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samedi 9 septembre 2023

La tuante dernière saison de KILLING EVE


Killing Eve s'est achevée l'an dernier, en 2022 après quatre saisons. Et ce qu'on pouvait craindre se confirme, hélas ! : c'était la saison de trop. Huit épisodes laborieux, pénibles, avec une fin indigne, mais quelques coups d'éclat quand même. Même si insuffisants pour ambitionner d'égaler les 24 premiers épisodes. Dommage.


Villanelle et Eve Polastri ont finalement pris deux directions différentes. Villanelle est entrée dans les ordres avec l'espoir de se laver de ses nombreux péchés, elle vit chez le vicaire Phil et sa fille May, qui est éprise d'elle. Eve, elle, travaille pour une société de protection privée mais continue d'investiguer sur les Douze, avec l'aide de son partenaire Yusuf. Elle remonte la piste de Konstantin Vasiliev, remercié par l'organisation qui l'a placé à la mairie d'une bourgade en Russie et elle lui arrache l'adresse de Hélène. Carolyn Martens a quitté le MI 6 mais se tient informée au sujet des Douze elle aussi et découvre que ses cadres sont éliminés dans des conditions barbares les uns après les autres. Mais sur ordre de qui ?


Sujette à des hallucinations mystiques, Villanelle accompagne le vicaire et sa fille pour une retraite dans un camping. Mau lui confie que son père a tué sa mère dans un accident de la route alors qu'il conduisait en état d'ivresse. Villanelle le révèle aux fidèles mais personne ne la croit. Elle tue alors le vicaire et sa fille la nuit venue en espérant ne plus avoir d'hallucinations. Eve trouve Hélène à Paris comme le lui a indiquée Konstantin et la confronte. Hélène prétend que Carolyn est la chef des Douze et qu'elle commande leurs assassinats pour purger l'organisation.
 

Villanelle regagne Londres où elle cherche Eve, sans succès. Elle s'adresse alors au psychiatre qui aidait le MI6 pour traquer les tueuses comme elle et lui demande de la recevoir pour une séance thérapeutique. Hélène s'absente pour rejoindre Konstantin en Russie pour qu'il forme une nouvelle tueuse, Pam. Eve découvre que Carolyn ciblerait un certain Lars Meier dont elle trouve une vieille photo  quand il dirigeait un petit groupe anarchiste à la fin des années 60. Puis prévenue de la position de Villanelle, elle la fait arrêter et jeter en prison.
  

Hélène, de retour de Russie, fait libérer Villanelle après que celle-ci l'a appelée. Elle l'envoie à Cuba où se trouverait un proche de Lars Meier, susceptible de lui dire où ce dernier se cache. Sur place, elle découvre que Carolyn cherche le même homme et les deux femmes décident de s'allier, mues par l'objectif commun de démanteler les Douze. A Paris, Eve revoit Hélène et évoque Meier, comprenant qu'elles le cherchent toutes les deux mais que seule la première qui le trouvera aura le privilège de l'interroger - ou de l'éliminer.


1979 : Carolyn et Konstantin infiltrent le groupe anarchiste des Douze dirigé par Lars Meier et ont une liaison. Lorsque Meier découvrent qui ils sont réellement et qu'ils collaborent, il tente de s'en débarrasser mais c'est lui qui finit sous les coups des amants en se noyant. Aujourd'hui : Villanelle et Carolyn débusquent Meier à Cuba mais il leur échappe. Eve revient vers Konstantin pour en savoir plus au sujet de Meier et apprend tout sur ce qui s'est passé en 1979 en révélant que Meier a survécu. Hélène ordonne à Gunn, une tueuse, d'éliminer Villanelle alors qu'elle rejoint Konstantin.
 

Villanelle survit grâce à l'intervention de Pam, qui travaillait auparavant dans une morgue. Konstantin lui donne le nom de la tueuse qui a certainement obéi à l'ordre de Hélène. Celle-ci gagne Berlin où Yusuf a localisé Hélène qui s'attend à parler avec Meier mais fait face à Carolyn qui a, entre temps, trouvé Meier et négocie en son nom. Villanelle tue Hélène avant de partir en Ecosse rencontrer sa consoeur qui a failli l'abattre. Eve retrouve Carolyn grâce au taxi qui l'a reconduite chez Meier et elle abat ce dernier. Carolyn, d'abord accablée, trouve sur le cadavre un carnet rempli d'infos sur les Douze.


Villanelle fait la connaissance de Gunn qui l'invite à rester avec elle sur l'île que lui a achetée Hélène. Celle-ci avant d'être tuée a transmis un ordre de mission à Pam qui exécute Konstantin. Celui-ci lui apprend que Hélène est morte et lui confie un message à remettre à Carolyn.. Eve rejoint l'île de Gunn qui la poursuit. Mais Eve se défend férocement et la mutile en lui crevant les yeux. Epatée, Villanelle la rejoint et ensemble elles quittent l'île en convenant de tuer ce qui reste des Douze une fois pour toutes.


Eve et Villanelle redescendent à Londres en se fiant à un message reçu sur le téléphone de Hélène pour une réunion au sommet des Douze. Carolyn, suivant les infos du carnet de Meier, et Pam arrivent également à la capitale et se rencontrent : la première offre à la seconde de travailler pour elle désormais. Eve et Villanelle montent à bord d'un paquebot où doit se dérouler la réunion des Douze et les éliminent. Carolyn ordonne alors qu'on les abatte mais Eve survit.

Et ainsi s'achève Killing Eve. Un dénouement vraiment pas à la hauteur de cette série formidable durant 24 épisodes. J'avais écrit dans ma précédente critique sur la saison 3 qu'il me semblait difficile de faire mieux et que la dernière scène me paraissait boucler la boucle idéalement, en laissant au téléspectateur une liberté pour interpréter la dernier regard échangé entre Eve et Villanelle. Mais plutôt que cette fin ouverte et ambiguë, les auteurs ont préféré (presque) tout gâcher avec huit nouveaux chapitres brouillons.

