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samedi 28 janvier 2023

BATMAN : ONE BAD DAY - CATWOMAN, de G. Willow Wilson et Jamie McKelvie


Dernière sortie de la semaine et pas des moindres : Batman : One Bad Day - Catwoman. Il s'agit d'un récit complet de 64 pages écrit par G. Willow Wilson et dessiné par Jamie McKelvie, et qui fait partie d'une collection consacrée à la rogue gallery de Batman. Après le Sphinx, Mr. Freeze, Double-Face, Le Pingouin et avant Bane, Gueule d'Argile et Ra's Al Ghul (par Taylor et Reis), c'est donc au tour de la féline fatale d'être honorée. Et c'est une réussite.
 

Enfant, avec sa soeur Maggie, Selina Kyle a vu sa mère être obligée de vendre une broche précieuse à un prêteur sur gages pour payer le loyer. Depuis, elle est obsédée par l'idée de récupérer ce bijou, moins pour sa valeur financière que sentimentale. Et elle vient d'apprendre qu'il sera mis aux enchères.


Elle rencontre dans la salle d'exposition la conservatrice Vivian Page qui connaît la triste histoire de la broche. En remarquand Bruce Wayne parmi les acheteurs, Selina s'éclipse et procède au vol du bijou juste avant sa présentation. Elle appelle Maggie pour la prévenir mais sa soeur ne comprend pas pourquoi elle a pris tant de risques.


Selina décide de revendre la broche après l'avoir faite expertiser. Elle apprend alors que c'est une fausse. Mais comment a-t-elle atterri aux enchères ? Et qui a roulé Catwoman ?


Le principe de la collection Batman : One Bad Day, c'est d'offrir aux auteurs les plus prestigieux l'occasion de consacrer un récit complet d'une soixantaine de pages à un des vilains emblématiques de Batman.Selon la sensibilité de chacun, les récits se situent dans le passé ou le présent et Batman lui-même y tient un rôle plus ou moins important. Encore une initiative qui prouve que DC investit dans des projets qualitatifs, pour des formats atypiques - quand bien même le risque commercial est réduit avec Batman dans le titre.


En tout cas, l'opération a attiré des créateurs de premier plan, et pas seulement chez DC. Gerry Duggan (le scénariste actuel de X-Men) a signé un one-shot sur Mr. Freeze, et le duo Collin Kelly-Jackson Lanzing (les auteurs de Captain America : Sentinel of Liberty) sortira en Février leur histoire sur Geule d'argile. Côté dessinateurs, du beau monde aussi puisque Javier Fernandez a trouvé le temps (entre deux épisodes de King Spawn) de dessiner le numéro sur Double-Face, Matteo Scalera (entre deux projets avec Millar) celui sur Mr. Freeze, et il reste encore à découvrir ce qu'ont fait Xermanico et Ivan Reis avec Gueule d'argile et Ra's Al Ghul. Sans oublier les incontournables Tom King et Mitch Gerads qui on ouvert le bal avec le Sphinx.


On peut s'étonner de voir Catwoman, puisque c'est à son tour d'être au centre du jeu, dans cette rogue gallery, d'autant que le récit écrit par G. Willow Wilson (Ms. Marvel) se déroule au présent et qu'elle n'est plus une vilaine depuis belle lurette. Mais comment oublier Selina Kyle quand on évoque Batman ? Et puis ça change de tout ce casting très testéroné.

Wilson raconte une histoire classique avec tous les ingrédients qu'on attend d'une aventure avec Catwoman : il y a un casse, un bijou précieux (à plus d'un titre), des fourgues, une adversaire inattendue, et un tout petit peu de Batman (ce doit être un des one-shots où il est le moins présent). Alors qu'est-ce qui fait que ça vaut vraiment le coup ?

Déjà, si vous, comme moi, vous êtes un fan de la féline fatale et que vous cherchez quelque chose de bien à lire avec elle, vous serez statisfait. Depuis le début de l'ère Rebirth, Catwoman n'a pas été très gâtée : le run de Joelle Jones n'a franchement pas été bon. Celui de Ram V avec Fernando Blanco s'est achevé précipitamment, parasité par Fear State. Et Tini Howard avec Nico Leon ne m'a pas convaincu (peut-être aurai-je dû persévérer, mais bon...).

En vérité, le dernier scénariste à avoir bien traité Catwoman, de manière originale, reste Tom King dans son run sur Batman. Mais DC n'a semble-t-il jamais voulu enteriner sa volonté de faire de Batman et Catwoman un couple durable comme Lois et Superman, comme si l'éditeur (et les autres auteurs animant ces personnages) voulaient conserver à Selina Kyle son indépendance et la possibilité de la faire retomber du mauvais côté. Dommage, car justement l'ambiguïté du couple, le doute permament autour de Catwoman pimentaient la relation de BatCat.

D'ailleurs, dans les deux scènes où G. Willow Wilson confronte Bat et Cat, la scénariste joue divinement cette partition avec un Batman qui a conscience qu'il ne peut tenir en laisse Catwoman et y prend visiblement du plaisir. Il sait que c'est pour cela, comme cela qu'elle lui plait et qu'il lui plait. Il y a une sorte de malice, de tension sexuelle entre eux deux qu'il est inutile d'exacerber car le lecteur est complice et s'en régale.

Wilson agrémente son intrigue, qui se passe quasiment en temps réel (à l'exception d'un flashback), d'une quête personnelle pour Catwoman puisque la broche qu'elle vole, puis cherche à revendre à une valeur sentimentale - et même historique. Le bijou a en effet été monté par des orfèvres français durant l'Occupation nazie.

Lorsque le récit déraille et que Catwoman comprend qu'elle a été doublée, l'identification et les motivations de l'adversaire rendent le tout plus trouble et roublard, pour aboutir à une scène de combat où on aurait apprécié que Wilson explique la force physique étonnante du Forger. Mais c'est la seule réserve que j'émettrai. Tout ce qui précéde, avec la localisation du bijou, son vol, le passage chez le fourgue, la révélation de la duperie, tout cela est un vrai plaisir à lire. Le rythme est soutenu, la caractérisation de Selina est parfaite (avec ce savant dosage d'espiéglerie et de détermination) : ça, c'est la Catwoman que j'aime.

Alors qu'il s'est fait discret depuis la fin de The Wicked + The Divine (écrit par Kieron Gillen, chez Image Comics), même s'il travaillerait depuis de longs mois sur un creator-owned, Jamie McKelvie fait son grand retour au dessin avec ce one-shot. Et qui de mieux pour croquer Catwoman que cet artiste si élégant ?

Il y a une chose qui me déplait chez McKelvie, c'est son traitement des décors, trop infographiés, trop froids, mais le résultat dans son ensemble fait passer la pilule. L'artiste assume dessin, encrage et colorisation, et on sent qu'il s'est vraiment investi dans le projet, que ce n'est pas un boulot qu'il accepté pour le chèque, entre deux autres jobs.

Il représente Selina comme une femme très belle, ça va de soi, mais surtout avec le souci de la rendre crédible en tant que Catwoman. Pour être une monte-en-l'air pareille, il la dote d'un corps ferme, légèrement sculpté, musclé, on devine qu'elle fait de l'exercice, qu'elle s'entraîne, notamment quand elle apparaît dans une robe du soir échancrée qui laisse voir justement des parties de son anatomie trahissant une pratique sportive.

