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vendredi 3 novembre 2023

SCARLET WITCH #10, de Steve Orlando et Sara Pichelli


And it's a wrap ! Scarlet Witch #10 est le dernier épisode de la série écrite par Steve Orlando qui, pour l'occasion, renoue avec la dessinatrice Sara Pichelli. Avoir tenu dix mois, c'est presqu'un exploit, mais ça ne suffira pas à effacer le gâchis qu'on ressent pour ce comic-book qui promettait tant au début et finit tristement.


C'est l'heure de vérité pour Wanda qui fait face à Hexfinder, la chasseuse de sorcières, dont le peuple a péri parce qu'il n'a pas été entendu par les magiciens quand il était menacé. Joseph a trahi Scarlet Witch qui l'avait pourtant recueilli. A quel prix ?


Quand la série Scarlet Witch a débuté en Janvier dernier, j'étais enthousiaste car Steve Orlando, pourtant pas un scénariste qui m'avait jamais impressionné, imposait avec élégance et détermination sa vision d'un personnage bien maltraité depuis des lustres.


Loin, très loin de Wanda la cinglée qui avait failli éradiquer la race mutante ou qui avait provoqué la dissolution des Avengers, entre autres faits d'armes, Scarlet Witch devenait à nouveau l'héroïne de sa propre vie et de son propre mensuel, sans dépendre de son amant du moment (Vision, Doctor Voodo) ou d'une équipe qui l'accueillait dans ses rangs.


On pouvait aussi saluer l'effort de Steve Orlando de la confronter non plus à son passé et de refuser d'en faire une victime sans cesse en quête d'expiation mais luttant pour aider ceux qui en avaient le plus besoin, au coeur d'un commerce original et contre des ennemis inédits.

Même Sara Pichelli, dont la carrière a été un long et éprouvant naufrage depuis des années, semblait retrouver l'inspiration dans ses dessins et on se mit à croire que Scarlet Witch serait un sleeper pour Marvel, un succès surprise, un peu à la manière du Hawkeye de Matt Fraction et David Aja en son temps.

Puis la réalité rattrapa la sorcière rouge et son public : Pichelli céda la place à Russell Dauterman pour un épisode, consacrant une fois de plus le cover-artist dans un rôle qu'il a hélas ! abandonné, celui d'artiste régulier d'un titre mensuel. On ne revit plus Pichelli que pour quelques pages ici et là dans les numéros suivants, alors qu'un remplaçant, Lorenzo Tammetta, s'imposait comme un artiste à suivre.

Orlando toutefois commençait lui aussi à ne plus briller avec autant d'éclat. En soulignant la puissance de Wanda Maximoff, il en fit surtout sa propre adversaire puisqu'aucun de ses ennemis n'était en vérité en mesure de la vaincre. Ennemis qui, par ailleurs, ne convainquaient plus : trop interchangeables, trop accessoires. Personne ne les connaissait et pour cause, ils étaient créés pour l'occasion, et du coup tout le monde finit par s'en foutre.

On aurait aimé voir Scarlet Witch avoir raison d'opposants plus sérieux, plus connus, pour vraiment croire, continuer à croire qu'un peu de suspense subsistait dans ses histoires, mais Orlando s'y refusait. Ou parce que Marvel lui refusait l'accès à des vilains plus coriaces, plus célèbres. Les épisodes se succédaient et notre intérêt décroissait. Le retour de Joseph, le clone de Magneto, ne fit pas illusion et on s'étonnait même alors que Wanda n'ait pas davantage pleuré son "père" dans sa série après sa mort tragique lors de Judgment Day, dans les pages de X-Men : Red.

Quand la méchante Hexfinder fit son apparition, par ailleurs maladroitement mise en scène, comme si personne n'y croyait, c'était trop tard pour redresser la barre. Parlons peu, parlons bien : ce dixième épisode est pathétique.

On se contrefiche de ce qui s'y joue puisque tout est littéralement joué d'avance. En effet, des génies de la communication chez Marvel ont annoncé l'annulation de la série puis son relaunch en mini-série en 2024 sous le titre Scarlet Witch & Quicksilver (ça sent le succès...). Une manière fort peu habile de dire au lecteur : "ne vous en faîtes pas, puisqu'elle revient, ça veut dire que cette Hexfinder n'aura pas fait le poids".

Comment tomber plus bas ? En misant sur le retour providentiel de Sara Pichelli ? N'y comptez pas : l'artiste italienne n'est désormais, c'est certain, plus que l'ombre de ce qu'elle fut quand, il y a bien longtemps, elle co-créé Miles Morales avec Brian Michael Bendis. Elle fit un temps illusion en dépannant encore Bendis sur Guardians of the Galaxy. Mais à présent, que reste-t-il de Pichelli sinon une déception profonde envers laquelle on en a assez d'être patient et indulgent ?

Les dessinateurs italiens formés à l'exigeante école des fumetti sont réputés pour leur productivité et leur capacité à s'adapter dans le monde des comics. On ne compte plus le nombre de transalpins à avoir traversé l'Atlantique ces dernières années (et ce n'est pas fini car comme l'a déclaré C.B. Cebulski, le big boss de Marvel Comics, de nouveaux vont émerger). Mais Pichelli semble s'être noyée, perdu. Les planches qu'elle livre là sont indignes de ce qu'elle a pu produire, tout est bâclé, sans énergie, sans conviction. C'est moche. C'est triste.

Bref, la magie a cessé d'opérer et avec elle, le potentiel pour faire de Scarlet Witch un sleeper, la Zatanna de Marvel. Combien de temps avant qu'un scénariste ne la renvoie à ses tourments ? Comme son incarnation dans le MCU semble être définitivement morte (un autre gâchis, qui plus est car elle était jouée par la formidable Elizabeth Olsen), il ne fait pas bon s'appeler Wanda Maximoff.

jeudi 19 octobre 2023

SCARLET WITCH #9, de Steve Orlando, Lorenzo Tammetta et Sara Pichelli

 

Ce n'est pas un épisode comme les autres que ce dixième de la série Scarlet Witch : en effet, la série va se terminer le mois prochain et même si Steve Orlando et Lorenzo Tammetta reviendront l'an prochain pour quatre épisodes de Scarlet Witch & Quicksilver, c'est du pareil au même. En outre, Marvel se mord la queue en ayant annoncé la fin du titre, ce qui annule tout suspense pour ce numéro et le prochain...



Alice Gulliver, détective occultiste, prévient Wanda que plusieurs sorciers et magiciens ont disparu récemment sans laisser de traces. Elle prépare un endroit pour héberger ceux qui sont menacés puis invite Joseph à l'accompagner dans son quotidien...


Ce n'est ni la première encore moins la dernière fois que Marvel "divulgâche" une série en cours de publication, mais cette fois, on n'a pas fait le choses à moitié. En effet, après avoir annoncé la fin subite de Scarlet Witch au #10, au diable le suspense sur l'issue du titre et de l'intrigue en cours.