La saison 3 n'était déjà pas aussi aboutie mais elle tenait quand même grâce à un fil rouge narratif (qui avait ordonné l'assassinat de Kenny Martens ?). Là-dessus se greffait une crise existentielle de Villanelle, consciente que son activité ne la satisfaisait plus et lui avait coûtée trop cher (ayant tué sa mère et perdu Eve).

Mais cette saison 4 est tellement décousue et laborieuse qu'on a du mal à saisir ce que les auteurs ont voulu raconter. La ligne de mire désigne la fin des Douze et on joue beaucoup sur l'hypothèse que Carolyn Martens en ferait partie, voire qu'elle en serait le leader - même si cela est capillotractée et fortement improbable vu que c'est suggéré par Hélène, elle-même membre des Douze (dont on a du mal à croire qu'elle dénoncerait son propre chef).

Surtout Killing Eve s'égare. Le personnage d'apprentie tueuse de Pam est introduit très péniblement et s'avère surtout un moyen pour se débarrasser, maladroitement, d'un personnage dont la mort est inutile. Entre l'envie de développer jusqu'au bout la ligne narrative de chacun des protagonistes et le désir de leur donner une fin, la série s'étire et nous lasse.

La première partie de la saison est à cet égard d'une rare lourdeur. Le délire religieux de Villanelle ressemble à une tentative pathétique d'attribuer au personnage un énième déguisement et quand elle se met à halluciner en voyant un Jésus travesti qui la manipule comme le diable, on est franchement gêné pour Jodie Comer qui se donne du mal pour interpréter dignement une partition composée par des auteurs qui abîment son rôle dans une farce indigeste.

Killing Eve, comme je le disais déjà pour la saison 3, n'a jamais été meilleure que lorsqu'elle se concentrait sur Eve et Villanelle. En accordant plus de place à Carolyn, Konstantin, Hélène et maintenant Pam, c'est autant de grosses ficelles qu'emploient les scénaristes pour tenter de nous convaincre que l'histoire reste intéressante même quand les deux héroïnes sont séparées et fâchées. Sauf que leurs interprètes semblent davantage empêchées et ma à l'aise avec ce qu'on leur donne à jouer que véritablement brouillées comme celles qu'elles incarnent.

Et puis la vraie grosse mauvaise idée est de jeter le trouble sur Carolyn en voulant la faire passer pour la chef des Douze. A ce stade, c'est même absurde car dans l'épisode 5, on a droit à un flashback conséquent sur les origines de cette organisation et qui prouve surtout que Carolyn n'aurait jamais pu devenir cette chef. Jusqu'au bout, pourtant, jusqu'à la dernière scène, ce doute sera alimenté et le geste final de Carolyn tend à prouver que, pour les auteurs, c'est entendu : elle a roulé tout le monde dans la farine. Sauf que pour la grande méchante qu'on nous affirme qu'elle est, elle ne fait pas correctement son job puisqu'elle ne s'assure même pas que Eve a été tuée en même temps que Villanelle.

Non, honnêtement, il n'y a pas grand-chose à sauver dans cette ultime saison. Tout est asséné, souligné, et cette insistance devient pénible et même malsaine. Par exemple, quand Villanelle trouve un temps refuge auprès de Gunn. Bon déjà, il faut accepter le fait que Villanelle trouve refuge chez celle qui a failli la tuer (ce n'est franchement pas dans sa nature). Ensuite, évidemment, pour faire bonne mesure, elles couchent ensemble (alors que si l'homosexualité de Villanelle ne faisait certes aucun doute, il n'était que rarement aussi franchement montrée, mais sans doute fallait-il mettre les points sur les "i" pour ceux qui n'auraient pas encore compris). Et enfin on voit Gunn tuer gratuitement un pauvre pêcheur mais encore le ramener jusque chez elle et le dépecer ! (Avant cela, cette saison sera complaisamment commis dans la facilité en montrant Villanelle torturer et assassiner de manière toujours plus invraisemblable : il ne suffit plus qu'elle soit excentrique, il faut en faire une vraie folle furieuse pour justifier sa mort à la fin.)

Eve n'est guère mieux lotie. Peut-être parce qu'ils ont pensé qu'elle était trop sur la réserve jusque-là, dans cette saison 4, la voici devenue froide, dure, et oubliant Niko dans les bras de son collègue Yusuf, sur lequel elle saute à la moindre occasion. Puis elle embrassera à pleine bouche Hélène dans un élan bravache avant de se retenir de hurler quand Villanelle la tuera... Bon sang, ceux qui ont écrit ces épisodes ont-ils seulement vu les précédents tant ils ne semblent avoir rien compris à la psychologie des personnages, à leurs relations, à leur évolution ? C'est tout bonnement insensé. Où est passé la malice, l'humour, le trouble, l'imprévisibilité de la série dans ce ramassis de scènes grotesques, excessives ?

Ce qui faisait le brio des deux premières saisons tenait pour beaucoup au fait que les showrunners imprimaient une direction claire et cohérente ? Mais Phoebe Waller-Bridge et Emmerald Fennell parties, tout s'est délité. Et là, on assiste à un festival WTF complet. Quel gâchis !

Jodie Comer et Sandra Oh font tout ce qu'elles peuvent mais elles sont entrainées par le fond par un scénario désolant. Fiona Shaw surnage un peu plus mais son personnage devient inique. Kim Bodnia semble souvent se demander ce qu'il fait là et force son rire pour ne pas pleurer certainement. Camille Cottin sombre elle aussi totalement car face à Fiona Shaw, elle est dépassée en classe et en autorité (impossible de croire que Hélène puisse impressionner l'ex-agent du MI6). 