Ce genre de détails crédibilise tout le reste, quand elle se glisse dans des conduits d'aération où elle rampe, ou quand elle désarme et neutralise deux gardiens sur un toit en accomplissant des cabrioles et en les frappant de manière précise et efficace. Pour autant, Catwoman n'est pas Black Widow, cette ballerine formée comme une machine à tuer, et son affrontement contre le Forger démontre qu'elle est en difficulté contre un adversaire dont elle a ignoré qu'il pouvait être aussi coriace. Elle prend alors des coups et même si Wilson et McKelvie épargnent Catwoman en le l'esquintant pas trop, elle se paie un sacré oeil au beurre noir.

Les décors, donc, sont très infographiés et ne se départissent jamais d'une froideur certaine. McKelvie renonce à les texturer pour singifier des traces d'usures ou à les coloriser de telle sorte qu'ils paraissent moins lisses. Le dessinateur privilégie la lisibilité en toute circonstance, c'est louable, mais un peu dommage car c'est sans doute ce qui manque à ses images.

La chose est d'autant plus remarquable que, quand il s'agit du costume de Catwoman, McKelvie utilise des effets de trame, ce qui donne une apparence proche du cuir qu'on connaît au personnage mais aussi d'une couche supplémentaire, plus résistante, plus conforme à un habit de cambrioleuse, d'acrobate, de super-vilaine.

La qualité des expressions sur les visages, du langage corporelle, et un découpage rigoureux (McKelvie ne déborde jamais du cadre, il y a toujours ce côté propre, sage, classique chez lui) contribuent à une lecture qui se s'éparpille pas, mais rend justice au script, et aboutit à une forme très raffinée, étudiée.

C'étair le vrai seul numéro de la collection qui me tentait et je n'ai pas été déçu. Mieux : cela m'a donné envie de jeter un oeil sur quelques autres (et comme dans les prochaines semaines la quantité de critiques va baisser - notamment en raison de l'absence de titres X, ne suivant ni le crossover X-Men/Captain Marvel, ni l'event Sins of Sinister), je tâcherai de vous proposer des critiques sur d'autres One Bad Day.

jeudi 21 avril 2022

CATWOMAN #42, de Tini Howard et Nico Leon


Avec ce 42éme épisode de Catwoman se clôt le premier arc de la série depuis que Tini Howard en a repris la direction. Mais c'est une conclusion à l'image de ce qui a précédé : décevante, sans souffle, sans tension. Nico Leon, après un départ prometteur, a livré sans ciller des planches paresseuses, noyées dans des effets numériques déplaisants.


Entrés par effraction dans sa chambre d'hôtel, les agents d'Eiko Hasigawa préviennent Catwoman que les familles du crime hésitent à la faire tuer par Black Mask. Elle doit convaincre un caïd de l'épargner.


Mais Catwoman n'a plus de temps pour négocier. Elle cible donc directement Roman Sionis/Black Mask, chez qui elle s'introduit pour lui dérober ce à quoi il tient le plus.
 

Alors que Black Mask tente de forcer la décision auprès des parrains de la pègre de le laisser éliminer Catwoman, elle le contacte en possession du masque qu'il a fait tailler dans le cercueil de son père.


Sionis se rend sur les docks pour récupérer son bien mais il se fait pièger par Catwoman, soutenue par les agents d'Eiko Hasigawa...

Je vais donc rédiger ma dernière critique sur la série Catwoman puisque je cesse de suivre ce titre après ce numéro. J'espérai beaucoup (trop ?) de sa reprise par Tini Howard, déçu aussi que Ram V l'ait quitté aussi rapidement. Mais le compte n'y est tout simplement pas.

Si comparaison n'est pas raison, il faut quand même reconnaître à Ram V qu'il proposait quelque chose qui me convenait davantage. Tini Howard n'a pas tellement bouleversé la donne, s'inscrivant dans les pas de son prédécesseur, mais sur des bases moins lisibles, moins claires dans les intentions. C'est là où le bât blesse : qu'a voulu raconter la scénariste ?

Ram V partait sur un postulat séduisant et simple, avec des références appuyées au run de Ed Brubaker, plaçant Catwoman dans son élément (de retour dans le quartier de Alleytown dont elle voulait reprendre le contrôle pour sauver des jeunes désoeuvrés de la délinquance de caïds locaux). Il lui opposait un méchant retors ( le Père Vallée), des rivaus charismatiques (le Pingouin, le Sphinx). Il aura fallu que Fear State vienne parasiter tout ça pour Ram V se désinvestisse de la série et la quitte.

Tini Howard, elle, est partie sur un statu quo aussi prometteur : Batman quittait Gotham (dans sa propre série, reprise par Joshua Williamson) et laissait donc les hauts quartiers sans surveillance. Mais à partir de là, il a bien fallu constater le gouffre qui existait entre la note d'intention de la scénariste et la réalité de son script : elle promettait le retour d'une Catwoman monte-en-l'air, plus ambiguë dans son positionnement moral, aux prises avec le gratin de la pègre. Le compte n'y est pas.

D'abord parce que le gratin de la pègre en question est incarné par des personnages qui manquent cruellement de charisme. Après le Pingoin, le Sphinx, c'est difficile et ce ne sont pas Eiko Hasigawa, Finbar Sullivan, Don Tomasso, Drago Ibanescu qui risquent de les faire oublier. Ensuite, pour ce qui est de Catwoman, on ne l'a pas vue renouer avec la cambriole (alors qu'on aurait pu penser que l'histoire la verrait être traquée par la pègre après qu'elle l'ait soulagée de quelque magot). Enfin, il y a le cas Valmont.

La couverture de ce n°42 suggère une relation fièvreuse entre le féline fatale et ce tueur, mais il n'en esr rien. Howard a échoué totalement à faire de cette création originale un acteur intéressant, dont le rôle ait un poids sur l'intrigue. On ignore tout de ses motivations, il manque d'épaisseur, a un look sans personnalité (avec qui plus est un masque dont on se demande comment il lui permet de voir !). C'est dommage parce que, là encore, il y avait de quoi créer un anti-héros trouble et troublant, mais c'est raté.

Tout cela aboutit à un sentiment de désintérêt, on a un mal fou à accrocher à ce qu'on nous raconte, au point que la manière dont Catwoman réussit à écarter Black Mask de l'équation (pourtant un de ses ennemis les plus emblématiques) tombe complètement à plat. Idem pour Eiko Hasigawa, une autre figure pleine de potentiel mais trop vaporeuse. Ou le fils Tomasso, Dario, un faire-valoir passable. Quatre épisodes pour ça, c'est maigre, trop maigre.

Graphiquement, la série telle que reprise par Howard offrait à Nico Leon, transfuge de Marvel où il ne s'est jamais imposé au-delà du statut de remplaçant, l'occasion de briller. Le premier épisode et le suivant furent séduisants, imposant un style élégant, malgré un risque évident de surchauffe.

Puis patatras ! Les deux épisodes suivants ont révélé un tout autre visage de l'artiste, noyant ses dessins (ou ce qu'il en restait, c'est-à-dire les personnages) dans des décors numérisés à outrance quand il ne s'agissait pas simplement de photos retouchées. Soudain, on se retrouvait dans des planches dignes d'un Salvador Larroca (dit la photocopieuse), sans charme, sans personnalité. Entretemps, comme pour ne rien arranger, Jordie Bellaire (rescapée du run de Ram V et Fernando Blanco) a été voir ailleurs, remplacée par Veronica Landini (qui n'a pas démérité cependant).