Mais ça ne devait pas suffire et on vient d'annoncer que, comme la série avait quand même reçu un bon accueil critique, on lui accordait une prolongation sous la forme d'une mini en quatre numéros l'an prochain sous le titre Scarlet Witch & Quicksilver. Question : qui, chez Marvel, rédige les communiqués sur les arrêts et lancements des séries en se fichant ouvertement de gâcher tout effet de surprise chez le lecteur ?


Scarlet Witch n'a pas été sans défauts, ils se sont révélés progressivement avec cette construction trop répétitive et une caractérisation maladroite : en gros, des épisodes done-in-one dont l'héroïne surpuissante résolvait les affaires trop facilement pour qu'on doute d'elle.

Mais enfin Steve Orlando manifestait une sincère sympathie pour Wanda Maximoff et pour la première fois depuis une éternité, un scénariste ne l'écrivait pas comme une femme complètement délirante, toujours au bout du précipice, incapable de distinguer la réalité de ses fantasmes. Cela a sans doute pesé dans le fait qu'elle soit à nouveau une membre des Avengers de Jed MacKay.

Les intrigues étaient d'un niveau très inégale mais le lecteur y trouvait son compte sans souci. On pouvait même rêver pour Scarlet Witch d'une nouvelle carrière à la Zatanna. Par ailleurs, graphiquement le titre a bénéficié de prestations artistiques très bonnes, à commencer par Sara Pichelli au début (même si ensuite l'italienne a disparu de la circulation puis est revenue mais seulement pour signer quelques pages - ici elle est encore créditée mais je n'ai pas réussi à savoir quelles pages elle avait pu réaliser), Russell Dauterman (qui en plus de superbes covers nous a gratifiés d'un sublime épisode) et enfin Lorenzo Tammetta, une révélation qui ne devrait pas avoir de mal à retrouver du boulot.

Depuis le n° 8 on a vu apparaître Hexfinder, une chasseuse de sorcières aux motivations troubles, mal définies 'en dehors du fait justement de vouloir débarrasser le monde des sorciers), et Steve Orlando a décidé de clore son run avec cette antagoniste qui, on l'a appris le mois dernier, est la complice de Joseph, le clone de Magneto recueilli par Wanda (sans qu'on comprenne vraiment ce qu'il y gagne).

La relation entre Wanda et Iosef (comme elle l'appelle) est au coeur de l'épisode du mois puisqu'il suit Wanda dans plusieurs missions où sa présence permet de résoudre des litiges de manière rapide. Orlando convoque des personnages comme Omega the Unknown, Ganymède (déjà vue au début de la série), Hippolyte (elle aussi figurant dans les premiers épisodes), Swamp Thing et Jennifer Kale, Doctor Druidd, Doctor Voodoo, mais aussi Luna, la fille de Crystal et Vif-Argent (également là), ou encore Alice Gulliver (dont j'ai entendu parler dans le run de Jason Aaron et Chris Bachalo sur Doctor Strange).

Tammetta délivre de superbes planches, ses meilleures depuis son arrivée sur la série, avec des compositions spectaculaires et détaillées. C'est très agréable à lire... Si on ne se rappelle pas à chaque page que, en définitive, tout ça compte pour du beurre et que l'épisode ne sert en fait à rien jusqu'aux ultimes pages avec la trahison effective de Iosef (je spoile, mais Marvel l'a fait avant moi).

Le dixième et dernier épisode verra donc s'affronter Hexfinder et Scarlet Witch et la première perdra puisque, sans ça, il n'y aurait pas de future mini Scarlet Witch & Quicksilver. Editorialement, c'est affligeant : comment un éditeur peut-il à ce point saborder ses propres comics, quand bien même a-t-il prévu des les arrêter ? Et le pire, je le répète, c'est que ce n'est ni la première ni la dernière fois...

samedi 9 septembre 2023

SCARLET WITCH #8, de Steve Orlando, Lorenzo Tammetta et Sara Pichelli


La (sublime) couverture (de Russell Dauterman) promettait beaucoup de choses pour ce huitième épisode de Scarlet Witch. Autant le dire tout de suite : Steve Orlando n'est pas à la hauteur. Et d'ailleurs la série affiche clairement ses limites ici (et aussi rétrospectivement). Lorenzo Tammetta dessine encore la majorité des planches, Sara Pichelli ne signant que sur les deux dernières.


Un nouveau "client" emprunte la porte magique de Wanda : il s'agit de Arkin le faible, en provenance du royaume de Jotunheim, dont le peuple en refusant de se soumettre à Malekith lors de la Guerre des Royaumes a été décimé. Aujourd'hui Loki règne sur Jotunheim et Arkin s'estime floué. Scarlet Witch accepte d'aller parler au dieu de la malice...


Le danger pour une série, quelle qu'elle soit, c'est d'être vendue sur la promesse d'une couverture flatteuse. Car s'il faut se garder de juger un livre à sa couverture, il n'en reste pas moins que c'est la couverture qui, la première, capte notre attention sur le livre.


En ayant Russell Dauterman come cover-artist, Scarlet Witch bénéficie d'un des spécialistes les plus élégants et les plus féconds dans cet exercice à tel point qu'il a quasiment abandonné le dessin de pages intérieures). Et quand on voit la couverture de cet épisode, on est saisi par sa beauté et ce qu'elle suggère.


Autant dire que, derrière, Steve Orlando a intérêt à proposer un scénario en béton pour que le lecteur ne soit pas déçu. Jusqu'à présent, l'auteur a réussi avec Scarlet Witch un de ses meilleurs efforts, ne déviant quasiment jamais du format done-in-one et réhabilitant un personnage qui a été depuis ses débuts bien malmené.

Mais en faisant le compte de ces huit épisodes déjà parus, on se rend compte (comme le relaunch de Fantastic Four par Ryan North) que le titre commence à afficher ses limites. Et même que ce nouveau chapitre les éclaire de façon frappante. Il ne s'agit pas de dire que c'est mauvais ou désagréable à lire (ça l'est moins que ne le fut Fantastic Four), mais à l'évidence la série stagne.

Comme d'habitude l'épisode s'ouvre par l'arrivée d'un nouveau "client" dans l'emporium de Scarlet Witch. Cette fois il s'agit d'un géant de Jotunheim dont le peuple, ayant refusé de se soumettre à Malekith lors de la Guerre des Royaumes (écrite par Jason Aaron dans son run sur Thor), a payé le prix cher. A l'issue du conflit, Loki a hérité du trône mais Arkin le faible se sent floué de ne pas pouvoir représenter ses semblables. Scarlet Witch accepte donc de négocier avec Loki.

Déjà on observe que la mécanique de la série ne varie pas d'un iota. C'est toujours la même amorce narrative, avec un personnage venant demander de l'aide à Wanda Maximoff - un personnage inventé pour l'occasion, qu'on ne reverra plus ensuite, qui n'a aucune caractérisation : autant dire que c'est davantage un prétexte qu'un personnage.

Steve Orlando a fait de Scarlet Witch une héroïne surpuissante, peut-être son incarnation la plus puissante. Dans ce cas de figure, la préoccupation de l'auteur est de trouver à l'héroïne des adversaires à sa hauteur, et évidemment là, pas question de jouer la demi-mesure. Orlando a là encore privilégié des créations originales mais avec Loki au programme, lui et Wanda s'attaquent à du lourd. On s'attend donc à un duel serré et trouble comme l'indique la couverture.