C'est rageant et triste d'assister à une telle déconvenue. Si vous découvrez Killing Eve, par pitié, arrêtez-vous à la fin de la saison 3 - ou si vous persistez, n'oubliez pas que ce show fut remarquable pendant ses 24 premiers épisodes.

samedi 2 septembre 2023

Un petit peu trop de pas de côté pour la saison 3 de KILLING EVE


Diffusée en 2020, la saison 3 de Killing Eve est en deçà des précédentes. La faute à l'absence d'un(e) showrunner ? Ce n'est pas mauvais pour autant, loin s'en faut, mais il faut bien constater que l'intrigue est plus décousue, et que la belle mécanique de la série se grippe parfois, avec un casting trop fourni.


Six mois se sont écoulés depuis les événements de Rome. Villanelle s'est installée en Espagne où elle est sur le point de se marier. Mais une vieille connaissance, Dasha, qui fut sa formatrice, resurgit pour lui demander de revenir travailler pour les Douze. En échange Villanelle exige une promotion. Cependant au MI6, Paul Bradwell devient le superviseur de Carolyn Martens tandis que Eve Polastri a quitté le service pour travailler dans un restaurant coréen et veiller sur Niko, en maison de repos. Kenny, le fils de Carolyn, est devenu journaliste et continue d'enquêter sur les Douze. Mais Eve le retrouve mort.


Eve refuse de croire à l'hypothèse du suicide de Kenny et elle est abordée par Jamie, le patron du jeune homme, lors des funérailles, qui veut également découvrir la vérité. Comme elle a récupéré son téléphone mais qu'elle n'arrive pas à le déverrouiller, elle accepte de collaborer. Carolyn sollicite aussi Eve, convaincue que Villanelle a tué son fils, mais celle-ci préfère mener son enquête indépendamment, tout en tenant au courant son ex-patronne. Pour prouver sa loyauté aux Douze, Villanelle accepte de former un jeune tueur, Felix, mais c'est une catastrophe et elle est obligée de l'éliminer. Konstantin lui révèle ensuite que Eve est toujours en vie.
 

Jamie et son équipe ont trouvé dans le téléphone et l'ordinateur de Kenny des éléments se rapportant à un compte en banque en Suisse qui a été vidé de plusieurs millions d'Euros. Eve pense qu'il s'agit de fons dérobés aux Douze. Elle en informe Carolyn qui connait un certain Charles Kruger, ancien espion du KGB, possible comptable des Douze. Mais Villanelle le tue avant qu'elle n'ait le temps de l'interroger.
 

Konstantion rencontre la veuve de Kruger qui lui remet un fichier informatique de son mari, possiblement en relation avec l'argent siphonné en Suisse, puis Villanelle la tue. Niko Polastri quitte la maison de repos sans prévenir Eve et part en Pologne se ressourcer. Dasha le suit et le blesse gravement en voyant débarquer peu après Eve. Elle laisse un indice faisant croire qu'il s'agit d'une exécution signée Villanelle. Pour récompenser cette dernière, comme elle le lui avait demandé, Konstantion lui donne l'adresse de sa famille en Russie, qu'elle n'a pas revue depuis son enfance quand sa mère l'a confiée à un orphelinat.


Villanelle arrive en Russie et renoue avec ses deux frères cadets, Pyotr et Borka, mais leur mère, Tatiana, lui réserve un accueil d'abord ému puis plus distant. La fille exige de savoir pourquoi elle a été abandonnée alors que son père l'adorait. Mais sa mère avait deviné la noirceur de son âme, alors qu'elle n'était qu'une enfant. Villanelle, bouleversée, tue Tatiana et met le feu à sa maison, mais épargne ses deux frères à qui elle laisse de l'argent pour qu'ils partent refaire leur vie ailleurs.


De retour de son périple, Villanelle n'est plus la même quand elle rencontre enfin Hélène, une cadre des Douze, qui lui accorde la promotion qu'elle exigeait. Toutefois, c'est la déception qui domine quand elle lui confie l'assassinat d'un politicien roumain alors qu'elle espérait dorénavant déléguer cette besogne. Elle revient vers Konstantin qui a le projet de tout plaquer pour partir à Cuba avec sa fille Irina grâce à l'argent suisse qu'il a récupéré. Niko a survécu à ses blessures mais ne veut plus voir Eve qui sait toutefois que ce n'est pas Villanelle qui s'en est pris à lui. Cette dernière ayant exécuté son dernier contrat est retrouvée chez elle, blessée, par Dasha, à qui elle confie ne plus vouloir continuer.


Hélène envoie Dasha et Villanelle à Aberdeen pour un nouveau contrat. Eve, qui a reçu un gâteau pour son anniversaire de la part de Villanelle, la traque. Mais elle arrive trop tard après qu'elle ait laissé Dasha pour morte. Konstantin est rejoint à la gare par Villanelle à qui il veut payer son ticket de sortie. Mais quand elle refuse de partir sans lui, il a un malaise cardiaque et elle l'abandonne. Eve arrive peu après et appelle les secours tout en voyant Villanelle s'éloigner dans le train. Konstantin reprend connaissance à l'hôpital dans le lit voisin de celui où se trouve Dasha, hilare devant cette situation.


Villanelle offre ses services à Crolyn qui les refuse à moins qu'elle ne lui donne l'identité de l'assassin de Kenny. Hélène fait tuer Mo, l'assistant de Carolyn qui l'avait chargé d'enquêter sur Paul Bradwell. Konstantion quitte l'hôpital contre avis médical après avoir échangé une dernière fois avec Dasha, qui succombe à ses blessures. Convoqué, il se rend chez Bradwell mais tombe sur Carolyn qui le tient en joue. Eve puis Villanelle apparaissent à leur tour. Konstantin explique n'avoir pas tué/fait tué Kenny car il voulait le recruter pour les Douze. Carolyn exécute Bradwell, trahi par ce qu'avait découvert, puis déclare à Eve que le dossier des Douze est clos. Eve part, rejointe par Villanelle mais elles conviennent de ne plus se revoir. Pourtant, après s'être éloignées l'une de l'autre sur un pont, elles se retournent et se regardent sans un mot.