J'observe ici qu'il est parfois difficile pour les auteurs Marvel de se fondre dans le moule DC (Bendis s'y est perdu), et Tini Howard m'a plus ravi avec Excalibur qu'avec Catwoman. J'arrête donc les frais, un peu à regret (car on ne sait jamais si ça aurait pu s'arranger), mais insister n'est pas forcèment gagner au final. Peut-être qu'un jour, à nouveau, quelqu'un saura se saisir de Selina Kyle avec adresse : c'est un personnage qui a toujours brillé par intermittence dans son propre titre.

jeudi 17 mars 2022

CATWOMAN #41, de Tini Howard et Nico Leon


Ce quarante-et-unième épisode de Catwoman est... Bof, dirons-nous. Bien que Tini Howard soit connue pour ne pas abattre ses cartes rapidement, on est bien en peine de savoir où elle veut en venir au bout de trois numéros, sachant que le mois prochain s'achèvera son premier arc narratif sur la série. Nico Leon, quant à lui, fait des choix graphiques très discutables, avec une nouvelle coloriste.


Choquée par les meurtres de Valmont, Catwoman s'interroge sur ce qu'il va faire des corps des sbires de Noah Goddard. Lorsqu'elle l'apprend, elle fuit et sème Valmont qui est attaqué par Onyx Adams, une ancienne tueuse de la Ligue des Assassins, désormais alliée de Batman.
 

Onyx est au courant des mouvements récents de la pègre gothamite. Catwoman la convainc de l'aider en utilisant Dario Tomassi. Elles le surprennent sur le point de faire sauter l'hôtel Trixie, qui appartient à son père, qui vient de lui préférer Noah Goddard pour diriger ses affaires.


Catwoman veut monter Finbar Sullivan contre le reste des parrains de la pègre. Pour cela, elle s'en prend à ses hommes de main avec le renfort de Onyx. En difficulté, les deux femmes peuvent s'éclipser grâce à l'aide de Dario.


Au courant de cette attaque, Sullivan accuse Don Tomassi puisque son fils a été identifié. Black Mask met fin à cette querelle en persuadant les caïds d'éliminer Catwoman. Celle-ci offre un refuge à Dario tandis qu'Onyx se retire. Mais Eiko Hasigawa avance ses propres pions...

Une chose m'a profondément troublé - et même dérangé à la lecture de cet épisode. Outre que Tini Howard finisse son arc le mois prochain, elle produit un chapitre qui m'a fait penser à ce que Ram V écrivit quand il oeuvrait sur Catwoman.

En effet, Ram V avait montré Catwoman dans Alleytown cherchant à intimider un des cadres de la pègre de ce quartier pour prendre l'avantage sur les autres. Une manoeuvre qui établissait Selina Kyle comme une stratège similaire à Batman, possédant toujours un coup d'avance. Mais la différence entre Ram V et ce que propose pour l'heure Tini Howard, c'est l'objectif.

En effet, Ram V posait comme but à Catwoman la (re)conquête d'un titre de "reine de Alleytown". Elle voulait ainsi symboliquement mais aussi concrètement succéder à la femme qui l'avait formée, Mama Fortuna. Mais maintenant qu'elle évolue dans les beaux quartiers de Gotham, sa haute ville, que cherche vraiment Catwoman ? Si ce sont les ennuis, elle les a déjà trouvés. Mais sinon ?

En vérité, au bout de trois épisodes sur les quatre que comptera cet arc, je ne sais toujours pas ce que Catwoman fiche dans Gotham uptown. Quelle est son ambition ? Son objectif ? Au début du run de Tini Howard, elle donnait l'impression de profiter de l'absence de Batman pour regoûter à l'ivresse des sommets, observer les forces en présence dans la pègre, constater le retour de Black Mask, puis déplorer le meurtre de Kristi son amie danseuse. Mais à part ça ? 

Que veut nous dire, nous raconter Tini Howard ? Ce n'est vraiment pas clair. Catwoman se pose-t-elle en justicière, qui veut venger Kristi, affronter Black Mask, démanteler la pègre ? Ou cherche-t-elle à se faire une place au soleil dans ce milieu de bandits ? Cette seconde option colle avec la note d'intention de la scénariste qui affirmait vouloir à nouveau mettre en scène Selina Kyle comme une cambrioleuse... sauf qu'elle n'a rien volé. Et qu'elle s'est mise à dos de redoutables gangsters, puis doit composer avec ce mystérieux Valmont qui, lui aussi, semble vouloir débarrasser Gotham de ces crapules (sans rechigner à les tuer), et cette fois avec Onyx Adams.

J'avoue, je ne connaissais pas ce personnage, et j'ai donc dû me renseigner à son sujet pour découvrir qui elle était (même si Tini Howard résume son c.v. en voix off). Toutefois, on n'est guère plus avancé car Onyx Adams traverse cet épisode de manière bien bizarre, méfiante devant les intentions de Catwoman, puis s'éclipsant aussi subitement qu'elle est apparue en la laissant dans la mélasse avec Dario Tomassi. La couverture (de Jeff Dekal) promettait quelque chose d'épicé entre les deux femmes, il n'en est rien. A l'image de l'épisode entier. C'est très déroutant.

Côté visuel, ce n'est pas mieux car Nico Leon... Comment dire ?... Bon, allons-y carrément, c'est un escroc. S'il avait fait illusion sur les deux épisodes précédents, cette fois, c'est une telle déception que ça frise le foutage de gueule.

Sans qu'on l'ait vu venir, Jordie Bellaire a quitté la série (j'ignore pourquoi, et on ne le saura jamais. Elle travaille beaucoup, sans doute a-t-elle dû renoncer). Elle est remplacée par Veronica Gandini. Parfois un changement de cet ordre n'est rien. Parfois il agit comme un révélateur terrible. Gandini n'est pas mauvaise dans sa partie et elle fait d'ailleurs un bon boulot.

Mais elle participe aussi à montrer les procédés jusque-là dissimulés visiblement par Bellaire. Nico Leon ne dessine pas de décors, en vérité il se sert de fichiers photonumériques et y plaque les dessins de ses personnages. La colorisation de Gandini, plus claire que celle de Bellaire, révèle ce procédé dans toute sa laideur, on croirait lire un mauvais roman-photo avec uniquement des personnages dessinés. 

Cette technique est employée par d'autres dessinateurs, de la même manière, comem Salvador Larroca ou Greg Land (qui, eux, en plus, décalquent souvent carrément des photos pour les personnages aussi). Je n'ai rien contre le dessin numérique, c'est une pratique aujourd'hui répandu, et comme tout outil, s'il est bien manié, il peut donner de belles choses. Mais encore faut-il justement bien le manier. Et Nico Leon fait le strict minimum. Pour un résultat franchement déplorable. Les effets infographiques sont trop voyants pour être agréables, en tout cas pour moi. Je trouve ça paresseux et moche.

Dans ces conditions, à moins d'un quatrième chapitre vraiment accrocheur pour la suite, il est plus que probable que l'aventure Catwoman by Tini Howard s'achève précocèment. Je préfère trop les comics avec un programme clair pour perdre mon temps avec un premier arc trop nébuleux, et lesté de dessins aussi maladroits.

jeudi 24 février 2022

CATWOMAN #40, de Tini Howard et Nico Leon


L'arrivée de Tini Howard comme scénariste de Catwoman avait bien démarré le mois dernier et pour son quarantième numéro, la série confirme qu'elle est entre de bonnes mains. Ce premier arc sera court (quatre épisodes) et il est nerveux, prenant. Au dessin, Nico Leon confirme lui aussi ses bonnes dispositions, soutenu par les couleurs de Jordie Bellaire.