Mais toute puissante qu'elle est, voir Scarlet Witch jeter d'emblée un sort à Loki qui l'oblige à dire la vérité est tout de même étonnant. Difficile de croire que le dieu de la malice puisse ainsi être soumis par une terrienne alors que lui a une pratique de la magie vieille de plusieurs millénaires. Par ailleurs, l'intérêt d'un personnage comme Loki, c'est qu'on ignore tout le temps s'il est du bon ou du mauvais côté : c'est le dieu de la malice, c'est un joueur, un affabulateur, un manipulateur. Ce qui aurait été amusant, c'est de le voir donc ruser avec Scarlet Witch, et même, pourquoi pas, d'initier une romance entre eux (puisque, aux dernières nouvelles, Wanda avait une liaison avec Doctor Voodoo mais que celui-ci semble aux abonnés absents).

L'essentiel de l'épisode est une longue scène de danse où Lorenzo Tammetta, profitant que les quartiers où réside Loki n'ont pas une décoration fournie (c'est même ascétique à ce point et là aussi, c'est bizarre parce qu'on imaginerait plutôt le personnage dans un intérieur un peu plus ornementé, en rapport avec son caractère facétieux, pas dans une espèce de cave glacée), zappe tout arrière-plan, laissant à Matt Wilson le soin (c'est le cas de le dire) de meubler.

Tammetta est plus inspiré pour faire bouger ses deux personnages de manière suffisamment gracieuse pour que leur danse ait l'air vraisemblable et aboutisse à ce possible baiser montré sur la couverture (je ne vous spoilerai pas sur la réalité de ce bécot). Mais bon, ça reste quand même léger et c'est tout de même agaçant tous ces comics où les artistes ne s'embarrassent plus de dessiner de décor.

Sara Pichelli, elle, joue toujours les figurantes : comme le mois dernier, elle ne s'acquitte que des deux dernières pages, et là aussi, ça commence à devenir gênant de lire un comic-book où son nom est crédité comme artiste alors qu'elle produit si peu de matériel.

Pour en revenir au contenu, Orlando introduit à la fin un énième personnage original et révèle la duplicité d'un autre. Tout ça est en vérité cousu de fil blanc. Mais surtout, avec une Scarlet Witch imbattable, invaincue, le suspense est mort-né : on devine que, même si la partie s'annonce difficile, elle va quand même l'emporter.

Bien des critiques et des lecteurs estiment que Marvel a un problème avec les personnages surpuissants, que l'éditeur et ses auteurs résolvent souvent en finissant par réduire les capacités de ces héros ou carrément en les tuant (ou en en faisant des vilains coriaces). Orlando semble être tombé dans ce piège et si son portrait de Wanda échappe aux clichés qui l'ont longtemps définie (mi-folle, mi-victime), en revanche la Sorcière Rouge et le format de ses épisodes sont en train de la précipiter dans une autre impasse. Ajoutez à cela que la série va bientôt (comme d'autres) augmenter et je pense que je vais bientôt l'arrêter - non sans regrets mais pour toutes les raisons ici développées.

samedi 5 août 2023

SCARLET WITCH #7, de Steve Orlando, Lorenzo Tammetta et Sara Pichelli + Jonathan Hickman


Ce septième épisode de Scarlet Witch affiche un programme plutôt dense. Encore une fois Steve Orlando fait de l'excellent boulot avec le personnage mais il enrichit progressivement le background de la série. Au dessin, cette fois, les choses sont claires : Lorenzo Tammetta signe la quasi-totalité des planches à l'exception des deux dernières qui sont l'oeuvre de Sara Pichelli.


Tandis que Wanda doit composer avec le choc du retour de son père, Magneto (ou presque), Scarlet Witch doit aider Nelson Gruber, un bibliothécaire avec le pouvoir de donner vie aux livres et qui a été chassé du royaume du Magicien d'Oz...
 

Evidemment, si vous ne voulez pas être spoilé sur un élément important survenu à la fin de l'épisode précédent et expliqué au début de celui-ci, passez votre chemin immédiatement ou continuez à vos risques et périls. C'est bon ? Alors, en avant !


Steve Orlando avait conclu l'épisode 6 de Scarlet Witch en faisant réapparaître Magneto, qu'on avait également pu apercevoir déjà à la fin de l'épisode 5. Mais, me direz-vous, c'est impossible : Magneto est mort durant l'event A.X.E. : Judgment Day et n'a pu être ressuscité car il avait fait en sorte que cela soit impossible et, depuis les événements du Hellfire Gala 2023, les Cinq de Krakoa ont disparu on-ne-sait-où.
 

C'est là qu'on voit que Steve Orlando a bien révisé son histoire des X-Men parce qu'en vérité, bien sûr, il ne s'agit pas du vrai Magneto. Mais de son clone, Joseph, créé par la mutante Astra dans les pages de X-Men (vol. 2) #46 (1995) ! Il a les mêmes pouvoirs magnétiques, le même visage, mais des souvenirs beaucoup plus éparses. Lui aussi est mort puis est revenu à la vie (une vieille tradition mutante...) et le voilà qui débarque chez Wanda.

Bien sûr, une fois la surprise passée, elle commence à se demander ce qu'elle va de lui qui n'a nulle part où aller et sait que dans la situation actuelle Orchis l'arrêterait en le prenant pour le vrai Magneto. Elle lui offrira donc le gîte et le couvert tant qu'il le désirera - en attendant peut-être qu'il se rende utile auprès de la résistance mutante (dont je vous reparlerait bientôt - stay tuned !).

En attendant, Wanda a un autre client qui a surgi de sa porte magique. Et cette affaire ne manque pas de piquant puisqu'il s'agit d'un bibliothécaire avec le pouvoir de donner vie aux histoires. Et il a ainsi matérialiser le pays du Magicien d'Oz dont la sorcière l'a banni !

Steve Orlando est vraiment très à l'aise avec le format qu'il a installé sur la série, des histoires auto-contenues le plus souvent, résolues en un épisode. Il mène ces mini-intrigues sur un tempo soutenu avec une imagination débridée et une caractérisation nuancée. Comme d'habitude, il excelle spécialement à animer Scarlet Witch qu'il a totalement purgé de son passé douloureux pour en faire une sorcière surpuissante, altruiste et ayant repris sa vie en main. Pour une fois, on rêverait que DC s'en inspire pour une série sur Zatanna...

Mais l'épisode est aussi réussi parce que la manière dont Scarlet Witch résout le problème montre bien que rien n'est aussi simple qu'il y paraît. En effet, ici, il n'y a pas une victime et un bourreau, un gentil opprimé et un méchant oppresseur, tout est plus équivoque. Il y est question de la corruption par le pouvoir, un sujet que connaît justement très bien Wanda. Et Orlando est malin dans sa façon de suggérer ça, sans le souligner lourdement. Comme souvent, les affaires que règle Wanda la renvoient à ses expériences de femme, d'héroïne, ou de vilaine : c'est aussi pour ça, grâce à ça, qu'elle se montre si compétente et efficace.