Jusqu'à présent, Killing Eve, c'était une série sur deux femmes que tout oppose (caractère, profession, objectif) mais qui sont attirées l'une par l'autre tels des aimants. Il y avait entre elles une évidente tension sexuelle mais qui ne se concrétisait que symboliquement (le coup de couteau infligée à Villanelle par Eve à la fin de la saison 1 figurait une pénétration évidente, le coup de feu dans le dos de Eve tiré par Villanelle en était une autre).

Après deux saisons, la boucle était en quelque sorte bouclée, même si ces huit nouveaux épisodes, diffusés en 2020, semblait indiquer une sorte de belle dans cette partie entre Eros et Thanatos. D'une certaine manière, c'est le cas, et la fin du dernier épisode ferait un dénouement parfait. On verra ce qu'il en est dans la quatrième et dernière salve.

Mais quelque chose a déraillé. Non pas que cette saison 3 ne comble pas le fan de Eve Polastri et Villanelle. Elle contient suffisamment de bons moments, de bonnes idées, de surprises, et de nuances, pour ne pas souffrir de la comparaison avec ses devancières. Toutefois, pour la première fois, il y a des longueurs, des choses un peu inutiles, moins de fluidité, une intrigue qui s'effiloche à force de courir plusieurs lièvres à la fois.

En somme, Killing Eve se perd en ayant voulu enrichir son arrière-plan. L'originalité, l'audace de la série reposait en grande partie sur cette espèce de minimalisme : deux femmes, leurs chassé-croisé permanent, la mort et le désir, le danger. A partir du moment où d'autres personnages prennent plus du place, c'est au détriment de Eve et Villanelle.

Pourtant, ça part sur les chapeaux de roues avec le sacrifice d'un personnage, certes en retrait, mais attachant. Cet événement sert de déclencheur pour Eve, qui a quitté le MI6 mais rempile pour découvrir la vérité sur cette mort. Inévitablement, elle comme nous savons que cela va l'emmener à croiser de nouveau Villanelle, quand bien même on sait aussi que ce n'est pas cette dernière qui a tué Kenny. Et le vrai drame, en fin de compte, c'est que, les épisodes se succédant, on finit par ne plus se préoccuper de qui a tué ce pauvre garçon. D'ailleurs, ce n'est pas même explicité à la fin. Un comble : tout ça pour ça.

Villanelle, encore une fois, est celle qui évolue le plus. On la sent lassée de sa vie, de son activité criminelle. Au tout début, elle s'apprête même à se marier. Le retour de sa formatrice la ramène à sa carrière mais elle négocie une promotion. Toutefois, c'est une motivation artificielle : on devine qu'elle réclame cela pour ne pas donner le sentiment de céder trop vite à la demande de son mentor de revenir dans le circuit. Au fond, elle n'est pas du tout faite pour devenir une gardienne (puisque c'est le titre que donnent les Douze à d'anciennes tueuses qui doivent entraîner leurs successeurs) : elle éliminera, excédée, ses deux élèves.

Mais une bascule s'opère nettement lors du cinquième épisode de la saison, à l'occasion d'un retour sur ses terres natales, dans sa famille, au contact de deux frères qui apprécient de faire sa connaissance et d'une mère qui n'a jamais voulu d'elle, ni aujourd'hui, ni hier (elle l'a d'ailleurs abandonnée quand elle était enfant car elle avait deviné sa psychopathie). Dans une confrontation intense, Villanelle commet l'irréparable. Et elle ne s'en remettra pas : quand elle devra à nouveau tuer, elle est blessée par l'homme qu'elle élimine, comme une débutante, puis elle avouera à sa formatrice ne plus vouloir (comprendre : ne plus pouvoir) faire ça. "Jai tué dans de personnes..." 

Eve, elle, est dépeinte comme quelqu'un qui a également tout perdu, même si elle s'obstine à ne pas l'admettre pour certaines choses (comme son mari). Elle ne tient plus que par son désir de débusquer le tuer de Kenny, sa volonté de démanteler les Douze. Lorsque sa patronne lui dit que qu'il faut parfois laisser tomber, elle sursaute, indignée. Mais son obsession pour Villanelle n'est plus son unique moteur. De fait leur relation évolue : il n'est plus question d'attirance, mais plutôt d'une sorte de paix armée, de paix des braves. Ce sont moins des mantes potentielles que des soeurs en perdition. D'ailleurs, toutes les femmes dans cette saison - Carolyn Martens, Eve, Villanelle, la copine de Kenny, l'apprentie tueuse que Hélène confie à Villanelle - sont comme des funambules, en équilibre précaire, sur le point de chuter. C'est une peu "Regarde les femmes tomber" (pour paraphraser le titre du premier film de Jacques Audiard).

Malheureusement, tout ça est un peu noyé par les tribulations de Dasha ou Konstantin, voire Paul Bradwell (qui est le traître idéal mais trop convenu). Tout ce qui a trait à eux alourdit la série, ralentit la saison. Les effets comiques sont trop mécaniques (les répliques vachardes de Dasha, les nombreuses fois où Konstantin rentre chez lui et trouve quelqu'un qui l'attend dans le noir - autant de préludes à sa crise cardiaque). Ce sont des seconds rôles mais à qui, visiblement; les auteurs ont voulu donner plus de place, et à vrai dire : trop de place. Si Carolyn Martens a droit à ce traitement, c'est justifié puisqu'elle est la mère de Kenny, la patronne de Eve, l'ex-maîtresse de Konstantin, celle à qui Villanelle offre ses services : bref, elle est mis en avant légitimement. Plus que les deux-trois autres.