Selina Kyle découvre que Kristi, une des danseuses qui l'a aidée à affronter Black Mask la veille au soir, a été assassinée dans la chambre d'hôtel où elle devait être en sécurité. C'est un avertissement lancé par la pègre de Gotham. Mais Selina décide de répliquer vite et fort.


Elle sait qu'un meurtre commandé comme celui-ci n'est possible que grâce à Don Tomasso. Elle cible le fils de ce parrain italien, Dario, pour trouver les assassins en échange d'une information cruciale pour ce dernier : Don Tomasso veut confier sa succession à Noah Goddard, son conseiller.


Après avoir châtié les assassins, Catwoman comprend que Dario est l'amant de Noah Goddard. Pour réfélchir à la suite, Selina visite de nuit un musée qui expose le plus gros diamant du monde. Valmont l'y rejoint, toujours aussi mystérieux sur son agenda personnel.
 

C'est alors que Noah Goddard se présente avec des hommes armés. Catwoman l'attaque mais la situation lui échappe quand elle reçoit un tir en pleine poitrine... Lorsqu'elle reprend connaissance dans le repaire de Valmont, celui-ci lui montre les cadavres de Goddard et ses sbires.

Comme je l'indiquai en préambule, le premier arc écrit par Tini Howard pour Catwoman sera bref : quatre numéros. C'est un calcul intelligent car cela ne décourage pas le lecteur, toujours méfiant lorsqu'un nouvel auteur reprend une série, surtout après un précédent run convaincant. Quatre épisodes, c'est malgré tout un challenge narratif car il faut aller vite sans être expéditif, sans bâcler son affaire.

En réintroduisant Catwoman dans la haute société de Gotham, Tini Howard a un objectif clair : la faire renouer avec la cambriole mais sans qu'elle renonce à son activité bien particulière philosophiquement de justicière. En effet, l'équilibre du personnage tient dans cette position : elle n'est pas une criminelle comme le Joker, Double-Face, le Pingouin ou le Sphinx, mais elle se bat avec les armes de ses adversaires, sans se soucier de la légalité (contrairement à Batman).

Le mois dernier, Catwoman faisait un point sur la situation de la haute ville de Gotham où elle n'évoluait plus depuis un moment et avec elle, nous avons identifié les familles du grand bnaditisme local. Un invité s'est présenté à la table en la personne de Roman Sionis/Black Mask, un vilain avec qui Catwoman a un lourd et vieux contentieux.

Conséquence rapide : dès l'ouverture de cet épisode, Selina Kyle découvre le cadavre encore chaud de Kristi, une danseuse qui l'a aidée à fuir Black Mask dans le précédent numéro. Elle pensait l'avoir mise à l'abri dans un hôtel luxueux mais ça n'a pas suffi. Tini Howard lance donc un avertissement aussi bien à Catwoman qu'au lecteur : la chasse est ouverte, le temps des repérages et des mises en garde est révolu.

Catwoman contre-attaque donc, mais sans pour autant frapper aveuglèment. Tini Howard s'inscrit donc dans les pas de Ram V en continuant d'envisager son héroïne comme une femme intelligente, qui sait anticiper les coups, montrer à l'ennemi qu'elle n'a pas peur. Malgré tout, contrairement à Batman et au run de Ram V, Catwoman est ici plus seule, elle ne s'appuie pas sur des alliés occasionnels ou permanents (comme les Strays de Alleytown). Son seul compagnon semble être ce mystérieux Valmont mais la fin de l'épisode révèle une part sombre et inquiétante de cet individu (qui n'hésite pas à tuer de sang froid).

L'épisode est donc coupé en deux parties : d'abord la riposte, efficace, express, spectaculaire de Catwoman. Tini Howard l'écrit avec beaucoup d'adresse et accroche le lecteur avec une suite de scènes rapides, des dialogues piquants, et même une dose d'humour. Puis il y a le retour de Valmont, la bagarre contre Goddard et ses sbires, et le cliffhanger final. Là aussi, ça ne perd pas de temps, mais le dialogue occupe plus de place, la tension entre Catwoman et Valmont est intéressante. Les deux segments se répondent bien, ça fonctionne parfaitement. Et en fait on devine que ce premier arc ne se conclura pas simplement, il va sûrement servir de tremplin pour une saga plus longue, impliquant toute la pègre gothamite et Catwoman, avec Valmont dans le rôle de la wild card - une structure finalement proche de ce que Howard avait établi sur la série Excalibur où on comprenait que tout servait le plan d'Apocalypse pour renouer avec Arakko (et qui a abouti au crossover X of Swords).

Visuellement, la série a gagné avec Nico Leon un dessinateur qui montre son envie d'en découdre. Longtemps cantonné aux seconds rôles chez Marvel, baladé de série en série, il y a chez l'artiste une volonté de faire ses preuves, de montrer au lecteur (et à son nouvel éditeur) ses compétences.

On peut lui reprocher néanmoins, non pas cette surmotivation, mais un trait un peu froid. Le dessin numérique a ses avantages mais quand on ne peut pas s'appuyer sur un style fort, cela peut vite devenir un peu impersonnel. Si dans les scènes d'action, Leon fait preuve d'une belle technique, et si le découpage a une belle variété, qui assure une lecture entraînante, on aimerait volontiers un peu d'effets de matière, de texture, car l'ensemble reste très lisse.

Cette impression est soulignée par les couleurs de Jordie Bellaire. Leon a expliqué avoir convenu avec cette dernière d'une palette et la consigne semble avoir été d'aller vers quelque chose d'assez uniforme et encore une fois un peu froid. Cela va jusqu'à parfois des cases et même des planches entières avec une seule nuance, de gris, très appliquée. C'est étonnant. D'autant qu'à côté, Bellaire oppose des sources de lumière contrastées comme le rose des phares de la moto de Catwoman ou le jaune-oranger dans le repaire de Valmont. En dehors de ça, ça manque un peu, sinon de fantaisie, en tout cas de diversité. Comme l'action est essentiellement nocturne, c'est limite monotone. A voir donc si Leon et Bellaire vont persister dans cette direction ou quand même un peu plus éclairer leur affaire.

Quoi qu'il en soit, malgré ses réserves, on passe vraiment un bon moment et surtout on reste curieux de savoir où Tini Howard et ses partenaires vont nous emmener. On le sait, cette scénariste n'aime pas abattre ses cartes trop vite, mais elle avance avec un plan sur le long terme. Comme ça démarre bien, on lui accorde un vote de confiance.

jeudi 20 janvier 2022

CATWOMAN #39, de Tini Howard et Nico Leon


C'est une reprise que j'attendais avec gourmandise, celle de Catwoman après le run de Ram V. C'est donc Tini Howard qui prend les commandes de la série en promettant de revenir aux fondamentaux, c'est-à-dire Selina Kyle en cambrioleuse de haut vol, frayant avec la pègre tout en refusant d'en faire partie. Le pari est audacieux, mais ce premier épisode est très encourageant, grâce aussi au dessin superbe de Nico Leon.



De retour à Gotham, en l'absence de Batman, Catwoman veut savoir qui tient les rênes du crime organisé et s'adresse pour cela à une vieille connaisssance, Eiko Hasigawa. Mais celle-ci, qui contrôle les docks, ne veut pas que Catwoman vienne l'embarrasser.


Prenant ses quartiers dans un palace où résident les femmes des principaux caïds, Selina peut collecter des infos à leur insu sur leurs maris en se joignant à leurs occupations. Mais, ensuite, elle découvre qu'un admirateur, Valmont, l'épie, sans, jure-t-il, servir personne.