Depuis le mois dernier, la série a à son générique deux artistes. Mais j'étais incapable de dire qui faisait quoi, même si j'avais deviné que le rôle de Sara Pichelli était désormais secondaire; C'est confirmé ici. Lorenzo Tammetta est bien devenu l'artiste régulier du titre, signant même la page écrite par Jonathan Hickman en relation avec son futur projet G.O.D.S. (qui dévoile ses personnages dans plusieurs séries tout au long du mois d'Août) même si ça n'a aucun rapport avec l'histoire de l'épisode (mais on peut supposer que Scarlet Witch sera impliqué dans ce projet, tout l'est Doctor Strange, et le seront Thor, Moon Knight et d'autres héros en relation avec des divinités).

Tammetta est une révélation : ses planches ne lésinent pas sur les décors, ce qui est toujours appréciable mais si aussi rare dans les comics de super-héros (où le dessinateur en arrive régulièrement à les négliger au profit des personnages et de leurs actions les plus spectaculaires). Son découpage est sage mais fluide. Lorsqu'il doit représenter les manifestations d'énergie, il aime visiblement créer des effets de fondus enchainés où il supprime les espaces entre les cases pour dynamiser la scène. 

Bien entendu, Tammetta est encore perfectible sur certains points : par exemple il a tendance à donner la même expression à ses personnages, avec une moue caractéristique. Mais ça n'ôte rien aux qualités de son graphisme, qui est expressif et solide techniquement.

Quid de Pichelli alors ? Hé bien, elle ne réalise que les deux dernières pages. C'est vraiment le minimum syndical et je me demande combien elle touche pour ça. Est-ce vraiment tout ce qu'elle peut faire désormais ? En tout cas, je me demande ce qui se passe avec elle car elle semblait bien revenu en ayant enchaîné les quatre premiers numéros, et on pouvait espérer qu'après le #5 (dessiné par Russell Dauterman - qui nous gratifie comme toujours d'une couverture superbe) elle serait repartie comme en 40. Sauf que non. Alors bien sûr, elle est créditée comme artiste, même si je trouve que c'est limite mensonger.

Ce bémol mis à part, Scarlet Witch continue d'être un des rares titres Marvel actuels à mériter l'attention. Au point qu'il fera partie des séries jugées assez commercialement attractives dont le prix va passer à 4,99 $ en Octobre (Marvel doit penser que le pouvoir d'achat de ses lecteurs augmente en même temps que leur tarif...).

jeudi 13 juillet 2023

SCARLET WITCH #6, de Steve Orlando, Lorenzo Tammetta et Sara Pichelli


La série Scarlet Witch reprend pleinement ses droits après son Annual paru le mois dernier (et qui servait surtout à annoncer l'event Contest of Chaos, qu'écrira Stephanie Phillips). Steve Orlando revient du coup à un récit complet avec début, milieu et fin en une vingtaine de pages. Sara Pichelli est créditée au dessin mais aussi Lorenzo Tammetta.



Ganymède de l'Archisorité apparaît dans l'Emporium et expose son cas à Wanda : ses "soeurs" ont toutes été massacrées par des Skrulls et elle est poursuivie par des Krees, désormais alliés aux premiers. Scarlet Witch l'emmène auprès de Hulking, qui consulte les archives de l'alliance et cible les coupables de ce massacre qu'il autorise à être punis...


Même si les deux dernières pages renvoient directement à ce qu'on découvrait à la toute fin de l'épisode 5 (et que je ne spoilerai donc pas), beaucoup, comme moi, se réjouiront sans doute de voir Scarlet Witch revenir à sa forme initiale avec un récit complet en vingt pages.


Ce format a particulièrement bien réussi au titre et est maîtrisé par Steve Orlando, scénariste qui semble avoir besoin d'un cadre précis pour produire avec qualité. D'autres seront peut-être moins contents avec cette formule, rare dans les comics actuels qui préfèrent feuilletonner par arcs.


En tout cas, quoi qu'on préfère, il est évident que Scarlet Witch fera partie des réussites lancées par Marvel en 2023. Alors que l'éditeur a exploité une manière de démarrer des séries avec des héros au trente-sixième dessous en espérant que le lecteur attendra assez longtemps pour connaître la raison de cette déchéance, ici on renoue avec un personnage qui en a bavé mais qui reprend sa vie en main.

C'est sans doute ce que Orlando a le mieux imposé : faire de Wanda Maximoff non plus une sorcière sujette à des crises cycliques la menant au bord de la folie (quand elle n'y sombrait pas corps et bien) mais une femme puissante qui s'est réconciliée avec elle-même et le monde qui l'entoure. Et avec un job de super-héroïne à plein temps ingénieux puisque, désormais, c'est elle qui vient en aide à ceux qui sont désespérés (une autre preuve de sa solidité psychologique reconquise).

Ce gimmick qui consiste à faire de chaque épisode l'enquête à résoudre du mois a quelque chose de très sympa : on sait que ça ne va pas prendre un temps fou à se régler ni à se lire, le scénariste est inspiré par son personnage principal, et pourtant il est impossible de prévoir où la série va aller.

Cette fois, Scarlet Witch va aider une guerrière traquée par des skrulls et des krees (qui sont désormais des alliés) et, pour ce faire, elle va s'adresser à son "fils", Wiccan (Billy Caplan), lui-même marié à Hulkling (Dorrek VIII, ex Theodore Altman, mi-skrull, mi-kree). L'histoire des fils de Scarlet Witch (outre Wiccan, il y a aussi Speed (Thomas Sheperd) a nourri la mythologie du personnage puisqu'elle les a réincarnés à partir des enfants qu'elle a eus avec Vision.

Ensuite ils ont fait partie des membres fondateurs de Young Avengers, puis Wiccan et Hulkling (lui-même fruit des amours du kree Captain Mar-Vell et de la princesse skrull Anelle) se sont mariés. Hulkling a unifié les skrulls et les kree dont il est désormais l'empereur. Ces qualités seront précieuses dans l'histoire de cet épisode, alimentant la tension dramatique puis dénouant l'affaire criminelle dans laquelle Ganymède est impliquée.

Le déroulement du récit est classique, ce qui le distingue, c'est l'intensité des réactions de Ganymède qui atterrit chez Wanda en se demandant si elle n'est pas une ennemie, qui continue à le croire quand elle est présentée à Hulkling (et que Wiccan est prêt à l'affronter). Orlando est doué pour caractériser tous les personnanges et en inventer à chaque épisode. On peut d'ailleurs noter qu'il en créé pratiquement à chaque fois et on peut alors se poser la question de savoir si on les reverra (il mentionne également Scythia, l'adversaire de Scarlet Witch dans les épisodes 4-5).

Visuellement, ce numéro est, disons, curieux et sujet à caution. Deux artistes sont crédités, dont Sara Pichelli, la dessinatrice des quatre premiers épisodes. Pourtant, je vais être franc, je n'ai pas réussi à reconnaître une seule planche de sa part (à part peut-être les deux dernières, mais sans garantie). Si c'est bien le cas, ça signifie que l'italienne a une nouvelle fois fait défaut à une série et là, ça commence à faire beaucoup. Depuis quand Pichelli a-t-elle produit plus de quatre épisodes d'affilée ?