Au risque de me répéter, l'interprétation est une fois de plus extraordinaire. Jodie Comer est toujours impayable mais avec en prime un bonus appréciable dans la vulnérabilité, l'émotion. Sandra Oh éblouit par son intelligence de jeu, ne cherchant jamais à briller en surjouant, quitte à être éclipsée par sa partenaire. Je mentionnerai donc aussi spécialement Fiona Shaw, excellente dans le rôle de Carolyn. Et Camille Cottin dans celui d'Hélène : l'actrice française a certainement gagné sa place après avoir repris le rôle de Fleabag dans son adaptation française (sous le titre Mouche, une saison au compteur).

Je suis très curieux de voir de quoi retourne l'ultime et quatrième saison puisque, comme je l'ai déjà dit, le dénouement de la trois me semble parfait. Et quelque part, c'est sans doute ce qui me fait tout de même espérer un sursaut final car en ne sachant pas à quoi m'attendre, tout est possible.

mercredi 30 août 2023

Le tango mortel de Villanelle et Eve continue dans la saison 2 de KILLING EVE


Encore une série télé que j'avais incompréhensiblement abandonnée après une première saison pourtant formidable... Il y a 5 ans ! Je vais donc rattraper mon retard et pour commencer écrire aujourd'hui sur la saison 2 de Killing Eve, diffusée en 2019. Phoebe Waller-Bridge, qui avait adapté les romans de Luke Jennings, a passé les rênes à la talentueuse Emerald Fennel sans que la qualité s'en ressente.


Eve Polastri vient de poignarder Villanelle qui prend la fuite, mal en point. Eve, elle, est rappelée à Londres pour mener une enquête sur un nouveau meurtre attribué aux Douze. Villanelle réussit à regagner la Grande-Bretagne après un passage dans un hôpital parisien.


Eve fait la connaissance de sa nouvelle équipe au sein du MI6 mais, après avoir examiné le dossier du meurtre sur lequel elle doit investiguer, elle a l'assurance que ce n'est pas Villanelle qui l'a commis. Cette dernière a dupé un homme, Julian, pour qu'il l'héberge mais il la séquestre. Après quelques jours, encore convalescente, elle le tue et s'enfuit avec Raymond, son nouveau contact au sein des Douze.


Tandis que Eve et son équipe continuent leurs recherches sur le tueur surnommé le Fantôme, Villanelle reçoit l'ordre de Raymond de commettre un assassinat à la façon de son rival. Elle élimine sa cible mais laisse un indice pour Eve afin de lui signaler qu'elle est de retour. Niko, le mari de Eve, lui reproche de rester obsédée par Villanelle et de négliger leur vie de couple.


L'enquête sur le Fantôme fait apparaître un nombre croissant de victimes dans l'entourage de l'homme d'affaires Aaron Peel. Villanelle demande à Konstantin son aide pour ne plus dépendre de Raymond et des Douze et il lui propose un partenariat. Leur premier contrat les conduit à Amsteram où Villanelle exécute un homme de manière particulièrement sanglante en espérant attirer l'attention de Eve.


Les efforts de Eve et son équipe paient et le Fantôme est appréhendé mais elle refuse de livrer le nom de son commanditaire. Avec l'accord de sa supérieure, Eve lance un contrat sur sa propre tête afin d'approcher Villanelle mais au lieu de l'arrêter elle lui offre de travailler pour elle. Villanelle doit faire parler le Fantôme qui finit par avouer qu'elle exécutait des contrats pour Aaron Peel.


Niko quitte Eve et celle-ci se réfugie une fois encore dans le travail. Pour confondre Peel, le MI6 décide de continuer à s'appuyer sur les talents de Villanelle. Celle-ci approche la soeur de Aaron puis ce dernier qu'elle réussit à fasciner suffisamment pour qu'il l'invite à l'accompagner à Rome lors d'un voyage d'affaires.

 

Eve supervise l'opération au cours de laquelle Villanelle doit apprendre ce que va vendre Aaron Peel. Il reçoit divers clients dont il connaît tous les secrets et à qui il offre de tout savoir sur n'importe qui. Peel est également un voyeur psychopathe qui filme Villanelle à son insu et les meurtres qu'il commet pour son propre plaisir.
 

Lorsqu'elle avertit, au moyen d'un mot codé, Eve, Villanelle comprend que Peel savait tout de l'opération depuis le début. Elle le tue et prend la fuite avec Eve mais Raymond resurgit et s'interpose. Eve est obligée de le tuer pour sauver Villanelle. Les deux femmes ont conscience d'avoir été des pions dans un complot qui les dépasse. Mais quand Eve veut le mettre à jour, Villanelle lui conseille de partir avec elle. Face au refus d'Eve, elle lui tire dessus dans le dos.

J'ai un peu honte, je vous l'avoue, quand je me rends compte du nombre d'excellents séries que j'ai plantées après une saison. Sans doute, pour la plupart, les ai-je laissées tomber pour aller en découvrir d'autres, mais tout de même...

Malgré tout il y a souvent un vrai plaisir à renouer avec des intrigues délaissées. Il s'est passé cinq and depuis la saison 1 de Killing Eve, la série est désormais terminée, mais j'ai replongé sans difficulté dedans, car les personnages et leur histoire sont forts. C'est comme retrouver un vieil ami et reprendre une discussion.

Logiquement, après avoir fait la chronique de Fleabag, j'ai eu envie de revenir à Killing Eve que Phoebe Waller-Bridge avait adapté pour le petit écran d'après les romans de Luke Jennings. Sauf que cette saison 2 n'est plus pilotée par elle : déjà accaparée par d'autres projets, elle a confié le show à Emerald Fennell. Et c'est un choix évident.

Le nom de Emerald Fennell ne vous dit peut-être rien comme ça mais j'avais eu l'occasion de critiquer son film, Promising Young Woman, avec Carey Mulligan - un bijou noir sur une jeune femme qui s'était fixée comme mission de terroriser des hommes voulant profiter de filles vulnérables. Depuis, hélas ! Fennell n'a plus trop fait parler d'elle, sinon pour un projet de film sur Zatanna (la magicienne de DC Comics), dont il ne semble plus être question depuis la refonte du DCU chez Warner par James Gunn et son partenaire Peter Safran.