Une réunion a lieu entre Eiko, Argos Ibanescu (qui contrôle la prostitution), Federico Tomasso, et Finbar Sullivan (qui règne sur les maisons de jeux). Tous veulent avoir accès aux docks mais Eiko n'est pas disposée à négocier facilement.


Catwoman interrompt ces palabres en défiant ces barons du crime organisé. Mais elle ignorait qu'un cinquième membre était invité et il s'agit de Roman Sionis alias Black Mask. Obligée de battre en retraite, elle trouve chez elle un présent laissé par Valmont qui va lui permettre de contre-attaquer...

Après Joelle Jones et Ram V, c'est donc au tour de Tini Howard de se faire les griffes sur Catwoman. Pour cela, elle n'a pas hésité à renoncer à son contrat d'exclusivité avec Marvel (chez qui elle écrivait Excalibur et pour lequel elle signera à partir d'Avril Knights of X), convaincant DC sur un pitch détaillé.

Je ne vais pas le cacher : je n'ai pas été un grand fan de ce que Howard a produit chez Marvel, Excalibur m'a perdu très vite. Mais en revanche, j'ai apprécié la complémentarité entre elle et Jonathan Hickman sur X of Swords. Qui plus est, Ram V est parti un peu brusquement de Catwoman et j'espérai que son successeur ait des projets à long terme pour la féline fatale.

Ce qui est amusant, c'est que, comme Ram V, Tini Howard démarre son run en présentant les méchants sur lesquels elle va s'appuyer. Nous faisons donc la connaissance de parrains évoluant à Gotham, et non plus seulement à Alleytown, quatre familles du crime organisé, avec chacune leur domaine de prédilection (prostitution, jeux, accès aux docks...). Ce qui permet de cerner la dangerosité de ces personnages et de planter le décor : la scénariste se démarque en n'utilisant pas des vilains comme le Pingouin ou le Sphinx. 

Un peu plus loin, apparaît un mystérieux individu, Valmont (référence assumé aux Liaisons Dangereuses de Choderlos de Laclos), que les scénariste prend soin de ne pas étiqueter, si ce n'est qu'il admire Catwoman, tout en ayant son propre agenda (mais lequel ? Patience.). En tout cas, il ne sert aucun des gangsters précités mais affiche une arrogance certaine.

Le but de Catwoman est lui-même sujet à interprétation : Howard nous fait comprendre qu'elle veut renouer avec la cambriole mais sans sombrer dans le grand banditisme. Il semble que Selina Kyle veut surtout prendre le pouls de ces crapules et s'assurer qu'ils ne l'embarrasseront pas dans ses activités. Elle agit bien à sa manière, avec culot, insolence, voire suffisance. Et quand Roman Sionis alias Black Mask s'invite dans la partie, tout le monde (elle, nous) comprend que la situation vient de basculer.

Là aussi, comme Ram V, Howard s'adresse aux fans du run de Ed Brubaker qui avait de Black Mask la némésis de Catwoman, dans une lutte culminant dans un épisode traumatique (Catwoman finissait pas tuer Sionis - mais nous parlons là d'une histoire qui a vingt ans et depuis DC s'est réinventé au moins deux fois, donc les compteurs sont remis à zéro concernant les morts). C'est prometteur, surtout si Howard reste plus longtemps sur le titre que Ram V.

L'autre écueil du run de son prédécesseur résidait dans la partie graphique. Tant que Fernando Blanco dessinait les scripts de Ram V (ou Otto Schmidt durant l'intermède Future State), tout était pour le mieux. Ensuite, ça a été plus difficile.

En débauchant Nico Leon de chez Marvel (où il jouait les fill-in de série en série), DC a fait preuve de flair car l'artiste épate (de chat). Récemment, en interview (pour Newsarama), Leon reconnaissait avoir hésité car il estimait que son style ne conviendrait peut-être pas à Catwoman. Mais il admettait aussi que c'était l'opportunité à la fois pour tenter d'évoluer esthétiquement et pour s'établir sur une série régulière. Il a donc beaucoup travaillé pour cette mission, s'exerçant notamment à rendre son dessin plus sombre mais aussi à peaufiner la texture vinyl du costume de Catwoman...

Jordie Bellaire est la seule rescapée de la précédente équipe, et elle soutient magnifiquement Leon dont le trait fin, précis et expressif fait merveille. Je ne l'attendais pas à ce niveau, mais franchement ses planches sont magnifiques. Le découpage est très dynamique et fluide, les compositions inspirées, les valeurs de plans toujours intelligentes, les angles de vue recherchés.

Bellaire a discuté avec Leon sur le look à donner à la série et ensemble ils ont donc opté pour une colorisation contrastée, qui n'hésite pas à pousser sur les des teintes prononcées. Ainsi, on évolue d'abord dans une ambiance assez froide, avec des bleu-gris, puis lors de la séquence de la réunion des quatre familles, les lumières dominantes virent au rose, presque fuschia, imitant des projecteurs d'un club. C'est audacieux mais réussi. Et cela fait passer le côté parfois un peu trop appliqué des fonds numérisés (les décors urbains des toits de Gotham, la suite épurée de Selina Kyle dans un étage désert en rénovation).

Cet épisode a tout pour séduire. Comme ce premier arc ne comptera que quatre numéros, on ne s'engage pas dans quelque chose d'interminable, et la narration est énergique. Bref, ça sent bon. De quoi ronronner. 

mercredi 22 décembre 2021

CATWOMAN #38, de Ram V et Caspar Wijngaard


Clap de fin pour Ram V après seulement 13 épisodes de Catwoman (et les deux numéros durant Future State). Le scénariste soigne malgré tout sa sortie, même si le fan garde un sentiment d'inachevé. Pour ses adieux à la féline fatale, Ram V est accompagné du dessinateur Caspar Wijngaard (et non Felipe Andrade comme je l'avais relayé).



Selina Kyle se présente au commissariat pour répondre aux questions des détectives Kollak et Rigs. Elle est assistée d'un avocat mais parle librement. Elle rend d'abord hommage au détective Hadley, à l'enterrement duquel elle a aussi croisé le Père Vallée (sans le mentionner aux policiers).
 

A propos de ses affaires dans Alleytown, elle dénonce les manoeuvres du Sphinx et du Pingouin, qui ont été arrêtés entre temps. Pour ce qui a trait aux vilains qui ont affronté les forces du Magistrat et du GCPD, elle affirme, avec raison, ne pas être à l'origine de leurs actes.


Après l'avocat de Selina, qui répond à un appel téléphonique, Kollak quitte la salle d'interrogatoire, convoqué par son chef. A son retour, il embarque Selina. Rigs ne les reverra pas mais comprendra que Selina a profité de la complicité de Gueule d'argile pour s'en sortir.


Où est-elle passée depuis ? Le détective l'ignore, son collègue ayant été éloigné de Gotham. Rigs rentre chez lui, dans Alleytown, en espérant que le quartier s'en remettra. Et en sachant que Catwoman finira par resurgir...

Treize numéros et puis s'en va : le run de Ram V sur Catwoman aura été finalement très bref. Sans doute a-t-il même été abrégé par l'auteur lui-même. Du moins est-ce mon impression. A défaut donc de le savoir un jour, quitte-il le titre en beauté ?

Je trouve que oui. Il est évident, à mes yeux, que Ram V n'a pas été complètement mâitre de la série et la coupure de deux mois début 2021, pour l'event Future State, a dû le faire réfléchir sur son envie de rester plus longtemps. Quand il a fallu suivre l'intrigue de Fear State, l'affaire était certainement pliée et sa décision prise de ne pas insister.