C'est d'autant plus lamentable qu'elle affichait une bonne forme sur ses quatre numéros et on pouvait espérer que Scarlet Witch marquerait son vrai grand retour. Mais quand Russell Dauterman l'a suppléée au n°5, c'était déjà surprenant (même si ce fut un plaisir de relire du Dauterman sur un épisode entier). Et là, donc, elle partage l'affiche avec son compatriote Lorenzo Tammetta.

Je ne connaissais pas son travail, en me renseignant j'ai appris qu'il avait signé un numéro de Murderworld, puis de Nightcrawlers (pour l'event Sins of Sinister). Il est cependant évident qu'il a dessiné la majorité des planches de l'épisode (si ce n'est la totalité) car la manière dont sont réalisés les personnages, notamment au niveau de leurs visages, est différent de ce que fait Pichelli. Et ce n'est pas un reproche car Tammetta affiche une technique solide, une belle expressivité, et une narration dynamique. C'est bien simple : il arrive sur la série comme s'il l'avait déjà dessinée auparavant. Il n'y a rien à redire, c'est du très bon taf, et ma foi, si Pichelli n'est plus de la partie, Marvel lui aura trouvé un parfait remplaçant.

Le prochain épisode promet beaucoup et va certainement expliquer un gros mystère apparu à la fin du #5. De quoi ne pas lâcher Scarlet Witch de sitôt !

mercredi 28 juin 2023

SCARLET WITCH ANNUAL #1, de Steve Orlando et Carlos Nieto


Je n'avais pas prévu de lire ce premier Annual de Scarlet Witch... Sauf que je l'avais précommandé sans m'en rappeler ! Steve Orlando est aux commandes, ce qui est logique puisqu'il est le scénariste de la série actuelle consacrée à la Sorcière Rouge. Mais pourtant il rédige le script qui va préparer à un event qu'il n'animera pas ! Carlos Nieto illustre tout cela avec beaucoup de talent : un artiste à suivre.


Agatha Harkness rend visite à Wanda Maximoff pour évoquer le cas du démon Chton et du Darkhold qu'elle a mis en lieu sûr. Jugeant ce fardeau trop lourd à porter pour Wanda, Agatha tente de la convaincre de se partager ce devoir. Mais Scarlet Witch ne l'entend pas de cette oreille...



Le mois dernier, j'écrivais que je critiquerai pas cet Annual de Scarlet Witch et me voilà rédiger quand même une entrée à son sujet. En précommandant les premiers numéros de la série, j'avais inclus celui-ci pensant qu'il serait indispensable. Sauf que, entre-temps, Marvel a communiqué sur son contenu et ce qu'il annonçait...


Au mois d'Août et Septembre prochain paraîtront 8 Annuals dans cet ordre : Spider-Man (9/8), Invincible Iron Man (16/8), Fantastic Four (23/8), Moon Knight (30/8), Spider-Gwen (6/9), Venom (13/9), X-Men (20/9) et The Avengers (27/9). Ces one-shots formeront l'event Contest of Chaos, écrit par... Stephanie Phillips.
 

Une énième baston entre super-héros (que c'est original) provoquée par Agatha Harkness qui, comme on le découvre dans cet Annual de Scarlet Witch, met la main sur ce qui va provoquer ce chaos dans la communauté des justiciers.

Agatha Harkness, comme vous pouvez le voir ci-dessus, a bien changé. Souevnez-vous, avant, elle ressemblait à ceci :
  

Depuis la mini-série Midnight Suns (2020), elle a eu droit à une sacrée cure de jouvence, sans doute aussi pour coller avec son incarnation dans le MCU où elle était interprétée par l'actrice Kathryn Hahn.

De son côté, Wanda Maximoff a fait le chemin inverse : devenue la méchante dans le film Doctor Strange in the Multiverse of Madness (un beau gâchis, qui a fait dire à Elizabeth Olsen qu'elle n'était plus si pressée de retrouver son personnage), elle a été pardonnée par les mutants (qui lui tenaient toujours rancune pour le M-Day dans House of M) et a eu droit à une nouvelle série à son nom depuis quelque mois grâce à Steve Orlando.

Scarlet Witch a fait la paix avec ses anciens ennemis et elle-même, en veillant notamment à emprisonner le démon Chton et en absorbant le pouvoir du grimoire Darkhold dans son esprit. Or, Agatha Harkness l'a appris et juge que Wanda n'est pas à même de contenir de telles forces occultes. Elle lui paie donc une visite pour tenter de la convaincre d'accepter son aide. Mais le ton monte vite...

Steve Orlando se trouve donc dans la position étonnante de rédiger le prologue d'un event qu'il n'écrira pas. Sans doute n'a-t-il pas voulu qu'un autre n'anime le personnage dont il a la charge, mais tout de même c'est curieux. En effet, c'est Stephanie Phillips (qui signe actuellement la mini-série Rogue & Gambit) qui rédigera les huit Annuals au sein desquels sera développée l'intrigue (ou ce qui en tiendra lieu) de Contest of Chaos dans lequel les manoeuvres de Agatha Harkness vont mettre le feu dans la communauté super-héroïque.

Je n'ai absolument aucune intention de lire Contest of Chaos et donc de me procurer huit Annuals de séries que je ne suis pas (hormis The Avengers). Si Stephanie Phillips semble être une auteur sur laquelle Marvel veut miser pour l'avenir après qu'elle a brillé chez DC, la perspective de revoir une nouvelle confrontation de super-héros n'a rien de convaincant et je doute fortement que cela ait la moindre conséquence.

Quid alors de Scarlet Witch Annual ? Steve Orlando a prouvé qu'il animait de façon inspirée le personnage de Wanda Maximoff et une fois encore il surprend positivement avec ce récit plein d'action où elle brille par sa combativité face à celle qui fut pourtant sa mentor. Il conclut même ce one-shot sur un twist malin qui montre à quel point le plan de Agatha Harkness est habile et sournois.

Ce n'est pas Sara Pichelli qui met tout ça en images (il semble d'ailleurs que dès le prochain n° de la série, l'italienne co-signera les dessins avec son compatriote Lorenzo Tammetta - à voir à quoi ça ressemblera), mais Carlos Nieto. Je ne le connaissais pas, mais renseignement pris, j'ai appris qu'il avait surtout travaillé sur la licence Star Trek pour IDW Publishing jusque-là.

C'est à l'évidence un artiste à suivre car il affiche une belle maturité. Tout n'est pas parfait et quelques gros plans laissent à désirer avec des proportions perfectibles. Mais ces bémols mis à part, ses planches sont excellentes et il a l'occasion de montrer ce qu'il sait faire avec un numéro mouvementé où le script lui donne à réaliser plusieurs splash pages spectaculaires.

Il s'en acquitte avec beaucoup d'application, variant ses compositions, ses valeurs de plans, très à l'aise avec ses personnages et les décors ainsi que les manifestations d'énergie magique. Les couleurs de Triona Farrell servent à merveille et le récit et le trait de Nieto.