En tout Fennell accomplit un travail de reprise remarquable sur Killing Eve dont elle a su conserver les qualités tout en développant le matériau originel dans des directions imprévisibles et terriblement accrocheuses. L'action démarre quelques secondes après la fin de la saison 1 où Eve Polastri, la profileuse du MI6 qui traquait la tueuse à gages Villanelle, l'avait trouvée dans un appartement parisien. Allongées sur un lit côte à côte, Villanelle se figeait de surprise en découvrant que Eve lui avait plantée un couteau dans l'abdomen.

La saison 1 insistait sur la relation ambiguë entre Eve et Villanelle : il était évident que la profileuse était fascinée par cette tueuse excentrique qui cherchait à attirer l'attention. De là à imaginer une attirance sexuelle entre elles il n'y avait qu'un pas que la série franchissait sans équivoque mais sans le formuler clairement. Le téléspectateur lui-même s'identifiait à Eve car il existait un mélange d'effroi et de magnétisme suscité par Villanelle : ses actes étaient terrifiants, mais son pouvoir de séduction indéniable.

La confusion reste intacte dans ces huit nouveaux épisodes qui sont clairement découpés en deux actes. Pendant la première moitié de la saison, les chemins des deux héroïnes sont séparées par ce qui s'est passé à Paris et les conséquences du face-à-face final. Eve se voit confier une nouvelle affaire alors qu'elle reste obsédée par Villanelle et alors qu'elle a caché à tout le monde l'avoir poignardée (et peut-être tuée). Toutefois, sa nouvelle enquête va mobiliser toute son attention.

Elle et son équipe sont sur les traces d'une nouvelle tueuse aux méthodes diamétralement opposées à celles de Villanelle : c'est pourquoi elle est surnommée le Fantôme. Elle exécute ses contrats sans laisser d'indices, en éliminant ses cibles de manière quasi-indétectable. Eve dresse on profil (une femme donc, étrangère, agent d'entretien, avec des connaissances médicales) qui s'avère exact mais ne facilite pas son arrestation pour autant. Lorsqu'elle l'appréhendera, Eve aura la confirmation de ses soupçons : le Fantôme se rendra docilement et s'enfermera dans le silence, résistant à toutes les formes d'interrogatoire.

Les frasques de Villanelle lui coûteront cher : blessée, elle finit dans un hôpital dont elle se tire encore convalescente. Elle regagne l'Angleterre enfermée dans le coffre d'une voiture. Cherchant un pied-à-terre et des médicaments, elle ensorcèle un pigeon qui sera finalement plus retors que prévu. Puis s'en remet aux Douze, cette organisation qui l'emploie et l'exfiltre en la confiant aux bons soins de Raymond, décidé à lui serrer la vis. Finalement, elle s'en remet à Konstantin pour la sortir de là et scelle avec lui un partenariat qui va connaître une forme inattendue.

En effet, alors qu'elle cherche à attirer l'attention d'Eve en commettant des crimes spectaculaires, Villanelle est sollicitée pour l'exécuter. Il s'agit en vérité d'un piège car Konstantin, placé sous la protection du MI6, veut revoir sa famille et vend sa tueuse aux services secrets en échange. La situation aboutit donc à une association ahurissante entre Eve et Villanelle, réunies de la manière la plus étrange.

On entre alors dans la seconde partie de la saison. Et on va constater qu'entre le monde des tueurs et celui des espions, il n'y a pas une grande différence. Eve et Villanelle ne sont que des pions sur un échiquier où les commanditaires misent sur le long terme. Ainsi alors qu'elles pensent toutes les deux devoir coincer rapidement un affairiste désireux de vendre des données sensibles et privées, elles vont se voir manipulées pour savoir le contenu exacte de ces données, à qui elles seront vendues. Après quoi elles seront probablement sacrifiées. Mais évidemment tout ne va pas se terminer aussi simplement car Eve et Villanelle ne sont pas des oies blanches disposées à être plumées...

L'intrigue culmine dans les ruines romaines et un différend profond entre les deux alliées de circonstance. Les cartes sont complètement rebattues à l'issue de cette saison 2 conçue en miroir à la première. Cette fois, c'est Eve qui tombe de haut. Même si on sait qu'elle ne meurt pas (puisqu'il reste deux saisons), il n'empêche qu'on se demande ce que nous réserve la suite. 

Réalisés au cordeau, les épisodes défilent, sur un rythme implacable. Une tension permanente les traverse, avec une charge érotique intense. On rit aussi beaucoup grâce à des dialogues étincelants et une interprétation admirable. Sandra Oh est épatante dans le rôle de Eve qui, comme la prévient un psychiatre spécialisé dans les tueurs en série, risque de finir à l'asile ou en prison parce qu'elle ne renonce ni à arrêter les assassins ni à penser à Villanelle.

Pourtant, ce n'est pas mésestimer le talent de Oh que de dire que cette saison 2 de Killing Eve est un vrai festival Jodie Comer. La jeune comédienne britannique est extraordinaire de bout en bout. Elle incarne avec une malice incomparable cette tueuse redoutable et farfelue avec une expressivité d'une précision chirurgicale. Fashionista et imprévisible, glaçante et hilarante, Comer envoûte, fascine, et fait de ce show sa scène. Elle cabotine mais avec un tel génie qu'elle réussit à ne pas vampiriser la série. Du grand art.