Si je pense cela, c'est principalement parce que Ram V avait mis en place une intrigue à double fond avec d'un côté le recrutement par le Pingouin du tueur mystique, le Père Vallée, et de l'autre la menace de la Sorcière Blanche, liée à Simon Saint. On peut, je crois, affirmer sans se tromper que le Père Vallée venait de Ram V tandis que la Sorcière Blanche était une addition pour coller à Fear State. Lorsqu'on observe la manière dont Ram V s'est occupé du Père Vallée, sans le tuer, il est certain qu'il avait des plans pour lui et que sa relation avec Catwoman ne devait pas se terminer ainsi.

Ainsi, c'est-à-dire en faisant se croiser une ultime fois Selina et Vallée à l'enterrement du détective Hadley avec le tueur qui choisit d'en rester là. Une sortie invraisemblable, où le scénariste éloigne définitivement le personnage, dont Tini Howard (la repreneuse de la série) n'a rien à faire. Il est fort peu probable qu'on le revoit de sitôt.

Ram V doit faire place nette pour sa remplaçante et il écarte tout aussi rapidement le Sorcière Blanche, en suggérant un lien avec Ghost-Maker. Peut-être qu'elle aura une autre chance, si le nouveau partenaire de Batman continue d'être exploité par Joshua Williamson dans la série du dark knight...

Non, là où Ram V s'en tire le mieux et sauve les meubles, c'est dans la construction même de cet épisode. Cet interrogatoire davantage mené par Selina que par les détectives du GCPD lui permet de dresser un bilan de son run et en particulier des derniers épisodes, avec les événements liés à Fear State. Le scénariste écrit Catwoman comme une joueuse d'échecs digne de Batman, ayant toujours un coup d'avance, réponse à tout, sûre d'elle, de son charme, se jouant du système. Elle conserve toute son ambiguïté et c'est très bien. Le rôle-clé de Gueule d'argile est très amusant et fait regretter que ce personnage ne soit pas plus et mieux utilisé depuis la fin du run de Tynion IV sur Detective Comics.

Contrairement à ce qui avait été annoncé d'abord et que j'avais relayé, ce n'est pas Felipe Andrade (avec qui Ram V a signé la mini The Many Deaths of Layla Starr) qui signe le dessin de cet épisode mais Caspar Wijngaard. Et lui aussi s'en sort très bien.

Actuellement occupé par la série Home Sick Pilots (publiée chez Image Comics), Wijngaard a un style agréable et une narration très lisible. Ses images ont une simplicité payante dans un récit à la structure éclatée entre scènes au présent et flashbacks. Il ne fait pas de folie mais son découpage est fluide et ses plans ont toujours une bonne valeur, preuve qu'il est à l'aise avec une série sur laquelle il ne fait qu'un petit tour.

Malgré tout, on peut déplorer que, justement, tout ça manque un peu de caractère. Et ça aurait été l'autre problème du run de Ram V, commencé avec Fernando Blanco et qu'aucun remplaçant n'a réussi à faire oublier. Wijngaard a quelque chose de trop propre pour Catwoman, ce qui aurait pu être nuancé par une colorisation avec du caractère mais Jordie Bellaire fait elle aussi défaut et Wijngaard s'occupe de tout avec un goût prononcé pour une palette que je trouve trop acidulée.

En somme, ce 38ème épisode se lit bien, mais ne saurait faire oublier le sentiment de démission de Ram V et le fait que Blanco n'a jamais été remplacé. Catwoman est désormais entre les mains de Tini Howard, qui veut visiblement la rendre à son statut d'anti-héroïne, et de Nico Leon, qui tient là l'occasion de montrer ce qu'il a vraiment sous le crayon. Espérons juste que DC les laisse travailler en paix, sans tout parasiter avec des crossovers ou des events... 

mercredi 24 novembre 2021

CATWOMAN #37, de Ram V, Nina Vakueva, Laura Braga et Geraldo Borges - FEAR STATE


Editorialement, il faut bien le dire, Fear State aura été du grand n'importe quoi, une preuve supplémentaire qu'un crossover ne profite à personne s'il n'est pas dirigé, si son instigateur écrit seul dans son coin et laisse ses camarades, annexés au projet, se débrouiller seuls, sans quelqu'un pour organiser tout ça. Ainsi lit-on ce 37ème épisode de Catwoman, l'avant-dernier écrit par Ram V et qui aura nécessité trois artistes. Pour un résultat inepte.


La Jardinière, Harley Quinn et Catwoman croyaient avoir eu raison des soldats du Magistrat et de l'Atout à leur tête, mais Simon Saint a cloné ce dernier. Les trois femmes gagnent alors du temps pendant que Poison Ivy est exfiltrée.


Mais le Sphinx et le Pingouin comptent sur la confusion générale pour mettre la main sur Poison Ivy. Le fourgon dans lequel elle est évacuée est pris dans une embuscade. Edward Nygma pense tenir sa revanche comme Oswald Cobblepot sur Selina Kyle qui les avait doublés.


Sauf que Catwoman répond au Sphinx qu'elle avait prévu sa trahison et qu'elle lui envoie la bande de Gueule d'argile. Ghost-Maker arrive en renfort pour éliminer l'Atout et les soldats du Magistrat et sauver Catwoman, la Jardinière et Harley Quinn.
 

La suite est connue : Poison Ivy et Queen Ivy sont réunies par Harley Quinn et la Jardinière. Shoes prévient Catwoman que Batman est sain et sauf. Le maire Nakano ordonne le retrait des forces de l'ordre de Alleytown. Selina Kyle peut souffler et réfléchir à la suite.

Ces épisodes tie-in à Fear State de Catwoman auront fait beaucoup de mal au run de Ram V. S'il n'avait pas été obligé de composer avec ce crossover, peut-être n'aurait-il pas renoncé à écrire la série au-delà du n°38, qui sortira le mois prochain (même s'il paraît évident que le scénariste a envie de se consacrer à des projets plus personnels)...

Quoi qu'il en soit, Fear State a parasité Catwoman au pire moment : juste avant que l'histoire imaginée par James Tynion IV ne débute, Selina Kyle affrontait le Père Vallée (et on a entraperçu qu'il avait survécu), le détective Hadley est mort en sauvant Maggie Kyle d'une balle que lui destinait le Père Vallée, et Catwoman était sur le point de règner sur Alleytown.

Tout ça a été balayé par Fear State : Alleytown a vu débarquer les soldats du Magistrat et le GCPD sur ordre de Simon Saint et du maire Nakano, Catwoman a vu son royaume flamber tout en étant embarqué dans une quête pour sauver Poison Ivy et alors que le Sphinx et le Pingouin préparaient leur revanche.

Le fait même que Catwoman #37 sorte une semaine après Batman #117 et Nightwing #86 montre bien à quel point DC a mal édité ce crossover puisqu'on se trouve à lire la conclusion du récit impliquant Catwoman alors que l'on sait déjà que Saint a été arrêté et son programme Magistrat annulé. C'est absurde.

Si Fear State s'était contenté d'être le dernier arc narratif du run de Tynion sur Batman, cela aurait amplement suffi. Mais DC a voulu que tous les Bat-titles soient impactés sans même se demander si c'était légitime et nécessaire. Pour Nightwing, on a eu droit à trois épisodes dispensables et pour Catwoman pas mieux. Surtout il était évident que Tom Taylor (pour Nightwing) et Ram V (pour Catwoman) ont été obligés de trouver quelque chose à raconter pendant trois épisodes sans que, visiblement, Tynion ait préparé quoi que ce soit pour leurs séries et leurs personnages. Du grand WTF.