C'est donc une lecture agréable mais que j'aurais préféré intégrée à la série plutôt que comme rampe de lancement pour un énième event au pitch déjà-vu. En tout cas, Steve Orlando tient bon la barre et sur lui on peut compter pour, espérons-le, lire encore de nombreux bons épisodes de Scarlet Witch.

vendredi 5 mai 2023

SCARLET WITCH #5, de Steve Orlando et Russell Dauterman


Ce cinquième épisode de Scarlet Witch marque la fin du premier arc écrit par Steve Orlando. Et la dernière page m'a plongé dans un abyme de perplexité... Avant cela, c'est un festival d'action, et elle n'est pas mise en image par n'importe qui puisque Russell Dauterman remplace Sara Pichelli. C'est donc très beau et intense.


Scythia des Bacchantes revient à Lotkill, vêtue d'une armure en Mysterium, ce minerai qui résiste à la magie. Réclamant toujours que Wanda lui livre Darcy Lewis, elle l'affronte avec férocité... Jusqu'à ce que Scarlet Witch trouve un moyen d'abréger ce conflit...


Cet épisode est une sorte d'événement puisqu'il est donc dessiné, couverture et pages intérieures, par Russell Dauterman. Ce formidable artiste, qui a éclaté aux yeux du grand public, avec la partie du run de Jason Aaron sur Thor mettant en scène Jane Foster en déesse de la tonnerre, ne produit quasiment plus que des couvertures et des character's designs depuis.


Les rares fois où on a pu profiter de son talent de narrateur remontent à deux numéros de Giant-Size X-Men (Jean Grey & Emma Frost et Storm) écrits par Jonathan Hickman, et quelques planches lors des deux premières éditions du Hellfire Gala. Il a par ailleurs largement contribué à habiller les mutants et leurs invités lors ces parties organisées par Emma Frost, révélant son goût pour la haute couture.
 

C'est en vérité bien peu pour celui qui, donc, auparavant, était considéré comme un dessinateur sur lequel misait Marvel. Mais Dauterman semble y trouver son compte (il est vrai que parfois un cover-artist gagne davantage qu'un artiste régulier). Mais tout de même, c'est un peu du gâchis quand on a un tel coup de crayon que de ne pas l'utiliser pour raconter des histoires.

Le fait de l'avoir convaincu de mettre cet épisode en images était sans doute l'occasion de marquer le coup pour une série encore jeune et qui a l'air de bien fonctionner commercialement (avec qui plus est de bons retours critiques). Le mois prochain sortira non pas le n°6 mais un Annual (illustré par Carlos Nieto), qui sera surtout un prologue pour un des events Marvel de l'été, Contest of Chaos : je vais zapper cet Annual et cet event, et attendre la suite en Juillet avec le retour au dessin de Sara Pichelli.

En attendant, cet épisode est époustouflant visuellement. Dauterman n'a rien perdu de ses qualités de narrateur graphique, soutenu par les couleurs de Matt Wilson, son partenaire. L'affrontement entre Scythia et Scarlet Witch tient toutes ses promesses et Steve Orlando n'hésite pas à le rendre très brutal.

Réclamant toujours que Wanda lui livre Darcy Lewis qui a tué une de ses "soeurs" amazones, Scythia est une combattante féroce et qui, pour ne rien arranger, s'est forgée une armure en Mysterium, ce minerai étrange qui résiste à la magie et qui a été le fil rouge de la série depuis le début.

Wanda tente bien alors de lutter à mains nues mais face à son adversaire, elle est largement dominée (elle aurait dû demander à Steve Rogers de l'entraîner davantage...). Et elle s'en prend vraiment plein la figure. Les néo-féministes vont sûrement être épouvantés par ce spectacle, à moins qu'elles ne se rendent compte qu'il s'agit de deux femmes qui se battent.

Matt Wilson joue donc beaucoup avec le rouge du sang versé, du costume de Wanda et des manifestations magiques du pouvoir de Scarlet Witch. Dauterman découpe tout cela avec beaucoup d'énergie et un esthétisme toujours imparable, ce qui donne à des images violentes et magnifiques à la fois.

Steve Orlando, lui, a prouvé deux choses sur ce titre : d'abord qu'il écrit vraiment bien Scarlet Witch, à qui il a donné une vraie nouvelle impulsion, une sorte de réhabilitation. Et ensuite qu'il est bien plus doué quand il anime un personnage solo qu'une équipe (car son run sur Marauders est une vraie purge - mais qui semble vivre ses dernières heures - même s'il partage cette responsabilité avec Eleonora Carlini, dont les dessins sont un bordel innommable).

Pourtant, la dernière page ne va pas manquer de plonger bien des lecteurs dans la perplexité la plus profonde. Je ne vais pas vous spoiler mais on y assiste au retour d'un personnage mort récemment et qui semble à nouveau avoir basculer du côté obscur. Je ne sais pas où cela va mener, si cela va être développé ici et/ou ailleurs, dans d'autres séries X, mais il évident que Orlando n'a pas pu oser cela sans l'aval des autres scénaristes de la franchise. Ce qui est plus gênant, c'est que je ne vois pas bien où ça va mener et en quoi, surtout, c'est une bonne idée. Mais quitte à choisir, j'espère que ça ne va pas impacter trop Scarlet Witch (même si ça me paraît inévitable), en tout cas trop parasiter la suite.

Mais j'aurai l'occasion de revenir sur le futur mutant prochainement pour faire un point sur ce qui est déjà annoncé et ce que, moi, je compte faire.

samedi 8 avril 2023

SCARLET WITCH #4, de Steve Orlando et Sara Pichelli


Ce quatrième épisode de Scarlet Witch marque une rupture dans la conception de la série écrite par Steve Orlando et dessinée par Sara Pichelli. Après trois précédents numéros self-contained, on assiste là au début d'une intrigue qui se prolongera au moins jusqu'au mois prochain. L'occasion aussi d'en apprendre plus sur Darcy Lewis, l'assistante de Wanda Maximoff...


Scythia des Bacchantes réclame à Scarlet Witch qu'elle la laisse emporter Darcy Lewis pour être jugée par ses soeurs, dont l'une qu'elle a tuée. Mais Wanda refuse qu'on livre son amie et affronte l'amazone. Le combat est disputé et pousse la sorcière dans ses retranchements...


Jusqu'à présent donc, chaque épisode de Scarlet Witch se composait d'une histoire avec un début, un milieu et une fin contenus en une vingtaine de pages. Il y avait bien un vague mystère autour de Darcy Lewis, ce personnage importé du MCU (figurant dans les films consacrés à Thor et aussi dans la série WandaVision), mais on se demandait à quand Steve Orlando, le scénariste, nous en dirait plus à son sujet.


Finalement, le suspense à été de courte durée puisque c'est pour cette fois. Et avec ces explications la série change de format car l'histoire qui débute ce mois-ci se poursuivra au moins jusqu'au prochain numéro. A voir si Scarlet Witch va devenir un feuilleton ou reviendra ensuite à sa formule anthologique...


Ce qui est sûr, c'est que même en changeant Scarlet Witch demeure aussi convaincant. Orlando livre un épisode riche en action et Wanda Maximoff est poussée dans ses retranchements face à une adversaire déterminée et puissante.