Je ne sais pas si je vais enchaîner avec la saison 3 tout de suite, même s'il est difficile de résister. Mais en tout cas, une chose est sûre : je n'attendrai pas cinq ans pour écrire à nouveau sur Killing Eve.

lundi 4 juin 2018

KILLING EVE (Saison 1) (BBC America / Netflix)


Produite par la BBC America et diffusée par Netflix, Killing Eve est devenue un vrai phénomène en ayant d'abord le statut de "sleeper" (terme utilisé pour désigner un film ou une série dont le succès a surpris tout le monde par son ampleur). Pourtant, ces huit premiers épisodes auraient dû mettre la puce à l'oreille des spécialistes car ils étaient adaptés des romans Villanelle de Luke Jennings (carton en librairie) par Phoebe Waller-Bridge (la scénariste et comédienne de Crashing et Fleabag). Mais c'est sans doute son aspect inclassable qui a déjoué les pronostics, car derrière cette histoire d'espionnage se cache un joli lot de messages inspirés par l'époque...

 Villanelle (Jodie Comer)

Villanelle est une jeune, séduisante, brillante et prolifique tueuse à gages qui laisse derrière elle plusieurs cadavres d'hommes de différentes nationalités et en vue dans divers pays. L'agent du MI5 Eve Polastri pense avoir établi un lien entre ces meurtres et a la conviction qu'ils sont le fait d'une femme. Mais sa théorie ne convainc pas sa hiérarchie, bien qu'elle soit corroborée par l'unique témoin encore vivant ayant assisté à un des assassinats. Eve est renvoyée après que ladite témoin ait été à son tour exécutée alors qu'elle était chargée de sa protection. Mais, impressionnée par les recherches de Eve, Carolyn Martens, chef de la section du MI6 en Russie, la recrute au sein d'une unité secrète pour capturer la tueuse.  

Konstantin (Kim Bodnia)

Konstantin Vasiliev, l'agent de liaison entre Villanelle et l'organisation qui commandite ses meurtres, la rappelle à l'ordre car il estime qu'elle prend de plus en plus de risques. Il l'informe qu'une cellule du MI6 est à ses trousses avec Eve Polastri comme profileuse. Cette dernière réalise qu'une infirmière qu'elle a croisée juste avant le meurtre du témoin à l'hôpital pourrait bien être la tueuse et, en communiquant son signalement, fait établir un portrait-robot correspondant au visage de Villanelle. 

Eve Polastri (Sandra Oh)

Villanelle usurpe l'identité de Eve lors d'une mission à Berlin puis attend l'arrivée de la profileuse et de son adjoint, Bill Pargrave, sur le lieu du crime afin de l'observer lors de ses investigations. Sans se soucier d'être discrète, la tueuse suit Eve mais Bill la remarque et la suit à son tour. Elle l'entraîne dans une boîte de nuit, tandis que Bill signale sa position à Eve, avant que Villanelle ne poignarde sauvagement l'espion sur la piste de danse bondée, dans l'indifférence générale.

Villanelle et Nadia (Jodie Comer et Olivia Ross)

Konstantin blâme Villanelle pour son comportement à Berlin et, pour l'obliger à être plus docile, l'oblige à accomplir sa nouvelle mission en équipe. Elle a pour partenaires Diego et, surtout, Nadia, son ancienne amante avec laquelle elle a fait de la prison et dont elle a pris la place lorsque Konstantin a voulue la recruter jadis. Malgré la tension entre eux trois, ils doivent exécuter Frank Haleton, l'ex-patron de Eve au sein du MI5 - dont le MI6 a découvert qu'il était une "taupe" au service des Russes. Eve parvient à le localiser tandis qu'il tente d'échapper aux trois tueurs et elle le sauve de justesse de Villanelle qui, entre temps, s'est débarrassée de Diego et Nadia.

Villanelle et Eve (Jodie Comer et Sandra Oh)

Eve et Carolyn conduisent Frank dans une planque où il avoue avoir été soudoyé pour communiquer des informations à une organisation, "les Douze", en échange du paiement du traitement contre le cancer de sa femme et des frais scolaires de ses deux filles dans une école coûteuse. Il évoque aussi Villanelle qui, avec ses assassinats visant aussi bien des des espions gradés que des mafieux, serait l'instrument du chaos voulu par ses commanditaires. Eve rentre chez elle à Londres pour se reposer mais Villanelle s'est introduit chez elle et lui vole son téléphone portable. Elle localise ainsi la planque de Frank et le tue, avant d'apprendre par Konstantin que Nadia à survécu. 

Villanelle

Villanelle part avec Konstantin en Russie pour infiltrer la prison où se trouve Nadia qu'elle doit exécuter avant qu'elle ne parle de ce qu'elle sait. Cette mesure est imposée par le fait que Carolyn et Eve se rendent également sur place après avoir découvert, en comparant son portrait-robot aux photos des détenues de la prison, que Villanelle s'appelle en vérité Oksana Astanskova et qu'elle était liée à Nadia. Grâce à ses relations avec le SVR, Carolyn obtient un entretien avec Nadia en présence de Konstantin et lui offre de l'extrader en Angleterre en échange d'infos sur Oksana. Mais avant qu'elle n'accepte de parler, Villanelle a le temps de l'exécuter.

Carolyn Martens, Konstantin, Kenny et Eve (Fiona Shaw, Kim Bodnia,
Sean Delaney et Sandra Oh)

La mission à Moscou se soldant par un échec, Carolyn ordonne à Kenny, l'informaticien de l'unité du MI6 (et accessoirement son fils), et Eve de rentrer à Londres. Mais ils désobéissent en découvrant dans le passé d'Oksana qu'elle a été l'élève et l'amante d'une enseignante, Anna, dont elle a fini par tuer le mari par jalousie. Eve rencontre Anna qui lui remet ce qu'elle a gardé d'Oksana, dont un manteau dans la doublure duquel la profileuse trouve un passeport et de l'argent appartenant à la tueuse. Villanelle reste détenue, lâchée par Konstantin, jusqu'à ce qu'on organise son évasion et qu'elle rencontre son nouveau contact. Elle le tue, résolue à se venger et fuir. Konstantin réussit à lui échapper quand il la trouve chez lui. Mais Eve et Kenny découvrent sur la vidéo-surveillance piratée de la prison que Carolyn a visité Oksana avant son évasion.