Cela gâche complètement ce qu'a bâti Ram V : le départ du dessinateur Fernando Blanco a déjà nui à la série, mais ces épisodes tie-in ont été pénibles à lire parce qu'on s'y emmerdait franchement. Le scénariste, contrairement à Taylor, n'a rien fait pour dissimuler qu'il s'agissait d'une corvée pour lui, torchant son affaire en comptant ostensiblement les jours avant de quitter le titre. 

Et, à ce sujet, en l'absence de toute nouvelle annonce, j'en viens de plus en plus à douter qu'il fasse de vieux os chez DC : il l'a encore répété récemment en interview, il souhaite consacrer plus de temps à ses creator-owned, et se partage l'écriture de Venom avec Al Ewing (de façon très compartimenté : Ewing écrit les parties dans l'espace avec Eddie Brock devenu le nouveau roi des symbiotes, Ram V écrit les parties avec Dylan, le fils d'Eddie, sur Terre, en possession du symbiote autrefois lié à son père).

Pour ne rien arranger, cet épisode est un vrai fourre-tout graphique puisqu'il a fallu trois dessinateurs pour le compléter. Nina Vakueva en réalise la moitié ce qui va jusqu'au moment où le Sphinx avoue à Catwoman qu'il l'a trahie avec le Pingouin), dans un style efficace mais un peu frustre, avec des scènes d'action aux compositions maladroites. Puis Laura Braga vient prêter un coup de main pour un quart (l'entrée en scène grotesque du Ghost-Maker), sans relief. Et enfin Geraldo Borges signe le dernier quart de l'épisode avec de meilleures pages que ses consoeurs, sobres et élégantes (en glissant même au passage un hommage discret au regretté John Paul Leon). Jordie Bellaire tente de coloriser tout ça en donnant une unité esthétique, mais c'est mission impossible.

Pour ses adieux à la féline fatale, Ram V sera associé à Felipe Andrade (avec qui il vient de publier The Many Deaths of Laila Starr, une mini chez Boom ! Studios - succès critique et public). On va voir comment il gère ça. Après, ce sera à Tini Howard et Nico Leon de redresser la barre et, comme ils ont décidé de partir dans une nouvelle direction, ça pique mon intérêt plus que je ne l'aurai pensé.

jeudi 21 octobre 2021

CATWOMAN #36, de Ram V, Nina Vakueva et Laura Braga - FEAR STATE


Et encore du Fear State au programme ! Cette fois, dans les pages de Catwoman, sans doute la série attachée à cette saga la plus convaincante. Il faut dire que Ram V, lui, prend grand soin de construire une histoire digne de ce nom pour son héroïne, quelque chose qui ne ressemble pas trop à un exercice imposé (mais si c'en est un). Dommage que graphiquement ce ne soit pas aussi solide puisque Nina Vakueva a besoin du renfort de Laura Braga pour boucler son épisode.


Catwoman a compris qu'assainir Alleytwon n'était plus la priorité de Simon Saint : il veut capturer Poison Ivy. En revanche, elle ignore que c'est aussi l'objectif du Sphinx, qui pourtant travaille de son côté, et du Pingouin, pour reprendre le contrôle du quartier.


Tandis que la bande rassemblée par Gueule d'argile tente de freiner la progression des Gardiens de la Paix dans Alleytown, Catwoman, Harley Quinn et la Jardinière les rejoignent. Afin d'empêcher que Ivy tombe entre de mauvaises mains, il faut qu'ils coordonnent leurs efforts.


Gueule d'argile et son gang devront divertir les Gardiens de la Paix pendant que le Sphinx exfiltre Ivy et que Catwoman, Harley et la Jardinière affrontent une colonne armée menée par la Sorcière Blanche. Le Pingouin, en contact permanent avec le Sphinx, s'assure que celui-ci ne le double pas.


Catwoman, Harley et la Jardinière neutralisent la Sorcière Blanche. Les Gardiens de la Paix essuient les attaques de la bande de Gueule d'argile. Et le Sphinx dirige le convoi évacuant Ivy vers les docks. Mais Simon Saint a préparé une surprise contre ses ennemis...

Si James Tynion IV s'est rêvé en grand architecte de Fear State, il a visiblement "oublié" de communiquer des détails de sa grande intrigue à ses petits camarades scénaristes contraints d'aligner leurs séries sur les événements qui se déroulent dans Batman. Du coup, la saga donne l'impression que ses tie-in composent plus qu'elles ne complètent la trame principale.

C'est flagrant avec Nightwing où Tom Taylor s'occupe de Batgirl aux prises avec un hacker (la Voyante) dans des épisodes dispensables. Ram V s'en sort mieux avec Catwoman parce qu'il l'entraîne dans une confrontation directe avec les forces du Magistrat alors qu'elle vient juste de sortir d'un combat éprouvant et dramatique avec le Père Vallée : Selina Kyle y est décrite comme une femme aux abois qui voit son royaume, le quartier d'Alleytown, s'effondrer.

En fait, Ram V appuie là où ça fait mal : Catwoman s'est vue trop belle, elle a réussi à écarter des rivaux mineurs, mais une fois face aux Gardiens de la Paix de Simon Saint, ce n'est pas avec sa bande de gamins des rues qu'elle allait faire le poids. Surtout qu'elle avait sur le dos un tueur professionnel, le Pingouin (qu'elle a doublé) et, ce qu'elle ignore, le Sphinx, qui complote contre elle avec Oswald Cobblepot.

Blessée, dépassée, traquée, elle ne sait plus trop quoi faire. A l'évidence, elle a perdu et cherche surtout à sauver ce qui peut l'être, à limiter la casse. Mais il ne fait aucun doute qu'à la fin de Fear State, et juste ensuite, quand Ram V quittera la série, qu'elle ne sera plus la reine d'Alleytown.

Dans ce chaos, désespéré, elle s'appuie sur des renforts de fortune, comme Gueule d'argile qui a formé une équipe impropable, davantage motivée par le fait de se battre contre des super-flics que pour protéger un quartier de Gotham. Catwoman a surtout compris que la cible s'était déplacée d'elle à Poison Ivy que Simon Saint veut capturer. Elle ignore que c'est aussi le plan du Sphinx et du Pingouin.

Pour bien comprendre cela, il faut rappeler que Ivy existe sous deux formes désormais : d'un côté Poison Ivy, qui a été détenue pour créer une drogue à partir de son ADN et qui ne semble plus avoir toute sa tête (ce qui est compréhensible), et de l'autre Queen Ivy, qui s'est installée dans les sous-sols de Gotham, où elle tolère les membres du Collectif Insensé, tout en menaçant de provoquer l'effondrement de Gotham si quelqu'un vient la déranger. On devine (on espère) qu'au terme de Fear State, ces deux parties d'Ivy seront réunies, qu'Ivy sera reconstituée, en ayant échappé l'une comme l'autre à Simon Saint, le Sphinx et le Pingouin. Si l'une ou l'autre devait tomber entre de mauvaises mains, ce serait un désastre annoncé.

L'heure est donc à l'union sacrée mais aussi au baroud d'honneur. Ram V souligne cet aspect quand il fait dire à Catwoman qu'elle est prête à se sacrifier pour sauver Ivy, qu'elle offira à Gueule d'argile, à Harley, à la Jardinière une issue de secours au péril de sa propre vie. Ram V fait de Catwoman une authentique héroïne et imprime à ses épisodes une dimension au potentiel tragique très efficace. C'est autrement plus puissant et troublant que tout ce que produisent Taylor dans Nightwing et Tynion dans Batman, où l'action prime sur tout le reste, et où ne subsiste qu'un sentiment d'agitation vaine, de gesticulation fatiguante. C'est aussi pour ça, sans présager de ce que fera Tini Howard sur la série l'an prochain, qu'on regrette déjà Ram V : parce qu'il avait su donner un vrai souffle et une vraie sensibilité à Catwoman.