Scythia des Bacchantes, telle est son nom : Orlando fait donc ici références aux bacchantes, ces adoratrices de Bacchus/Dyonisos, le dieu du vin, des débordements et de l'ivresse, même si chez les romains sa nature divine a été remise en question et son rapport au vin a été relativisé, pour devenir plus généralement l'inspirateur de la tragédie et du théâtre. Le scénariste rattache aussi cette guerrière scupturale aux amazones, ces archères apparues pour la première fois dans L'Iliade d'Homère, qui se coupaient un sein pour mieux manier leur arme favorite.

Sara Pichelli a doté Scythia d'un physique impressionnant et l'affontement qui l'oppose à Scarlet Witch force cette dernière à utiliser sa magie de manière différente, avec plus de ruse face à la force brute. Chez DC, c'est comme si Wonder Woman ou plutôt Artémis affrontait Zatanna. L'artiste use d'un découpage avec des vignettes aux dimensions généreuses pour représenter au mieux l'impact dévastateur des coups portés par Scythia mais aussi les parades de Wanda.

Pichelli a retrouvé tous ses moyens, c'est certain, et elle met en valeur d'un côté la grâce féline de Scarlet Witch face à la rudesse de Scythia. La mise en scène est habile et intense, avec des assauts variés et des manifestations de pouvoirs ingénieuses.

Pourtant la dessinatrice italienne cédera sa place le mois prochain à Russell Dauterman, le cover-artist du titre, qui nous gratifiera à nouveau de planches intérieures, exercice dans lequel il se fait désormais très rare. Faut-il s'en inquiéter pour Pichelli ? Pas sûr, même si effectivement la voir se mettre en retrait après seulement quatre épisodes peut susciter le doute. Mais si ça lui permet de revenir gonflée à bloc, c'est un petit prix à payer. Et on ne va pas se plaindre d'avoir un fill-in par Dauterman.

Steve Orlando révèle simplement pourquoi Darcy Lewis est en fâcheuse posture. Je ne vous spoilerai pas l'explication. Toutefois, il y a un cliffhanger qui annonce un match retour dangereux avec l'autre fil rouge de la série, ce fameux minerai résistant à la magie (que Wanda a fait expertiser par sa soeur Polaris) et qui pourrait jouer un rôle décisif par la suite. Il semble en effet clair que le scénariste veuille exploiter cet élément sur le long terme.

En tout cas, Scarlet Witch confirme tout le bien qu'on peut penser de cette série, qui redonne du lustre et de l'intérêt à un personnage tourmenté par beaucoup de scénaristes, jusqu'à la caricature. Si cela pouvait aussi inspirer Kevin Feige pour le MCU et nous donner le plaisir de revoir Elizabeth Olsen dans un registre aussi abouti, ce serait parfait.

samedi 11 mars 2023

SCARLET WITCH #3, de Steve Orlando et Sara Pichelli


Scarlet Witch, comme la relance de Fantastic Four, est vraiment la bonne surprise récente du côté de chez Marvel, en tout cas un de mes coups de coeur. Cette reprise en main du personnage par Steve Orlando est peut-être même plus enthousiasmante encore dans la mesure où je n'en attendais rien. Mais ce troisième épisode confirme que le scénariste est vraiment inspiré par sa muse et, pour ne rien gâcher, la série marque la véritable renaissance de son artiste, Sara Pichelli.


Alors qu'elle reçoit la visite de Polaris à qui elle a demandé d'analyser le minerai mystérieux qu'elle a récupéré après son combat contre le Corrupteur, Wanda est appelée sur une autre mission. Lorna l'accompagne dans le royaume de Sub-Atomica où la princesse Mardj veut repousser des ennemis avec une épée mythique...


Voilà un épisode très original. Steve Orlando convoque, comme l'indique la couverture (une nouvelle fois signée Russell Dauterman, qui, on l'a appris ces derniers jours, dessinera l'intégralité du n°5), Polaris, la "soeur" de Wanda. Il est fait mention du minerai que la Sorcière Rouge a récupéré après son combat contre le Corrupteur (dans le premier épisode) et que Polaris compare au Mysterium (introduit dans la série S.W.O.R.D. de Al Ewing) mais en moins raffiné.


Pourtant Orlando ne s'attarde pas sur le sujet. C'est un peu frustrant, mais ce qui suit va nous consoler. Car on frappe à nouveau à la porte secrète de l'emporium, ce passage créé par Wanda que peuvent emprunter tous ceux qui ont désespérément besoin de son aide. Sauf que personne n'apparaît...


Wanda détecte une présence mais à un niveau microscopique et accompagnée de Polaris, elle fait la connaissance de Mardj, princesse du royaume de Sub-Atomica. Pourquoi ne pas l'avoir nommé Microvers comme c'est l'usage chez Marvel (et DC aussi, je crois) ? Mystére. Mais passons.

Le récit qui se déploie alors s'inscrit dans le registre du parcours initatique, de la quête. L'objet de cette quête est une épée mythique qui permettra à Mardj de vaincre les Nallis, des ennemis de son peuple. Mais ce n'est en vérité qu'un prétexte pour Steve Orlando.

En effet, dès que cette balade dans le royaume de Sub-Atomica débute, le découpage change radicalement : le comic-book ne se compose alors plus que de pleines pages avec un texte récitatif (la voix-off de Wanda). La narration garde un rythme assuré ainsi, à la fois palpitant, elliptique et tranquille. Ne subsistent que les temps forts.

Ce faisant, Orlando fait un drôle de cadeau à sa dessinatrice, Sara Pichelli, car l'exercice est particulièrement délicat. Tenir presque tout un épisode ainsi exige de l'artiste des images qui doivent être exemplairement composées, toutes marquantes, détaillées. Pichelli, qui n'a pas été sollicitée de cette manière depuis longtemps et pour qui Scarlet Witch représente une occasion de prouver qu'elle en a encore sous le crayon, ne déçoit pas.

Avec son encreuse Elisabetta d'Amico et surtout le coloriste Matthew Wilson, Pichelli nous gratifie de planches superbes, nous entraînant dans un monde à la fois féérique et inquiétant. On nage dans un conte, avec des étapes classiques certes mais magnifiquement produites. Wilson en particulier joue beaucoup sur les couleurs des costumes (le rouge de Wanda, le vert de Polaris, et la tenue plus chamarrée de Mardj) qui servent de repères dans les décors les plus étranges.

La représentation des pouvoirs reste comme toujours très sobre, car Orlando comme Pichelli ont visiblement à coeur de ne pas trop verser dans les clichés super-héroïques pour la série. Wanda n'est pas une justicière et cette fois encore, elle joue plutôt un rôle de guide, de soutien, acceptant de rester en retrait quand par exemple Mardj doit délivrer son peuple du joug des Nallis. On n'est pas dans un schéma conventionnel avec un méchant qui attaque et Scarlet Witch qui riposte (même si la fin de l'épisode laisse entrevoir ce genre de confrontation pour le prochain numéro).

