responsabilité aussi bien dans la dérive meurtrière des frères Lafferty et la mort de Brenda Wright.

La série démarre alors que Brenda est découverte égorgée dans sa cuisine. Son nouveau-né a subi le même sort. La réalisation nous épargne des images trop sanglantes, mais on en voit assez pour mesurer l'abomination totale qui a été commise. Surtout ce qui rend l'investigation qui suit encore plus troublante est qu'elle est menée, pour moitié, par un officier de police qui est lui-même mormon. Si East Rockwell, où se situe l'action, est une bourgade imaginaire, elle abrite une population majoritairement acquise à cette religion et les cadres de l'église qui s'y est établie ne voit pas d'un bon oeil la mauvaise publicité que va faire ce fait divers à leur culte.

Un sentiment de révolte envahit le téléspectateur quand il comprend que les mormons se soucient plus de ce problème d'image que de l'assassinat barbare d'une jeune femme et de son bébé par des membres de cette communauté. Et cela trouve un écho dans l'Histoire même des mormons : son fondateur, Joseph Smith, était au départ un religieux plutôt modéré mais qui s'est ensuite radicalisé pour que le culte dont il prétendait être le missionnaire désigné par Dieu lui-même accepte des pratiques insensées, comme la polygamie, les violences faites aux femmes, le mariage forcée pour des mineures, l'expiation par le sang de pécheurs, le recours à la lutte armée contre ceux qui les persécutaient, etc.

A sa mort, Smith fut remplacé par Brigham Young, encore plus zélé que lui et qui connut une fin aussi funeste. Ensuite les mormons usèrent de ruse pour que ce qui leur était reproché et interdit par la Loi soit caché. Les Lafferty ont embrassé ces évolutions quand ils ont dû affronter des difficultés financières, à commencer par Dan et Robin, deux chiropracteurs considérant que le gouvernement leur faisait les poches avec les taxes et les impôts. Dan ambitionna alors, pour se rebeller contre cela, de devenir shériff en se présentant au élections, ce qui provoqua l'ire du patriarche des Lafferty et opposa Ron, un entrepreneur, à sa banque qui refusait de lui accorder un crédit à cause des prises de position de son cadet.

La caractérisation des personnages est particulièrement soignée. Les Lafferty sont tous campés avec complexité, depuis le plus illuminé (Samuel) au plus prudent (Robin) en passant par le benjamin victime de la folie de ses aînés (respectivement Allen, Ron et Dan). Les femmes n'ont que peu de voix au chapitre puisqu'elles sont littéralement asservis par ces dévots complètement fous, même si Dianna, la femme de Ron, finira par s'éloigner. Brenda devient la figure sacrificielle et tragique de l'histoire puisqu'elle est à la fois la cible de Ron et Dan mais aussi celle sur laquelle se sont défaussés les cadres de l'église en lui demandant de remettre les Lafferty dans le droit chemin. 

Même les deux policiers en charge de l'enquête font l'objet d'une attention spéciale. Pyre est donc lui-même un mormon qui doit capturer deux fondamentalistes criminels, ce qui le met en porte-à-faux vis-à-vis de sa hiérarchie (aussi bien au sein de la police - le commissaire est aussi un mormon - que de l'église - qui est davantage dérangée par le scandale provoqué par un meurtre commis par des membres du culte que par le sort des victimes). Surtout, à mesure que els investigations progressent, et au fil de ses échanges avec Allen, Pyre est ébranlé dans sa foi, découvrant les aspects les plus sombres de l'Histoire de sa communauté. Son couple en souffre car sa femme est, elle, une fervente pratiquante, et en plus il doit composer avec sa mère qui souffre démence (ce qui, pour un mormon, est un test - le fils qui médicamente ou place dans un établissement spécialisé un parent est jugé indigne).

Taba est aussi un personnage captivant car il est indien, un Païute. Pour les mormons, c'est un sauvage, même s'ils entretiennent la légende selon laquelle les Païutes auraient été les alliés de Brigham Young quand celui-ci a établi son église en Californie (en réalité, Young voulait leur aide pour affronter ceux qui voulaient une fois de plus les chasser de cette région). Athée, Taba soutient Pyre tout en tâchant de lui faire comprendre qu'il doit mener l'enquête en mettant sa foi de côté pour s'en tenir aux faits.

Si on est emporté par cette histoire, c'est aussi grâce à un casting exceptionnel, non pas parce que les acteurs sont tous des vedettes mais pour la qualité de leur interprétation. Andrew Garfield et Gil Birmingham sont parfaits en flics tourmentés. Daisy Edgar-Jones est encore une fois bouleversante dans le rôle de Brenda. Sam Worthington (Avatar) et Wyatt Russell (Falcon et le Soldat de l'Hiver) sont terrifiants en frangins hallucinés. Billy Howle est poignant en mari de la victime.

Ron Lafferty fut condamné à mort mais s'éteignit avant son exécution. Dan fut condamné à la prison à perpétuité. Aucun des deux n'exprima de remords, persuadés d'être réellement les Elus de Dieu accomplissant une mission transmise dans des Révélations.

Bref, si vous vous sentez d'attaque pour plonger dans une intrigue aussi noire, n'hésitez pas : Sur Ordre de Dieu va vous combler. C'est en tout cas une mini-série qui va vous retourner et que vous n'oublierez pas de sitôt.