Hélas ! La qualité de l'épisode est ternie par son graphisme : Nina Vakueva a fait ce qu'elle a pu pour que l'absence de Fernando Blanco ne soit pas trop cruelle, et dans le précédent numéro, elle s'en sortait bien. Mais cette fois, elle n'arrive même pas à boucler les vingt pages du script et doit passer le relais dans le dernier tiers à Laura Braga.

Globalement, ce n'est pas vilain ni mauvais, mais Braga a un style trop propre, trop quelconque pour la transition avec Vakueva soit harmonieuse. Cela se produit en plus en pleine scène d'action, au pire moment, et du coup, on sort du récit, trop frappé par la différence esthétique entre les deux artistes.

Vakueva, de toute façon, affichait déjà dans la partie qu'elle a eu le temps de dessiner des faiblesses, avec des décors représentés par intermittence, des personnages parfois trop esquissés. Braga est plus soigneuse, mais elle a aussi moins de pages à sa charge, donc plus eu de temps. On peut tourner ça dans tous les sens, de toute manière ça ne prend pas : lorsqu'un épisode est illustré par deux personnes, la lecture est brouillée.

Décidément, ces tie-in auront été bien dommageables aux séries concernées, et dans le cas de Catwoman, j'ai l'impression tenace que cela a précipité la décision de Ram V d'écourter son run.

vendredi 24 septembre 2021

CATWOMAN #35, de Ram V et Nina Vakueva - FEAR STATE


Catwoman était déjà impacté par Fear State depuis quelques épisodes, mais avec ce numéro Selina Kyke affronte la crise qui s'empare de Gotham directement. Ram V met en scène l'héroïne comme un animal blessé, mais qui doit puiser dans ses ressources pour ne pas s'effondrer. Au dessin, c'est Nina Vakueva qui a la lourde tâche de succéder à Fernando Blanco.


De retour au Nid, Catwoman trouve James Briggs, le collègue du détective Hadley, tué par le Père Vallée. Leo Carreras soutient Selina Kyle alors qu'elle vient d'évacuer sa soeur, Maggie, qui ne compte pas revenir à Gotham. Pour ne rien arranger, elle apprend par l'Anti-Oracle la mort de Batman.


Cependant, Gueule d'argile convainc quelques super-vilains de résister aux forces du Magistrat en défendant Alleytown où Catwoman les a accueillis. Cheshire, Killer Croc, Firefly se joignent à lui pour affronter les Gardiens de la Paix.


De leur côté, le Sphinx et le Pingouin renouent le contact. Oswald Cobblepot veut profiter du chaos pour reprendre le contrôle de Alleytown et il a un objectif encore plus précis : mettre la main sur Poison Ivy afin de commercialiser à nouveau la drogue de synthèse produite à partir de son ADN.
 

Catwoman repart dans Alleytown pour tenter d'en savoir plus sur la mort de Batman. Mais elle est rapidement encerclée par les Gardiens de la Paix. Elle réussit à les semer en abandonnant sa moto puis est rejointe par Shoes qui l'informe qu'on a piraté les communications d'Oracle pour semer la confusion...

Ce mois-ci et les deux suivants, Catwoman va donc se poursuivre au rythme de Fear State. Ce n'est pas une surprise car Ram V avait déjà introduit la menace dans les précédents épisodes. Alleytown est déjà depuis quelque temps sous la coupe du programme Magistrat et les Gardiens de la Paix de Simon Saint avec le GCPD font règner la terreur dans le secteur que le milliardaire allié à l'Epouvantail considère comme une zone de non-droit à purger.

On retrouve donc Catwoman après son combat contre le Père Vallée et Ram V nous montre que ce derneir n'a pas péri dans l'explosion qu'il a lui-même déclenchée dans le dernier numéro. Mais son sort attendra car, pour l'instant, Selina Kyle a d'autres chats à fouetter (pardon...).

Le scénariste dépeint l'héroïne comme un animal blessé, aux abois, et il appuie là où ça fait mal. Le détective Hadley est mort en prenant la balle que le Père Vallée destinait à Maggie Kyle. James Briggs, son collègue, tient Selina pour responsable. Elle l'admet : elle n'a pas su protéger Alleytown de ses prédateurs ni du danger que représente Simon Saint, ses "Strays" (la bande de gamins qu'elle a pris sous son aile) errent à nouveau dans les rues et sont persécutés par les forces de l'ordre.

Pire : alors qu'elle a évacué Maggie, Selina s'est vue expliquer par celle-ci qu'elle ne reviendrait pas à Gotham. Leo Carreras essaie de réconforter sa patronne - en vain. Enfin, elle apprend que Batman est mort, comme l'Anti-Oracle le prétend. 

Ram V multiplie les points de vue pour bien montrer à quel point le quartier est en feu : Gueule d'argile convainc des vilains de se rebeller contre le programme Magistrat, comme s'ils pouvaient se racheter en affrontant cet oppresseur. Puis le Pingouin et le Sphinx conspirent pour trouver Poison Ivy et profiter du chaos ambiant. Tout cela permet au lecteur d'appréhender comment chacun s'accommode (ou non) d'une crise profonde : en se battant ou en tentant d'en tirer bénéfice. C'est malin et efficace.

Le seul reproche qu'on peut formuler ici, c'est que finalement on voit assez peu Catwoman dans sa propre série et quand c'est le cas, elle est trop diminuée physiquement et moralement pour nous convaincre qu'elle peut renverser la situation. C'est un peu le même problème qu'avec Nightwing où rien ne peut persuader le lecteur que Dick Grayson contribuera de manière décisive à la résolution de la crise. James Tynion IV ne semble pas avoir fourni à ses camarades scénaristes un plan sur lequel s'aligner pour que son crossover ait une unité, une cohésion : c'est dommage. Catwoman est livrée à elle-même alors qu'elle aurait pu assister Batman (mais personne ne semble se rappeler ou vouloir se souvenir que Tom King avait construit tout son run sur la formation du couple Batman-Catwoman).

Ce n'est nénamoins pas désagréable à lire : Nina Vakueva au dessin se défend pourtant bien, elle a changé son style (qui, auparavant, ressemblait beaucoup à celui d'un Takeshi Miyazawa) pour une approche plus charbonneuse, plus brute.

Le résultat est plus convaincant que je le pensais et surtout convient bien à l'ambiance désespérée de l'épisode, de l'histoire. Ce n'est pas parfait, mais avec les couleurs de Jordie Bellaire, fidèle au poste, on conserve un esthétisme soigné. La vision de Alleytown en flammes est saisissante par exemple. C'est une des rares fois où Vakueva met le paquet sur les décors, alors qu'elle a tendance à les expédier par ailleurs. Un autre beau moment est celui des adieux entre Selina et Maggie, simple, poignant. Catwoman, héroïne superbe et orgueilleuse, est souvent plus humaine quand elle est confrontée à des épreuves qui l'engagent directement et ici, elle perd tout - son amour, sa soeur, son quartier.

Bon, il faut quand même avoir le moral pour lire ce crossover. Je regrette surtout qu'éditorialement un effort n'air pas été franchement produit pour que la saga de James Tynion IV n'ait pas été conçue de manière visiblement plus concertée car Ram V comme Tom Taylor semble plus subir qu'accompagner le mouvement.