La proposition de Orlando et Pichelli renvoie aussi à celle de Ryan Noth et Iban Coello sur Fantastic Four dans la mesure où chaque épisode est auto-contenu, avec un fil rouge (ici le fameux minerai qui résiste à la magie, ou le secret entourant le passé de Darcy Lewis). J'aime beaucoup cette manière de raconter qui tranche singulièrement avec le tout-venant de la production actuelle, avec des arcs de plusieurs épisodes. Warren Ellis en était un spécialiste, et on voit aujourd'hui des auteurs revenir à ce procédé.

Le seul bémol que j'émettrai pour cete fois concerne la réunion Scarlet Witch-Polaris dont on pouvait attendre qu'elle soit plus fouillée. En réalité, Wanda et Lorna interagissent peu après leur première scène ensemble au tout début. Tout juste peut-on noter que Lorna soutient Wanda dans sa volonté de rebondir, et, à la fin, lui exprime-t-elle son admiration sincère pour sa capacité de résilience. Mais c'est vrai qu'on reste un chouia sur sa faim car avec une couverture et un duo pareil, il y avait sans doute plus à faire. Toutefois il est sensible que Orlando ne tient pas à ce que les invités de la série volent la vedette à Wanda (déjà Pietro dans le premier épisode ne faisait que passer) et c'est louable pour une héroïne en reconstruction.

Cette réserve mise à part, il n'y a vraiment rien à redire. C'est beau, très beau même, et très bon. J'ai enfin trouvé une série sur laquelle Steve Orlando me convainc pleinement, et je suis content de voir Sara Pichelli revenue à son meilleur niveau.

vendredi 3 février 2023

SCARLET WITCH #2, de Steve Orlando et Sara Pichelli


Ce deuxième épisode de Scarlet Witch confirme les bonnes dispositions de la série initiée par Steve Orlando et Sara Pichelli. Une fois encore, l'intrigue se présente sous la forme d'un done-in-one très efficace et joliment mis en images. Mais un subplot commence à courir et va alimenter la suite... En prime, pour le Black History Month, le numéro est agrémenté d'une back-up story où Wanda fait équipe avec Tornade.


Viv Vision, la fille de Vision, s'adresse à Wanda car elle est la proie de cauchemars récurrents altérant ses fonctions d'androïde et la poussant au suicide. Scarlet Witch pénètre sa mémoire et affronte la DreamQueen, responsable de la situation...
 

Et si cette série était vraiment la bonne surprise de ce début d'année 2023 ? En tout cas, Steve Orlando semble avoir trouvé la bonne formule pour écrire Wanda et l'inscrire dans un nouveau chapitre de son existence tourmentée.


Le scénariste ne réussira certainement pas à égaler sa prestigieuse référence (All-Star Superman, de Grant Morrison et Fran Quitely, qui l'a, dit-il, inspiré), mais en deux numéros, il est parvenu à extraire Scarlet Witch de son itinéraire doloriste en la dotant d'un caractère et d'une mission qui se nourrissent de son passé sans qu'elle en soit prisonnière.


Ce nouvel épisode la met en présence de Viv Vision, la fille synthézoïde de Vision, apparue pour la première fois (corrigez-moi en commentaire si je me trompe) dans la mini-série Vision (de Tom King, Gabriel Hernandez Walta et Michael Walsh). Or la mère de Viv a été programmée à partir de la personnalité de Wanda, qui fut longtemps la compagne de Vision (vous suivez ?). C'est donc presque une affaire de famille.

Orlando n'a pas peur, dès le deuxième épisode de sa série, d'aborder de front un thème aussi grave que le suicide puisque Viv souffre de cauchemars récurrents qui la poussent à en finir. Le scénariste traite l'affaire avec pudeur et subtilité, grâce à des dialogues soignés. Il prend son temps pour poser la situation et nous faire partager à la fois le malaise de Viv mais aussi l'attention que lui prête Wanda.

Ainsi établit-il un parallèle bien vu entre la jeune fille et la sorcière qui, elle aussi, a été sujette à un profond mal de vivre. Il est question de résilience pour Wanda qui, il n'y a encore pas si longtemps, était une paria, considérée comme une des pires criminelles pour les mutants (à cause des événements de House of M), mais aussi à cause de la séparation des Avengers (remontant au début du run de Bendis sur New Avengers avec la saga Disassembled), de sa possession par Chton, etc.

Le grand mérite de Orlando est donc de ne pas occulter toutes les épreuves de son héroïne mais sans la réduire à cela. Wanda a surmonté tout cela et veut désormais aider ceux qui sont au bord du précipice comme elle le fut. La source des ennuis de Viv amène Scarlet Witch à affronter DreamQueen, qui se repaît de la tristesse, du mal-être des vivants, quelle que soit leur nature. Viv est une proie facile pour elle car elle a vu sa mère tuer quelqu'un avant de mourir à son tour.

Sara Pichelli est en très grande forme et illustre cette histoire avec un mélange de finesse et d'énergie qui fait plaisir. Le dialogue entre Wanda et Viv permet d'apprécier le talent de l'artiste italienne pour restituer l'expressivité des personnages, sans verser dans la grimace, les moues ou une gestuelle trop démonstratives.

Puis quand Scarlet Witch se débat contre DreamQueen, la manifestation de la magie est mise en scène de façon suffisamment spectaculaire pour que le lecteur en ait pour son argent, avec des représentations puissantes et originales. Pichelli donne aux deux adversaires des silhouettes distinctes et marquantes, l'élégance du costume de Wanda contre celui plus vulgaire et baroque de DreamQueen.

Bref, c'est du tout bon, et les dernières pages introduisent un subplot impliquant Darcy Lewis, l'assistante de Wanda à l'Emporium, qui va alimenter la série dans les prochains numéros (tout comme l'intrigue secondaire concernant la pierre récupérée dans le premier numéro et soumise à l'expertise de Polaris). 
 

AN UNLIKELY FORECAST (Ecrit par Stephanie Williams et dessiné par Chris Allen.) - Tornade évoque avec Wanda la mort récente de Magneto puis accepte de l'aider à collecter un ingrédient pour une potion...

Le mois de Février est l'occasion de célébrer l'Histoire de la communauté noire aux Etats-Unis, et pour l'occasion (comme dans d'autres séries, je présume, mais je n'ai pas vérifié), Scarlet Witch a droit une back-up story de 8 pages.

Elle est écrite par Stephanie Williams (scénariste en plein essor actuellement chez DC, mais surtout avec son creator-owned Grim chez Boom ! Studios) et dessinée par Chris Allen (qui a fait partie de la dernière promotion des "Stormbreakers" de Marvel, ces artistes sur lesquels mise l'éditeur).

Bon, on ne va pas se cacher que le résultat est très anecdotique. La présence de Tornade doit justifier le Black History Month, mais l'histoire n'a rien de revendicatif ni d'instructif. C'est bien la limite de ce genre de commémorations, très américaines, pleines de culpabilité judéo-chrétienne, très communautaristes aussi.

Chris Allen dessine cela très bien, c'est effectivement un talent prometteur (il sera d'ailleurs l'artiste titulaire de la prochaine série Black Panther à partir de Juin 2023).