Eve

Konstantin retrouve Carolyn et Eve pour leur demander de l'aider à arrêter Villanelle qui a kidnappé sa fille. La tueuse donne rendez-vous à Eve et Konstantin dans un café où elle abat Konstantin après que Eve lui ait rendu son passeport et son argent. Ce nouveau fiasco aboutit au licenciement de Eve par Carolyn mais la profileuse décide de continuer son enquête, seule, en se rendant à Paris, depuis laquelle Oksana avait envoyé des lettres à Anna. Face à face, les deux femmes s'avouent leur obsession l'une pour l'autre. C'est l'heure du choix pour chacune d'elles : Eve arrêtera-t-elle Villanelle ? Ou Villanelle tuera-t-elle Eve ?

Les mouvements contestataires féministes frappés du hashtag #MeToo n'ont pas seulement libéré la parole des victimes de prédateurs sexuels dans le monde du cinéma, ils ont parfois dérapé en aboutissant à des espèces de tribunaux populaires où des têtes sont tombées sans autre forme de procès que des dénonciations non vérifiées. Plus vertueusement, cela a surtout permis de faire prendre conscience aux décideurs et au grand public qu'il y avait des inégalités infondées au niveau salariale par exemple et que ce phénomène ne touchait pas que le milieu glamour des médias.

Depuis l'affaire Weinstein qui a tout déclenché, la place des femmes dans l'industrie est donc devenue centrale et elle interroge peut-être plus pertinemment lorsque sont portés à notre connaissance des histoires plus ordinaires mais dont la banalisation dérange justement. Ainsi pour un acteur comme Benedict Cumberbatch (Sherlock, Dr. Strange) qui ne veut plus travailler sur un film ou une série télé en étant mieux payé que sa partenaire féminine, on apprend que Mark Wahlberg a touché une fortune pour retourner des scènes dans le dernier Ridley Scott (le bien nommé Tout l'argent du monde, ça ne s'invente pas) alors que Michelle Williams également rappelée a été payé des clopinettes.

Mais il ne suffit pas d'acter une situation anormale pour qu'elle se corrige d'elle-même ni que les faits évoluent. Hollywood reste toujours réticent à croire que des femmes puissent diriger un studio, produire et/ou réaliser des films/séries, ou simplement être assez attractives pour assurer le succès d'un projet. Dans ce contexte, Killing Eve fera peut-être bouger les lignes plus que bien des discours symboliques.

Si on s'en tient aux audiences, il est toujours rare qu'une série télé ne voit pas ses spectateurs présents au départ se réduire ensuite pour ne conserver qu'un noyau, plus ou moins gros, de fidèles passionnés. Or, dans le cas de cette production, la tendance s'est totalement inversée puisqu'en démarrant gentiment, plus les épisodes passaient, plus il y avait du monde pour les regarder !

On pourra arguer que la qualité de Killing Eve était presque garantie puisque la série est adaptée d'une collection de romans écrits par Luke Jennings, aux jolis scores en librairie. Et qu'en choisissant de les transposer pour le petit écran, Phoebe Waller-Bridge pouvait compter sur sa propre base de fans depuis qu'elle a brillé en vedette de Crashing et Fleabag, deux comédies irrésistibles diffusées en 2017.

Sauf que le projet se distinguait totalement de ce que la scénariste-actrice avait fait et que le résultat a pris tout le monde par surprise. Mais c'est sans doute pour cela que cette série séduit tellement : elle est inclassable, à la fois glaçante et irrésistible, récit d'espionnage et portrait d'une tueuse, romance homosexuelle et traque criminelle, jeu du chat et de la souris et alternance de comédie noire et de polar implacable. N'espérez jamais savoir où vous conduira chaque prochain épisode de Killing Eve : tout est fait pour désarçonner le téléspectateur jusqu'à la dernière scène à la fois romantique, érotique et sanglante avec un cliffhanger qui vous frustrera tellement que vous n'aurez plus qu'à compter les mois en attendant la suite.

Situé dans le milieu des barbouzes, avec en fond une conspiration ambitieuse, la série cultive une certaine austérité, une sorte de minimaliste avec de nombreux échanges en intérieurs, tout en voyageant beaucoup (de Berlin à Londres à Moscou en passant par la Toscane). C'est un jeu de dupes permanent, avec des surprises constantes, une charge érotique et morbide à la fois, deux fantastiques antagonistes rattrapées par le trouble qu'elles s'inspirent. Le tout est mené tambour battant, dans un format classique de 42 minutes par épisode pour une saison qui n'a pas un gramme de gras avec seulement huit chapitres. L'écriture est ciselée, avec des dialogues incisifs, des personnages affûtés, des situations imparables et étonnantes, que la réalisation cherche d'abord à valoriser sans y ajouter d'effets inutiles.

Et puis le tout est porté par une distribution fabuleuse : dans des seconds rôles, Fiona Shaw, Kim Bodnia, David Haig, Sean Delaney, Olivia Ross, Kirby Howell-Baptiste, Owen McDonnell sont parfaits. Mais, évidemment, ce sont ses deux actrices principales qui dominent l'affaire : ceux qui ont au moins une fois eu la curiosité de regarder Grey's Anatomy connaissent déjà Sandra Oh et seront ravis de quasiment la redécouvrir aussi formidable en profileuse amoureuse d'une psychopathe, détective pugnace à la silhouette lasse. Les autres seront stupéfaits par la révélation du show, Jodie Comer, à qui on peut prédire, sans trop se mouiller, une carrière retentissante après avoir campé cette tueuse insolente, sadique, tourmentée et fascinante.

Il va falloir cependant certainement s'armer de patience avant de retrouver Killing Eve car, c'est la rançon de la gloire (et de l'exigence), Phoebe Waller-Bridge déborde désormais de projets (elle a joué dans un spin-off de Star Wars, Solo, prépare la saison 2 de Fleabag après avoir tourné celle de Crashing). Mais on pourra mettre ce temps à profit pour se remettre ce choc télé.